‹ Les mots de VoltaireChapitre 19 sur 62 · GU · texte numérisé non relu

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Si l'on attendait dans chaque royaume que tous les abus fussent réformés pour avoir de quoi lever des troupes, on ne ferait jamais la guerre.

Les actions de courage les j^lus brillantes, souvent même des batailles gagnées, ne servent qu'à illustrer une nation et non à l'agrandir, quand il y a dans le gouvernement politique un vice radical qui, à la longue, porte la destruction.

La guerre est une maladie affreuse qui saisit les nations l'une après l'autre et que la nature guérit à la longue.

La conduite de la guerre est comme les jeux d'adresse qu'on n'apprend que par l'usage ; et les jours d'action sont quelquefois des jeux de hasard.

Comme dit fort bien César : « Avec de l'argent on a des soldats, et avec des soldats on vole de r argent ».

n faut, dans le gouvernement, des bergers et des bouchers.

L'argent et les cœurs se resserrent, quand la poudre à canon se dilate; c'est une expérience de physique qui n'est aujourd'hui que trop commune.

La terre a plus besoin d'être cultivée que d'ôtre ensanglantée.

L'ambition a toujours bouleversé la terre ; et deux ou trois personnes ont toujours fait le malheur de deux ou trois cent mille.

Varillas dit que les guerres civiles et les fluxions tombent toujours sur les parties faibles.

Le vrai politique est celui qui joue bien et qui gagne à la longue. Le mauvais politique est celui qui ne fait que filer la carte et qui tôt ou tard est reconnu.

L'histoire nous fournit plus d'illustres filous punis que d'illustres filous heureux.

iHJ MOTS DE VOLTAIRE

Ce n'est pas assez d'être excessivement fou, libertin et fanatique pour se faire une grande réputation ; il faut encore venir à propos.

C'est outrager le trône et la patrie que de louer son prince des vertus qu'il n'a pas.

11 est vrai que les cérémonies n'ajoutent rien aux droits des monarques, mais elles semblent ajouter à la vénération des peuples.

C'est un ancien usage des sculpteurs de mettre des esclaves aux pieds des statues des rois ; il vaudrait mieux y représenter des citoyens libres et heureux.

La fraude est-elle sacrée pour être antique?

Tout homme qui demande au roi une pension, une gratification, dit en effet au roi : Sire, donnezmoi une portion de l'argent de mes concitoyens.

Dissimuler, vertu de roi et de femme de chambre.

C'est un malheur attaché à la grandeur de re-

garder les affaires des particuliers comme des querelles de chiens qui se mordent dans la rue.

Les rois sont avec leurs ministres comme les cocus avec leurs femmes : ils ne savent jamais ce qui se passe.

— Bill faudrait avoir établi une ville de philosophes

comme Ticho-Brahé fonda Uranibourg. Par quelle fatalité est-il plus aisé de rasse mbler des laboureurs et des vignerons que des gens qui pensent!

On ne réfléchit que dans les grandes occasions et quand il n'est plus temps. C'est ce qui a rendu presque toutes les administrations vicieuses, c'est ce qui a produit autant d'erreurs dans le gouvernement que dans la philosophie.

Je pense que les plus grands princes se trompent souvent en politique beaucoup plus que les particuliers dans leurs affaires de famille. Ils aiment fort leurs intérêts, ils les entendent ; et par une fatalité trop commune, ils ne les suivent presque jamais.

Un mariage, un testament, un caprice, une mé-

118 MOTS DE YOLTATRE

prise changent tout cVun coup, et pour des siècles les intérêts de l'Europe.

On peut régner sur beaucoup d'États et n'être pas un puissant prince.

Pour faire un puissant ministre il ne faut souvent qu'un esprit médiocre, du bon sens et de la fortune ; mais pour êtreunbon ministre, il faut avoir pour passion dominante l'amour du bien public. Le grand homme d'État est celui dont il reste de grands monuments utiles à la patrie.

Il y a partout un frein imposé au pouvoir arbitraire par la loi, par les usages ou par les mœurs.

— as —

Un homme public, un grand homme appartient à la nation entière ; il est comme un de ces monuments publics exposés aux yeux et aux jugements de tous les hommes.

Il vaut mieux pour un homme d'État avoir une réputation contestée que de n'en point avoir du tout.

On baisse les yeux, on s'anéantit devant le prodigieux mérite de ceux qui gouvernent : on

approche d'eux, on est étonné de leur médiocrité. On voit que les afTaires de ce monde sont un jeu que tout le monde joue à peu près également. On voit que Richelieu et Ximenés étaient des hommes fort communs.

Ce qui est nécessaire à tout homms en place, c'est de ne laisser sortir personne mécontent de sa présence et de se rendre agréable à tous ceux qui l'approchent. On ne peut faire du bien à tout moment, mais on peut toujours dire des choses qui plaisent.

Si des membres du parlement vendent quelque fois leurs voix à la Cour, ils ressemblent à quelques belles qui vendent leurs faveurs, et qui ne le disent pas.

Quiconque dit : Tu n'as pas ma foi, donc je dois te haïr, dira bientôt : Donc, je dois t'égorger.

Il est assez doux d'avoir ses courtisans dans son antichambre, tandis que les écrivains frondeurs sont dans la rue.

Je crois qu'on ne peut guère juger du génie et des vues d'un ministre que dans le calme des affaires, parce qu'alors, étant le maître, il est coupable de tout le bien qu'il ne fait pas.

Faites un corps, messieurs; un corps est toujours respectable!

Les Incas avaient des palais incrustés d'or et couverts de paille : emblème de bien des gouvernements.

La prudence achève souvent les édifices fondés parle fanatisme.

Par quelle fatalité se peut-il que tant de fanatiques imbéciles aient fondé des sectes de fous, et que tant d'esprits supérieurs puissent à peine venir à bout de fonder une petite école de raison ? C'est peut-être parce qu'ils sont sages ; il leur manque l'enthousiasme, l'activité. Tous les philosophes sont trop tièdes ; ils se contentent de pire des erreurs des hommes, au lieu de les écraser. Les missionnaires courent la terre et les mers ; il faut au moins que les philosophes courent les rues.

Un des plus grands malheurs des honnêtes gens, c'est qu'ils sont des lâches. On gémit, on se tait, on soupe et on oublie.

Le poids des affaires publiques empêche qu'on

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ne voie avec attention les affaires des particuliers; on j âge rapidement, on juge au hasard, on n'examine rien, on avale la calomnie comme du vin de Champagne, et on rend son vin sur le visage du calomnié.

Le nombre des sages sera toujours petit. Il est vrai qu'il est augmenté; mais ce n'est rien en comparaison des sots, et, par malheur, on dit que Dieu est toujours pour les gros bataillons. Il faut que les honnêtes gens se tiennent serrés et couverts. Il n'y a pas moyen que leur petite troupe attaque le parti des fanatiques en rase campagne.

C'est un grand plaisir d'avoir un parti et de diriger un peu les opinions des hommes.

— lOi —

La persécution irrite; elle enhardit quiconque se sent du génie ; elle rend irréconciliable celui que l'indulgence aurait retenu.

Souvent, en parlant de tant de travaux et de tant de belles actions, nous nous dispensons de la reconnaissance en disant que l'ambition a tout fait. C'est la logique des ingrats.

Celui qui brûle de l'ambition d'être édile, tribun, prêteur, consul, dictateur, crie qu'il aime sa patrie, et il n'aime que lui-même.

i'2-2 MOTS DE VOLTAIRE

Quand deux partis ont tort, celui qui se tient neutre et qui, par conséquent, a raison, est vexé par l'un et par l'autre.

Voulez-vous acquérir un grand nom, être tondateur? Soyez complètement fou; mais d'une folie qui convienne à votre siècle.

Le peuple reçoit la religion, les lois, comme la monnaie, sans les examiner.

Il y a des opinions auxquelles on attache des signes publics qui sont les étendards auxquels les nations se rallient.

Il est très rare que sous un gouvernement monarchique, où les hommes ne sont occupés que de leur intérêt particulier, ceux qui ont servi la patrie meurent regrettés du public.

La raison vient tard aux gouvernements, comme aux hommes.

On ne peut pas assembler les hommes dans la plaine de Grenelle pour leur prêcher la raison; mais on éclaire, par des livres de plus d'un genre,

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les jeunes gens qui sont dignes d'être éclairés et la lumière se propage d'un bout de l'Europe à l'autre.

A mesure que les esprits se sont raffinés, on a traité les gouvernements comme les étoffes dans lesquelles on a varié les fonds, les dessins et les couleurs.

Un conquérant est un homme dont la tête se sert avec une habileté heureuse du brasd'autrui.

Le despotisme n'est que l'abus de la monarchie, une corruption d'un beau gouvernement. J'aimerais autant mettre les voleurs de grand chemin au rang des corps de l'État, que de placer les tyrans au rang des rois.

Dans tout l'univers le despotisme est le fruit de la richesse.

Il faut que la lumière descende par degrés ; celle du bas peuple sera toujours fort confuse.

Il faut être d'un parti, ou bien tous les partis se réunissent contre vous.

On est presque toujours mené par les événements, et rarement onles dirige.

Presque tous les princes, excepté ceux qui ont eu le temps de lire, et de bien lire, ont un petit coin de superstition.

La vanité d'être chef de secte est la seconde de toutes les vanités de ce monde, car celle des conquérants est, dit-on, la première.

Les petits se vengent des puissants par de vains souhaits, et les puissants s'en moquent.

Le caractère de ceux qui gouvernent fait, en tout lieu, les temps de douceur ou de cruauté.

Le grand secret des arts est que toutes les conditions puissent en jouir aisément.

Toute grande société est fondée sur le droit de propriété.

C'est un des efforts de l'esprit humain, dans ce dernier siècle, d'avoir trouvé le secret de devoir

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plus qu'on ne possède, et de subsister comme si l'on ne devait rien.

Quiconque sait très bien gouverner une grande maison peut gouverner un royaume; cela peut paraître un paradoxe, mais certainement c'est avec le même esprit d'ordre, de sagesse et de fermeté qu'on commande à cent personnes et à plusieurs milliers.

Les guerres civiles et les temps de malheur produisent toujours des hommes extraordinaires qui eussent été ignorés dans des temps paisibles.

Il est peut-être utile qu'il y ait deux partis dans une république, parce que l'un veille sur l'autre et que les hommes ont besoin de surveillants.

Quiconque a le pouvoir en main voudrait crever les yeux à tous ceux qui lui sont soumis; tout juge de village voudrait être despotique: la rage de la domination est une maladie incurable.

On parle de je ne sais quels vaincus à qui je ne sais quels vainqueurs firent crever un œil ; il y a des peuples à qui on a crevé les deux yeux comme aux vieilles rosses à qui l'on fait tourner la meule.

Plus le service en tout genre prévaut sur les titres, plus un état est florissant.

Être libre, n'avoir que des égaux, est la vraie vie, la vie naturelle de l'homme ; toute autre est un indigne artifice, une mauvaise comédie, où l'un joue le personnage de maître, l'autre d'esclave, celui-là de parasite, et cet autre d'entremetteur. Vous m'avouerez que les hommes ne peuvent être descendus de l'état naturel que par lâcheté et par bêtise.

Il n'y avait autrefois de ressource pour les petits que de servir les grands ; aujourd'hui l'industrie a ouvert mille chemins qu'on ne connaissait pas il y a cent ans.

L'opulence d'un État est comme tous les talents qui dépendent de la nature et de l'art : aussi la richesse consiste dans le sol et dans le travail. Le peuple le plus riche et le plus heureux est celui qui cultive le meilleur terrain, et le plus beau présent que Dieu ait fait à l'homme est la nécessité de travailler.

Le meilleur gouvernement est celui où il y a le moins d'hommes inutiles.

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Il est à souhaiter qu il y eût des retraites douces pour la vieillesse ; mais ce seul Institut nécessaire est le seul qui ait été oublié.

Ce n est pas sur le pauvre, sur le manœuvre qu'il faut imposer une taxe ; il faut, en le faisant travailler, lui faire espérer d'être un jour assez heureux pour payer des taxes.

— liO —

Allons au fait. Je vous avouerai que je m'accommoderais assez d'un gouvernement populaire. Je trouve que ce philosophe avait tort, qui disait à un partisan d'un gouvernement populaire : Commence par l'essayer dans ta maison, tu t'en repentiras bien vite. Avec sa permission, une maison et une ville sont deux choses différentes. Ma maison est à moi ; mes enfants sont à moi ; mes domestiques, quand je les paye, sont à moi ; mais de quel droit mes concitoyens m'appartiendraient-ils ?

En faisant attention, j'avoue que le genre humain n'est pas tout à fait si méchant que certaines gens le crient, dans l'espérance de le gouverner.

Le but, le devoir d'un gouvernement sage est évidemment la peuplade et le travail.

On n'a jamais assurément formé des républiques par vertu. L'intérêt public s'est opposé à la domination d'un seul ; T esprit de propriété, l'ambition de chaque particulier, ont été un frein à l'ambition et à l'esprit de rapine. L'orgueil de chaque citoyen a veillé sur l'orgueil de son voisin. Personne n'a voulu être l'esclave de la fantaisie d'un autre. Voilà ce qui établit une république, et ce qui la conserve.

J'aime à voir des hommes libres faire euxmêmes les lois sous lesquelles ils vivent, comme ils ont fait leurs habitations.

Peut-être que les hommes d'une fortune médiocre sont en tout pays les meilleurs citoyens ; puisqu'ils sont au-dessus d'une extrême pauvreté qui peut conduire à des bassesses, et au-dessous de la grande opulence qui nourrit presque toujours l'ambition.

L'homme est né libre ; le meilleur gouvernement est celui qui conserve le plus qu'il est possible à chaque mortel ce don de la nature.

Quoi ! depuis que vous êtes établis en corps de

peuple, vous n'avez pas encore trouvé le secret d'obliger tous les riches à faire travailler tous les pauvres? Vous nen êtes donc pas encore aux premiers éléments de la police.

Ce n'est pas l'inégalité qui est un malheur réel, c'est la dépendance.

Pourquoi la liberté est-elle si rare? Parce qu'elle est le premier des biens.

Toute autorité blesse en secret les hommes , d'autant plus que toute autorité veut toujours s'accroître. Lorsqu'on trouve, pour lui résister, un prétexte qu'on croit sacré, on se fait bientôt un devoir de la révolte.

Il n'y a d'ordinaire nulle comparaison à faire entre les crimes des grands qui sont toujours ambitieux, et les crimes du peuple qui ne veut jamais et qui ne peut vouloir que la liberté et l'égalité.

Une abeille qui ne ferait ni miel ni cire, une hirondelle qui ne ferait pas son nid, une poule qui ne pondrait jamais, corrompraient leur loi

naturelle qui est leur instinct. Les hommes insociables corrompent F instinct de la nature humaine. ,

N'est-il pas honteux que les fanatiques aient du zèle et que les sages nen aient pas? Il faut être prudent, mais non pas timide.

Les hommes ont été longtemps aveugles, ensuite borgnes, et ils commencent à jouir de leurs yeux. A qui en doit-on robligation? A cinq ou six oculistes qui ont paru en divers temps.

Il n y a jamais que l'abus du pouvoir (|ui puisse énerver le pouvoir.

La plus grande politique est d'être vertueux.

Il y a longtemps que dans les pays despotiques, sauve qui peut est la devise des sujets.

Dans une patrie un peu étendue, il y a souvent plusieurs millions d'hommes qui n'ont point de patrie.

11 n'y a de pays digne d'être habité par des

hommes que ceux où toutos les conditions sont également soumises aux lois.

Le goût de la liberté augmente à mesure qu'on en jouit.

Il n'y a jamais eu de gouvernement parfait parce que les hommes ont des passions; et s'ils n'avaient pas de passions, on n'aurait pas besoin de gouvernement.

Les philosophes, n'ayant aucun intérêt particulier, ne peuvent parler qu'en faveur de la raison et de l'intérêt public.

Une société d'hommes gouvernée arbitrairement ressemble parfaitement à une troupe de bœufs mis au joug pour le service du maître.

Le gouvernement civil est la volonté de tous exécutée par un seul ou par plusieurs en vertu des lois que tous ont portées.

L'amour du bien public est une chimère chez nous. Nous ne sommes pas des citoyens, nous ne sommes que des bourgeois.

Il est honteux que la société ne se soit pas perfectionnée en proportion des lumières acquises. Nous sortons d'une nuit profonde et nous attendons le grand jour.

Les hommes ayant tous les mêmes passions, le même amour pour la liberté, chaque homme étant à peu près un composé d'orgueil, de cupidité et dlntérêt, d'un grand goût pour une vie douce, et d'une inquiétude qui exige une vie active, ne devraient-ils pas avoir les mêmes lois comme dans un hôpital on lait prendre le même quinquina à tous ceux qui ont la fièvre tierce.

Les hommes sont partout également fous : il ont fait des lois k mesure, comme on répare des brèches de muraille.

Je ne me donne pas à mes concitoyens sans réserve. Je ne leur donne point le pouvoir de me tuer et de me voler à la pluralité des voix. Je me soumets à les aider et à être aidé, à faire justice et à la recevoir. Point d'autre convention.

Ceux qui disent que tous les hommes sont

égaux disent la plus grande vérité, s'ils entendent

que les hommes ont un droit égal à la liberté, à

la propriété de leurs biens, à la protection des lois.

POLITIQUE — LÉGISL.\TION 133

Ils se tromperaient beaucoup s'ils croyaient que tous les hommes doivent être égaux par les emplois puisqu'ils ne le sont pas par les talents.

Le pur despotisme est le châtiment de la mauvaise conduite des hommes. Si une communauté d'hommes est maîtrisée par un seul ou par quelques-uns, c'est visiblement parce qu'elle n'a ni le courage ni l'habileté de se gouverner elle-même.

11 en est de la puissance des corps et des compagnies comme des intérêts des villes commerçantes, c'est au législateur à les balancer.

Ceux qui pensent que les rois et leurs ministres sacrifient sans cesse et sans mesure à l'ambition ne se trompent pas moins que celui qui penserait qu'ils sacrifient toujours au bonheur du monde.

L'esprit républicain est au fond aussi ambitieux que l'esprit monarchique.

L'opinion d'un seul sage l'emporte, sans doute, sur les prestiges des fripons, et sur l'asservissement de mille idiots.

11 n'y a aucun siècle qui n'ait eu des hommes

(l'Etat et de guerre célèbres : la politique et les armes semblent malheureusement être les deux professions les plus naturelles à l'homme : il faut toujours ou négocier ou se battre.

Le vulgaire suppose quelquefois une étendue d'esprit prodigieuse et un génie presque divin dans ceux qui ont gouverné des empires avec quelque succès. Ce nest point une pénétration supérieure qui fait les hommes d'État, c'est leur caractère.

On n'est pas assez fort pour combattre les tigres^ il faut quelquefois danser avec les singes.

J'aime mieux obéir à un beau lion qui est beaucoup plus fort que moi, qu'à deux cents rats de mon espèce.

Les petits pâtissent du malheur des grands et quelquefois même de leur bonheur.

La puissance souveraine peut maltraiter un brave homme, mais non pas le déshonorer.

Les titres ne servent de rien pour la postérité : le nom d'un homme qui a fait de grandes choses impose plus de respect que toutes les épithètes

J'ai dompté un cheval; si je suis sage, je le nourris bien, je le caresse et je le monte ; si je suis un fou furieux, je T égorge.

La politique consiste souvent clans le mensonge et riiabileté est de pénétrer le menteur.

Un ministre est excusable du mal qu'il fait, lorsque le gouvernail de TEtat est forcé dans sa main par les tempêtes ; mais dans le calme, il est coupable de tout le bien qu il ne fait pas.

Il arrive souvent parmi les hommes d'État ce quoii voit tous les jours parmi les courtisans; celui qui a le plus d'esprit échoue et calui qui a dans le caractère plus de patience, de force, de souplesse et de suite, réussit.

On ne veut point recevoir la loi de celui qui peut l'imposer.

Il est très vraisemblable que l'athéisme a été la philosophie de tous les hommes puissants qui ont passé leur vie dans ce cercle de crimes que les imbéciles appellent politique, coups d'État, art de gouverner.

Je voudrais savoir pourquoi ce qui est un forfait abominable dans un particulier serait innocent dans trois cents sénateurs, et même dans trois cent mille ? Est-ce que le nombre des coupables transforme le crime en vertu ?

La liberté consiste à ne dépendre que des lois.

Un républicain est toujours plus attaché à sa patrie qu'un sujet à la sienne, par la raison qu'on aime mieux son bien que celui de son maître.

Qu'est-ce que l'amour de la patrie? Un composé d'amour-propre et de préjugés, dont le bien de la société fait la plus grande des vertus. Il importe que le mot vague le a. x^i^^Uc » fasse une im. pression profonde.

C'est parce qu'on a reçu dans un palais la rebuffade d'un valet insolent qu'on gémit sur les campagnes désolées.

Il n'en estpas des rois et des ministres comme des femmes dont on dit que celles dont on parle le moins sont les meilleures.

Tout roi qui aime la gloire aime le bien public.

POLITIQUE — LÉGISLATION lo7

Un membre va vite ; les corps ont peine à se remuer.

Il yadesgensqui entrentdansunpartipourêtre quelque chose ; il y en a d'autres qui existent sans avoir besoin d'aucun parti.

La tyrannie d'un corps est toujours plus impitoyable que celle d'un roi : il y a mille moyens d'apaiser un prince, il n'y en a point d'adoucir la férocité d'un corps entraîné par les préjugés.

Le duc de Sully avait bien raison de dire que si la sagesse venait au monde, elle ne se logerait jamais dans une compagnie.

Il faut lire avec précaution toutes ces harangues où l'esprit de parti domine. Le véritable état de la nation y est presque toujours déguisé. Le parti du ministère y peint le gouvernement florissant ; la faction contraire assure que tout est en décadence ; l'exagération règne partout.

Il n'y a que trois manières de subjuguer les hommes; celle de les policer en leur proposant des lois ; celle d'employer la religion pour appuyer les lois ; celle enfin d'égorger une partie d'une na-

tion pour gouverner l'autre : je n'en connais pas une quatrième.

mité en tout une vertu.

L'uniformité en tout genre d'administration est

J'ai bien peur que, dans les grandes affaires, il n'en soit comme dans la physique ; on fait des expériences, et on n'a point de système.

Son histoire ^ déi^lut au sénat qui était encore dans l'ancien préjugé qu'il y a des mystères politiques qu'il ne fautpas révéler. On a appris depuis qu'iln'ya plus de mystère et que la politique consiste à être riche et à entretenir de bonnes armées.

Non, monsieur, tout n'est pas perdu quand on met le peuple en état de s'apercevoir qu'il a un esprit. Tout est perdu, au contraire, quand on le traite comme une troupe de taureaux, car tôt ou tard ils vous frappent de leurs cornes.

On a trouvé, en bonne politique, le secret de faire mourir de faim ceux qui en cultivant la terre font vivre les autres.

Si le grand nombre gouverné était composé de

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