CHAPITRE V
Les vrais amateurs des arts sont amis.
Les iionnêtes gens qui pensent ont à peu près les mêmes principes et ne composent qu'une république.
La carrière des lettres et surtout celle du génie est plus épineuse que celle de la fortune. Si vous avez le malheur d'être médiocre, voilà des remords pour la vie. Si vous réussissez, voilà des ennemis ; vous marchez sur le bord de Fabyme entre le mépris et la haine.
Les détails et les ressorts de la politique toml)ent dans l'oubli. Les bonnes lois, les instituts,
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les monuments produits par les sciences et par les arts subsistent à jamais.
Malheur à la raison si elle ne badine quelquefois avec l'imagination.
Je ne veux pas payer de tribut à la mode ; je veux passer d'une expérience de physique à un opéra ou à une comédie, et que mon goût ne soit jamais émoussé par l'étude.
Les lettres seules dénuées de cette sagacité laborieuse qui rend un homme utile, ne procurent presque jamais qu'une vie malheureuse et méprisée.
Il faut faire entrer dans notre être tous les modes imaginables, ouvrir toutes les portes de son âme à toutes les sciences et à tous les sentiments; pourvu que tout cela n'entre pas pêle-mêle, il y a place pour tout le monde.
J'aime les gens qui savent quitter le sublime pour badiner. Je voudrais que Newton eût fait des vaudevilles.
Pardonnons aux sourds qui parlent contre la
musique, aux aveugles qui haïssent la beauté ; ce sont moins des ennemis de la société, conjurés pour en détruire la consolation et le charme, que des malheureux à qui la nature a refusé des organes.
-l'aime les créateurs, tout le reste me paraît peu de chose.
Pour réussir dans un art, il le faut cultiver toute sa vie.
Les talents ne sont point faits pour rendre heureux.
Je me suis aperçu de bonne heure qu'on ne peut ni résister à son goût dominant ni vaincre sa destinée. Pourquoi la nature force-t-elle un homme à calculer, celui-ci à faire rimer des syllabes, cet autre à former des croches et des rondes sur des lignes parallèles ?
Il y a des insectes qai sont trois ans à se former, pour vivre quelques minutes : c'est le sori de la plupart des ouvrages en plus d'un genre.
Qu'importe au genre humain que quelques fre-
Ions pillent le miel de quelques abeilles ? Les gens de lettres font grand bruit de toutes ces petites querelles; le reste du monde on les ignore, on en rit.
Il faut être mort pour que les hommes disent enfin de nous un peu de bien qui est très inutile à notre cendre.
Le temps fait justice et met toutes les choses à leur place.
Pour faire un bon livre, il faut un temps prodigieux et la patience d'un saint; pour dire d'excellentes choses dans un plat livre il ne faut que laisser courir son imagination. Cette folle du logis a presque toujours de beaux éclairs.
Il faut avouer que, dans les arts de génie, tout est Fouvrage de l'instinct.
Plus on avance en âge et en connaissances, plus on doit se repentir d'avoir écrit.
La vie d'un homme de lettres est uncombatperpétuel et on meurt les armes à la main.
Il n'y a d'autre secret pour échapper à cette harpie ^ que de ne jamais faire d'autre ouvrage que son épitaphe, de ne bâtir que son tombeau et de se mettre dedans au plus vite.
Les premiers rudiments sont, en tout genre, plus lents chez les hommes que les grands progrès.
C'est le privilège du grand génie et surtout du génie qui ouvre une carrière, de faire impunément de grandes fautes.
Un homme de lettres serait bien indigne de l'être s'il était entêté des honneurs et s'il n'était pas toujours aussi prêt à les quitter, que reconnaissant envers ceux qui l'en ont comblé.
Il y a tant de préjugés dans le monde, qu'il faut au moins n'en point avoir en littérature.
Donnez-moi un artiste tout occupé de la crainte de ne pas saisir la manière de ses confrères, ses productions seront compassées et contraintes. Donnez-moi un homme d'un esprit libre, plein de la nature qu'il copie, il réussira.