ROSINE
Pourquoi êtes- vous sorti ? On dit que cela se gagne. Allez vous coucher.
(Acte III, scène xi.)
L'idée est d'un bon comique et Ton ne peut que féliciter Beaumarchais de l'excellent parti qu'il en a su tirer, mais il est difficile de lui reconnaître ici le mérite de l'invention.
On trouve effectivement, dans les Mémoires du cardinal de Retz, l'anecdote suivante, qu'il place en 1649 :
(Il y avait grand intérêt pour lui à empêcher son son oncle Henri de Gondi, archevêque de Paris, d'aller siéger au Palais, et tous ses efforts en ce sens avaient été infructueux.)
(( Je sortis, dit-il, de sa chambre au désespoir ; un chirurgien qu'il avoit me pria d'aller attendre de ses nouvelles aux Carmélites, qui étoient tout proche, et il me revint trouver, un quart d'heure après, avec ces bonnes nouvelles. Il me ait qu'aussitôt que nous étions sortis de la chambre de M. de Paris, il y étoit entré ; qu'il l'avoit beaucoup loué de la fermeté avec laquelle il avoit résisté à ses neveux, qui le vouloient enterrer
tout vif; qu'il Favoit exhorté ensuite de se lever en diligence pour aller au Palais ; qu'aussitôt qu'il fut hors du lit, il lui avoit demandé d'un ton effaré comme il se portoit, que M. de Paris lui avoit répondu : (( Qu'il se portoit fort bien. » Qu'il lui avoit dit : « Cela » ne se peut, vous avez trop mauvais visage. » Qu'il lui avoit tâté le pouls ; qu'il l'avoit assuré qu'il avoit la fièvre, et d'autant plus à craindre qu'elle paroissoit moins ; que M. de Paris l'avoit cru ; qu'il s'étoit remis au lit, et qu{i tous les rois et toutes les reines ne Fen feroient sortir de quinze jours. »
(Ed. Ghampollion-Figeac, 1859, IV partie, chap.xvii; t. Il, p. 181. — Éd. Régnier, t. II, p. 578.)
Scribe a imité de très près cette scène plaisante dans la Camaraderie ou la Courte échelle^ comédie en cinq actes représentée; au Théâtre-Français le 19 janvier
Au lY® acte, scène i^*", Gésarine empêche son mari, M. de Miremont, de se rendre à la Chambre, en lui donnant des craintes sur sa santé :