‹ Les mots qui restent: supplément à la troisème édition du "Musée de la conversation"; répertoireChapitre 102 sur 258 · FILLE · texte numérisé non relu

FILLE

Jouer la fille de F Air.

Cotte locution familière serait devenue, dit-on, synonyme di^ fuir ^ s' esquiver y en souvenir de la Fille de VAir^ féerie en trois actes de MM. Cogniard frèrc^s et Raymond, jouée aux Folies-Dramatiques le 3 août 1837.

Voici en quelques mots le sujet de la pièce :

Une loi fatale, inscrite au livre des Destins, veut que la fille du roi des génies, parvenue à Tàge adulte, descende sur la terre j)Our y passer une année d'épreuve. Ce temps expiré, elle doit retourner dans le royaume des airs, à moins qu'un mortel n'ait su s'emparer de son cœur.

Dans la féerie de ^IM. Cogniard, la jeune Azurine, pour s'être montrée troj) sensible aux soupirs d'un villageois nommé Rutland, voit ses ailes tomber et est condamnée à achever sa vie sur la terre.

Il peut paraître singulier qu'on ait dit « jouer la fille de l'air » par allusion à l'héroïne qui fait exactement le contraire de ce que ces mots expriment. Mais il faut admettre, si cette origine est réelle, que le public a a été surtout frappé de la particularité qui caractérise le sort des filles de l'air. Et l'on rencontre plus d'un cas de ce genre dans l'histoire des expressions proverbiales.

Il faut ajouter aussi que, le 21 décembre suivant, les Folies-Dramatiques donnaient un vaudeville de MM. Honoré et Michel Delaporte, intitulé la Fille de Vair dans son ménage^ sorte d'épilogue de la féerie. La pauvre Azurine y faisait fort mauvais ménage avec Rutland, et, grâce à un talisman retrouvé par son compagnon aérien Aquilonnet, finissait par remonter au ciel, ce qui, cette fois, pouvait servir de justification au proverbe.

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