I. Littéralement: ma petite hirondelle
LLS MOIMIKS f)
— Kli! je me moque pas mal de lui !
Elles causèrent encore un peu, ]>uis se turent. Il faisait frais et auprt's de la grande un coq clianlait à plein î^osier, empt'cliant de dormir. Quand la lumière l)leuàlre du matin entrait déjà par toutes les fentes, Fiokia se leva doucement, et sortit. On entendit bientôt comme elle courait, battant le sol de ses pieds nus.
Olija, allant à l'église, emmena avec elle Maria. Eti descendant vers la prairie toutes deux étaient joyeuses : le libre espace plaisait à Olga, et Maria sentait en sa belle-sœur, une amie. Le soleil se levait. Bas, sur la prairie, un épervier, comme endormi, volait; la rivière était encore voilée, il traînait des vapeurs çà et là, mais déjà sur la colline, de l'autre côté de la rivière, s'étendait une bande de lumière : l'éi^lise brillait, et, dans le jardin du jjomeclitchik', des freux criaient à tiie-tèle.
— Le vieux passe (Micore, racontait Maria, mais la vieille (\sl méchante; elle ne fait fjiie chamailler. Notre blé n'a duré rpie jusqir'au carnaval, nous achetons maintenant la farine au traktir. Elle se fâche : Vous mangez beaucoup, dit-elle.
lO LES MOUJIKS
— Bah ! bail ! ma petite chatte! dit Olga. Prends patience; tout est là. II est dit : Venez à moi vous qui peinez et qui êtes accablés.
Olg-a parlait par sentences, d'une voix traînante, et sa démarche était celle des femmes qui font des pèlerinages, rapide et affairée. Elle lisait chaque jour l'Evangile à haute voi.v, à la façon d'un sacristain et sans comprendre erand' chose. Mais les paroles saintes la touchaient aux larmes, et elle ne pouvait pas prononcer sans une douce défaillance de cœur certains vieux mots slaves comme atsché et dondéjé. Elle croyait en Dieu, à la ЛЧегсе et aux Saints; elle croyait qu'il ne faut offenser personne au monde, ni les faibles, ni les Allemands*, ni les Juifs; et que même il arriverait malheur à ceux qui n'aiment pas les animaux. Elle croyait que cela est écrit dans les livres saints. Enfin, même quand elle prononçait des mots de l'Ecriture qu'elle ne comprenait pas, son visage prenait une expression compatissante, attendrie, et radieuse.
— D'oîi es-tu? lui demanda Maria.
— Je suis du gouvernement de Vladimir. Mais il y a déjà longtemps que je suis à Moscou; j'y suis depuis l'âge de huit ans.
Elles arrivèrent au bord de la rivière. Une femme sur l'autre rive se déshabillait.
I. Le peuple russe appelle allemaocls, wttfm/s/, tous les étrangers.
— C'est notre Fiokla, dit Maria, la reconnaissant. Elle va travailler dans la cour du barine *, chez les n'i^isscurs... Elle est dévcri-ondée et insolente en diable !
Fiokla, brune, les cheveux épars, jeune encore, el ferme comme une jeune fille, se jeta dans l'eau et se mit à l)arboter avec les jambes ; il se fit autour d'elle des ondes de tous cotés.
— Dévcr^-ondée en diable! répéta Maria.
Ом passait la ri\ièrc sur des poutres branlantes sous lesfpielles nageaient, dans l'eau pure et transparente, des milliers de poissons àlarçe tète. De la rosée brillait sur les arbustes verts qui se rélléchissaient dans l'eau. Il montait des souffles chauds, délicieux. Quelle belle matinée!... Et comme la vie aurait été aij-'réable dans ce monde, s'il n'y avait pas eu le l)esoin, le besoin eftrojable et sans issue que personne ne peut éviter!... Mais il suffisait de se retourner vers Joukovo pour se ress(juvenir au vif de toutes les scènes de la veille. Et le charme émanant de tout ce qui vous entourait s'évanouissait en un clin d'o.'il.
Les deux femmes arrivèrent à l'éi^lise. Maria s'arrêta à l'cntré-e, n'osant pas aller plus hiin. Elle n'osa pas non plus s'asseoir, bien f[u'on ne commençât à sonner la messe (ju'à neuf Ik'uics. Elle se tint debout tout le temps.