‹ Les Moules Marines des Côtes de France: Leurs SalubritéChapitre 17 sur 35 · ONE A · texte numérisé non relu

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était l’envasement qui pouvait les faire périr ou leur donner un goût désagréable.

La « Via » de terre qui conduisait à Romanguy, semble avoir été des plus importantes. Près des « moulières », on retrouve un établissement de potier qui devait fabriquer les tuiles nécessaires à l’industrie mytilicole ; les tuiles retrouvées aux deux endroits étaient identiques, faites de la mêmeterre. Cette terre, d’après l’archéologue Delidon, aurait un rôle capital] dans l’industrie et aurait donné aux moules les qualités qui les rendaient supérieures.

Ces tuiles auraient-elles servi de collecteurs comme l’affirme l’auteur ?

De nos jours, dans cette même région, la culture à plat se pratique, mais avec moins d'importance et sans l’utilisation du dallage artificiel. La réputation des moules de la Bodelinière n'avait pas faibli au temps féodal « les seigneurs du Poitou tenaient à l’honneur de faire figurer sur leurs tables ce mollusque appétissant et les sires d’Aspremont, de Ryé et de Comméquiers » les appréciaient. Cette industrie prospère devint-elle un encombrement pour la navigation sur le fleuve ?

« Le 3 septembre 1615, Marie de Luxembourg, dame de Ryé, ordonne à ses officiers de faire détruire les moulières établies dans le lit de la Vie qui gênent la circulation ». C’est donc de cette époque que doit dater la disparition de l'industrie à la façon romaine.

Plus tard, les dépôts de moules sur ce terrain si propice à la mytiliculture reprirent, en les nommant «traits ». Ces «traits de moucles » se vendaient comme on vend une maison. Notre notaire archéologue voulut, en 1871, recréer cette industrie et 1l fit proclamer par des «compétances »— sans doute gastronomiques — «la supériorité de race de qualité, de grosseur » des moules de la Bodelinière sur celles des Charentes et de l’Aïguillon. Un expert

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affirma les manger « en guise d’huîtres d’Ostende » et il préconise la conserve en boîte de fer blanc par le «procédé d’Appert ». Re : Notre Vendéen enthousiaste étudie la reprise de l’industrie déchue ; il « observe » que les deux rives de

Gisement de moules (Cliché Lambert)

la rivière ont les mêmes propriétés pour l’engraissement ; il faut éviter les éboulements de terrain recommande-t-il ; la moule aime la vase dure ; il lui faut une eau troublée par la vase, l’eau trop claire ne l’engraisse pas ; poussant plus avant ses considérations, il discute les avantages de la culture à plat sur la culture en suspension : les bouchots.

Cette culture à plat n’était certainement pas un privilège régional. |

De nos jours, le principal centre de la culture à plat est sans contre dit : Le Croisic. |

On retrouve là l’appelation «traict », terrains où sont situés les parcs à coquillages. Le Docteur Lambert donne la date très récente de 1880 pour la première demande d'installation de parcs à moules. Cinq hectares, étaient Concessionnés en 1888 ; dix ans plus tard, trente hectares étaient exploités. Ceci n’alla pas sans difficultés car de nombreux saulniers se plaignirent, à tort, de l’exhaussement du terrain produit uniquement par les moules dans les parcs. Attaquée tantôt par les uns, tantôt par les autres, la culture à plat du Croisic fut : maintes fois entravée par la seule raison de concurrence jalouse. °

On applique les grandes règles de l'élevage { proportionner les quantités de moules à la superficie occupée, «chaque jour, le parqueur, qui visite ses élèves, les bine, enlève autour d’eux les saletés, veille sur eux comme une nourrice consciencieuse ». Tous les deux ans le parc est : nettoyé à fond.

De nos jours, la superficie des cultures à plat dans les traicts du Croisic atteint 125 hectares. Chaque hectare suivant sa qualité, c’est-à-dire sa situation, peut fournir de 50 à 120 tonnes de moules. Le ramassage se fait en moyenne tous lés deux ans. Le naïssain est pris sur les bancs naturels de Noirmoutier.

Il est un autre centre important de culture à plat : celui d’Isigny dans le Calvados. Les « Caïeux » de l’embouchure de la Vire sont réputés dans la Normandie et tout le Nord-Ouest de la France. En 1909, un raz de marée détruisit les moulières naturelles. Après cette catastrophe, les « picoteux » (pêcheurs de moules) décidèrent d’entreprendre la culture. D'abord, ce fut un essai de «bouchots » ou élevage en suspension, qui devait échouer parce que ne convenant pas à la région parcourue par des courants trop forts. C’est en 1921 qu’un Syndicat de pêcheurs de moules entreprit alors la culture à :

plat. La réussite fut complète et ce Syndicat de mytiliculteurs est fondé avec des règles de mutualisme strictes. La pêche ne s’y pratique qu’en été.

Le Croisic et Isigny sont les plus grands centres d’élevage à plat. Quelques pares sont isolés sur la côte Sud de la Bretagne à l'embouchure de la Vilaine et de Ja Vie.

Bien plus récente est la méthode d’élevage en suspension ; elle ne daterait en France que du XIIIe siècle.

Un jour de l’an 1235, une forte tempête s'élève brusquement sur l’Atlantique; une petite barque partie d'Irlande et voguant dans les parages que l’on nomme la baie.de l’Aiïguillon, est jetée à la côte. Eiîle est montée par trois hommés et chargée de moutons noirs; c’est l’inévitable naufrage, maigré l'intervention des habitants du petit village de pêcheurs d’Esnande. Deux ‘hommes sont balayés par les lames, le troisième seul est sauvé : c’est le patron du petit bateau. Il se nomme Patrice Walton.

Perdant tout espoir derevoir un joursa patrie, l'Irlande, l’étranger reste parmi les pêcheurs qui l’ont secouru. Dans ce pays où l’on ne voit pour tout horizon qu’un cercle plat, ici bleue : la mer, là, noirâtre : la terre brumeuse, pour vivre, notre Irlandais pêche, mais, esprit observateur, il contemple ces muïtitudes d’oiseaux qui fréquentent ces parages et qui, le soir, en bandes compactes, se confondent avec la vague soulevée par le vent, ou . qui s’étalent sur le sol vaseux encore plus plat que la surface de l’eau. Il devint chasseur ; il construisit un filet immense de 300 mèêtres de long, qu'il fixa verticalement au moyen de pieux enfoncés dans la vase. Pour ce travail, il fallait circuler sur un lac de boue: il fabriqua alors une caisse en bois, plus longue que large, assez profonde, qu'il nomma « acon ». Il se déplaçait dans cette sorte de barque à fond plat, en se'servant d'une jambe passée par dessus bord et qui prenait appui

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sur la vase : une extension rapide et l’engin glisse. Les chasses étaient variées et des plus fructueuses. Abondance de biens ne nuit pas et l’Irlandais était bien vu par ses hôtes qu’il comblait de nourriture, Mais, ne leur devait-il pas la vie ?, Bientôt, l'esprit observateur de l'étranger lui permit de constater qu’à la base des pieux, qui soutenaient son « allouret » (filet de nuit } se fixaient des moules. Celles-ci devenaient plus grosses que toutes celles que pêchaient les gens de la région ; elles étaient plus grasses, moins amères, très agréables au goût ; elles venaient s’y fixer en abondance. L'idée pratique de Cette observation germa aussitôt dans sa tête : faire l'élevage de ces moules qui acquièrent si rapidement cette grosseur, cette délicatesse de chair. De là, devait naître le premier bouchot. Le navigateur devenu chasseur devint « boucholeur » mytiliculteur.

Walton multiplie les piquets, recueille les petites moules : le naissain. Il observe, expérimente, Il plante deux rangées de pieux faisant un angle d’environ 450 et réunis à une extrémité ; chaque rangée est longue de 200 mètres. Ces pieux, espacés d'environ un mètre, dépassent le sol d'un mètre. Chaque marée les couvre. Il tresse entre ces pieux des branchages. Ces haies furent appelées « bouchots » (d’un mot celte « bout » signifiant clôture et de «choat », mot irlandais désignant le « bois »). Dans ces haies, ces fascines, il place le naissain qu'il ramasse sur des pieux isolés.

De ces bouchots, il tire encore profit de la disposition : au sommet de l’angle, il place un filet à poissons ; à marée descendante, les poissons situés entre les deux haies sont canalisés dans le filet.

C’est ainsi que Patrice Walton, l’Irlandais naufragé, l'observateur intelligent et génial, sut remercier ses serviteurs en donnant une industrie et la richesse à ce pauvre

pays.

Légende ! n’ont pas manqué de crier certains savants en lisant cette histoire quelque peu romancée dans le temps qu’elle mit à venir jusqu’à nous.

D'abord, la date du naufrage n’est pas toujours la même 1236, 1246, 1035. Ces deux dernières dates sont

Bouchots en V — Le filet à poissons (Cliché Dupain)

données par le même auteur, le Docteur d’Orbigny, ancien médecin militaire, à quelques années d’intervalle. Il aurait donné des « précisions » d’après un livre daté de 1598.

Le Docteur Maxime, en 1913, recherche l’ouvrage cité et, d’après lui, ce dernier n’aurait jamais existé. Dans les archives de La Rochelle, on ne fait aucune allusion à la découverte et à Walton.

Les historiens ont enregistré la date de 1235, et l’exis-

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tence de Walton qui n’est pas résolue, n’est plus contestée.

Nous ne pouvons apporter à la thèse de l’existence de l'Irlandais que la présence dans le pays même, Esnande, d’une famille du nom de Valton.

À la fin du siècle dernier, M. Coste espérait que « la reconnaissance publique élèverait un monument à la mémoire du créateur des DIRARE qui sut donner la richesse à une vasière ».

Maître Delidon, l’enthousiaste de la Bodeliuière, émit l'hypothèse que Walton, lorsqu'il créa, à la fin de l’an 1235, les bouchots de l’Aiguillon, connaissait, puisqu'il était navigateur, l’industrie si importante de la Bodelinière, et que, s’il créa le système des bouchots de la suspension, c’est qu'il lui était impossible d’agir comme dans le port de Riez. | |

Ne serait-il pas plus sage de penser, si l’on ne veut pas accorder de gloire à Walton, que ce dernier avait vu dans son pays l’élevage par le système des bouchots. Il existe d’ailleurs, de nos jours, des bouchots, en Irlande. Leur histoire daterait de quelle époque ?

En France, cette culture en suspension, demandant beaucoup de travail, et assez coûteuse, est assez peu répandue. Mais la principale raison de la rareté des’ bouchots, c’est qu'ils ne conviennent pas partout.

Il faut un endroit parfaitement abrité du gros temps : un bouchot enlevé par la tempête compte non seulement par la perte de ses fruits, mais aussi par la grosse perte du matériel et du travail qu'il a fallu pour l’établir.

Il faut aussi un terrain spécial où l'épaisseur et la consistance de la vase ne permettent pas la culture à plat qui n’est pas coûteuse et donne moins de peine.

Un avantage, malheureusement trop peu rémunérateur, c’est la qualité gastronomique et aussi hygiénique des fruits récoltés.

Sur les côtes de France, nous trouvons les bouchots :

10 De la Vilaine (15 km). : MEME

29 Du traict de Pen-Bé. à

30 De la baie de l’Aiguillon. Ce sont les bouchots: les plus importants du monde entier.

Leurs concessionnaires habitent dans les communes qui bordent l’anse : l’Aiguillon-sur-Mer et Saint-Michelen-l’'Herm, en Vendée ; Charron, Esnandes et Marsilly en Charente-Inférieure. Cette exploitation de bouchots présente un longueur de 375 km. environ.

40 De l’anse de Fourras (60 km.). Il sont exploités par des boucholeurs de Châtelaillon et d’Yves en Charente-Inférieure. Dans ces concessions, l’épaisseur de la vase dépasse souvent un mêtre. |

5° De l’Ile-Madame (10 km.), à Port- -des-Barques-

6° De l'embouchure de la Charente, à l'embouchure de la Seudre (40 km.) (région de Marennes) Saint- Froult, Brouage, Mérignac.

7° De l’île d'Oléron (31 km.) Boyarville.

De nombreuses tentatives de création furent faites à Isigny, au Croisic : elles donnèrent de mauvais résultats. D’autres essais sont entrepris dans le fond de la baie de Fromentine et dans l'estuaire des chenaux du Payré.

Dans la baie de l’Aïguillon, là où voici sept siècles, ne s’élevaient dans l’uniformité du paysage que les quelques cents mètres de bouchots de Walton, s'élèvent aujourd’hui une forêt des plus prospère, 375 km. de clayonnages, placés en lignes régulières comme des arbres fruitiers en espaliers dans un beau verger.

Nous allons parcourir les bouchots du « Génie » dont la majorité des propriétaires sont Aiguillonnais, souche de vieilles familles de boucholeurs aimant leur métier.

Il faut s’embarquer au port de l’Aiguillon-sur-Mer sur la rive gauche, à l'embouchure du Lay.Ce port possède une flotille bien spéciale. Ses bateaux, comme les paysa-

ges de marais poitevin qui vient se noyer là, dans cette mer grise, rappellent la Hollande. Ce sont des « bateaux à dérive »; ils permettent de naviguer à la voile sur des eaux peu profondes sans risque de trop dériver, c’est-à-dire d’être déporté par la force du vent dans la voile. La dérive est une quille mobile que l’on peut enlever à volonté, si l’on veut échouer sur les bancs de terre ou de sable. Généralement, une seule voile éarrée, rouge ou jaune avec un ou deux ris, est hissée au mât. Quelquefois, elle est suppléée par un « tape-cul» quand le vent est trop mou; parfois, et cela devient la généralité, un moteur de sept chevaux vapeur environ est adapté «pour aller plus vite ». |

Dans le bateau, tous les instruments pour la pêche prennent place; l’acon est hissé à bord jusqu’au lieu de pêche, derrière suit, dans le sillage, une yole de mer, où est*chargé le bois nécessaire à préparer ou réparer les bouchots. La yole est un bateau plat, moins maniable que l’acon, de quinze pieds environ et le remplaçant par beau temps pour pêcher sur les bouchots à demidécouverts par la mer.

Au jusant, entraîné par lui, une heure ou deux avant la basse-eau, la flotille, descend les dernières eaux du Lay dans les « passes » qui commencent à apparaître. Sur la rive « des caves », des buissons artificiels, d’un vert, foncé, plongent dans les dernières eaux du fleuve, perpendiculairement au lit : ce sont les Tamarinières; nous nous y attarderons au retour de la pêche. La mer, avec ses vagues écumeuses, révèle ici et là les bancs mouvants de sable qu’elle habille de bave. Bientôt, nous longeons à un kilomètre, la grande digue qui protège le marais poitevin de la Vendée, menacé par les eaux salées comme est menacée la Terre des Pays-Bas. Le boucholeur connaît ses amers et, bientôt, il largue la voile. Le temps de se réconforter un peu,

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