Petit banc
III Acon (vue supérieure).
IV Pigouille: 3 à 4 mètres, en châtaignier.
de prévoir le travail ; et la mer, qui descend vite sur la côte plate, laisse apparaître des lignes noires, parallèles et qui s’allongent en s’approchant de nous de plus en plus. On place le bateau entre deux rangées et après avoir levé la dérive et le gouvernail, l’eau s’en allant sous lui, il s’échoue doucement, sans secousse et parfaitement stable. On met rapidement pied à terre, l’acon est jeté sur la vase et le boucholeur, botté de « cuissards » de cuir ou de caoutchouc, va faire la cueillette des moules dont il a besoin pour la vente. Comme c'est très grande marée et que les bouchots ne découvrent entièrement qu’aux cotes de 110 environ, il faut pêcher les moules qui sont au pied des bouchots.
Un peu plus loin, dans un bateau non encore échoué, deux hommes remplacent des pieux verticaux pourris dans un vieux bouchot ; cela se fait, en général, si les pieux sont en sapin, tous les trois ans ou tous les six ans ou sept ans, s’ils sont en chêne,
Au moyen d’une pompe aspirante et refoulante, que fait tourner le moteur du bord, le trou est creusé sous l’eau, près du vieux pieux qu’on laisse ou qu’on arrache ; l’eau refoulée avec force dans un long tuyau en acier, chasse la vase puis le sable, pour faire le trou où l’on place le pieu neuf. Il est en bois rude, ébranché, protégé par l’écorce. Pendant qu’un homme manie le long tuyau qui n’a pas moins de 2 m. 50, l’autre homme fait glisser le pieu pour l’enfoncer par le bout le plus gros. Le pieu qui a 4 mêtres de long sur 10 à 20 centimètres de diamètre, est enfoncé dans le sol de deux mètres. Ainsi, ces pieux peuvent résister parfaitement aux gros temps.
L'opération a demandé 10 minutes. Que de progrès ! Il y a seulement quelques années, et tous les boucholeurs qui sont là ont connu ce temps, on enfonçait les pieux en frappant sur la tête avec un énorme maillet en bois. Parfois il fallait plusieurs heures pour arriver à er-
foncer un seul pieu, tout en conservant l’alignement voulu.
Ce procédé est encore employé:en certains endroits, plus particulièrement là où les fonds sont très vaseux.
Il y a 70:ou 80 pieux par 50 mètres, c’est-à-dire un pieu tous les 70 ou80 centimèêtres.
Plus loin, voici un homme et une femme finissant la construction d’un bouchot qu'ils ont entièrement refait. La femme présente à l’homme des branches de châtaignier longues de 3 à 4 mètres, qu'il tresse d’un pieu à l’autre, pour former le clayonnage. Les fascines sont tassées puis reliées par paquets avec des liens d’osier : les verdelles. La construction d’un bouchot à clayonnage est coûteuse ; elle demande du temps et du matériel.
Là, c’est un boucholeur qui place dans ses fascines des paquets de petites moules, son naissain qu’il manipule avec précaution, pour ne pas le blesser et qu’il niche entre les branches de châtaignier. Cet autre boucholeur qui fait le même travail, a dû enfermer son naïssain dans des poches faïtes avec de vieux filets. Il a dû les confectionner chez lui, parce que son naissain ne se tenait pas assez solidement en paquet; ainsi, enfermé, il sera amarré plus facilement et plus solidement dans le bouchot où il va engraisser et se bonifier. Les « pocs » de naïissains sont longues à préparer et il en faut plusieurs centaines. pour garnir un bouchot.
Mais voici notre boucholeur muni de son pêchoir. D'une main, il gratte pieux et fascines, de l’autre, il happe les paquets de moules détachés et l’acon se remplit vite. Pas assez vite encore malgré la rapidité du travail ; déjà la mer monte et il va falloir regagner le bateau.
L’acon: est vidé de son contenu à la pelle. On jette les moules sur le plancher du bateau. L’eau qui nous entoure ne tarde pas à soulever notre bateau. Comme le temps est beau, il faut en profiter pour faire une grosse pêche, l’acon est repris par le boucholeur qui le conduit sur l’eau
cette fois, au moyen d’une perche : la pigouille que parfois l’on remplace par la pelle. Il faut travailler avec le vent dans le dos pour être toujours collé au clayonnage. Le travail se fait un peu différemment, ou bien l’on ramasse les moules qui sont juste à la surface du flot, ou bien l’on pêche sous l’eau, toujours le plus bas possible car les marées ne sont pas toujours aussi fortes. C’est alors avec la drague qu'il faut travailler.
Dans la vole, l’aide du boucholeur s’éloigne à la rame, ou à la godille, pour pêcher lui aussi. Mais bientôt la mer, recouvre la forêt et fait surgir au-dessus tous les petits bateaux qui s’y étaient enfoncés. Il faut prendre le chemin du retour par une passe étroite dont il ne faut pas s'éloigner si l'on ne veut pas « toucher ». Nous sommes croisés par un bateau plus long, plus effilé que le nôtre, sans mât; son moteur fait grand bruit : c’est une « pinasse » de Charron qui rentre. Son propriétaire, comme bien des boucholeurs d'Esnande et de Charron, possède des bouchots dans les concessions de l’Aiguillon.
Le vent et la marée refoulent au port la flotille des boucholeurs. |
Mais aujourd’hui, la pêche est trop importante pour l'expédition, on s’arrête alors aux tamarinières. Ce sont des bouchots miniatures, ne dépassant pas la vase de plus d’un mêtre ; ils sont faits de deux rangées de pieux assez près l’une de l’autre et comblées de branches de tamarin (arbre maritime commun dans le pays) à la façon d’un épais buisson. Le surplus de la pêche est jeté à la pelle dans ce buisson aux branchages verticaux. Les tamarinières sont des réserves dont le boucholeur se sert : quand une commande trop grande le surprend, quand la tempête ne permet pas d'aller à la mer, quand le temps manque.
Un bateau, plus loin, est arrêté près d’une île qui sera submergée à marée haute ; le boucholeur qui n’a pas de
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tamarinières ou dont les tamarinières sont trop pleines, étale sur la vase les moules qu’il a pêché en trop.
Suivis de nombreux oiseaux aquatiques qui nous accompagnent de leur vol rapide et gracieux, avec leurs cris sonores, nous arrivons au port en pensant à Patrice Walton, ses oiseaux et ses moules.
Maintenant, il faut laver les moules avant de les expédier. Les boucholeurs bottés se munissent de leur panier “mécanique. Ce panier est fait de lamelles de châtaignier ou en rotin. Il a une forme spéciale qu’un artisan du port sait si bien lui imposer. Le panier est rempli de moules ; le laveur s’enfonce dans l’eau du Lay jusqu'aux mollets, tenant l’anse du panier à deux mains; il lui donne des mouvements saccadés dans le plan de l’anse; les moules tournent autour du plus grand axe du panier, se frottent les unes aux autres ; les balanes qui sont nombreuses aujourd’hui parce que la pêche s’est faite dans les basses-eaux, sur les fascines inférieures, se détachent en partie ; la boue est enlevée par ce brassage dans l’eau. Au bout de quelques instants, les moules dans le panier ont pris une belle couleur noirâtre. Le panier mécanique est alors vidé dans le panier mannequin en osier qui servira à l'expédition. Ainsi toute la pêche passe dans le panier mécanique au lavage et les paniers mannequins, tapissés d’herbes sèches coupées dans les marais, sont remplis. On tasse les moules, on rembourre la surface avec des herbes rudes ; l'étiquette et la feuille d’expédition sont prêtes. Des camions rapides attendent sur le quai, le tramway est sur le départ … Voilà la marée finie.
Le travail du boucholeur n’est pas de longue durée, mais il demande une grande rapidité d’action dès l’instant où il commence.
Comme il nous faut profiter de la grande marée bien que toutes les expéditions soient faites à cette première marée du matin, nous retournons aux bouchots au flux
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du soir. D’autres boucholeurs retournent aux bouchots d’«amont » où se fait la pêche soit pour pêcher à nouveau, soit pour travailler aux fascines ou aux pieux. Nous allons, nous, aux bouchots « d’aval», les plus avancés en mer. Là, impossible d’échouer, la mer ne découvre jamais les pieds des pieux, et rarement leur tête. Ces bouchots sont les bouchots à naissain ; simples rangées de pieux sur 50 mèêtres de long, sur plusieurs lignes, moins espacées que celles des bouchots d’amont. Ce qui les caractérise surtout, c’est l’isolement des pieux qui ne sont pas clayonnés par des fascines.
Un règlement autorise trois pieux au mètre courant (150 par 50 mèêtres). Les pieux les plus près des côtes ont quatre mêtres de long, tandis que les plus avancés dans la mer pourront avoir 4 mètres 66.
Sur les pieux mis à nus, raclés, propres, dès le début d’avril, pousse un hydroïde, le Tabularia mytiliflora à longs filaments grisâtres.
La flore algologique du littoral est en rapport étroit avec la présence et la croissance des moules. L. Berner cite l’Ulva lactuca qui pousse en fonction de la salinité, Gracillaria confervoïides, dura, Enteromorphe compressa, Corallina officinalis, qui poussent dans les eaux calmes, renouvelées, parfois polluées.
Ce sont sur ces filaments que vont se fixer de suite les petites moules, puis sur le bas des pieux. Ces pieux sont de préférence en pin jeune, à écorce dure et assez lisse ; ce bois donne de meilleur rendement surtout quand il est neuf. Sur un pieu qui a déjà fait une récolte, il faut, si l’on veut avoir un naïssain abondant et se développant bien, un nettoyage ou grattage consciencieux que l’on fait avec un instrument spécial : la gratte.
Les petites moules qui les recouvrent font paraître les pieux d’ébène. C’est le naissain ou « nouvelain ». Le boucholeur en cueille des paquets qu’il ira placer dans
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