‹ Les Moules Marines des Côtes de France: Leurs SalubritéChapitre 27 sur 35 · ART · texte numérisé non relu

ART

L’étiologie de ces grandes intoxications est très complexe.

Très simplement, les anciens les attribuaient à quelques sortilèges ou à l'influence de la lune.

On a toujours longuement disserté sur les causes et voilà où l’on en était en 1876.

(Dechambre) : on ne croit plus à l’action des pinnothères. Deux auteurs, Chevalier et Duchesne ont fait remarquer la fréquence des petites crabes dans les moules ; ils ajoutent à leur thèse que les pinnothères sont des aliments recherchés aux Etats-Unis.

On admet comme possible l’action vénéneuse de la « crasse de mer », l’écume jaunâtre des vagues qui, souvent s’accumule dans les baies, où la rassemble le vent et les courants (Lamouroux)..

On discute : sur la présence du frais d’astéries à l’intérieur des moules ; sur la toxicité du frais des moules (Dechambre) ; sur le cuivre : Bouchardat, en 1837, accuse spécialement les sels de cuivre après des dosages. Il conclut : «les moules peuvent naturellement contenir une quantité de cuivre assez grande pour empoisonner », que ces moules doivent être pour cela pêchées sur des coques de navires doublées de cuivre. 3

Pourtant, plusieurs médecins : Lemaire, Eydoux, se demandaient pourquoi : «les forçats ou les marins » qui mangeaient des moules ramassées sur le cuivre des navires n'étaient pas malades. Chevalier reprend les analyses de Bouchardat et ne trouve que des traces de cuivre dans les moules incriminées. Il fait remarquer que «la moule ne touche au cuivre que par le byssus et non par la coquille comme l’huître». Un « savant pharmacien de la marine, Heckel, plonge les moules dans des solutions cuivreuses différemment titrées ; les moules crèvent dans les solutions dépassant 0 gr. 85 pour 1.000

LPO

et ne peuvent jamais survivre à un début d'intoxication. Cette fois, le cuivre est mis hors de cause.

On discute sur les propriétés vénéneuses des aliments dont se nourriraient les moules : les Pommes de mancenillier et diverses plantes marines narcotiques.

On discute aussi :

sur la putréfaction des moules ;

sur une altération morbide qui pourrait « faire résider le venin tantôt dans toutes les parties de l’animal, tantôt dans un de ses organes ».

Donc, en 1876, on a éliminé, d’une façon définitive, seulement quelques causes mises en jeu pour expliquer les intoxications produites par les moules.

Divers auteurs avaient pensé à une idiosyncrasie de l'estomac (Orfila), explication facile pour cacher l’ignorance.

Balbaud donne une autre hypothèse : tous les mollusques renferment en eux un principe actif, peu abondant, mais capable d'augmenter sous l'influence de diverses conditions : crasse de mer, présence déCuivré etc,

Il faut arriver au XXE siècle pour avoir plus de précisions. On reprend, en la modifiant, l'hypothèse de Balbaud : la moule peut élaborer des substances toxiques résultant des sécrétions glandulaires ou de produits de désassimilation qui lui sont donnés physiologiquement par la propre activité de ses tissus.

Quels seraient donc ces produits toxiques ? Le Professeur Richet isole avant la guerre la «thalassine » et la « congestine ».

La thalassine est un corps azoté, cristallisable, soluble dans l’alcool, ne se détruisant pas par la chaleur.

La congestine est une albumine soluble dans l’eau et insoluble dans l’alcool, ce qui permet de la séparer de la thalassine ; elle est détruite à l’ébullition.

La mytilitoxine ou mytilo-congestine (C5 H1% NO)

Page 1