‹ Les Moules Marines des Côtes de France: Leurs SalubritéChapitre 30 sur 35 · MOTS · texte numérisé non relu

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de Mindererus, etc. Quand le malade délire, ou est en état d’excitation nerveuse extrêmement poussée, les antispasmodiques sont du meilleur effet : éther, valériane, musc.

A l'heure actuelle, le traitement n’a pas changé; on cherche comme dans tous les empoisonnements, à débarrasser au plus vite le tube digestif ; l’antidote de la mytilotoxine n’est pas connu. On soutient le cœur avec de la caféine ou, mieux, de l'huile camphrée. La thérapeutique est celle des symptômes, variant avec les cas et avec les sujets.

Quant à la prophylaxie, elle est très difficile à établir car des personnes qui depuis toujours ont mangé des moules, peuvent un jour être prises de malaises. Les sujets ayant eu un accident mytilique bénin ou grave devront s’abstenir de cet aliment.

Prévoir et reconnaître microscopiquement les moules à rejeter de la consommation, nous l’avons vu, est impossible. Une seule chose peut être évitée et elle est d'importance : ne pas pêcher les moules en des lieux souillés : bouche d’égout, port, etc.

Nous verrons, après avoir étudié le rôle de la moule dans les épidémies de fièvre typhoïde, que le consommateur français n’est en rien protégé contre ces accidents. |

Fonteneau 7

FIÈVRE TYPHOIDE

Coquillages et fièvre typhoïde sont un problème national d’actualité où la moule est une des principales données. M. Belin, docteur vétérinaire, directeur d’un Institut bactériologique à Tours, dans une douloureuse

circonstance, a ouvert une enquête dont il annonce le résultat : depuis 15 ans, 25.000 morts, 100.000 malades. Le Professeur Boinet, inspecteur départemental d'hygiène (Bouches-du-Rhône) et le Docteur Teissonnière, délégué de l’Office scientifique des Pêches (Méditerranée) ont présenté à l’Académie de Médecine, le résultat de leur enquête dans la région méditerranéenne, là où sévit plus particulièrement la fièvre typhoïde à l’état endoépidémique. | |

Les statistiques civiles officielles sont très loin de la vérité car de nombreux cas ne sont pas déclarés aux Bureaux des Services départementaux d'hygiène. Ne se basant pourtant que sur ces statistiques, à Marseille, en 43 jours, sur 191 cas déclarés, 74 sont d’origine coquillagère ; à Nice, en 1928, 32% des cas sont attribués aux coquillages ; à Cannes, de 1925 à 1928, 35% des cas.

Dans leur enquête très complète, ils cherchèrent à déterminer les coquillages porteurs des germes : les huîtres (pendant les années citées) ne dépassent pas le chiffre de 35%, à Nice et à Cannes 6%. Pourtant, à elles seules, elles représentent une grande partie de la consommation des coquillages.

Parmi les coquillages contaminés les moules ont le . plus gros pourcentage : 65% et même 93,4%.

RÉMOO LE

La gravité des cas de fièvre typhoïde attribués aux coquillages est grande puisque l’on a observé 28% et même 40% de décès. 0e

Carrieu et Pappas, dans une statistique des cas de fièvre typhoïde, comparent le nombre des cas d’origine coquillagère et le nombre des cas d’origine diverse. Les chiffres que ces auteurs donnent varient dans les environs de 50%.

Pour les divers coquillages mis en jeu, ces auteurs donnent les chiffres |

Moules Fe 28 Cas Huîtres 14 cas DE Clovisses 11 cas à Bijus 5 cas . Moules 20 cas Huîtres 6 cas Eu Clovisses 6 cas Palourdes 1 cas

Nous ne pourrons pas donner un tableau d'ensemble des, grandes épidémies de fièvre typhoïde d’origine mytilique car elles furent très nombreuses et l’origine fut souvent douteuse, et parfois même ignorée.

Les pays étrangers, plus prompts que nous dans leurs décisions ont agi en conséquence ; ilsont, pour la plupart, créé une organisation sanitaire pour l'inspection de tous lescoquillages, avant leur pêche jusqu’à leur consommation.

Nous donnerons comme exemple d’épidémie de dothiénenterie, celle qui sévit en 1930 dans la région vendéenne des Sables-d'Olonne et des communes avoisinantes. Pendant de nombreuses années, la fièvre typhoïde y régnait à l’état endémique quand brusquement une épidémie avec de nombreux cas fit tache d'huile.

Le Docteur Marchand, le Professeur Labbé, l’Inspecteur régional de l’Office des Pêches, M. Dupain, le Directeur du Bureau département d'Hygiène, M. Duvic,

chargés de l'enquête, purent mettre en évidence l'origine coquillagère. Ils purent trouver par les dates d’éclosion des cas, le point de départ de l'épidémie. Ils suivaient par ces dates le chemin qu'elle avait parcouru, lequel chemin se décalquait sur celui parcouru par les mareyeurs de Jard. On accusa dans les coquillages vendus : huîtres et moules. ù

On reconnut facilement queles dépôts clandestins des mareyeurs dans les chenaux de Talmont et du Payré étaient très fortement pollués.

Les dépôts, sortes de parcs de réserve, sont très fortement avancés dans les terres. L'enquête sur l’hygiène de la région, révéla le système du «tout à l’eau » des habitants de la région et dans l’agglomération de Talmont, on nota : l’absence de W.C. étanches, une tuerie particulière jetant toutes ses eaux dans le chenal, etc.

Malgré ces révélations, l’enquête ne put certifier que les bacilles d’Eberth, répandus dans la région, provenaient des dépôts. Mais un marayeur était accompagné dans son travail d’un soldat, en convalescence de fièvre typhoïde. .

Les mesures dictées immédiatement pour enrayer l’épidémie furent vraiment efficaces et il importe de les citer IC.

Divers arrêtés préfectoraux furent pris : 24 septembre 1930 : interdiction de la vente des coquillages provenant de la côte entre la pointe Nord du havre de Saint- Gilles et la rive gauche de l'estuaire du Lay, soit environ 40 km. au Nord et 40 km. au Sud du point suspect ;

20octobre, régression des limites à quelques kilomètres ;

6 janvier 1931, permission de colportage pour les bernics et les bigornaux ;

27 mai, levée des arrêtés sous réserve.

Dès le début de l’épidémie, des affiches furent placées dans la région par les soins du Bureau départemental

d'Hygiène, indiquant les précautions à prendre pour éviter la propagation. Les écoles furent fermées. Des vaccinations antityphiques furent pratiquées par le Service d'Hygiène.

On a du à ces décisions énergiques de voir enrayer de suite l'épidémie éberthienne. En 15 jours, il y avait eu 95 cas. Un rapport datant de juillet 1931, signé par les enquêteurs : Labbé, Duvic, Dupain, donne les conclusions suivantes :

1° Fixer une limite d’établissement des parcs dans les chenaux de façon que les eaux recouvrant les coquillages soient soumises à l’effet des marées. Supprimer les établissements qui n’y sont pas.

29 Interdire tout déversement d’eaux usées, ménagères ou industrielles (abattoirs, laiteries, porcheries, lavoirs communaux) dans les chenaux.

Curage des lits des chenaux ; désinfection des eaux en amont par l’hypochlorite de soude.

39 Assimiler les coquillages aux°huîtres : circulation avec certificat de salubrité.

49 Eduquer les pêcheurs et leur famille.

Instruire les consommateurs.

Lencelin, en 1928, fait un rapport sur l’endémicité typhique à Toulon : la chloration ou l’organisation pratiquée depuis 1914, sur les eaux de boisson les ont rendu parfaites ; si la fièvre typhoïde ne disparaît pas, il faut alors accuser les coquillages mangés crus, et parmi ceux-ci, les moules.

Loir et Legangnieux dans une enquête sur la recrudescence en 1934 de la fièvre typhoïde au Havre, dont la cause est la grande consommation de coquillages cherchent les causes qui peuvent produire une infection spéciale sur les mollusques.

A l'embouchure de la Seine, de nombreuses usines de raffinage de pétrole se sont élevées en quelques années.

Ces usines déversent dans les cours d’eau et à la mer des liquides, un mélange de mazout. Lanavigation au pétrole prend, elle aussi plus de développement de jour en jour ; il y a rejet à la mer de matières qui peuvent être nocives. On s’est plaint de l’influence néfaste de ces matiéres sur les oiseaux aquatiques qui meurent quand le sebum qui enduit leurs plumes et les protège du froid est dissous par les hydrocarbures et quand ces mêmes hydrocarbures empêchent le fonctionnement de leurs glandes sébacées. Ê

. Le mazout ne semble pas influencer la vie des poissons et des crustacés. Quant aux moules elles craignent le mazout, l’expérience de ces auteurs montre que le mazout rendrait les moules « malades »; leurs corps deviendrait jaune et flasque. On peut toujours déceler la présence du mazout à l’odeur. La mazout n’à aucun effet sur les bacilles typhiques et paratyphiques À et B. Les auteurs concluent : « Les moules touchées par le mazout deviennent rapidement malades, déficientes ; elles n’expulsent plus au dehors les produits nocifs à leur organisme. Elles ne s’ouvrent presque plus et si elles contiennent des germes, ceux-ci se trouvent alors dans des conditions très favorables à leur propre culture et à leur rapide développement.

Sur des moules « droguées » et ensemencées de microbes, au bout de 5 heures, il y avait une véritable bouillie microbienne.

On a pu se demander comment les poissons, les crustacés vivant dans des conditions identiques d’insalubrité n'étaient pas dangereux à consommer. La réponse est simple : les mollusques sont toujours ou presque toujours mangés crus, tandis que poissons et crustacés sont ingérés cuits.

La consommation de moules crues est considérable sur nos côtes. Brouardel et Renard en 1934 cherchèrent

par expérience à savoir si les procédés habituels de préparation culinaire des moules étaient efficaces pour la destruction des bacilles d’Eberth. Ils ont généralement obtenus la destruction totale de ces «germes ». Les préparations culinaires choisies dans ces expériences sont dites «à la marinière » et à « la poulette ».

Ayant vu les dangers de la fièvre typhoïde dans la consommation des coquillages et en particulier des moules crues, nous allons étudier maintenant les causes d’apport du bacille d’Eberth contaminant les moules.

Les coquillages peuvent être contaminés de deux façons

19 Dans la mer,avant la pêche ; on pourrait qualifier cette contamination de naturelle.

29 Après la pêche. Contamination articielle, par différentes causes : par le pêcheur ; dans le transport ; par le détaillant et même chez le consommateur,

10 La contamination dans la mer se fait par l’apport d’eau ou de matières polluées sur le lieu où vivent les coquillages à l’état naturel ou en culture.

Pour les moules, les gisements naturels peuvent être situés près de la sortie d’une bouche d’égout venant de la ville proche, à l’entrée d’un port où se collectent les «tout à la mer » de la Ville. Le Docteur Legendre signale les réels dangers que fait courir le soi-disant urbanisme moderne : « Par les soins de l’urbanisme moderne, de nombreuses stations balnéaires, qui ignoraient autrefois les typhoïdes sont devenues des foyers endémo-épidémiques », et, pour en arriver là, le contribuable paye «le double tribut de sa santé et de son argent ». Par le «tout à la mer », s’échappent les eaux pluviales et ménagères auxquelles s’ajoutent les excréments de toute ou d’une

grande partie de la population, les eaux des lavoirs publics, des abattoirs, etc. Le bacille d’Eberth vit indif-

féremment dans l’eau douce ou l’eau de mer et, loin à la ronde, autour de l’égout, les eaux marines sont souillées, les coquillages contaminés. « Les fruits de la mer » de ces lieux maudits, ingérés par l’homme, ne manqueront pas de lui donner la terrible maladie ; et le cycle recommence : les microbes que l’on voudrait voir disparaître à tout jamais se multiplient, se répandent à nouveau et c’est l’épidémie funeste.

Edgard Newton présenta un rapport en 1910, à Brighton, au The Royal sanitury Institue où il montra le danger du déversement à la mer des eaux d’égouts non épurées. Les marées ramènent souvent sur le rivage les eaux polluées au lieu de les conduire au large. L’autopurification des eaux de la mer ne peut se faire qu’à partir d’un point assez éloigné des côtes, 300 à 500 mètres par suite de la composition aqueuse et aussi de l’aération due aux mouvements des vagues. Mais, à cause de la densité de l’eau salée, la purification par dépôt des matières en suspension est beaucoup plus lente que dans l’eau douce.

Il faudrait donc stériliser les eaux d’égouts avant de les libérer à la mer.

La sédimentation simple aurait été reconnue suffisante en Amérique (Watson).

La stérilisation par le chlorure de chaux serait efficace (Phelp).

Cette contamination de certains points de la mer, il est maintenant difficile de l’éviter; purifier les eaux d’égouts comme on purifie l’eau de boisson, pourquoi pas? Ce sont des dépenses économiques que des pays modernes ont déjà faites.

Ce que l’on peut éviter, c’est la pollution de nouveaux points. Il faut ensuite condamner les lieux contaminés pour la pêche de tous les coquillages. C’est à cette

dernière exigence que nous nous arrêtons car ce sera la plus difficile à faire appliquer.

Tous les coquillages, et les moules ne font pas exception, engraissent rapidement dans les eaux d’égouts où les déchets organiques sont abondants. Le Docteur Teissonnière, parlant des moules dit : «leur forte taille et leur embonpoint sont un sûr garant de la souillure extrême des eaux dont elles proviennent ». Autrefois ostréiculteurs et mytiliculteurs, connaissant bien cela, établissaient dans ces lieux infects leurs parcs d’élevage.

Le décret du 31 juillet 1923 l’interdit enfin. Malheureusement, certains parcs mytilicoles situés en milieu insalubre sont épargnés de la loi; il y a des productions hors la loi contre lesquelles on ne peut rien.

Pour les gisements naturels de moules, nous avons vu que l’on ne peut pas y pêcher sans l’autorisation qui donne l'ouverture et la fermeture du banc après avis compétent d’une Commission. Pour les parcs ou les bouchots, il s’agit de propriété personnelle concessionnée et leur suppression est plus difficile à obtenir.

On alors pensé à épurer les coquillages élevés en milieu contaminé. Divers procédés ont été préconisés :

Gineste, en faisant passer un courant d’air violent, produit une suraération et cette oxydation produit la destruction des bactéries.

Firth Wells aux Etats-Unis > R. W. Dodgson en Angleterre furent partisans de la javellisation (3 pour 1.000.000 de chlore-litre).

G. Hinard rapporte que, pendant 15 ans, nr des moules fut obtenue dans de l’eau de mer chlorée (Conway en Angleterre).

Loubatié et Laporte ont préconisé de l’eau de mer iodée et stérilisée.

Toutes les expériences faites jusqu’à ce jour sur la possibilité de l’épuration des coquillages souillés ont été

concluantes. La moule ne filtre-t-elle pas en une heure deux litres d’eau ! De plus, il se produit chez tous les mollusques souillés une phagocytose qui doit déjà éliminer une partie des bactéries.

En 1896, le Professeur Cornil demandait à l’Académie de Médecine, pour la première fois, l application du principe de purification pour les huîtres, Fabre Domergue en fait la demande en 1910 à l’Académie des Sciences.

Le procédé d’épuration le plus simple est la stabulation en eau de mer «pure ». C’est en 1903 que W. Field fait les premières expériences très concluantes en Amérique sur des huîtres. C. Hinard critique le principe destabu. lation ; il n’a pas foi en son établissement en France, mais il l’adopterait s’il était surveillé bactériologiquement tel qu’il l’est en Zélande. Le principe est parfait, c’est l’application qui est difficile sans un contrôle permanent, indépendant et sévère.

Le décret du 31 juillet 1923 admet la stabulation mais ne donne pas son organisation, point capital.

Article 8. —Le Ministre de l’Hygiène, de concert avec le Ministre de la Marine marchande, veille à ce que les mesures nécessaires pour faire cesser les causes d’insalubrité des établissements ostréicoles soient prises, conformément aux lois en vigueur, par les autorités compétentes.

Article 9. — Indépendamment de la radiation, par l’application de l’article 3 ci-dessus, d’un établissement de la liste des établissements reconnus salubres, le retrait de l'autorisation ou de la concession dont l'exploitant est titulaire, peut être prononcé dans les formes prévues. par le décret susvisé du 21 décembre 1915. Ce retrait serait nécessairement prononcé si les exploitants après mise en demeure, n’exécutent pas les mesures qui leur sont prescrites pour faire cesser les causes d’insalubrité existant de leur fait.

Article 21. — Les dispositions dés articles 8 et 9 du présent décret sont applicables aux établissement ayant fait l’objet des concessions ou d’autorisation pour la production ou le dépôt de coquillages autres que les huîtres.

Ce système est mis en application par un syndicat privé méditerranéen. Il est à souhaitable que ce procédé qui facilite la surveillance ainsi concentrée, soit appliqué à tous les coquillages suspects ou contaminés. Pour les huîtres, on a créé des bassins de stabulation où les coquillages, séjournant dans une eau saine, surveillée, peuvent se débarrasser des impuretés microbiennes qui les souillent le-plus difficile est de déterminer la durée nécessaire de ce séjour en eau pure. Pour les huîtres, le temps serait plus long que pour les moules, mais cela dépend aussi du degré de pollution.

Il faut aussi une eau qui soit dans les conditions de température voulue dont l’optima est 209 et le minima au-dessus de 5°, température limite pour l’ouverture des valves.

On placerait les coquillages dans des conditions aussi proches que possible de leur vie naturelle. Mais la moule dont le byssus est arraché est un animal blessé et délicat.

L'expérience a montré que la moule supporte mal la

conservation en bassin submersible.

D'autre part, si le coquillage reste trop longtemps dans ces établissements de stabulation il perdra en eau « claire » la graisse, l'embonpoint qu'il avait acquis avant son entrée dans ces bassins spéciaux. Pour la moule dont le séjour de purification ne devrait pas être de longue durée, elle ne devrait pas perdre ses qualités nutritives et gustatives. Le temps nécessaire à l’assainissement serait calculé par des témoins. Pour créer de de tels établissements, il faut des capitaux qui, pour

l'instant, ne peuvent être fournis que par des Syndicats privés. |

Il faut songer à toutes les difficultés que les agents. actuels chargés de l'application du décret du 31 juillet 1923 rencontrent quand ils déclarent un établissement insalubre ; et c’est souvent toute une région qui est insalubre !

Les propriétaires voient leur commerce anéanti et ils restent sans ressources. C’est alors qu’interviennent, pour des raisons politiques, les démarches « qui seules aboutissent » et les établissements insalubres continuent de vivre.

En ce qui concerne à l’heure actuelle certains points de nos côtes où se pratiquent couramment la pêche et l'élevage clandestin des moules, le Docteur Belin écrit : «Les contaminations dépassent tout ce que la raison peut logiquement imaginer d’après ce que nous avons constaté ». Les délégués de l'Office scientifique des Pêches, chargés du contrôle sanitaire et les Directeurs des Services départementaux d'Hygiène ont souvent, en vain, fait des rapports. Dans toute la zone côtière des environs de Marseille, jusqu’à 300 mètres du rivage, les analyses révèlent 1.000 colibacilles au litre ; 30.000 germes au centimètre cube dont 1/3 de liquéfiants ; en des points moins privilégiés encore, on peut compter 10.000 colibacilles au litre et un million de germes au centimètre cube. Comment des moules vivant dans un tel milieu ne seraient-elles pas fortement contaminées ? Et pourtant ! Marseille mange de ces coquillages ; pourquoi s’étonner alors du chiffre donné précédemment du pourcentage des fièvres typhoïdes d’origine coquillagère dans cette ville ? Il est en de même à Toulon, où des parcs assez près des égouts voient flotter à leur surface « des matières fécales intactes »; les analyses donnent là 1.000.0000 de colibacilles au litre !

Si les gens qui mangent les moules péchées dans ces lieux ne sont pas malades, c’est qu'ils ont acquis un état de prémunition, une vaccination par voie buccale qui leur donne, par des ingestions répétées, une forte immunité. Pourtant, la pollution est parfois si élevée qu’ils sont euxmêmes atteints. On comprend aisément qu’un sujet étranger au pays, neuf, soit infailliblement contaminé. C’est pourquoi on a parlé de fièvre typhoïde «des jeunes mariés» en voyage de noce sur la Côte d'Azur, sur la Côte Méditerranéenne où ils séjournent : Sète, Marseille, Toulon.

Les parcs à moules du Saut-du-Marrot ne sont que trop célèbres, elles firent des victimes jusqu’à Paris. Dans ce lieu maudit : & au point de vue administratif, aucune concession n’y à jamais été accordée, aucune redevance n’a été perçue. Les mytiliculteurs s'installent à leur gré où bon leur semble, sans autorisation ni déclaration. On tolère parce que l’on a la perspective que cela finira bientôt ». De nombreuses réclamations se sont élevées, les enquêtes étaient faciles et concluantes ; l’Inspecteur général de l’Office des Pêches, le Docteur Lambert, donne un avertissement. Les propriétaires, pour la plupart ne sont pas même inscrits maritimes et mieux : ce sont surtout des Italiens. Plusieurs arrêtés ministériels dont un très récent, sont restés sans application, sans sanctions. La vente de ces beaux produits de la mer, sans contrôle possible et même prévu, continue.

A Sète, la situation est la même pour les moules pêchées dans le port ou ses abords immédiats.

Enfin, cette lamentable situation, dont nous sommes les auteurs et à la fois les premières victimes, est surtout localisée à la Méditerranée. Sur la côte de la Manche et de l'Océan, il n’est pas de gisements naturels, de parcs ou de bouchots, situés dans de telles conditions. Il y a seulement des régions dont la salubrité est douteuse. Il faut signaler l'épidémie du Havre en 1928 (Loir et Lega-

gneux) 56 cas et 21 décès provoqués par l’ingestion de moules crues, habitude fréquente dans la classe ouvrière ; mais l’enquête a révélé le nettoyage des moules incriminées dans l’eau du port. Il s’agit donc plutôt d’une souillure après la pêche.

Elevage des moules sur cordes (Toulon-la-Seyne) (Cliché Lambert}

I vaut mieux prévenir que guérir. C’est à la prophylaxie qu’il faut s’adresser chaque fois qu’on le peut.

La meilleure solution serait de pêcher des moules seulement dans les endroits où l’eau est saine. Pour cela il faut appliquer aux moules le décret du 31 juillet 1923 fait pour les huîtres, en le concevant un peu différemment.

1° Les moulières naturelles où les mytilicultures déclarées saines après enquête, seront placées sous la surveillance de l'Office scientifique des Pêches marines.

2° Les moulières naturelles ou les mytilicultures

déclarées suspectes ou contaminées seront classées ensemble et leurs produits pourront être vendus, mais après passage dans des établissements d'épuration par stabulation en milieu sain, appartenant à l'Etat ou au département. Ces établissements publics seront placés sous un contrôle spécial de l'Office des Pêches et surveil- lés par des agents dépendants du Ministre de l’'Hygiène, : indépendants du Ministère de la Marine marchande, dirigés par des spécialistes bactériologistes. |

30 Toutes les expéditions provenant d'établissements sains ou des établissements d’épuration, porteraient la même étiquette dite de salubrité, surveillée, avec date d'expédition.

Telle est la conception que nous croyons seule vraiment efficace pour la prophylaxie au départ.

Mais, la prophylaxie ne doit pas s'arrêter là.

20 La contamination après la pêche est un point délicat du problème et il sera souvent un écueil à la prophylaxie. La manipulation des coquillages comprend la préparation à la vente, c’est-à-dire le lavage et la manipulation a manu qui consiste en transport, vente au détail, retrempage, dégustation.

La première manipulation : le lavage après la pêche, serait facile à réglementer ; les autres manipulations resteront toujours la source de contaminations la plus difficile à tarir. |

Le décret du 31 juillet 1923 prévoit à ce sujet les deux articles suivants :

Article 17. — Sont interdites toutes manipulations susceptibles de rendre les huîtres insalubres, notamment : 19 L’arrosage ou le lavage des huîtres en vue du nettoyage des coquilles au moyen d’eau de mer impure, telle que l’eau des ports, ou d’eau douce non potable,

LA D auto

telle que l’eau des rivières, canaux, ruisseaux, dans lesquels se déversent les eaux résiduaires ou ménagères, ou d’eau potable additionnée de sel de cuisine impur, tel que le sel ayant servi au transport ou à la conservation des huîtres, poissons ou de toute autre denrée.

20 Le rafraîchissement ou la conservation des huîtres

avec de la glace impropre à læ consommation,

30 L'entreposage des huîtres dans des caisses, sacs ou paniers immergés le long des quais ou sur des emplacements sujets à souillures.

40 L'ouverture des huîtres au moyen d’outils ou 4’ appareils malpropres.

9° Le lavage des huîtres ouvertes.

60 La conservation dans une eau impure d’huîtres détachées de leurs coquilles.

En conséquence, doivent être saisies et détruites comme dangereuses pour la santé publique, les huîtres ayant subi l’une des manipulations susvisées.

Article 18. — L’entreposage des huîtres par immersion en vue d’en améliorer la présentation au consommateur, ou d’en parfaire éventuellement l’épuration, est interdit dans les établissements de vente en gros ou en détail, à moins d’une autorisation accordée par le Préfet ou le sous-Préfet après avis favorable du directeur du Bureau d'Hygiène ou à son défaut de l’Inspecteur général départemental d'hygiène.

Article 21. — ($ 2) Sont en outre applicables aux coquillages autres que les huîtres les dispositions des articles 15, 16 $ 1, 17, 18 et 23 du présent traité.

Article 23. — Les contraventions du présent décret sont recherchées et constatées par les Officiers de police judiciaire, les agents de service de l'inspection des Halles et marchés, les agents des Douanes et des Octrois, les administrateurs de l’Inscription maritime et les préposés à l’Inscription maritime, les Syndics des gens de mer,

les Inspecteurs des Pêches maritimes, les Prud'hommes pêcheurs, les Gardes jurés, les Gardes maritimes, les Gendarmes maritimes, les Inspecteurs du Service de la répression des fraudes et les Agents agréés et commissionnés à la demande des Syndicats professionnels conformément à l’article 65 de la loi des Finances du 27 février 1912.

Les procès-verbaux dressés par ces fonctionnaires et agents, dans la limite de leurs pouvoirs respectifs sont transmis :

En ce qui congerne les contraventions relatives à la production, à l'Administration de l’Inscription maritime intéressée ; en ce qui a trait aux contraventions aux règles de transport, de vente et d’importation au Ministère public près le tribunal de simple police.

Les infractions au présent décret sont punies des peines de simple police, sans préjudice, le cas échéant, des peines plus graves prévues pour la loi en vigueur, et notamment par la législation sur la répression des fraudes auxquels cas il est procédé, conformément aux dispositions de ces lois et des règlements relatifs à leur application.

Un décret du 12 août 1934 habilite les agents de l’Office des Pêches, les Inspecteurs d'Hygiène et les Directeurs des bureaux d'Hygiène à l’application de l’article 23 du décret du 31 juillet 1923.

Le décret de 1923 présenterait déjà une garantie -assez sérieuse. Mais, il est trop critiquable avec « l'esprit individualiste et frondeur » des Français comme l’écrit judicieusement le Docteur Belin.

L'article 17 interdit le nettoyage en lieu insalubre : les moules sont lavées après la pêche dans des endroits différents car les pêcheurs, pas plus que les mytiliculteurs n’ont de lieu, d'établissements, fixés pour le lavage avant l’expédition. Celui-ci lave dans le courseau où est amarré son bateau, celui-là dans le cours d’eau qui est près de son

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habitation ; cet autre dans le port où l’eau est courante, près du quai d’expédition où ses mannequins seront emportés par le camion ou le train. Comment savoir le fautif qui une fois lave là, l’autre fois là-bas ? Première lacune. Donc, prévoir un endroit où tous les pêcheurs et mytiliculteurs des ports de pêche ou de la région devront nettoyer les moules, et cela obligatoirement avant l’expédition. Cet endroit choisi par une Commission sanitaire serait facilement surveillé par les agents chargés du contrôle. + ,

Le $ 2 est applicable sans difficulté. On n’utilise que de la glace provenant d’établissements spéciaux et on n'utilise la glace que pour les très longues expéditions, le meilleur moyen de conservation étant le tassement.

Le $ 3 concernant l’entreposage n’a jamais été observé et jamais il n’y a eu d’avertissements, à plus forte raison de contraventions.

Nous avions projeté de rechercher ces contaminations ou souillures possibles par des analyses bactériologiques. Notre méthode était la suivante : analyser des lots de moules prélevés à l’arrivée de la pêche dans un port mytilicole des environs de La Rochelle, et analyser des lots de moules provenant de ces mêmes pêches à leur arrivée à Toulouse. Des analyses faites à La Rochelle et à Toulouse dans le but de rechercher la composition en Bactérium coli et en lHquéfiants, avec des méthodes de dosages identiques auraient permis des comparaisons sur de nombreuses expériences. Ainsi, on aurait pu se rendre compte s’il y avait augmentation de Bactérium coli et souillures pendant le transport, et cela avec les différentes températures saisonnières.

Des circonstances ne nous ont pas permis de mettre à exécution ce projet ; les seules analyses faites donnèrent des résultats contradictoires ne permettant pas la comparaison des analyses du départ et de l’arrivée.

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