‹ Les MousquetairesChapitre 51 sur 66 · SCENE UNIQUE · texte numérisé non relu

SCENE UNIQUE

Le Peuple traversant la seine, FINDLEY, TOM I.OWE, ATHOS, ARAMIS, D AR- TAGNAN, PORTHOS, LEROI, LA REINE.

TOUS. Au Parlement ! au Parlement !

findley, en faction à la porte du Parlement. On ne passe pas.

TOM LOWE. Gomment, on ne passe pas ....

On refuseau peuple l’entrée du Parlement..

Camarades, enfonçons les portes !

TOUS. Enfonçons les portes !

Ils forcent l'entrée et pessent mnlgré les Cerdcs. ATHOS sort de l 1 hôtellerie avec Aramis.

Chevalier, je n’y tiens plus... le peuple vient d’entrer au Parlement, il faut que nous xovons par nous-mêmes.

aramis. Et d’Artagnan qui ne revient pas!

d’artagnan , arrivant en costume d ouvrier. Ale voici... me voici... Eh bien, nous sommes donc prêts? . .

athos, t'êfu en homme du peuple. Oui,

cher ami . „ ,

aramis, en costume bourgeois. Il n y a plus que Porthos qui cherche un miroir.

Allons, Porthos.

d’artagnan. Eh bien, que dites-vous des nouveaux costumes que je vous ai trouvés?

ATHOS. Je dis que nous sommes affreux.

ARAMIS. Nous devons puer le puritain 1 faire frémir.

d’artagnan. Moi, je me sens une énorme envie de prêcher.

porthos, *nfranf. Brrr... j'ai froid à la tête , et ce maudit brouillard m’a pénétré jusqu’aux os, en dépit de cette vile casaque qui cache notre habit de mousquetaire.

athos, à d'Artagnan. Vous venez de la séance î

d'artagnan. J'arrive.

athos. Qu'avez-vous appris?

d’artagnan. Que l’arrêt sera rendu aujourd'hui, et qu’on le rend peut-être en ce momenL

athos. Qui donc ?

d'artagnan. Le Parlement pur.

aramis. Comment le Parlement pur? il y* donc deux Parlements?

d’artagnan. Par le Parlement pur, cher ami, ou entend le Parlement que monsieur le colonel l’ridge a épuré.

aramis. Ah! vraiment, ces gens-là sont donc du plus suprême ingénieux... ll’Artagnan, il faudra, quand vous reviendiez en France , que vous donniez ce moyen à monsieur de Mazarin... et à monsieur le coadju-

leur; l’un Apurera au nom do la cour, l'autre au nom du peuple ; de sorte qu’à force d'épuration, il n’y aura plus de Parlement du tout.

POnTHOS. Qu’est -ce que le colonel Pridge, d'abord?

d'artagnan. Le colonel Pridge, mon cher Porthos , est un ancien charretier ; homme de beaucoup d’esprit, lequel avait remarqué une chose en conduisant sa charrette ; c’est que, lorsqu'une pierre se trouvait sur sa route , il était plus court d’enlever la pierre que de faire passer la roue par-dessus. Or, sur deux cent cinquante-et-un membres dont se composait le parlement, cent quatrevingt-onze le gênaient et auraient pu faire verser sa charrette politique... il les a pris, comme autrefois il prenait sa pierre, et les a : etés hors de la chambre.

porthos. Joli!

d'artagnan. Commencez-vous à croire que c'est une cause perdue, Athos?

athos. Je le crains; mais cela ne changera rien à me résolution.

d’art agnan. Et par conséquent à la mienne. Vous savez ce qui est convenu entre noos, Athos; partout où vous allez, je vous suis; ce que vous faites, je le fais; entre nous, même passé , même avenir , et puisque nous avons même coeur, avons même sort...

Mais vous le savez, Athos, tout cela est à une condition...

athos. Laquelle?

d'artagnan. C’est que si jamais monsieur Mordaunt me tombe entre les mains, vous ne serez pas là pour vous opposer à ce que nous fassions de lui selon notre plaisir.

athos. D'Artagnan, pourquoi vous acharner sur ce jeune homme?

d’artagnan. Vous êtes charmant, sur mon honneur ! pourquoi m acharner sur un serpent, sur un tigre enragé! Sans compter que vous ne l’avez pas vu regarder le roi Charles d’uuc certaine façon... Si vous aviez surprix ce regard-là comme moi. Athos, je vous déclare que vous écraseriez monsieur Mordaunt sans pitié ni miséricorde, car ce regard voulait dire : Roi Charles, je te tuerai comme j’ai tué le bourreau de Béthune , comme j’ai tué mon oncle. Quand il tua de Winter, nous l’avons tous entendu compter deux... Prenez garde qu’il ne compte trois, Athos.

porthos. A quoi bon revenir là-dessus, puisque c'est une chose décidée...

athos. Voyons, je vous prie, des nouvelles du roi.

Rumeurs du peuple.

CRIS. Vive le Parlement I tom lowe , sortant du Parlement. Condamné! condamné!

le peuple. Vive le Parlement 1... vive monsieur Cromwell !

athos. I.c roi condamné à mort!

d'artagnan. Venez, Athos, venez; tout n’est pas perdu, que diable!... on est gascon... et l'on a plus d’un tour dans son sac... Eh bien, nous allons voir.

athos. Ami, tout est fini pour le roi.

d’artagnan. Et moi je vous dis que non.

LES gardes. Place, place!

PARRY, sortant le premier. Sire, au nom du ciel!... Sire, ne regardez pas à votre droite en sortant.

Il cherche i détourner l'ittention du Roi qui descend l'escalier du Parlement.

le roi. Et pourquoi cela, mon bon Parry ?

PARRY. Ne regardez pas, je tous en supplie , mon roi. . .

le roi. Mais qu’v a-t-il donc ?

parry. Ah ! que vous importe !

le roi. N’as-tu pas entendu qu'ils me reprochaient de n’avoir rien vu par mes yeux... Parry, je n'ai plus que trente-six heures à vivre... je veux voir... (Il écarte Parry et regarde dans la coulisse.) Ah ! ali ! la hache!... épouvantail ingénieux et bien digne de ceux qui ne savent pas ce que c’est

qu’un gentilhomme Eh bien! hache du

bourreau, tu ne me fais pas peur (il frappe le billot avec sa canne), et je te frappe, en attendant patiemment et chrétiennement que tu me le rendes!... Allons!... (Il se remet en marche. ) Que de gens... et pas un ami !

athos. Salut à la majesté tombée!

tumulte. Ah! ah!.... mort aux Stuartistes !

chari.es. Qu’ai-je vu?

d'artagnan et PORTHOS, se jetant de chaque côté d' Athos. Arrière!

aramis, se glissant prés du roi. Tout n’est pas perdu encore, sire; nous veillons.

iom lowe. Salut ; qu’est-ce qu’il dit donc?

Tiens, Majesté, voilà comme Tom Lowe te salue.

Il ramasse une pierre qu’il jette en Roi; on le retient.

Charles. Le malheureux ! pour une demicouronne il en eût fait autant à son père.

athos, prêt à s'élancer. Oh ! le misérable !

d’artagnan. Pas un mot, Athos; je me charge de cet homme.

Charles. Mon Dieu ! donnez-moi la résignation... soutenez-moi jusqu'au bout de mon martyre.

la reine. Non, non, laissez-moi , je veux le voir, je veux lui parler...

athos. La reine ! la reine, à Londres !

aramis. Comte, un peu de patience!

LA reine. Charles, mon roi !

Elle» précipite, tend la foule et arrive jusqu'à Charlea.

MAGASIN THEATRAL

Chaules. Henriette I.... toi ici.... mon ange bien aimé... Ah! je puis mourir maintenant, puisque je l’ai revue.

TOM LO ave. line femme... quelque maîtresse... quelque courtisane... place à la maîtresse de Stuart

CHARLES. Vous vous trompez, c’est., ce n’est ni une courtisane ni ma maîtresse...

(Il arrache ion voile.) Saluez tous, c’est rotre reine ! vous ne l’avez pas condamnée, elle! (Silence profond.) Merci, cœur fidèle et dévoué... pour qui la mauvaise fortune n’existe point... pour qui la mer n est pas un obstacle, et qui, pareil aux envoyés du Seigneur, te niais à plauer au-dessus des abîmes, merci !

la reine. Mon Charles! bénissez-moi !

chari.es. Oh! oui... oui!... reçois la triple bénédiction de celui qui va mourir...

Reine, je te bénis!... épouse, je te bénis !... mère, je te bénis!... ton martyre est plus douloureux que le mien, car tu vivras, toi.

LA reine. Mon Dieu ! mon Dieu ! protégcz-le.

CHARLES, l'embrassant ou front. Insultez-la maintenant, si vous l'osez... Allons, messieurs, je vous suis.

La I\«*ine veut suivre Charles; Athos et Arsmis la font entrer dans l'auberge de la Corne du Cerf. Charles s'éloigne, tous le suivent eicepté les quatre amis et Tom Lowe , lequel reste avec ua de ses compagnons.

UN DES HOMMES. Tu as eu tort de l'insulter, Tom Lov*e il m’a fait pciue, à

moi I

tom lowe. Ali! parce que tu as le cœur d'un lâche; mais ce serait à refaire, que je le ferais encore.

un des hommes. C'est comme celât EU bien , adieu !

I) sort.

TOM LOWE, essayant de passer, et rencontrant tuujoun quelqu'un. Que me voulez-vous?

d'art agnan. Je vais te le dire.

tom LOWE, reculant jusqu'à Porthos, Hein?

D’artagnaN, le touchant du doigt à la poitrine. Tu as été lâche!... tu as insulté un homme sans défense, tu vas mourir!... (,tçamis écarte son manteau et tire une épée.) Non, pas de fer... le fer est bon pour les gentilshommes... Porthos, assoinmez-moi ce misérable d'un coup de poing.

L'homme recule, Portho* et lui entrent don* le couli»*e. On entend un cri et le bruit d’un corp* qui tombe.

d’art agnan. Ainsi meurront tous ceux qui oublient qu'un homme euebainé est une tète sacrée.

athos. Et qu’un roi captif est deux fois le représentant du Seigucur.

porthos, rentrant. S’il en revient, cela m'étonnera beaucoup.

d’artacnan. Maintenant que chacun se tienne prêt.

tous Qu’y a-t-il?

d’artagnan. J’ai un projet!

0qjtirme 'ŒabUtra.

la chambre de Whltehall.

A. droite, ooo fenêtre; à gauche, un Ut de repos-, au fond, grande porte.

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