SCÈNE PREMIÈRE
LE ROI, PARRY, assoupi dans un fauteuil, puis ARAMiS, le Colonel TOMLINSON.
LF. HOt, s'arrêtant devant l’arry. Il dort!
le dévouement a cédé à la fatigue... Pauvre vieux serviteur... qui m a couché dans mon berceau et qui me couchera dans ma tombe. . . Dors, bon l’arry... il me semble que je rêve moi... et que tout ce qui m’est arrivé depuis quinze jours est un songe de mon délire. (Il va à la fenêtre ) Mais non, tout est bien réel, jevois reluire les mousquets des sentinelles, je vois travailler des hommes près de la fenêtre. . . j’ai été condamné hier par le Parlement... je suis prisonnier à Whitchall, et voici les portraits de mes ancêtres. . . qui semblent prendre
des regards vivants pour me voir mourir.
Soyez tranquilles, mes nobles aïeux... soyez tranquilles, vous serez contents de moi. (Il s'atsx d devant une tuhlr ) Hélas! si j’avais du moins, pour m’assister à ce moment suprême, une de ces lumières de l’Eglise dont l’âme a sondé tous les mystères de la vie, toutes les petitesses delà grandeur, peut-être sa voix étoufferait-elle la voix du père et de l’époux qui se lamente dans mon âme... Mais j’aurai quelque prêtre â l’esprit vulgaire, dont ma chute aura brisé la carrière et la fortune, et qui tnc parlera de Dieu et de la mort comme il en a parlé à d’autres mourants... sans comprendre que ce mourant royal a plus de choses que les autres à regretter dans ce monde dont on l’arrache violemtneuL L’bcura suuua.
PARRY, t'éveillant. Ah! mon Dieu... pardon, pardon, sire; je donnais; mais au milieu de mon sommeil... j'ai cnlcudu sonner l’heure... quelle heure était-cc, sire?
eu ARLES. Sis heures; rassure-toi, nous avons encore quelques instants à demeurer ensemble; ce n'est qu'à huit heures...
Parry. Oh! mon roi, il me semble qu'ils n'oserout pas commettre un pareil sacrilège.
CHARLES. Que l’ont-ils répondu pour mes enfants?
parry. Que Votre Majesté pourrait les voir.
Charles. Et pour mon confesseur?
parry. Que puisque Votre Majesté avait choisi M. Juvon, M. Juvon recevrait l’autorisation de pénétrer jusqu'à elle... Seulement, leur puritanisme s'effraye de voir pénétrer un prêtre jusqu'à Votre Majesté dans son costume ecclésiastique; ils exigent que .M. Juvon soit vêtu en laïque.
chaules. Et Juvon a-t-il consenti?...
parry. Pour accomplir les derniers désirs de Votre Majesté, il a dit qu'il était prêt à tout.
chari.es. Allons, ils sont meilleurs encore que je ne l’espérais. Parry , je n’ai pas dormi cette nuit, et je suis bien fatigué.
parry. Sire, jetez-vous un instant sur votre lit , je veillerai sur vous, et j’espère qu'ils respecteront votre sommeil.
Charles. Oui, un instant seulement pour prendre des forces.
Il «w? touche ; on entend clouer près de U fenêtre.
parry. Ah! mon Dieu, Une manquait plus que cela!
Charles. Parry, est-ce qu’il n’y aura : t pas moyen d'obtenir que ces ouvré rsfrappeut moins fort?
Le bruit redouble.
parry. Oui, sire, je vais le leur demander.
H ouvre le fenêtre,
LA sentinelle. On ne passe pas.
parry. Pardon... c'était seulement pour dire à ces ouvriers que le roi les prie de faire moins de bruit
la sentinelle. Ah! si c’est pour cela, parlez-leur.
pariiy. Mes amis, voulez-vous frapper plus doucement? Le roi dort, et il a besoin de sommeil. (On voit paraître / Itho qui mit ion doigt lur ta bouche.) Monsieur le comte de la Eère !
Lv voix de d'artagnan. C’est bien, c'est bien; dis à ton maître que s'il dort mal cette nuit, il dormira mieux la nuit prochaine.
parry, te reculant. Grand Dieu ! est-ce que je rêve ?
Il ferme la fenêtre.
leroi. Eh bien?
i pvrry. Sire, savez- vous quoi est cet ouvrier qui fait tant de bruit?
le noi. Commentvcux-tuquejclesache?
est ce que je connais cet homme, moi?
parry. Sire... c’est le comte de la Fère.
LE ROI. Parmi ces ouvriers... es-tu fou, , Parry?
parry. Oui, parmi ces ouvriers, et qui n’est là sans doute que pour faire un trou à la muraille.
LE not. Chut! tu l’as vu?
parry. Et Votre Majesté elle-même eût pu le voir si elle eût regardé du côté de la fenêtre.
I.E roi, descendant du lit. En effet, n’ostce pas lui qui m'a salué au moment où je sortais du Parlement ?
j parry. Oui, sire, c’est lui-même.
le Rot. Ils auront beau dire que je suis un
tyran ; un homme qui a de tels dévouements autour de lui sera vengé par la postérité.
| parry. Sire!
I leroi. Quoi?
parry. J'entends du bruit dans le corri- : dur.
LE ROI. Qui peut venir?
j t’NE voix. M. Juvon!