SOUS-ORDRE DES NEMATOCERA LATREILLE
Diptères de taille moyenne ou petite, à corps allongé, spécialement dans sa partie al)doniinale. Tète petite et ronde. Antennes longues, filiformes, très rarement peclinées, comprenant plus de G articles, dont la plupart sont semblables entre eux et portent fréquemment de longs poils disposés par verticilles plus ou moins touil'us. Palpes formés de 4 à 5 articles, généralement pendants, parfois rectilignes, dirigés en avant et plus ou moins longs. Pas de macrochètes ou soies rigides sur le corps. Thorax relevé en bosse. Ailes dépourvues de cellule discoïdale (sauf chez les Tipulidae et les Rhypliidae) ; alula et incisure a.xillaire absentes ou peu développées ; pas de tegulae, mais antitegula presque toujours distincte.
Larve formée de 12 à 13 anneaux, généralement encéphale, c'està-dire pourvue d'une tête distincte et ronde [Rnndkopfe de Marno), ayant l'aspect d'une coque cornée et portant ordinairement des yeux et d'autres appareils sensoriels ; la tête renferme alors les ganglions cérébroïdes, comme Weismann l'a constaté (Culicidae). D'autres fois, la tête est incomplète (Scheinkôpfe) et les ganglions cérébroides sont alors contenus dans le premier segment thoracique [Chironomus, Tipulidne). Mandibules opposées l'une à l'autre comme les deux mors d'une pince et se mouvant dans le sens latéral.
La constitution de l'appareil respiratoire des larves varie suivant leur genre de vie. Il est péripnemtique chez les larves terrestres, c'est-à dire que les deux grands troncs trachéens longitudinaux communiquent avec l'extérieur par de nombreux stigmates situés le long des flancs {Cecidomyidae, Mycetophilidae, Bibionidae). Suivant
(1) C. R. VON Osten-Sagken, Notice on the terms tetcula, antitefîula, squatna and alula, as used in Dipterolofiy. Beiiiner entomol. Zeitschrifl, XLI, p. 28.'>, 1896.
DÉFINITION, CLASSIFICATION
que ces stigmates latéraux s'oblitèrent plus ou moins complètement, on a deux autres types, particuliers aux larves aquatiques.
Dans le type amphipneustique, les deux stigmates prothoraciques et les deux stigmates postérieurs restent seuls ouverts ; tous les autres sont oblitérés {Mycetobia, Rhyplius, quelques Tipulidae et Psi/chodidae).
Dans le type métapmustique, il n'existe plus que deux stigmates à l'extrémité postérieure {Culicidae, Diiidae, la plupart des Tipulidae). Par suite du genre de vie de l'animal, ces deux stigmates sont reportés sur la face dorsale : les deux grands troncs trachéens renferment une quantité d'air assez notable; la larve n'utilise que peu ou point l'oxygène dissous dans l'eair et vient de temps en temps à la surface pour mettre ses deux stigmates en contact avec l'air atmosphérique.
La régression de l'appareil respiratoire peut être encore plus accentuée. Chez Simulium, Blepharocera, Corethra et beaucoup de Chironomidae, la larve n'a plus de stigmates : son appareil trachéen est complètement clos et très peu développé. Les trachées longitudinales persistent chez Corethra, mais sont oblitérées et transformées en deux paires de vésicules hydrostatiques, grâce auxquelles la larve peut flotter à la surface de l'eau : elle peut ainsi effectuer ses échanges gazeux par perspiration cutanée. Certaines larves de Chironomns ont un genre de vie très analogue et possèdent un sang incolore. Celles de Chironomus plumosus ont le sang rouge et chargé d'hémoglobine : grâce à cette particularité, elles peuvent vivre dans la vase des cours d'eau peu rapides, c'està-dire dans un milieu très pauvre en oxygène ; elles remontent de temps à autre vers la surface, spécialement pendant la nuit, afin de procéder à l'hématose ; l'oxygène se combine avec l'hémoglobine et leur permet de vivre longtemps, jusqu'à 48 heures et plus, sans qu'il leur soit nécessaire d'en renouveler la provision. Ces mêmes larves ne résistent pas moins bien à l'action , môme très prolongée, de certains liquides éminemment toxiques, tels (|u'une solution d'acide osniique dans l'eau (1).
Les stigmates postérieurs sont ordinairement situés sur le onzième
(1) R. Blanchard, Sur la préparation et la conservation des or^;aDismes inférieurs. Berne intenuilionulc des science);, III, p. 243, 1879.
secjment, que ce soit le dernier, comme chez certains Tipulidae (Phalacrocera) et Psychodidae {Pericoma) ou l'avant-dernier, comme chez les Culicidae ; par exception, ils siègent sur le douzième segment chez quelques Tipulidae {Dicranota, Ptychoptera). En général, ils s'ouvrent simplement à la surface du corps; toutefois, chez la larve de certains Culicidae (Cule.r, Mochlonijx), ils viennent déboucher au sommet d'un long siphon conique qui se dresse à la face dorsale de l'avant-dernier segment.
Les larves aquatiques ont souvent leur appareil respiratoire complété par des branchies, c'est-à-dire par des expansions minces et filiformes, dans lesquelles circule le sang et qui servent ainsi à la respiration ; elles reHferment ou non des trachées. Chez Simulium, on trouve trois branchies rétractiles dans le rectum ; chez les Culicidae et quelques Chironomidae {Tanypus), il en existe quatre, pendantes autour de l'anus.
La nymphe des Nématocères est libre. Quand elle vit dans l'eau, elle est sédentaire ou mobile. Dans le premier cas, elle reste constamment submergée, mais peut posséder des branchies ramifiées et filamenteuses (Simulium, Chironomus plumosus). Dans le second cas, elle se déplace et monte de temps en temps à la surface de l'eau, pour mettre en contact avec l'air atmosphérique les deux trompes respiratoires qu'elle porte sur son prothorax [Dixidae, Culicidae).
Quand est venu le moment de la dernière métamorphose, la peau de la nymphe se fend longitudinalement sur le dos, pour livrer passage à l'Insecte parfait : les Nématocères rentrent donc, de ce fait, dans la catégorie des Diptera orthorrhapha.
Osten-Sacken (1) divise les Nématocères en deux groupes :
1° Nematocera anomala. — Groupe assez artificiel, comprenant cinq familles : Bibionidae, Blepharocei idae, Orphnephilidae, Rhijphidae et Simulidae.
2° Nematocera vera. — Groupe non moins hétérogène que le précédent, formé de sept familles réparties en deux tribus, suivant
(1) C. R. VON Osten-Sacken, On the characters of the three divisions of Diptera: Neinocera anomala and Ereinochxta. Berliner entomol. Zeitschrift, XXXVII, p. 417-466, 1892. — Fr. Brauer. Thatsàchliche Berichtigungen zu Baron Osten Sacken's Aufsatz in dieser Zeitschrift Bd. XXXVII, p. 417 tï. (1892;. Berliner entomol. Zeitschrift, XXXVII, p. 487, 1892.
DÉFINITION, CLASSIFICATION
l'habitat des larves et la constitution de leur appareil respiratoire :
a. — Larves terrestres et péripneustiques. Deux familles : Cecidomyidae et Mycetophilidae.
p. — Larves ordinairement aquatiques, méta ou amphipneustiques. Cinq familles : Tiputidae, Psychodidae, Dixidae, Chironomidae et Culicidae.
Nous croyons préférable de prendre comme caractère essentiel la constitution de l'aile de l'Insecte adulte, ainsi que l'a fait Skuse. En séparant des Mycetoiihilidae les genres Sciara Meigen, Epidapus Haliday, Zygonenra Meigen et quelques autres, pour les ériger eu une famille distincte, on arrive à reconnaître parmi les Néinatocères treize familles qui se classent ainsi :
1° Oligoneura. — Cinq familles • Cecidomyidae, Sciaridae, Mycetopliilidae, Bibionidar et Simulidae.
Fig. 4. — Aile de Rhyphvs punctaius Fabricius, d'après van der Wulp.
2° Polyneura. — Huit familles :
Blepharoceridae, Orphnephilidar, Bhyphidae{ûg. 4) , TipuUdae, Psychodidae, Dixidae, Chironomidae et Culicidae.
Les larves et nymphes sont d'aspect très variable, même dans les limites d'un seul genre, comme Miall l'a montré pour les Chironomus. Parfois, au contraire, les larves ont la plus étroite ressemblance, alors que les Insectes adultes doivent être rangés non seulement dans des genres distincts, mais même dans des familles distinctes : il en est ainsi pour les Mycetobia, de la famille des Mycetophilidae, et pour les Rhyphm; de même encore pour les Anopkeles, de la famille des Culicidae, et pour les Dira.
Plusieurs des familles énumérées ci-dessus seront désormais passées sous silence : elles sont sans intérêt pour le médecin ; nous ne les avons citées ici que pour donner une vue d'ensemble du sous-ordre des Nématocores. Le tableau synoptique suivant indiquera d'une façon suffisante leurs caractères distinctiis.
Clé des fumilles de Nématocères, d'après Skuse.
Thorax 1, 2.