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PROPHYLAXIE GÉNÉRALE

La lutte contre les Moustiques et contre les maladies qu'ils propagent peut se faire de cinq manières différentes : 1» suppression des marécages et autres lieux de ponte ; 2° destruction des Moustiques sous leurs différents états (œuf, larve, nymphe, adulte); 3° protection de l'Homme et des animaux contre les piqûres et l'inoculation éventuelle des maladies qui en résultent ; 4° médication préventive et guérison des individus atteints de ces maladies, de façon à ce que les Moustiques pathogènes n'aient plus l'occasion de s'infester ; 5° immunisation de l'ffomme et des animaux à l'égard des maladies inoculées par les Moustiques.

Théoriquement, chacune de ces méthodes est d'une efficacité absolue ; pratiquement, aucune d'elles n'est suffisante, soit qu'elles entraînent à des dépenses trop considérables, soit que leur application rigoureuse soit rendue impossible par la disposition des lieux, la négligence ou la mauvaise volonté des individus, soit encore que, dans l'état actuel de la science, certaines de ces conditions ne puissent être réalisées. En fait, c'est par la combinaison de ces différentes méthodes et par leur adaptation aux diverses circonstances qu'on pourra triompher des dangers que nous font encourir les Moustiques.

Suppression des marécages et autres lieux de ponte.

Nous pourrions donner à ce chapitre de longs développements et démontrer, par de nombreux exemples tirés de l'histoire épidémiologique du paludisme, que celte maladie est intimement liée au régime des eaux : rare là où les eaux sont courantes ou font défaut, fréquente là où les eaux sont stagnantes, elle rétrocède quand celles-ci diminuent par la culture où l'aménagement du sol, mais augmente d'intensité quand elles envahissent des surfaces de plus en plus étendues. Ces faits, connus depuis fort longtemps, ont donné naissance à la croyance populaire que la fièvre intermittente

est due à une émanation subtile, miasmatique ou animée, suivant les doctrines, qui s'échappe des marécages ; ils ont valu à la maladie son nom classique de paludisme ou d'impaludisme.

La campagne romaine était jadis couverte de villas aux eaux jaillissantes ; les patriciens venaient y passer la saison chaude ; le port d'Ostium, par où affluaient tous les produits des pays étrangers, était jadis une ville grande et prospère, comme en témoignent ses ruines imposantes. Il en fut ainsi jusqu'à l'époque des grandes invasions, qui ruinèrent la Rome antique. La plaine, dévastée par les incursions des barbares, cessa d'être cultivée ; les travaux d'irrigation, jusqu'alors entretenus avec soin, furent abandonnés ; les eaux s'arrêtèrent dans leur cours et devinrent stagnantes : ainsi s'établirent les conditions favorables à la multiplication des Anophèles. Ces Insectes malfaisants pullulèrent à tel point que les campagnes, jadis riantes et fertiles, durent être abandonnées et laissées incultes : autour de la ville s'étendit une zone de silence, jouissant d'une réputation sinistre ; on y respire, suivant la croyance populaire, un (( mauvais air » (malaria) qui engendre la maladie et la mort. Cet état dure depuis des siècles ; il s'est encore aggravé le jour où l'on eut la malencontreuse idée de creuser un canal de dérivation pour les eaux du Tibre, canal sans écoulement, depuis longtemps envahi par les Roseaux et transformé en un vaste gîte de ponte pour les Moustiques.

Voilà un frappant exemple de l'insalubrité des pays où la culture est suspendue. L'établissement des étangs à pisciculture, dans les Bombes, a eu des résultats identiques. 11 en est encore de même, dans les régions littorales, à proximité des marais salants abandonnés.

Fréquemment le paludisme éclate dans des régions jusqu'alors salubres, à la suite de travaux de terrassement. De graves épidémies de fièvre se sont déclarées à Paris même, lors de la construction des fortifications et du creusement du canal Saint-Martin: il en a été de même durant les travaux du canal de Panama et dans mille autres circonstances. C'est en raison de ces faits bien connus qu'une théorie longtemps régnante et qui, hier encore, avait ses défenseurs, a voulu attribuer à la fièvre une origine tellurique, d'où le nom de tellurisme sous lequel on l'a désignée. Il semble légitime d'opposer ces faits à ceux qui précèdent et de trouver une

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