SUPPRESSION DES MARÉCAGES ET AUTRES LIEUX DE PONTE
contradiction dans leur étiologie respective. Mais la contradiction n'est qu'apparente; un examen attentif et impartial permet de constater que tout grand bouleversement du sol tend à produire des inégalités de surface, des cuvettes ou dépressions dans lesquelles l'eau de pluie pourra s'accumuler : ce sont autant de gîtes où les Culicides viennent pondre. Si, parmi les ouvriers, il s'en trouve quelques-uns dont le sang contient l'Hématozoaire du paludisme, ils contaminent les Anophèles nés dans ces conditions, et voilà réalisées les conditions de l'endémie. Pour les grands travaux de terrassement, on embauche fréquemment en France des ouvriers italiens, c'est-à-dire venant de contrées où le paludisme est répandu ; d'autre part, les Anophèles maculipennis et bifurcatus se trouvent à peu près partout ; on les rencontre tout autour de Paris et sans doute aussi dans la ville même, comme une observation de Mosny, relatée plus loin, le donne à penser.
Bien loin d'être contradictoires, les deux ordres de faits que nous venons d'invoquer sont donc en parfait accord. C'est toujours et uniquement aux eaux stagnantes, de vaste ou de faible étendue, qu'il faut attribuer l'étiologie des maladies inoculées parles Moustiques. Il ressort de tout cela une indication très nette, tendant à la suppression des marais, étangs, mares, flaques d'eau et en général de toute collection d'eau stagnante.
Les procédés à mettre en œuvre pour le drainage du sol, l'écoulement des eaux et le dessèchement des marécages relèvent de l'hydrographie, de l'agronomie et de la sylviculture ; nous ne pouvons les passer en revue et nous devons nous borner à de brèves indications. Ils exigent d'ailleurs des travaux importants et onéreux, qui ne sont que rarement réalisables. En revanche, on peut détruire les herbes aquatiques, qui sont le séjour favori des larves d'Anophèles ; on peut aussi combler les mares, les puits abandonnés et, d'une façon générale, toute dépression retenant l'eau de pluie; on doit rentrer dans les celliers les baquets, tonneaux, arrosoirs, etc., que l'on abandonne trop souvent dans les jardins; on doit enlever les débris de poterie et les tessons de bouteilles que, par négligence, on se borne à jeter dans quelque coin et dans lesquels l'eau s'accumule, donnant abri à des larves et nymphes de Moustiques parfois excessivement nombreuses; on doit couvrir et rendre inaccessibles aux Insectes les citernes, tonneaux d'arrosage.
puisards, caniveaux, etc., où ils pourraient venir pondre leurs œufs. Partout où de telles mesures ne sont pas applicables, il est nécessaire de recourir à d'autres procédés, dont il sera question plus loin.
On a prétendu que les plantations d'Eucalyptus (jlobuliis, par l'odeur qu'elles répandent, mettaient les Moustiques en fuite. Cette interprétation est inexacte ; à Cannes, où Eucalyptus et Moustiques sont abondants, j'ai constaté bien des fois que ceuxci se tiennent en grand nombre dans le feuillage de ceux-là; en Corse, Battesti a même remarqué que les Moustiques viennent se cacher en grand nombre sous l'écorce à demi-arrachée, pour y passer l'hiver. Il se peut que les plantations d'Eucalyptus aient pour conséquence une diminution du nombre des Moustiques, mais c'est uniquement parce que ces arbres à croissance très rapide dessèchent le sol. D'autres plantes peuvent agir de même ; Chambrelent à assaini les Landes par ses plantations de Pin maritime ; dans les Pays-Bas et aux Etats-Unis, on cultive le Tournesol [Helianthiis annuus) dans ce même but ; à la Réunion, on plante le Filao (Casuarina equisetifolia).
Destruction des Moustiques sous leurs différents états.
On a recours à des moyens différents, selon qu'il s'agit de détruire les larves et nymphes à mœurs aquatiques ou les adultes à séjour aérien.