DESTRUCTION DES LARVES ET DES NYMPHES
Bien avant que ne fût connu le rôle des Moustiques dans la transmission des maladies les plus graves, on s'était déjà préoccupé de détruire les larves et les nymphes, dans l'eau où elles vivent, afin de rendre au moins supportable le séjour dans certaines régions que ces Insectes rendent littéralement inhabitables. Pour atteindre ce but, on a proposé les moyens les plus variés.
Ennemis naturels. — Au premier rang de ceux-ci figurent les Batraciens et leurs larves ; on doit donc les protéger et veiller à la conservation des pontes. Par malheur, ces animaux achèvent leurs métamorphoses et prennent leurs habitudes terrestres juste au moment où les Moustiques deviennent le plus abondants.
DESTRUCTION DES MOUSTIQUES SOUS LEURS DIFFÉRENTS ÉTATS Oo3
Les Poissons détruisent aussi une grande quantité de larves et de nymp'.:es : le fait a été observé dès 1836 par Curtis dans les régions les plus septentrionales de l'Amérique (1); depuis lors, il a été vérifié maintes fois. Par suite de la rupture d'une digue, les plaines de Stratford, Conn., furent inondées par une forte marée; les eaux, en se retirant, donnèrent naissance à deux étangs d'égale étendue, dont l'un renfermait une douzaine de Poissons ; quelque temps après, cet étang ne donnait naissance à aucun Moustique, tandis que de l'autre ces Insectes s'échappaient par myriades (2). Howard conseille d'introduire des Epinoches {Gasterostcus aculeatus) dans les eaiix qu'il s'agit d'épurer, ces Poissons étant voraces et s'accornmodant fort bien des eaux stagnantes. On en peut dire autant des Perches, des Carpes et de divers Cyprins. Dar s le sud de la province d'Oran, Trabut a constaté qu'un petit Poisson {Tellia apoda), très commun dans les mares, « détruit complètement les larves de Moustiques quand on le place dans un bassin même très peuplé » (3). 11 est curieux de noter que, à leur tour, les Moustiques adultes sont capables de tuer les alevins qui se tiennent à la surface de l'eau : ils les piquent à la tète et leur sucent le cerveau ; le jeune Poisson flotte alors le ventre en l'air et ne tarde pas à succomber (4).
Lamborn s'est demandé si les larves carnassières et aquatiques de certains Insectes, notamment celles des Libellules, ne pouvaient pas contribuer aussi à la destruction des Moustiques ; il institua un concours sur cette question et publia les diflérents travaux qui lui furent adressés (o). L'éducation des Odonates fut vivement préconisée par Aaron, la larve devant détruire celle des Moustiques et la Libellule devant faire guerre au Moustique ailé (6).
(1) Curtis s'exprime en ces termes, au sujet d'une espèce de Moustique très abondante en ces régions : « Sie Ijildete fôrniliciie Wolken ûber die Wiesen, und ihre Larven machen die llauptnalirung der die Seen bewohncnden Forellen aus. »
(2) C. H. RussEL, Tiie best Mosquito remcdy. Insect .life, IV, p. 223, 1892.
(3) Trabut, Prophylaxie du paludisme. Bulletin agricole de l'Algérie et de la Tunisie, VII, p. 265-270, 1901 ; cf. p 269.
(4) C. H. MuRRAY, Young Trout destroyed by Culex. U. S. Fish Commission Bulletins, p. 243, 1895. — P. Combes, Les Moustiques de l'île d'Anticosti. Revue scientifique, II, p. 751, 1896.
(5) R. H. Lamborn, Dragon Flies vs. Mosquitoes. Caii the Mosquito pest he mitiguted ? New-York, in-S» de 202 p., 1890.
(6) C. B. Aaron, The dipterous enemies of Man : tlieir life historiés and structure. A trealise on their extermination. Cf. Lamborn, /oco citato, p. 23-68,
Mais Weeks (1) a établi que les Odonates, à quelque état que ce soit, ne peuvent rendre aucun service.
Moyens mécaniques. — Certains moyens mécaniques peuvent encore être utilisés. Les pièces d'eau et les bassins des jardins et des parcs sont rendus pratiquement inhabitables aux larves, si l'on y entrelient un jet d'eau ou de l'eau courante. Pour les étendues plus considérables, telles qu'un étang, on peut produii e une agitation à la surface, au moyen de roues à eau mises en action par le vent ; cette méthode est pratiquée au Texas, d'après Howard.
Procédés chiwiques. — De nombreux procédés chimiques ont été expérimentés, notamment parCelliet Casagrandi (2). Le permanganate de potasse, la chaux, le sulfate de fer, le sulfate de cuivre et un grand nombre d'autres substances ont été utilisées dans ce but, mais sans qu'on en ait obtenu des résultats bien appréciables. On peut sans doute, grâce à elles, obtenir la mort plus ou moins rapide des larves et des nymphes, mais les autres habitants des eaux meurent également ou du moins sont fortement incommodés ; en tout cas, l'eau cesse d'être potable. On ne saurait donc préconiser de semblables méthodes, qui ont encore l'inconvénient d'être coûteuses.
Les Moustiques ne se développent pas dans les eaux couvertes de Lentilles d'eau (temna), ces plantes formant une couche continue qui empêche les larves de venir respirer. Centanni et Orta ont proposé de les propager dans les eaux stagnantes, mais nous ne saurions souscrire à* cette recommandation : ces plantes empêchent l'aération de l'eau et la rendent croupissante ; elles sont d'ailleurs difficiles à détruire.
Si l'on verse dans l'eau une poudre insecticide, telle que celle de fleurs non épanouies de Chrysanthemum cinerariae-folium, les Insectes meurent rapidement : une fois que la poudre est tombée au fond, l'eau a repris sa limpidité première, et son ingestion ne cause aucun accident à l'Homme ou aux animaux. Les êtres qui
(1) A. C. Weeks, Utility of Dragon Flies as destroyers 6f Mosquitoes. Ibidem. p. 69-95.
(2) A. Celli e 0. Casagkandi, Per la distruzione délie Zanzare. Conlributo allo studio délie sostanze zanzaricide. Annali d'igiene speriin.. IX, p. 317-333, 189'^. — Ueberdie Vernichtung der Mosquitos. Beltrag zu Untersuchungen mit mo^quitotôtenden Stoflen. Centralblatt fur BakterioL, XXVI, p. 396, 1899.