DESTRUCTION DES MOUSTIQUES SOUS LEURS DIFFÉRENTS ÉTATS
vivent dans cette eau n'en sont aucunement incommodés, sauf les larves d'Insectes en général, qui manifestent une extrême sensibilité à l'égard des substances que la poudre insecticide laisse en dissolution. L'activité de ces substances est très persistante et les eaux traitées de la sorte restent longtemps sans être habitées par des larves.
Malgré l'avantage réel que présente une semblable méthode, ainsi que Fermi et Lumbau l'ont vérifié (1), elle n'a pour nous qu'un intérêt de curiosité. En effet, nous possédons des méthodes destructives des larves qui sont bien supérieures à celle dont il vient d'être question.
Pêtrolage des eaux. — Le pétrolage des eaux a été préconisé dès 1847 (2) ; Delbœuf dit l'avoir utilisé pendant cinquante ans avec un plein succès (3). Cette méthode était appliquée aussi en certaines localités d'Amérique, quand Aaron et Howard (4) l'expérimentèrent et en firent connaître les remarquables effets.
On se sert pour cela soit du pétrole ordinaire, soit du kérosène ou pétrole épuré (5). Le liquide s'étale en couche mince et forme entre l'eau et l'atmosphère une pellicule que larves et nymphes rencontrent forcément, lorsqu'elles montent à la surface pour y effectuer leurs échanges gazeux. On sait en effet que, bien que vivant dans l'eau, les larves et les nymphes des Moustiques ont une respiration aérienne : qu'elles restent en permanence à la surface, comme les larves d'Anophèles, ou qu'elles n'y viennent que de temps à autre, comme celles des Culex, elles obéissent les unes et les autres à la nécessité de venir puiser dans l'atmosphère l'oxygène nécessaire à l'hématose.
Or, que se passe-t-il, si les larves et les nymphes trouvent à la surface une mince couche de pétrole ? Ce liquide est éminemment
(1| C. Fermi e S. Lumbau, Contributo alla profllassi délia malaria. Tentativi di protezione dell' Uomo contra le Zanzare mediante mezzi chimici. Ànnali d'igiene sperim., X, p. 89, 1900. — Liberazione di una città dalle Zanzare. Ibidem, X, p. 93, 1900. — BefreiuDg einerStadt von den Mûcken. Centralblatt fur Bakteriol., XXVIII, p. 179, 1900.
(2) Magasin pittoresque, p. 180, 1847.
(3) J. Delbœuf, La destruction des Moustiques. Revue scientifique, (4), IV, p. 729, 1893.
(4) L.-O. Howard, An expcriraent against Mosquitoes. Insect life, V, p. 12, 109 et 190, 1893.
(5) H.-E. Weed, Somc expérience wilh Mosquitoes. Insect life, VIII, p. 212, 1894. — Le kérosène est un pétrole rectifié, dont la densité est de 0,79 à 0,80.
toxique pour les Insectes ; il fuse par capillarité à travers les stigmates jusque dans les trachées, en sorte que l'animal emporte avec lui une petite quantité d'huile qui détermine promptement l'asphyxie. Le pétrole n'est pas la seule substance qui tue les larves et les nymphes : les huiles à faible densité, et l'huile d'olive ellemême, ont la même action, mais elles opèrent moins par leurs propriétés toxiques que mécaniquement, en engluant les valves, poils ou autres appendices qui entourent les stigmates et, par conséquent, en obturant ces derniers ; l'animal meurt donc aussi par asphyxie, comme s'il vivait dans l'air confiné.
Il suffit d'une quantité minime de pétrole pour détruire la totalité des larves et des nymphes, même si celles-ci sont excessivement nombreuses. Une dose de 0'' 1 à 0"^2 par mètre carré est très suffisante, mais il vaut mieux employer des doses beaucoup plus fortes, pour parer à la rapide évaporation du pétrole et pour ne pas avoir à recommencer trop fréquemment le pétrolage des eaux. Dans la pratique, la surface à recouvrir de pétrole étant connue, il suffit d'employer une quantité de liquide égale à 10 ou IS*^*^ par mètre carré. On doit commencer le pétrolage au premier printemps, avant l'éclosion des Moustiques, puis le renouveler toutes les deux ou trois semaines; les eaux traitées de la sorte sont totalement débarrassées des larves et des nymphes.
Les Poissons, les Crustacés, les larves d'Odonates et d'autres Insectes, qui peuvent vivre dans cesmèmes eaux, ne sont nullement incommodés par le pétrole répandu à la surface. Dans la région de Bakou, il existe à la surface de la mer Caspienne une couche de pétrole tellement épaisse que parfois elle prend feu, auquel cas l'incendie se propage sur une très grande étendue ; dans ces parages, les Poissons, les Mollusques et bien d'autres animaux ne sont pas moins nombreux que partout ailleurs ; il est donc évident que le pétrole ne nuit en aucune façon aux animaux aquatiques qui respirent l'oxygène dissous dans l'eau. Le pétrole, d'ailleurs, ne se dissout pas dans l'eau et reste strictement confiné à la surface.
Fermi et Lumbau ont cherché à le rendre moins volatil en le mélangeant à des substances capables de l'arrêter sans affaiblir son pouvoir d'expansion. La lanoline, la vaseline, etc., ont été expérimentées dans ce but, mais les résultats obtenus sont médio-