MOYENS DE CONSERVATION ET DE PRÉPARATION
L'étude des Moustiques a pris une telle importance en médecine que l'explorateur, le naturaliste et, d'une façon plus générale, tous ceux qui , s'intéressent aux questions d'hygiène se rapportant à leur histoire, doivent être familiarisés désormais avec la récolte et l'éducation de ces Insectes, ainsi qu'avec les moyens de les conserver en collection et de les préparer en vue d'études anatomiques. Ce dernier chapitre a pour but de donner sur ces différentes questions les notions indispensables.
Récolte et éducation des larves et des nymphes.
On connaît l'habitat des larves et des nymphes. La récolte et l'éducation de ces animaux sont très faciles.
On pèche les larves et les nymphes au moyen d'un filet fin, analogue à celui dont on se sert pour la chasse aux Papillons, mais d'un tissu plus résistant : la soie à bluter convient parfaitement; sa résistance est très grande et ses mailles, bien calibrées, restent toujours de même largeur. Ce filet est monté sur un cadre métallique, carré ou mieux circulaire, d'un diamètre de 25 à 30 centimètres; il est vissé à l'extrémité d'une canne-
Depuis des années, je me sers de cadres circulaires en cuivre, formés de quatre pièces articulées entre elles au moyen de trois charnières, disposées de telle manière que ces quatre pièces se replient les unes sur les autres dans le plan même du cercle; le cadre se réduit ainsi à un petit volume et peut se mettre dans la poche. L'une des extrémités se termine par un petit prolongement externe façonné en vis ; l'autre, par un anneau passant dans ce prolongement et de même diamètre que lui. Quand le filet est monté, on raccorde ces deux parties, puis on visse à fond la tige
RÉCOLTE lîT ÉDUCATrON DES LARVES ET DES NYMPHES 601
mâle dans la virole qui termine la canne à pèche et fait fonction de pièce femelle. Ainsi préparé, le filet, malgré les articulations de son cadre, est aussi solide que les filets ordinaires. Comme canne, on peut faire usage soit d'un bambou, soit plutôt d'un roseau de Provence, à l'intérieur duquel on peut placer une rallonge.
On peut ainsi pêcher, suivant l'occasion, au bord même des eaux ou à quelque dislance (fig. 307). On ne doit pas oublier que les larves d'Anophèles se tiennent à la surface, au milieu des herbages.
Kii;. 307. — P(^che des larves et nymphes de Culicides au moyen d'un filet lin.
tandis que celles de Culex nagent entre deux eaux et ne viennent à la surface que de temps à autre ; les nymphes de tous les lypes se comportent de même. Quand le filet a été promené quelques instants dans une position oblique, soit à la surface, soit enire deux eaux, on le retire: l'eau s'écoule et enliaîne dans le fond tous les êtres vivants. Il suffit alors de soulever ce fend de la main droite, puis de le renverser au-dessus d'un récipient plein d'eau et même de l'y faire tremper à plusieurs repiises. Les ;inimau.\ passent
ainsi dans le récipient, sans avoir subi aucune manipulation dangereuse. Si l'on a eu soin de remplir celui-ci avec de l'eau puisée dans le milieu même où l'on vient de pêcher, ils se trouvent placés ainsi dans leur milieu habituel et ne subissent aucun dommage. Pour assurer la pureté de l'eau, on a soin d'ajouter quelques Conferves ou d'autres plantes aquatiques.
Dans ces conditions très simples, les animaux se conservent fort bien et peuvent être ramenés vivants au laboratoire. Quand on fait usage de vases à goulot rétréci, on ne doit pas les remplir jusqu'au rétrécissement : les larves et les nymphes montent de préférence le long des parois pour venir respirer : elles buteraient contre le rétrécissement et s'asphyxieraient. On ferme avec un bouchon de liège, percé d'un ou deux trous dans lesquels passent des tubes de verre chargés d'assurer le renouvellement de l'air.
Au laboratoire, on installe la récolte dans des cristallisoirs de dimension moyenne ou dans des bocaux droits, d'une contenance de deux à trois litres ; dans ce dernier cas, on ne perd pas de vue la précaution ci dessus énoncée. En outre des plantes aquatiques, on veille à ce que l'eau renferme des petits Crustacés, des Rotifères, des Infusoires et autres animalcules devant servir de nourriture aux larves. Celte précaution est indispensable, quand il s'agit d'élever des Anophèles, dont la larve est Carnivore. Kerschbaumer conseille aussi d'ajouter quelques feuilles d'Eucalyptus; grâce à leur principe aromatique, l'eau se conserve pure et n'est point envahie par des colonies microbiennes qui la corrompraient plus ou moins vite ; toutefois, il ne m'a pas semblé que cette précaution fût d'une réelle utilité.
Le récipient qui contient ce microcosme doit être mis en bonne lumière, pour éviter le croupissement de l'eau, mais sans recevoir directement les rayons du soleil. Il n'y a pas d'utilité pratique à assurer le renouvellement constant de l'eau par un siphon ou un tube de décharge ; si Ton a eu soin de tamiser l'eau sur le filet fin, elle ne contient guère que de la substance organique en dissolution, et sa putréfaction est négligeable. En cas de besoin, on siphone une partie de l'eau corrompue et on la remplace par de l'eau fraîche ; le siphon doit être coitïé d'un godet de toile métallique ou de gaze, pour empêcher les animaux d'être entraînés par le courant.