RÉCOLTE ET ÉDUCATION DES LARVES ET DES NYMPHES
Si l'on a recueilli des nymphes, les Insectes ailés ne vont pas tarder à éclore. Pour les empêcher de s'envoler, on doit recouvrir le récipient d'une gaze ou d'une mousseline retenue par une ficelle ou un anneau de caoutchouc. Il vaut mieux encore tendre cette étolïe sous un cadre en fil de fer ou eu laiton, de forme circulaire et constitué par un certain nombre de fils rayonnants, renforcés au besoin par des fils transversaux. Ces fils métalliques sont rabattus à leur extrémité périphérique, de manière à former rebord, puis s'attachent sur un cercle externe; par leur extrémité centrale, ils ne s'entrecroisent pas, mais s'attachent sur un cercre d'environ 30mm (Je diamètre. La gaze est cousue sur les rayons et sur les deux cercles; toutefois, on laisse le petit cercle interne sans le couvrir d'étoffe. On obtient ainsi un couvercle dont la dimension peut varier suivant les récipients employés et qui donne une obturation très suffisante, à part l'orifice dont il est percé en son milieu.
Cet orifice est normalement bouché par un tampon d'ouate, par une rondelle de drap ou par deux rondelles de carton superposées. C'est grâce à lui qu'il va être possible de capturer les Insectes adultes, qui se posent ordinairement le long des parois verticales. A cet elîet, on découvi'e l'orifice et on le coiffe d'un flacon à large goulot: pour peu qu'on frappe sur la paroi du récipient, les Moustiques prennent leur vol, montent vers les parties supérieures et s'engagent dans le fiacon. Il est facile, en soulevant légèrement ce dernier, d'introduire entre lui et le couvercle de mousseline deux rondelles de carton : on laisse l'une d'elles sur l'orifice du couvercle et on applique l'autre sur le goulot : il suffit alors de replacer le flacon dans sa position normale, de l'introduire dans la cage où doivent être conservés les Insectes ailés, puis de le découvrir, pour que ceux-ci sortent du flacon et se trouvent prisonniers. On verra plus loin de quelle manière doit être construite la cage en question.
Un autre procédé, tout aussi pratique, consiste à capturer les adultes au moyeu d'un tube de verre coudé vers le quart de sa longueur. Un tube à essai, dont on a coupé le fond, puis arrondi la section à la lampe, convient ti'ès bien ; l'autre extrémité est fermée d'un bouchon. On coifle de ce tube l'Insecte au repos ; il suffit d'un léger déplacement pour qu'il s'envole à l'intérieur, audelà même de la courbure. L'animal est alors pris comme dans
une nasse; il est facile d'en capturer plusieurs dans le même tube et il ne reste plus qu'à les déverser dans la cage réservée aux adultes.
On peut encore adapter en permanence au-dessus du récipient un manchon de mousseline monté sur une armature cylindrique en fil de fer. Quand ce manchon renferme un certain nombre d'Insectes ailés, on le remplace par un autre et on le met en communication avec la cage aux adultes.
L'éducation des larves et des nymphes est le seul procédé qui permette d'avoir à sa disposition des Insectes adultes absolument dépourvus de toute contamination et grâce auxquels il soit possible de faire des expériences avec toute la rigueur désirable. Elle est encore d'une grande utilité à un autre point de vue, puisqu'elle permet de connaître soustous ses états successifs une même espèce : cette constatation n'est pas une simple curiosité de naturaliste ; elle a pour l'hygiéniste lui-même la plus haute importance.
Les quelques larves décrites jusqu'à ce jour diffèrent assez entre elles, par la forme, le nombre et la disposition de leurs divers organes extérieurs, pour qu'on puisse dire avec certitude à quelle espèce elles appartiennent. Il est certain que l'étude systématique d'un plus grand nombre de larves ne fera que confirmer ces premières données et permettra de reconnaître des caractères propres à chaque espèce. On comprend l'utilité d'une telle étude : les Moustiques sont dilliciles à rencontrer, mais leurs larves se trouvent aisément ; pour se renseigner sur l'état de salubrité d'un pays, audouble point de vuedu paludisme et de la filariose, il suffira désormais, ou du moins le jour où les larves de Culicides seront mieux connues, de rechercher celles-ci dans les mares, les flaques d'eau, et d'en déterminer l'espèce. L'étude des nymphes conduira au même résultat, mais, selon toute apparence, les caractères distinctifs seront moins précis.
Récoltons donc des larves de Moustiques et apprenons, d'après leur étude, à discerner si la localité qui les a vu naître est ou non infectée par le paludisme et la filariose. Voilà, sans contredit, une application assez inattendue de l'histoire naturelle à la médecine : c'est le zoologiste, désormais, qui va renseigner le colon sur la salubrité des régions où celui-ci compte s'établir; une pèche au filet lin i)raliquée dans les eaux stagnantes, voilà tout ce qu'il faut pour