RÉCOLTE ET ÉDUCATION DES LAUVES ET DES NYMPHES
être renseigné à cet égard de la façon la plus certaine, il va sans dire qu'on aura constaté de tisu la présence des larves dans l'eau stagnante, avant d'y plonger le filet fin, et qu'on ne perdra pas de vue, pour ne pas égarer les recherches, les conditions spéciales dans lesquelles vivent les larves d'Anophèles et de Culex.
Pour définir sans erreur possible la série des formes par lesquelles passe une espèce déterminée, la méthode précédente n'est pas suflisamment précise, puisqu'on ramène habituellement dans le filet fin des larves et nymphes appartenant à plusieurs espèces, entre lesquelles des confusions peuvent s'établir. En procédant comme nous allons l'indiquer, on évite ce grave inconvénient.
Les femelles errantes sont presque toujours fécondées : on en capture un certain nombre que l'on conserve à l'état vivant. Toutes celles de même espèce peuvent sans inconvénient être mises dans la même cage ; dans le cas où la détermination n'a pas été faite, chaque femelle doit être conservée à part. Il va sans dire que ces femelles ont à leur portée de la nourriture et assez d'eau pour que les œufs puissent s'y développer. La ponte effectuée, les larves se montrent bientôt. Pendant tout le cours de leur développement, on en prélève chaque jour un certain nombre que l'on tue et conserve ; on fait de même avec les nymphes, puis avec les Moustiques ailés.
On se procure ainsi très facilement toute une série de spécimens dont la provenance est connue et grâce auxquels on peut définir les caractères d'une même espèce à tous les âges. Est il besoin de dire que tous les spécimens d'un même prélèvement seront mis dans un tube à part et accompagnés d'une étiquette sur laquelle on aura noté au crayon ou à l'encre de Chine toutes les indications utiles? Cette étiquette sera également introduite dans le tube et non collée sur celui-ci (1). Pour les larves, qui accomplissent des mues, on indiquera d'une façon précise la date de la ponte, la date du prélèvement et si l'on a constaté qu'elles aient subi déjà une ou deux mues.
(1) On ne saurait trop recommander l'usage des étiquettes intérieures, écrites à la mine de plomb ou, mieux encore, à l'encre de Chine. Une telle écriture est inattaquable par l'alcool, le formol, la glycérine, etc. L'encre ordinaire ne doit pas être employée.
Récolte et éducation des Insectes adultes.
On doit aussi faire la citasse aux Moustiques libres; on les capture de plusieurs façons.
Quand ils sont posés sur un mur ou sur une surface quelconque, il est très facile de les recueillir en appliquant sur eux un tube de verre, long de 15 à 2u centimètres et large de 20 à 30 millimètres, vers le fond duquel ils s'envolent aussitôt; on le recouvre prestement d'un bouchon sur lequel on inscrit un numéro d'ordre, renvoyant au carnet de chasse ; on consigne sur ce dernier la localité, la date, l'heure et les circonstances de la capture. Chaque tube ne doit lenfermer qu'un seul individu. Revenu à la maison, on examine ses Insectes et on peut, s'il y a lieu, réunir tous ceux de même espèce.
S'agit-il de faire une récolte abondante, on se sert avec avantage du flacon de chasse des entomologistes, c'est-à-dire d'un flacon de poche en verre fort, aplati et pourvu d'un large goulot. Dans le bouchon s'eugage un petit entonnoir large de 40 à 50 millimètres dans sa partie la plus évasée et de 10 à 15 millimètres dans sa partie tubulaire, qui dépasse un peu le bouchon en dedans. Un tel appareil constitue une sorte de nasse, dans laquelle on peut rassembler un grand nombre de Moustiques, sans qu'ils aient aucune tendance à en sortir.
On peut encore faire usage d'un tube comme dans le premier cas, mais en a'yant eu soin de placer dans le fond un tampon d'ouate ; on imbibe celui-ci de quelques gouttes d'alcool, d'éther, de chloroforme ou de benzine avant de commencer la chasse; on débouche au moment même de la capture. L'Insecte, si l'on est assez agile pour le coiffer du tube avant que les vapeurs ne l'aient fait fuir, ne tarde pas à tomber endormi. On peut ainsi en capturer un certain nombre dans un même tube. Si l'on veut les conserver vivants, on se hâte de les transvaser dans un llacon ordinaire, où ils reprennent bientôt leur activité ; si l'on veut les tuer, on les laisse s'accumuler dans le tube de chasse, puis on les verse finalement dans l'alcool.
Pour attraper les Moustiques au vol ou ceux qui sont posés hors de l'atteinte de la main, on se sert d'un petit filet à manche, d'un
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tissu très léger; d'un tour de main, on replie le filet contre le cercle qui le tend, pour empêcher l'Insecte de s'envoler. On prend alors ce cercle de la main gauche, et l'on introduit dans le filet, de l'autre main, un tube ouvert, au moyen duquel on va capturer l'animal.
Les Moustiques vivent assez bien en captivité ; la résistance des diverses espèces est néanmoins très variable. On les conserve dans des cages ou des vases variant au gré des expérimentateurs. Un appareil fort simple et très pratique (fig. SOS) consiste en une cage en bois, dont les côtés et le dessus sont formés par une paroi de mousseline ou de gaze ; le fond est en bois : le devant est mobile de bas en haut dans une coulisse. On place dans cette cage un cristal-
Fig. 308. — Cage de Rees pour l'élevage des Moustiques.
lisoir ou une cuvette contenant de l'eau de marais plus ou moins pure, suivant qu'il s'agit d'élever des Anophclrs ou des Culcx, avec quelques Conferves ; à la surface flotte un morceau de bois ou de liège, sur lequel les femelles pourront venir se poser pour pondre. En un endroit quelconque de la cage, on dispose de la nourriture, consistant en un fruit pelé, un fragment de banane, de prune ou de melon, du miel, de la confiture, de l'ouate imbibée de sirop.
La cage est prête : il s'agit maintenant d'j' introduire les habitants, puis, quand ils seront installés, de pouvoir les capturer, changer leur eau ou leur nourriture sans qu'ils puissent s'envoler. L'une des faces latérales est percée d'un large trou, au pourtour duquel est cousu un manchon de mousseline, donnant accès à l'intérieur de la cage. Ce manchon, qui d'ordinaire est replié sur lui-même de façon à être impénétrable aux Insectes, est d'assez grandes
dimensions pour qu'on puisse y introduire la main et le poignet ; on le serre au besoin autour de ce dernier par un cordon ou un élastique.
On peut remplacer les parois supérieure et postérieure par de la toile métallique dont les mailles ne dépassent pas lmm5 ; on peut de même remplacer la paroi antérieure par une vitre. Celle des parois latérales qui ne porte pas le manchon peut être en bois mince et percée d'une ouverture, normalement fermée par une lame de bois ou de métal glissant dans deux rainures ; sur cet orifice s'adaptent les manchons de mousseline dans lesquels on a recueilli les Moustiques nés dans les vases d'éclosion. Il sufiit de souffler sur ces insectes pour qu'ils s'envolent en prenant la direction de la cage; on ierme alors l'ouverture et les voilà prisonniers.
Les Moustiques peuvent vivre des semaines et même des mois dans des cages de ce genre, si la température est assez élevée et si on les maintient dans une demi-obscurité. Ils se nourrissent régulièrement, s'accouplent et pondent. L'accouplement a lieu à la tombée de la nuit ; il dure longtemps, de dix à vingt-cinq minutes ; comme chez les Mouches, le mâle se place sur la femelle. Toutefois, les œufs n'arrivent à maturité et la ponte n'a lieu que si les femelles ont l'occasion de sucer du sang ; ce besoin est surtout impérieux pour les Anophèles, qui ne vivent en captivité qu'autant qu'ils ont l'occasion de le satisfaire. On introduit alors dans la cage un jeune Oiseau encore en duvet ou un Oiseau adulte que l'on a partiellement déplumé sur le dos ; on peut y introduire tout aussi bien un Cobaye ou un Lapin que l'on a rasé sur une surface plus ou moins grande; les Rats et les Souris, bien que moins encombrants, doivent être laissés de côté : ils tuent les Moustiques et rongent le tissu de mousseline. Un Passereau est ce qui convient le mieux, mais il est bon de s'assurer que son sang ne contient pas ou ne renferme que peu d'Hématozoaires; quand ceux-ci sont trop abondants, ils peuvent produire chez les Moustiques une infection mortelle.
De telles cages doivent mesurer approximativement 40 centimètres de largeur sur 30 de hauteur et 25 à 30 de profondeur. Elles sont très pratiques pour conserver un grand nombre de Moustiques, par exemple ceux qui proviennent journellement d'un élevage en grand de larves et nymphes pèchées dans les mares ; on a de la
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sorte en abondance des animaux vierges ou intentionnellement nourris d'un sang de nature connue. On peut également y confiner des espèces encore mal connues, dont on se propose d'étudier les mœurs, l'accouplement, la ponte et les diverses métamorphoses. Il est donc utile d'avoir à sa disposition plusieurs cages, ayant chacune son attribution spéciale.
S'agit-il de faire piquer par des Moustiques un Homme atteint de paludisme, de fièvre jaune, de fiiariose ou de telle autre afîec tion dans l'étiologie de laquelle les Cuiicides jouent ou peuvent jouer un nMe, on se sert d'un appareil diiïérent. Le manchon deRees (fig. 309) consiste en une longue cage cylindroïde, dans laquelle on introduit la main ou l'avant-bras; on l'y laisse jusqu'à ce que les Insectes, de provenance connue, qu'on a lâchés dans cette
Fig. 309. — Manchon de Rees pour infecter les Moustiques.
cage se décident à piquer. Leur repas achevé, ils lâchent prise et vont se poser contre la paroi, où il est facile de les capturer. On les transporte alors dans une cage ou un vase particulier, sur lequel on colle une étiquette portant toutes les indications utiles à noter. Dans les pays tempérés, on doit tenir la cage ou le vase dans une étuve à 25 ou 30", car une température plus basse pourrait arrêter le développement des parasites dont on se propose de suivre l'évolution. Une semblable tempéiature est d'ailleurs nécessaire, pour que les Insectes opèrent leur piqûre, et encore faut-il le plus souvent se placer dans l'obscurité.
Enfin, quand on ne veut faire piquer un individu que par un petit nombre d'Insectes, on rassemble ceux-ci dans un verre à boire ou dans un verre à ventouse, que l'on recouvre d'une gaze; puis on renverse le verre directement sur la peau et on le tient à la main ou mieux on l'attache avec une bande ou un mouchoir.
Grâce à des méthodes aussi simples, on peut déterminer expérimentalement les espèces de Moustiques qui sont capables de servir d'hôte intermédiaire aux divers Hématozoaires de l'Homme ou des animaux. De telles recherches ne présentent aucune difïiculté pratique; elles n'exigent que du temps, de la patience et de l'adresse. Dans chaque pays, on doitexpérimenter avec les diverses espèces de Moustiques qu'on peut se procurer par l'éducation des larves, non seulement sur l'Homme, mais aussi sur tout animal à Hématozoaires de forme et de nature quelconques. Ces observations doivent même être étendues à d'autres Insectes suceurs de sang, car la Nature emploie des moyens très divers pour assurer la persistance des espèces et les parasites peuvent modifier les conditions de leurs migrations dans une mesure beaucoup plus large qu'on ne l'admet généralement. Voilà, esquissé à grands traits, un programme extrêmement vaste, bien digne d'exciter le zèle des chercheurs : leurs efforts seront sûrement couronnés de succès.
Préparation et conservation des œufs, des larves, des nymphes et des Insectes adultes.
La structure et l'agencement des œufs varient, comme on sait, d'une façon assez considérable pour que leur étude morphologique soit recommandable. On conserve les œufs dans de petits tubes de verre, remplis d'alcool formolé ou de glycérine formolée et plongés eux-mêmes dans des tubes ou flacons de plus grande dimension ; il va sans dire que chaque petit tube porte une étiquette intérieure. On obtient de bonnes préparations microsco piques en montant les œufs dans la gélatine glycérinée; quelquesuns préfèrent le baume de Canada.
L'étude des larves et des nymphes est surtout morphologique et porte de préférence sur les caractères extérieurs. Aussi le liquide dans lequel on doit les conserver est-il assez indifférent : on a le choix entre l'alcool à 75°, l'eau formolée à 4 pour 100, le mélange à parties égales d'alcool et de glycérine ; on ne fera pas usage d'esprit de bois ou alcool méthylique, qui donne une fixation défectueuse, non plus que de rhum, de tafia ou autres liquides alcooliques d'un litre insuffisant. 11 sera bon de fixer un certain nombre d'exemplaires par l'alcool absolu.