FORMES DES NUAGES. S
nuit pour disparaître de nouveau dans i 'après-minuit. Leur hauteur est assez faible le matin ; ils montent jusqu'au moment de la plus forte chaleur, puis redescendent le soir. Ce double mouvement est facile à constater dans les pays de hautes mon* tagnes. Souvent le voyageur les y voit au-dessous de lui le malin ; il se trouve, quelques heures plus tard, enveloppé par eux comme d'un épais brouillard; plus tard encore il les voit planer sur sa tête. Le phénomène inverse est produit dans la soirée. M. Peytier, capitaine d'état-major, a communiqué à l'Institut, en 1837, quarante-huit mesures de hauteur de nuages faites en 1826 pendant la triangulation qu'il cfTectua dans les Pyrénées avec M. Ilossard. I^es extrêmes, pour le plan inférieur des nuages, ont varié de 450 à 2500 mètres, et pour le plan sup(>rieur, de 900 à 3000. L'épaisseur de la couche moyenne était donc de 450 à 500 mètres. Diverses autres mesures faites par Riccioli, Ik)uguer, de Humboldt, I^ambert, Crosthwaite, KcTmtz, elc, ont donné pour extrêmes 400 et 6000 mètres. Pendant la campagne de la Vénus, on a ti*ouvé, sur l'océan Atlantique et la mer du Sud, 900 et 1400 mètres pour limites extrêmes. La hauteur moyenne de ces nuages et leur excursion quotidienne sont donc très-variables suivant les lieux et l'état de l'atmosphère.
Les cumulus indiquent, dans nos climats, l'existence peu éloignée du courant du S., et un temps assez incertain. Au lieu de disparaître le soir, ils deviennent souvent plus nombreux et plus denses, et constituent les cumulo-stratm. Leurs bords sont moins brillants, leur teinte plus foncée, surtout s'il existe ciu-dessus d'eux une couche de cirrus. Le courant équatorial est alors plus près de nous, l'air plus humide; la pluie ou les orages deviennent imminents. S'il n'y a ni orage ni pluie, les nuages peuvent persister jusqu'au lendemain, ou bien tout disparait, pour donner lieu le jour suivant à la réap* parition des cumulus h une plus grande hauteur, puis au retour
2<)8 LKS NUAGES.
d<^ cumulo-stratus sur le soir. Ce dernier genre de nuages esl commun dans Thiver, et le ciel en esl quelquefois couvert pendant des semaines entières. Il est dû sans doute à une décroissance plus rapide de la température avec la hauteur el h un degré de saturation plus avancé.
L'action du soleil sur ces divers nuages donne lieu a des variations atmosphériques bien connues des cultivateurs. Quelquefois il pleut abondamment le matin par suite du refi*oidissèment nocturne; puis le soleil éehauiTant Tair et les nuages dissout ces derniers. Les courants ascendants portent les vapeurs en de plus hautes régions où le froid les condense de nouveau ; la pluie toml)e encore. Sur le soir, les courants ascendants faiblissent ou sont remplacés par des courants inverses. Iaîs nuages descendent, traversent des couches d'air plus chaudes, où ils se dissolvent jusqu'à ce que le refroidissement nocturne ramène la condensation et la pluie. Mais, si ces phénomènes sont pour ainsi dire l'état normal des régions tropicales pendant la saison des pluies, ils sont liés, chez nous, à l'existence plus ou moins rapprochée du courant équatorial et a la vapeur d'eau qu'il nous amène.
Les STRATUS sont de longues bandes de nuages s'élendant à l'horizon le soir au coucher du soleil, et quelquefois à son lever. Ce sont des couches de nuages que la perspective montre par la tranche : alors même qu'ils sont formés par des vaptîurs légères, ce point de vue leur donne une densité apparente assez considérable. Des cumulus d'égale hauteur, ainsi vus dans leur plan, produisent un effet semblable. 11 en serait de même des cirrus, des cirro-cuniulus. I^es cumulo-stratus doivent i\ leur faible hauteur une partie de l'aspect qu'ils pn'îsentenl. Le stratus est donc une a[)parence plutôt qu'une forme particulière dt; nuages.
Il en est de même du nimbus. Un nuage quelconque, en s'abaissant ou en S4'. résolvant en pluie, devient un nimbus.
1»LUIE ET NEir.K. 200
g M. — Plaie et ^'elge.
Pluie, — A mesure que, par les progrès de la condensation, les vésicules de vapeur augmentent de volume, leur vitesse de chute s*accélcre. I^a résistance de l'air est, en effet, beaucoup plus grande, relativement, pour des globules très-fins que pour des gouttes d'une grosseur déjc^ notable. Il arrive quelquefois que nous nous trouvons au milieu même du nuage, qui se résout en pluie dans un air calme. Le phénomène prend le nom de serein. Les gouttelettes sont fines et nombreuses, et leur chute est très-lente.
On a supposé que les gouttes de pluie, en tombant, condensaient à leur surface de la vapeur prise aux couches d'air qu'elles traversent, et atteignaient ainsi la grosseur que nous leur connaissons. Ce résultat est théoriquement incontestable dans un grand nombre de cas, mais il est extrêmement limité. La vapeur condensée par chaque goutte de pluie abandonne de la chaleur latente qui servirait à échauffer ces gouttes, nécessairement plus froides que l'air environnant, autrement aucune condensation de vapeur n'aurait lieu. Des deux pluviomètres de l'Observatoire impérial, l'un, situé dans la cour, a accusé en moyenne annuelle, de 1817 à 1827, 57 centimètres de pluie, tandis que l'autre, celui de la terrasse, placé à 27 mètres au-dessus du premier, n'en accuse que 50. La chaleur, dé- ^gée par les 7 centimètres de pluie que Ton i)ourrait supposer condensée dans l'intervalle qui sépare lès deux pluviomètres, suffirait pour élever de 75 degrés la température des 50 autres. La vérité est que, depuis quelques années, la différence entre les deux pluviomètres de l'Observatoire va en s'affaiblissant graduellement par l'effet de quelques plantations nouvelles.
Elle est donc très-probablement en grande partie due à un simple effet d'emplacement et à rentraînemcnt des gouttes liquides par les remous de vent. I^a dimension souvent consîdé- ]*able de ces gouttes doit avoir une autre origine que le dépôt successif de vapeur à leur surface. Une explication plus probable se trouve dans le froid très-vif que Ton rencontre certains jours à de faibles hauteurs de l'atmosphère, même dans les plus chaudes journées de Tété, Les grêles, fréquentes dans cette saison, en sont la conséquence. L'énorme dimension que les grêlons acquièrent quelquefois, leurs formes irrégulières, anguleuses même, montrent qu'ils ont dû rester longtemps ballottés dans les nuages, et que plusieurs d'entre eux se sont soudés ensemble, ha pluie froide qui les accompagne provient de gréions moins gros ou moins compacts qui ont eu le temps de fondre avant d'arriver jusqu'à nous. D'un autre côté, beaucoup de pluies dans la plaine sont des neiges sur les montagnes.
n est probable que, dans certaines pluies, des vésicules ou globules plus ou moins nombreux se sont réunis entre eux pour former des gouttelettes, et que celles-ci, en traversant le nuage, . ont ramassé et fondu en elles un grand nombre d'autres vésicules. Pour d'autres pluies, l'origine des gouttes sera due k la fusion de flocons de neige grossis d*au(res flocons, ou h la fusion de grains de grêle ou de grésil.
On voit quelquefois, il est vrai, de larges gouttes de pluie tomber d'un ciel sans nuage ; on voit aussi quelquefois le sol se couvrir de neige par un ciel parfaitement clair en apparence; c'est qu'il faut que les vésicules d'eau ou les aiguilles de glace soient déjà très-pressées et occupent des couches assez épaisses pour troubler d'une manière bien sensible la transparence de l'air.
liC fait inverse est plus facile à concevoir. Dans les plaines, au printemps, quand le temps est variable, on voit quelquefois la pluie tomber en abondance d'un nuage situé à l'horizon; mais