ROSÉE, GIVRK, GELÉE BLA>CI1K
dont ils compensent en partie les pertes. Il en résulte que, si la température de l'air baisse d*abord plus vite que celle du sol, le sol ne tarde pas à prendre les devants; et, par une nuit calme et sereine, il n'est pas rare de voir un (hennomètre couché sur l'herbe descendre, même dans nos climats, de 7 ou 8 degrés au-dessous de la lemi)érature d'un ihermomèlre placé à quelques décimètres seulement du sol. Entre ces deux températures il existe un assez large intervalle pour le point de rosée.
Les cii*constances favorables i\ la formation de la rosée sont des lors faciles à prévoir.
1" Plus l'air sera humide, plus la température de précipitation de la vapeur sera facile ii atteindre. liCs rosées sont plus abondantes dans le voisinage des grandes masses d'eau, sur les côtes, que dans l'intérieur des continents ; elles suffisent à compenser la rareté des pluies d'été dans la Provence et l'Algérie |)0ur la culture des céréales.
2' Plus le ciel sera pur, l'air calme, l'horizon étendu, plus la perte par rayonnement sera efficace. Les nuages, les brouillards élevés, ou les objets terrestres rendent à la terre plus de chaleur que ne le ferait l'espace céleste qu'ils interceptent; ils sont un obstacle au refroidissement terrestre ; de même l'air, en se renouvelant trop vite autour des objets plus froids que lui, les réchauffe. L'une et Tautre cause diminuent Tabondance des rosées.
Dans les pays méridionaux, le ciel est généralement d'une pureté à peu près inconnue sous le climat de Paris; le refroidissement nocturne y est très-actif, et le désert même a ses rosées.
liCs nuit.s claires du printemps sont très-redoulées du cultivateur, surtout lorsqu'elles sont précédées par des pluies. Alors même que la temiiéi'alure descend a peine a zéro dans Tintérieur des villes ou dans les lieux couverts, la glace ap^ parait dans la campagne, et les plantes peuvent descendre à 5
ou 6 degrés au-dessous de zéro : la rosée devient aloi*s gelée blanche, et il suffit quelquefois des dernières heures d'une belle nuit pour détruire les plus belles apparences de récoltes. Si la gelée blanche est plus redoutable après la pluie que par un temps sec bien établi, c'est que la plante est plus tendre et plus délicate, et qu'alors elle supporte d'autant moins facilement l'action du froid qu'elle y a été moins préparée. Les temps pluvieux ont un ciel couvert et des nuits pendant lesquelles il ne gèle pas au printemps, du moins dans les années ordinaires. La lune rousse est à craindre seulement quand elle se montre, parce que le ciel est alors découvert : le cultivateur dit que ses rayons sont malfaisants; ignorant la cause, il s'attache au signe visible qui l'accompagne. Bien des préjugés, dans les campagnes, ne sont ainsi qu'une vérité mal formulée, une vérité de fait, avec une erreur d'interprétation.
Dans rinde, où malgré la chaleur du jour le froid nocturne est très-vif, les cultivateurs allument dans leurs champs des feux accompagnés de beaucoup de fumée. Les nuages artificiel*^ ainsi formés suffisent pour îibriter les récoltas. Cette pratique y est rendue possible par le calme complet de Tair, calme qui par lui-même augmente l'abaissement de la tempéi'aturedes plantes. Dans nos jKiys, quand l'abri des nuages fait défaut, les jardiniers y suppléent par des claies, des toiles, des paillassons ou des châssis.
Si le calme absolu de l'air est favorable à un refroidissement intense des objets terrestres, il ne l'est pas autant à Vnbondance des rosées. Une fois que la couche d'air en contact avec l'objet s'est dépouillée de sa vapeur en excès, si elle nVsl pas remplacée par un autre, le dépôt s'arrête. I^e renouvellement de l'air est donc favorable dans une certaine limite; un vent un peu fort arrête la formation tle la rosée, paître que l'air entourant les objets n'a pas le temps de se refroidir, et que les objets eux-mêmes se refroidissent mal.
ROSËE, GIVRE, GELÉB BLANCHE. ^05
Tous les corps ne rayonnent pas et ne se refroidissent pas au même degré pendant la nuit ; la it)sée ne se dépose pas sur tous avec la même abondance : l'herbe et les plantes s'en recouvrent facilement; les métaux en reçoivent peu, surtout quand ils sont polis.
Une espèce de rosée peut se déposer sur les corps, même pendant le jour. La cause en est alors différente. Lorsque après des froids prolongés survient un vent chaud et humide, les murs des édifices n'ayant pas eu le temps de s'échauffer précipitent la vapeur de l'air à leur surface. Dans les mêmes conditions, et par des froids plus vifs encore, le dépôt peut être solide et forme le givi*e. Nous remarquerons cependant que, pour ce dernier dépôt, il n'est pas toujours nécessaire que le corps où il se produit soit à une température inférieure à celle de l'air. La cristallisation s'opère plus facilement sur les objets qu'au milieu de l'air, surtout sur les aspérités, et mieux encore sur un cristal déjà formé; de là, le givre qui recouvre les cheveux ou les habits par les grands froids.