CHAPITRE XI
g 1". — Ploies entre les tropiqves.
Dans la région des alizés le ciel est généralement pur. Parfois on y remarque de légers nuages; mais ces nuages sont situés à une grande hauteur, et souvent même leur direction du S. 0. au N. E. montre qu'ils sont placés à la limite inférieure du conire-alizé de retour. Les pluies y sont donc très-rares, et ne s'y produisent que sur le parcours des mouvements tournants venus des régions où les alizés cessent ou du moins perdent leur régularité. On conçoit qu'il en doive être ainsi. Les alizés progressent vers Téquateur thermique; ils parcourent successivement des régions de plus en plus chaudes, et leur capacité de saturation va croissant. Leur température baisse, il est vrai, pendant la nuit; mais ce mouvement du thermomètre est peu prononcé sur la mer; s'il Test un peu plus dans les hautes régions de r.itmosphère ou sur les continents, par contre Tair y est plus loin de son point de saturation. Les accidents me* téorologiques propres à mélanger brusquement les diverses couches d'air sont à peu près inconnus dans les zones alizées^
du moins à une certaine distance de^ côtes et hors du trajet des cyclones. Tout s'y réduit ù d'abondantes rosées nocturnes. L'aspect du ciel change d'une manière complète quand on approche de la zone des calmes équatoriaux. Cette zone est connue des navigateurs par ses pluies fréquentes et torrentielles, sa voûte de nuages perpétuels, l'atmosphère lourde qu'on y respire, ses orages nombreux et violents. Les marins anglais et américains la désignent sous le nom de Cloud-Ring (Anneau de Nuages); nos marins l'appellent le Pot-au-Noir . Là viennent s'accumuler toutes les vapeurs amassées par les alizés dans leur long parcours à la surface de l'Océan ; ces vapeurs sont entraînées par la nappe équatoriale ascendante dans les hautes régions de l'atmosphère où elles trouvent des températures de plus en plus basses ; elles s'y condensent en grande partie et forment cette voûte de nuagesqui, vers l'équateur, entoure la terre comme d'un anneau obscur et dont la largeur s'étend au delà des limites des calmes. Tout ce qui ne se résout pas en pluie se déverse latéralement, entraîné par les contre-alizés; mais ces nuages interceptent les rayons solaires, ils s'échauffent de toute la chaleur qui sans eux arriverait jusqu'à la surface de TOcéan; ils se fondent graduellement à mesure qu'ils s'écartent de l'anneau central, et quelques lambeaux seulement passent au-dessus des régions où régnent les alizés. Les contre-alizés chargés de ces vapeurs marchant vers des latitudes où la temj)érature est de moins en moins élevée linissent par se sursaturer, et vers les tropiques nous verrons reparaître deux autres anneaux de nuages moins continus cependant et moins abondants que dans la zone des calmes équatoriaux.
Dans cette dernière, toutefois, les pluies ne sont pas continues. Les variations diurnes de la température et surtout les mouvements de l'atmosphère qui en sont la conséquence y produisent quelques intermittences. Les courants ascendants attei^ gnent plus haut le jour que la nuit, et l'influence des rayon»
solaires ne suffit pas à compenser le refroidissement résultant de cet accroissement d'altitude des nuages. IjC ciel est asiscz souvent clair le matin au lever du soleil, souvent aussi les nuits s'écoulent sans pluie. C'est de 4 heures du matin à 4 heures du soir que l'eau tombe en plus grande abondance.
Sur les continents, la différence entre les températures du jour et de la nuit est beaucoup plus marquée. Il en résulte dos oppositions périodiquement alternantes entre la terre et Teau, et des oscillations correspondantes, favorisées par les saillies du sol, se produisent dans les mouvements de l'atmosphère. Les courants ascendants y sont singulièrement activés par la température élevée du jour ; aussi peut-on reconnaître au loin les îles de l'océan Pacifique aux splendides piles de nuages qui planent au-dessus d'elles, non-seulement quand elles sont élevées et montagneuses, mais encore lorsqu'elles sont basses et composées de simples récifs de corail dépassant à peine la surface de l'eau. Ces masses de nuages ne proviennent pas seulement de l'île elle-même; les courants ascendants produits à leur surface déterminent un appel d'air, particulièrement sur la partie de rOcéan d'où vient le vent, et cet air apporte un fort contingent de vapeur. La pluie et l'orage peuvent alors éclater plus tard, mais aussi ils se prolongent beaucoup plus avant dans la nuit. Dans certaines parties du Mexique, Torcnge et la pluie commencent régulièrement vers deux heures du soir et la pluie ^ continue jusqu'à cinq heures du matin ; dans d'autres, la pluie cesse pendant la nuit ; dans d'autres encore, elle dure à peine quelques heures. liCs plus grandes divergences apparaissent, d'un lieu à l'autre, dans sa quantité, sa durée et les heures de sa chute. Ces divergences résultent des rapports de jKïsition de la terre et de TOccan, de la direction des chaînes de montagnes, de l'altitude du licîu considéré et de sa situation sur le versant exposé aux vents marins ou sur le versant opposé.
La zone des calmes équatoriaux se dépLiçant annuellement à
la surface du globe u la suite du soleil , la région pluvieuse éprouve un déplacement semblable. Entre les limites extrêmes de leur parcours, à Bogota, par exemple, il existe annuellement deux saisons pluvieuses et deux saisons sèches ; en s'avançanl vers ces limites, les deux saisons pluvieuses se rapprochent, et aux limites mêmes elles se confondent en une seule saison pluvieuse alternant avec une saison sèche et commençant à une époque d'autant plus tardive qu'on remonte plus haut vers les tropiques.
Dans la partie de l'Amérique méridionale située au Nord de l'équateur, le ciel est sans nuages depuis décembre jusqu'en février, le vent souffle de l'E. ou de l'E. N. E.^^Tair est sec et les végétaux sont sans feuilles. Vers la fin de février ou le commencement de mars le bleu du ciel devient moins foncé, Tair se charge d'humidité et les feuilles des arbres commencent à pousser ; l'alizé souffle avec moins de force et tombe entièrement par instants; des montagnes de nuages s'amassent au Sud-Sud- Est et parcourent quelquefois le ciel avec une extrême vitesse ; l'électricité atmosphérique devient plus forte, surtout au coucher du soleil, et quelques éclairs sillonnent le ciel au Sud : c'est un signe certain de l'approche des pluies. Le ciel se trouble et devient gris. L'après-midi, au moment où la chaleur esta son maximum, un orage éclate accompagné de fortes pluies. xVu commencement, les nuages et la pluie se forment seulement durant les heures brûlantes du jour et disparaissent vers le soir; à mesure que la saison avance, ils se montrent dès le matin ; puis, sur la fin, ils reparaissent de nouveau dans l'après-midi. A Panama, les pluies commencent dans les premiers jours de mars; sur les bords de l'Orénoque, elles n'arrivent guère avant la fin d'avril, et vers le milieu de juin à San-Blas en Californie. A la Havane, dans l'ile de Cuba, et à Rio-Janeiix) , on est déjà sorti des limites des pluies équatoriales, les conditions climatériques ont quelque analogie avec celles des hautes latitudes. Au
310 DISTRIBUTION DES PLUEES.
Sénégal, ta snison des pluies dure depuis le commencenienl de juin jusqu'au commencement de novembre.
Dans rindc, le régime des pluies est sous la dépendance des moussons. La côte occidentale de la jiresqu'ile est pluvieuse tant que dure la mousson du S. 0.; la saison sèche y règne pendant la mousson du N. E. L'inverse a lieu pour la côte orientale; mais les pluies sont moins abondantes sur les côtes de Coromandel que sur celles de Malabar, parce que le golfe du Etcngale est moins éttindu que l'océan Indien. Le plateau du Dekan participe des climats des deux côtes. Un régime analogue est prodnit dans l'Indo-Chine par des causes semblables.
Nous donnons (fig. T)? et 58) les courbes des moyennes monsucllis d'eau lombét! on deux points situés aux deux extri-mili* Nord et Sud de la région inlertropicale de l'océan Indien, Gilcutta cl Saint-Henoît (île lîourbon). Dans la première ville, le maximum de pluie tombe en juin ; la saison pluvieuse y dure de mai on septembre cl la saison sècbc d'octobre en mai. bans l'autre ville, au contraire, la saison pluvieuse dure de novembre
PLUIES E:VTRE les tropiques. 511
en mai; )e mois le plus mouillé est le mois de janvier; In saison sèche dure de la lin de mai ca novembre. Dans I un et l'autre cas, les inflexions secondaii-es du la courlw tiennent aux perturbations accidentelles.
Dans la fig. 57, nous avons joint à la courbe des pluies la courbe des températures, afîn de montrei' l'influenec de la première sur la seconde. \a ligne pointillée rétablit la marche n-gulièredela température annuelle, la ligne pleine représente la marche vraie de la temp(!rature : l'ccartemcnt de ces deux lignes en juin, juillet, août et septembre mesure le degré de rafraicliissemcnt de l'atmosphère produit pr les pluies. 1^
phénomène est encore plus manjué dans la lig. 59, où la courbe inférieure est relative aux eaux pluviales et la courbe supérieure
aux températures. Le minimum de chaleur correspond au mois où la température devrait être la plus élevée : c'est aussi dans ce mois que les pluies sont les plus abondantes. Il s'en faut de b(\aucoup, cependant, que l'impression ressentie soit d'accord avec le thermomètre, particulièrement en mer.
Dans la région des alizés, des briser vivifiantes tempèrent Tardeur d'un soleil presque vertical. L'air y est d'une dizaine de degrés au-dessous de la température de notre corps, et il est incomplètement saturé. Son renouvellement rapide autour de nous favorise la déperdition de la chaleur que nous produisons en excès et qui est emportée soit par le contact de l'air, soit par l'évaporation. Dans la zone des calmes, la brise est molle et incertaine, l'atmosphère est étouffante ; on y éprouve un invincible sentiment de lassitude. La température s'est cependant à peine élevée de quelques degrés ; mais l'air est presque entièrement saturé, sa puissance d'évaporation est à peu pn^ annulée, et la cause la plus active de déperdition de calorique dans ces chaudes régions ayant disparu pour nous, nous ne savons que faire de la chaleur qui ne cesse de- se produire dans nos organes. Les bourrasques orageuses sont alors désirées par les marins, malgœ le surcroît de travail qu'elles leur imposent ; ces bourrasques les soulagent, et d'autre pari elles aident à franchir ces régions où les brises régulières font défaut. L'insalubrité de la zone des calmes est très-redoulée des navires chargés d'émigrants australiens ou californiens, qui y laissent plus d'une victime du climat.
Sur les continents, la température est beaucoup plus élevée qu'en pleine mer ; mais, pendant la saison sèche, l'air y est aussi beiiucoup plus éloigné de son point de saturation. On peut alors supporter, sans trop de fatigue, une température diurne de 40 ou 45 degrés ; mais, pendant la saison humide, une tem- [)érature de 30 ou 55 degrés devient intolérable pour nous. L'eau dont le sol est sans cesse imprégné, jointe à la température
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