‹ Les mouvements de l'atmosphère et les variations du tempsChapitre 112 sur 150 · S IV · texte numérisé non relu

S IV

Dm ré(linc «m e

Une partie de l'ejui qui tombe à In surface du sol s'écoule directement vers les rivim's cl les lleuves dont elle augmenliaecidenlellemeiit le débit ; l'autre imprègne la terre, et ce rjiii n'est pas enlevé par l'évaponilion ou la succion dirs plantes se réunit peu à peu dans les nappes wu terrai mw [>oiir reparailr.' au jour sous forme de sources et alimenter régulièrement les cours d'eau. Im débit annuel d'un fleuve représente donc an-

nuellement Texcès des eaux pluviales tombées à la surface du bassin drainé par le fleuve, sur la quantité d'eau qui s'évapoi^e annuellement, sous toutes les formes, à la surface du bassin: nous supposons ici qu'aucune nappe souterraine ne vienne s'ouvrir directement sous la mer.

Trois causes principales interviennent ainsi dans le régime (l'un fleuve ou d'une rivière : l'activité de Tévaporation par l'air ou parles plantes, la facilité avec Liquelle les eaux pluviales s'écoulent à la surface du sol ou pénètrent dans ses couches superficielles ou profondes, l'abondance des pluies et leur ivpartition dans le cours de l'année.

L'évaporalion est en rapport avec la température. Généralement faible en hiver, elle acquiert des proportions considérables en été, surtout pendant les Idéaux temps. Le sol se dessèche alors, et, quand survient une pluie, une grande partie des eaux sont absorl)ées par les terres superficielles et ne profilent ni aux sources ni aux rivières ; aussi, les cours d'wiu dCvScendent-ils dans cette saison h leur minimum de débit, malgré l'abondance des pluies estivales. Faîs divers terrains présentent sous ce rapport des différences bien tranchées *. Les uns, dits terrains perméable»^, absorbent les eaux pluviales au moment même de leur chute et à peu près en totalité, à moins qu'elles n'aient une violence exceptionnelle; d'autres, diis terraim im-perméables *, laissent écouler îi leur surface une grande partie de ces eaux, même lorsqu'elles sont peu abondantes. Les terrains perméables peuvent toutefois devenir imperméables pai' position^ lorsque leur déclivité est trop prononcée, et les ler-

* Étude dea bis qui régissent les crues des cours d'eau, par M. Belgrand, ingénieur en clicf des eaux de Paris. Ann, de la Soc, métêor.^ t. l'^, p. 40; Annales des ponts et chaussées, sepl et uct. 1840, janv. et fêv. 1852, etc.

* Ce sont, entre autres, les terrains oolilhiques, la craie proprement dite, les plateaux tertiaires de la Beaucc.

' Tels sont les granités, le lias, les grès verts, les terrains tertiaires les plus necidentés de la Brie et de la l'uisaye.

32G DISTHIBUTION DES PLUIES.

rains imperméables peuvent absorber de grandes quantités (l'eau lorsqu'après une longue sécheresse ils se sont fissurés à leur surface.

Au simple aspect et sans aucune notion géologique on peut aisément distinguer ces terrains les uns des autres. Dans les terrains imperméables, les prairies naturelles sont cultivées sur les coteaux comme au fond des vallées ; les sources lorsqu'il en existe, sont, comme les prairies, disséminées sur toute la surface du sol ; on y rencontre dans le moindre pli soit un ruisseau, soit un ravin où Ton trouve en toute saison des flaques d'eau entourées d'herbes aquatiques ou d'iiutres traces non moins certaines du passage fréquent des eaux sauvages. Dans les terrains perméables, au contraire, la culture des prairies est toujours confinée autour des cours d'eau, dans la partie plate et submersible du fond des vallées ; lorsque ces vallées ne sont pa^ arrosées par des sources, elles restent toujours sèches ; souvent elles sont cultivées jusqu'au fond sans qu'on ait réservé aucun moyen d'écoulement aux eaux pluviales ; lorsqu'il y existe un ravin, il est tapissé d'herbes qui témoignent de la rareté du passage de l'eau. Les premiers ont toujours un aspect riant et une certaine apparence de richesse, même lorsqu'ils sont médiocrement fertiles ; les autres ont toujours un aspect triste, même lorsqu'ils sont doués d'une grande fertilité. Le régime des cours d'eau est considérablement modifié par la nature des terrains qui dominent dans leurs bassins respectifs.

Les crues d'un cours d'eau à versants impermé^ibles d'une étendue médiocre se composent d'une première partie courte et élevée due à l'écoulement des eaux torrentielles qui ont glissé à la surface du sol, puis d'une longue crue moyenne qui décroît lentement et régulièrement, et qui provient de Yégoutture des terres ou des sources. Le flot torrentiel de chaque affluent le parcourt d'une vitesse variable avec l'inclinaison du bassin où

il s'alimenlo ; il arrive au cours d'eau principal api'ès un temps qui dépend et de cette inclinaison et de la longueur du bassin. Comme d'ailleurs ces affluents débouchent à des hauteurs différentes du cours d'eau principal, la crue de ce dernier se compose de flots successifs se suivant de plus ou moins près et se fondant graduellement dans un flot unique mais beaucoup plus pmlongé : cette fusion, toutefois, ne s'opère souvent qu'à une grcinde dislance des lieux d'origine des divers flots.

Dans les cours d'eau à versants perméables, les crues s'élèvent lentement et régulièrement, el décToissent de même; elles sont donc toujours de longue durée, rarement de moins de trois semaines ou d'un mois. Cette durée même a pour effet (le diminuer d'une manière tnVnotable la hauteur maximum des crues dans ces œun iVeau tranquilles.

D'ordinaire, chaque fleuve un peu impriant reçoit des cours d'eau à versants en partie perméables, en partie imperméables; le régime du fleuve est alors complexe et dépend des proportions existant entre les deux ordres de terrains. Lorsqu'un cours d'e<au Iranquille rencontre un cours d'e^'^u torrentiel dont les versants sont au plus égaux aux siens en superficie, la crue torrenlielle passe toujours la pivmière au confluent : la crue Imuquille s'ajoule à la crue moyenne du torrent. Loi'sque le torrent a des vei'sants beaucoup plus étendus, la crue torrentielle peut arriver au confluent en même lenq)s (jue la crue Iranquille qui pn'îsente alors des maximums couris plus ou moins pmnoncés. Dans le cas invcTse, les pointes torrentielles s'effacent souvent et ne sont plus représentées que par quelques irrégularités au début de la crue.

FiCs figures 76, 77, 78, 79 et 80, empruntées au mémoire de M. Belgrand, nous fournissent un exemple des faits précédents correspondant à la grande crue de janvier et février 1840. U^s rivières du Bouchât, de Baulhes et de la Cure sont trois affluents de l'Yonne ; leurs crues ont éprouvé une série de va-

338 DISTRIBUTION DES PLVIES.

nations brusques donl on retrouve encore l'influence dans la

rcU

Vit. 7ii. nui^MW du BoiKlut.

FiR. 77. RuHMiu da Biulh*),.

Fig. Tg. Knièn d« h Cun.'.

crue tie In Seine ù l'iU'is, Dans l'Ource, au contraire, la crue

DU RËGIME DES GOIRS D'EAU 529

produite presque exclusiveinenl [)ar le gonflement des sources a duré presque aussi longtemps que celle de la Seine et n'a exercé sur celle-ci qu'une influence très-faible.

La Saône est comme la Seine une rivière tranquille, ses crues montent lentement et dtMjroissenl plus lentement encore. La Meuse est une rivière mixte; toutes ses crues ont à peu près la même forme et se composent d'une longue crue tranquille surmontée de deux flots torrentiels qui passent successivement à Sedan à trois ou quatre joui*s de distance. Ce fait s'explique par la nature des versants de la rivière, qui sont comjjosés de teiTains oolithiques perméables, sauf sur deux points où il existe de grandas surfaces recouvertes de marnes supra-liasiques. Li Loire est au contraire un fleuve essentiellement torrentiel dans toute sa partie supérieure où les terrains im[)erméables par nature ou par position remjwrtent beaucoup sur les terrains perméables.

Toute la région Nord et Ouest de la Fitmce i>i'ésente une homogénéisé de climat très-remarquable ; le bassin de la Seine en particulier est soumis tout entier aux mêmes influences atmosphériques sous le rapport de la pluie. Les quantités d'eaux pluviales n'y sont pas égales partout ; elles diminuent généralement à mesure qu'on s'éloigne des côtes, [K)ur commencer à croître de nouveau en s'avançant vers les rebords élevés; mais généralement, lorsque la sécheresse s'établit -en un point, elle règne partout à la fois ; lorsque le temps est pluvieux, il Test dans toute l'étendue du bassin. Il en résulte que le niveau de tous les cours d'eau monte et baisse aux mêmes époques, et qu'on peut c< prévoir une crue d'un ruisseau du Morvan au moyen d'observations faites sur un ruisseau de Normandie '. » Ln Loire, la Saône, la Meuse et la Seine entrent toujours en

* Bel^rand, Annwiire de la Société météorologique, 1. H, bulletin de la si'anro du il juillet 1864, ci t. XIII, bulletin de la s<*ancc du 10 janvier 1865.

crue en mt^me temps pendant la saison humide ; pendant la saison sèche, les phiies sont beaucoup plus locales et les crues qu'elles produisent sur un bassin pt^uvent manquer entièrement sur un autre : ces crues sont d'ailleurs très-peu importantes ou du moins très-circonscrites. La Garonne, la Dordognc et particulièrement le Rhône sont soumis à d'autres influences météorologiques * .

Mais si l'observation régulière des hauteurs du plus faible affluent d'un cours d'eau dont on a étudié le régime permet de déterminer pour chaque point du cours d'eiiu l'heure du maximum d'une crue et même sa hauteur très-approchée, la mesure des quantités de pluie journellement recueillies conduirait beaucoup plus difficilement au même résultat, parce que les conditions du problème sont beaucoup plus complexes. L'abondance des eaux courantes est en effet très-loin de varier dans le cour^ d'une année proportionnellement à la quantité des pluies. 11 faut encore tenir compte du degré de sécheresse ou d'humidité du sol, de la saison et même des années précédentes. L'année 1862 a été exiraordinaircment sèche jusqu'en mai. Les mois de juin, juillet, août, septembre furent, au contraire, trèspluvieux, et la quantité d'eau recueillie pendant ces cinq mois fut supérieure à la moitié totale de l'année, et cependant la Seine et ses affluents sont restés prcîsque invariables; deux faibles crues, se manif(îstèrent seulement en juillet et septembre. Sous rinfluence de pluies beaucoup moins grandes (le décembre 1802 et de janvier 1865, les coui's d'eau se n»lèvent et se soutiennent pendant tout le mois de janvier. Li rareté des (»aux courantes observée depuis 1857, et telle qu'on n'en trouve pas de pareille pendant les deux derniers siècles, tient donc beaucoup plus à une mauvaise répartition qu'à une

* NiMis reviendrons avec de plus amples détails sur ces différences, dans le gniihi traité d(> mctéorolo<.'ie :iu(piel nous travaillons, mes collègues Fron, Sonrel e( moi. et auquel ce présent ouvrage est une espèce d'introduction.

DU RÉGINE DES COURS D EÂlI. 331

diminution des pluies sur la France; elle se trouve encore agjrravéc par une succci^sion presque continue d'années sèclies.

Rien n'indique, enelTet, dans les observations udométriques que les pluies aient diminué d'une manière sensible sur le nord de la Fi'ance en dehors des variations périodiques observées dans leur quantité. La pluie tombée sur la terrasse de l'Observatoire, de 1817 à 1827, est de 0",485 en moyenne; de 1827 à 1857, elle est de 0"*,517; elle est de 0"',494, en moyenne, de 1859 à 1865. Tandis que le centre et le nord de la France souffrent d'une disette d'eau dans les rivières, rien de pareil n'a lieu dans le Midi. Cette opposition si» présente assez fréquemment dans un sens ou dans Tautre, entre les versants de l'Océan et de la Méditerranée.

La sécheresse actuelle dans le Nord-Ouest de la France n'est pas un phénomène particulier à notre époque. En ne tenant compte que du temps où des observations régulières ont été faites, on voit dans le régime de la Seine, à Paris, des périodes très-remarquables d'abondance et de rareté des emw. Ainsi, de 1777 à 1800, la Seine ne descend qu'une fois en vingt-trois ans au-dessous de l'étiage; de 1800 à 1827, elle y descend une année sur trois; de 1827 à 1857, en faisant abstraction des années 1845, 1854, 1850, qui ne jjeuvent cependant j>as être considérées comme années sèches, la Seine ne descend que tous les dix ans au-dessous de l'étiage; mais, depuis 1857, elle y descend tous les ans, el, en remontant jusqu'au commencement du dix-septième siècle, on ne trouve aucun exemple d'une aussi basse tenue des eaux.

En examinant les grands débordements de la Seine, on reconnaît aussi qu'ils sont devenus beaucoup plus rares dans ce sicVle qu'ils ne l'étaient dans les siècles précédents; et si Ton pouvait en conclure qu'il pleut moins abondamment qu'autrefois, on ne pourrait, par contre, en inférer que le déboisement de la France est une circonstance favorable aux inondations. Voici

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Tétai des crues extraordinaires de la Seine, à partir de 1649, en ne tenant compte que de celles qui on dépassé la cote de 7 mètres à Téchelle du pont de la Tournelle ' :

1G49, février, hauleur maximum, d*uprcs Dcparcieux, 7

1651, janvier, — —

1658, février, — —

"1711, mars, — —

1740, 26 dcVembn», — d'après Konamy,

1764, 9 février — d*après Pasmiiut.

— — — d'ajirès Buache, 1802, 5 janvier, registres de la préfeclure, suivant BniHc,

Depuis celle dornièn^ crue, la Seine n'a pas atteint la cote de 7 mètres.

Deux causes interviennent dans la diminution graduelle des grandes inondations de la Seine; Tune de ces causes, purement niécxmique, doit tout d'abord ôtre écarléi\ I^e fleuve esl aujourd'hui beaucoup mieux tenu qu'autrefois ; les débris qui rencombraient en quelques points ont disparu. D'un autre côté, les arches des anciens ponts étaient Irès-étroiti^, cl, dans les foiles gelées, les glaces s'accumulaient facilemeni en amont et y formaient de véritables liarrages. Chacun île ces barrages déterminait une retenue d'eau plus ou moins grande, el , au moment do la débâcle, cette retenue brusquement lâchée augmentait la hauteur de la crue d'aval qui croissiiit ainsi, de pont en pont, d'une manière extra-naturelle. Ainsi, en janvier 1795, la rivière, prise déglace depuis ]v 25 décembre 1794, était tombée à un niveau voisin du zéro de réchelle. Le dégel et la débâcle survenus le 27 janvier font monter en deux jours le niveau de l'eau à la cote énorme de 5'", 50 ; deux jours après il tombait à 3"', 75. Une paivilh» os-

' Dr.< (jrands débordemenls de la Seine à Paris, par M. Iloljinuid, Annuaire de la Société miUéorologique, t. XII, p. 264 (1864).

cillation ne peut s'expliquer que par la ruplurc des barrages arlîficiels produits par les glaces. Jusqu'en 1850, les débâcles étaient considéi^ comme des phénomènes très-redoutables; des mesures étaient prises à chaque pont pour en empêcher la rupture. L'élargissement des arches pour les besoins de la navigation a diminue la hauteur des crues des grandes débâcles et l'a fait tomber graduellement de 5'"56 (février 1784) a j mètres (janvier 1830).

La seconde cause tient au mécanisme de la production des crues de la Seine, elles sont dues a la superiX)silion plus ou moins complète des crues des affluents. Si ces crues sont nombreuses et qu'elles passent à la fois, la hauteur des eaux devient énorme; si elles sont peu nombreuses ou qu'elles passent l'une après l'autre, à des inlenalles suffisants, le niveau de l'eau se maintient longtemps élevé, mais sans atteindre à des pro})orlions très-exagérées.

Dès le commencement d'octobre 1 710, une grande quantité de neige couvrait tous les pays traversés par le fleuve et ses affluents; le mois de décembre fut extraordinairement pluvieux pendant tout le temps du dégel. L'eau toml)ée dans les onze premiers mois, dejanvierà novembre, nes'élevait qu'à 0",44(), quantité Irès^rdinaire; en décembre seul elle monta à 0"137. L'inondation fut générale en France. Celle du bassin de la Seine a été produite par cinq crues des affluents. Chacun de ces phénomènes a été très-ordinaire et peut se i^eproduire presque tous les hivers; il n'y a eu d'extraordinaiœ que Tordre entièrement fortuit dans lequel ils se sont manifestés.

La grande crue de 1801-1802 est remarquable à ce jK)int de vue; elle n'est due à aucun giMnd phénomène météorologique, mais à une continuité extraordinaire de pluies dont les dernières seules ont dû avoir une assez grande intensité. Quinze petites crues des affluents ont eu lieu successivement, sépan'îes en quatre groupes pîir des intervalles de huit, onze et dix-huit

jours correspondant h trois décrues du fleuve. Si ces inlervalltN avaient été réduits à cinq ou six jours, la crue du fleuve aurait atteint une hauteur de beaucfoup supérieure à celle du 27 février 1658. Évidemment ce n'est pas dans des circonstances locales de culture ou de boisement qu'il faut rechercher les causes de cet arrangement des crues partielles. Nos pluies sont le résultat de mouvement généraux de l'atmosphère. Ces courants naissent et se propagent loin de nous, les oscillalions qui se produisent dans leur lignes de parcours tiennent à des îhfluences réparties sur toute la surface de notre hémisphère, et une région d'une aussi faible étendue que la France ne peut avoir qu'une part d'action pr(»sque imperceptible sur elles.

Les courants généraux étant donnés, l'état hygrométrique des masses d'air qui traversent la France élunt déterminé, on peut se demander si les forêts ne favorisent pas la condensalion des vapeurs et la chute des pluies, et si, d'autre pari, le boisement du sol n'exerce pas une action marquée sur l'écoulement des eiiux pluviales.

Sur le premier point, rien ne monire qu'il tombe moins d'eau en France dans le siècle présent que dans les siœles passés. Depuis quelques années, il est vrai, la somme annuelle de pluie a diminué; mais, aux époques antérieures, on trouve des périodes de sécheresse pareille toujoui*s suivies de période^ humides. Remarquons d'ailleurs que ce sont les neiges et les pluies d'hiver qui font surtout défaut aux sources; or, en hiver, la plupart des arbres de nos forets ont perdu leurs feuilles, et l'époque où leur influence devrait être la moins prononcée est justement celle où le changement attribué à leur dispju'ition est, au contraire, le plus grand.

Sur le second [joint, il existe encore en France assez de forets pour que l'on puisse comparer l'écoulement des eiiux pluviales sur les terrains boisés à cet écoulement sui* les terrains non

DU R£G1ME des cours D^EAU. 335

boises. Cette comparaison a été faite par M. Belgraïul * a un point de vue qui nous parail d'une grande justesse. Sur toutes les rivières de France non alimentées par les glaciers, le régime des grandies eaux se présente toujours en hiver, et celui des plus basses eaux en été. La plus grande crue et la plus grande tenue d'eau moyenne ont toujours lieu du 15 octobre au 15 mai, b»s plus basses eaux et la plus faible tenue d'eau du 15 mai au 1 5 octobre. liCs exceptions à cette règle sont extrêmement rares.

Pour régulariser le régime d'un cours d'eau, il finit donc :

1° Égaliser entre l'hiver et l'élé le tribut que les eaux pluviales donnent aux thalwegs et aux sources;

2* Diminuer la hauteur des crues et augmenter celle des basses eaux, ou retai'der le ruissellement de la partie des eaux pluviales qui doit atteindre directement les thalwegs.

L'augmentation de la portion totale des eaux d'hiver ne peut ùiïVj dans aucun cas, considérée comme une régularisation du régime d'un cours d'eau. De plus, cette modification ne doit presque jamais êlre utile, e(, dans beaucoup de cas, elle peut avoir de graves inconvénients, puisque c'est presque toujours dans cette saison qu'ont lieu les grandes crues; l'accroisstv ment de la tenue d'eau d'été serait au contraire avantageuse, car les eaux d'été sont aussi précieuses que celles d'hiver le sont peu.

Les observations faites par M. Belgrand sur deux rivières torrentielles, le Cousin, dont le l)assin est boisé au tiers, et le Hu de la Grenelière, dont le bassin est entièrement boisé, ont fourni des résultats semblables. Du 17 novembre 1850 au 1*" mai 1855, les plus laisses eaux du ruisseau de laGrenetière ont été de 9 lili'es par seconde en hiver, et 0 en été; les plus hautes eaux ont été de 750 litres en hiver et de 140 en été. Or,

« Influence des forèU sur rccoulemeni des eaux pluviales, par M. Belgrand, Annuaire de la Société météorologique, 1855, 1. 1", ]). 17(».

35(î DISTRIBUTION DES PLUIES.

dans cet intervalle les deux hivers ont été ti'ès-secset Télé Irèspl II vieux. Dans ce bassin, complètement boise, les passages du régime d'hiver au régime d'été, et réciproquement, onl lieu en mai et octobre comme dans les bassins déboisés ; dans les uns et les autres, pour qu'une crue ait lieu en été il faut que la pluie qui la produit soit précédée d'une longue série detemiis pluvieux qui préparent le sol. Si une Irès-forte pluie tombe après une longue sécheresse, il n'y a que peu ou point de crue. Dans les terrains boisés, la partie des eaux pluviales qui arrive jusqu'aux ruisseaux est fort insignifiante l'été et très-considéi-able rhiver. On ne doit donc pas attendre du reboisement une égalisation entre l'été et l'hiver du tribut que la pluie apporte aux thalwegs, en tant du moins que le reboisement aurait lieu avec des essences à feuilles caduques.

M. Belgrand est arrivé à un résultat semblable pour les sources, dans ses expériences faites sur l'Ource, rivière presque entièrement alimentée par des eaux souterraines. D'immenses forêts occupent les deux tiers ou peut-être les trois quarts de son bassin. Les pluies d'été n'y profitent pas plus aux sources qu'aux thalwegs, et la rivière elle-même disparait quelquefois complètement dans une partie de son cours. En hiver, au contraire, et au printemps, de véritables inondations ont lieu presque chaque année; beaucoup de sources des terrains oolithiques boisés ne coulent que l'hiver, et souvent môme pendant quelques joure seulement, aux époques des grandes pluies. liCS pluies douces de la saison humide, et surtout les neiges abondantes suivies d'un dégel progressif, sont la véritable origine des eaux courantes. I^es sources dont le débit est constant sont celles qu'alimentent des nappes souterraines de grande étendue rassemblées dans des couches perméables dont les lignes d'affleurement ont un développenieni considérable. IjCs crues de la Champagne pouilleuse, terrains déboisés, sont insigniliantes; et, suivant M. Doré, le niveiiu des eaux de l' Ardus-

son, principal affluent de la vive gauche de la Seine, en Champagne, ne varie que de 0°20 dans les plus fortes crues.

Tous ces faits peuvent s'expliquer très-simplement. Les terrains nus ou simplement gazonnés sont, il est vrai, moins préservés de Tévaporation par l'air, en été, que les terrains couverts de bois touffus; mais aussi ces derniers sont abrités de la pluie comme ils le sont du soleil. I^s feuilles mouillées se dessèchent vite, et, de plus, elles donnent lieu à une évaporation continuelle qui enlève au sol des quantités d'eau considérables. Pendant l'hiver, au contraire, les arbres dépouillés de leur verdure, n'enlèvent presque rien au sol et y laissent arriver presque toute l'eau des pluies ; ils conservent encore cependant une partie de leur propriété d'arrêter les mouvements de l'air et de ralentir révaporation directe du sol. La seule utilité réelle du reboisement par les essences à feuilles caduques est donc de faire obstacle au ravinement des terres et de rendre productifs des terrains qui ne le sont pas. A ce point de vue, la conservation des bois et le reboisement peuvent dans ceilains cas, particulièrement dans les pays montagneux, s'élever à la hauteur d'une question d'utilité publique. M. Surell * a montré d'une manière très-nette que l'immense dévastation causée par les loirents dans les Alpes françaises tient à deux causes, le déboisemenl et la destruction de toute végétation herbeuse \yRv l'abus du pâturage.

Les observations de M. Belgrand portent exclusivement sui* les bois à feuilles caduques. L'efl'et produit par les arbres résineux est moins bien connu; il est très-probable qu'ils ont une influence beaucoup plus marquée sur les crues d'hiver. Quant à leur influence sur le ravinement des terres, elle est incontestable. On est souvent frappé, dit M. Surell, en parcourant le

* Éludes sur les lorrenls des haules Alpes, par Alexandre Surell. inguuieur ' des ponU et chaussées.

département des* Hautes-Âlpes, par Taspect d'un monticule aplati placé à la sortie d'une gorge, et dont la surface est dressée en éventail suivant des pentes très-régulières : c'est le lit de déjection d'un ancien torrent. Le long du monticule découle un petit ruisseau qui sort de la gorge et traverse paisiblement les champs : c'est lui qui formait l'ancien torrent. Ces faits ne laissent aucun doute sur les avantages du reboisemenl dans ces conditions. M. H. Pellaut, dans son Tmité des irrigatiotiSj a proposé, dans le môme but, l'emploi de fossés disfiosés horizontalement et de niveau sur les flancs des montagnes.

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