CHOC EN RETOUR
Nous pouvons supporter, sans nous en apercevoir, des charges d'électricité considérables. Ce n'est pas la présence du fluide qui nous impressionne, mais ses variations, quand il augmente ou diminue^
Pendant certains orages, lorsque les nuages sont bas et fortement électrisés, on voit des lueurs phosphorescentes apparaître à l'extrémité des objets dressés dans l'air. Ce phénomène, connu des anciens sous le nom de Castor et Pollux^ a été regardé par les marins du moyen âge comme un signe de la protection de saint Elme, d'où lui est venu le nom de /eu Saint-Elme. Les armes des soldats, les mâts des navires, le sommet des clochers, des girouettes, des paratonnerres, quelquefois même les cheveux et les vêtements se recouvrent de flammes ou de lueurs accompagnées d'un sifflement aigu. Ces flammes, complètement inoffensives, sont dues à l'écoulement de l'éleclricitc, comme les petites aigrettes que l'on remarque dans l'obscurité au bout das doigts ou des ongles quand on les approche d'une machine électrique «fortement chargée. Elles accusent toutefois une ten-
3(i2 LES ORAGES.
sion électrique élevée sur les corps où elles apparaissent. Tant que cette tension persiste, ou qu'elle ne varie qu'avec lenteur, les eiTets ressentis sont généralement nuls; mais, si le nuage qui Ta soutient se décharge brusquement, le retour également brusque de l'électricité du corps dans le sol détermine une forte secousse. Souvent, pendant les orages, les chevaux ou les bœufs bondissent ou s'abattent à un coup de tonnerre parti entre deui nuages bas : le volume de leur corps et l'exiguïté de leurs membres y rendent les commotions faciles à produire. Quelquefois aussi, par un violent coup de tonnerre, des hommes se trouvent transportés à plusieurs mètres sans garder conscience de ce qui s'est opéré en eux. Le passage instantané de l'électricité a fait contracter leurs muscles, comme le fait la décharge d'une bouteille deLeyde. Ces commotions sont rarement dangereuses; elles peuvent cependant devenir funestes quand on est trèsprès du trajet de la foudre, parce que les mouvements d'électricité par influence deviennent alors très-énergiques. Une grande partie des cas de mort par la foudre sans lésion apparente n'ont pas d'autre cause.
Le nombre des personnes foudroyées est annuellement de 79 ou 80 en moyenne pour la France. Plus de la moitié l'ont été sous des arbres. Dans l'intérieur des habitations, les accidents sérieux de cette nature sont extrêmement rares, parce que tout l'effort de l'électricité se porte sur les murs. Le danger varie, du reste, suivant le lieu qu'on occupe et la nature des objets environnants ; les i)lus élevés sont toujours les plus menacés, toutes choses égales d'ailleurs.
g Y. — Dei» Paratonnerres.
\a fréquence des oraf^es et les désastres qui les accompaj?nent trop souvent ont dû porter de tous temps les hommes
DES PARATOiNNERRES. 363
h rechercher les moyens de se mettre à l'abri de leurs atteintes.
Hérodote raconte que les Thraces avaient l'habitude de lancer des flèches contre les nuées orageuses pour rendre au ciel ses menaces. Les anciens considéraient les cavernes comme des lieux sûrs, et, au rapport de Suétone, l'empereur Auguste avait Thabitude, dès qu'un orage menaçait, de se retirer dans un lieu bas et voûté. Kœmpfer nous apprend que les empereurs du Japon font établir un réservoir d'eau au-dessus de la grotte où ils se retirent pendant les orages. Diverses pratiques, autrefois adoptées sont abandonnées aujourd'hui. Par contre, il est certaines habitudes qui persistent, malgré les fréquents exemples des dangers auxquels elles exposent. Les grands arbres, en raison de leur élévation et de la profondeur de leurs racines qui pénètrent souvent jusqu'aux eaux souterraines, sont fréquemment frappés par la foudre; les hommes réfugiés autour de leur tronc sont eux-mêmes atteints soit directement par une fraction dérivée de l'étincelle, soit par le choc en retour. Il est difficile, quand on est surpris par une pluie d'orage au milieu des champs, de ne pas profiter d'un abri voisin : l'inconvénient immédiat fait négliger un danger éventuel auquel on échappe souvent. Il conviendrait du moins de prendre certaines précautions propres à éloigner le péril . Il faut choisir de préférence pour abri quelques arbres bas, situés à une petite distance de grands arbres, y occuper le moins de place possible en hauteur et ne jamais s'appuyer au tronc. Le docteur Winthorp conseillait de se placer à huit ou dix mètres de quelque grand arbre, et Franklin approuvait ce précepte.
I>e son des cloches et le bruit du canon sont sans action sur la foudre. Les sonneries, qui dans l'origine avaient pour but d'appeler les fidèles à la prière pour conjurer l'orage, n'ont par elles-mêmes d'autre effet que d'exposer les sonneurs aux danffcvs résultant de l'élévation des clochers, de leur forme aiguë
et des liges de fer qui surmontent leur toit. Ces dangers disparaîtraient par l'emploi du paratonnerre.
lia découverte de Franklin le conduisit immédiatement au procédé le plus efficace pour préserver les édifices des ravages de la foudre.
Le paratormerre se compose de deux parties principales : — une tige métallique solidement encastrée par sa partie inférieure au sommet de Tédifice, cl dont la partie supérieure se termine en pointe aiguë; — un conducteur métallique destiné à mettre la base de la tige en communication avec le sol.
La tige a des dimensions variables avec celles de l'édifice qu'elle doit garantir. En général, sa hauteur est
1^ «1 de 8 ou 10 mètres; son diamètre, à la base, est " de 5 centimètres environ : il diminue graduellement jusqu'au sommet. Nous donnons (fîg. 86) le dessin des diverses pièces qui la composent; nous avons seulement rompu la partie inférieure, afin de réduire la figure. Les deux fragments r forment les extrémités de cette partie inférieure qui est en fer forgé. Au-dessus on visse une baguette de cuivre rouge d de 0"',60 de hauteur; celle-ci est terminée par une pointe de platine P soudée à Targent. Un manchon do cuivre enveloppe la soudure et rend plus stable l'union des deux pièces.
Immédiatement au-dessus de l'embase (ui, destinée à écarter les eaux pluviales du scellement do l'appareil, un collier métallique B est fortement serré autour de la barre de fer. A ce collier on fixe solidement, au moyen d'un boulon, une barre de fer carrée* de 15 à 20 millimètres de côte, et formant le conducteur. Cette barre est quelquefois remplacée par un gros câble en fils de fer, qu'il faut goudronner avec soin pour empêcher la
Fig. 86.