‹ Les mouvements de l'atmosphère et les variations du tempsChapitre 141 sur 150 · SERVICE AGRICOLE · texte numérisé non relu

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inondations dans les parties supérieures de la vallée, conduisit M. Poincaré à se livrer à des essais de prévision du temps. Ces prenniers essais l'ont tout naturellement conduit à cette pensée qu'il ne devait pas limiter ses efforts à la question des crues. Par les moyens dont il dispose et par la nature de ses occupalions, le service hydraulique a paru à cet ingénieur distingué, c( appelé plus utilement qu'aucun autre, à rendre à l'agriculture par l'annonce du temps, des services analogues à ceux que le service météorologique rend à la marine*. »

M. Poincaré demanda qu'il lui fût expédié chaque jour de l'Observatoire :

1® Un résumé succinct de la situation générale;

2° La probabilité, pour le lendemain, de Tétat du ciel dans la Metise et de la direction dominante du vent à la hauteur des nuages ;

.V Quand il y a lieu, la marche des orages qui paraîtraient devoir passer sur le déparlement de la Meuse.

Les renseignements demandés par M. Poincaré lui furent adressés à partir du 1" mai 1865*. A l'aide de ces documents expédiés par télégraphe, et du Bulletin international de la veille, joints à une observation suivie des instruments et de ' l'état du ciel et à la connaissance des conditions météorologiques de sa région, M. Poincaré établit, chaque jour, les pro- . habilités du lendemain et les fait porter immédiatement à la • connaissance des populations agricoles. Les labl(;aux comparatifs dressés par cet ingénieur entre ses pi*évisions, rendues publiques, et les faits réalisés, montrent que dans cette voie on peut déjà obtenir des résultats satisfaisants. Ces résultats le deviendront plus encore sous le rapport, soit de la pi-écision, soit de l'avance des présages, lorsque les études d'ensemble auront

* Lettres de MM. de Mardigny et Poincaré, Bulletin international du 25 septembre 1204.

' Bulletin international du 15 juillet 1865.

mieux fait connaître la marche des phénomènes atmosphériques, et que la pratique aura mieux enseigné chacun de nous. C'est dans Tunion des études générales faites au centre du service d des études faites sur place, que Ton trouvera la solution de la question si intéressante des avis à donner aux agriculteurs sur la probabilité du temps.

Une science nouvelle est en voie de formation, science éminemment utile dans son but, éminemment générale par le nombre des intérêts qu'elle peut servir. Nous ne voulons rien préjuger sur les moyens qui seront mis en usage pour que ses fruits pénètrent dans les plus petits recoins du territoire ; nous ne dirons même rien de l'organisation que nous croirions la plus favorable pour y parvenir : il y a là une question d'administration qu'il ne nous appartient pas de traiter dans cet ouvrage. Mais nous pouvons, avec la confiance d'être entendu, faire appel au concours de tous les hommes amis de la science dans nos compagnes. Leurs intérêts comme leurs plaisirs sont sous la dépendance des variations de l'atmosphère; l'état du ciel est fréquemment l'objet de leur attention, ses changements * un motif de préoccupations pour eux ; leur pratique individuelle, jointe à l'expérience confuse du passé, leur donne un tact météorologique souvent très-remarquable. Une tous apjH)rtentdans leurs observations l'esprit de méthode que l'on rencontre chez beaucoup d'entre eux, et qu'ils prennent pour base de leurs comparaisons et de leui^s études les résumés généraux de l'état atmosphérique publiés par plusieurs journaux. Ils atteindront ainsi un double but. « lisseront toujours sûrs, a écrit l'un des leurs, M. de Gasparin, de trouver une douce et utile occupation dans les observations météorologiques, dans leur comparaison avec celles des autres lieux et des autres temps ; et en charmant leurs loisirs, ils prépareront Tépoque où la météorologie ac* querra la certitude qui lui manque et où les conjectures relatives aux phénomènes futurs deviendront des probabilités. »

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Nous tijoulerons qu'en Iravaillant aux progrès de la science générale ils hâteront la marche de leur propre instruction.

Les siffne$ du temps ne conduisent très-souvent qu'a des appréciations vagues et incertaines, parce que le champ d'observation est trop limité pour chaque observateur isolé. L'observatoire est comme une vigie dont Fœil s'étend à la fois sur toute la surface de l'Europe et même au delà, sur l'Atlantique d'où nous viennent les mauvais temps; la connaissance des faits lointains qu*il signale peut singulièrement aider l'œil exercé de l'habitant des campagnes. Montrer les causes toujours simples auxquelles se rattachent les effets complexes au milieu desquels on s'égare quelquefois, c'est aider au classement des signes du temps, à la fixation de leur valeur individuelle ou d'en^ semble, et donner plus de sûreté à leur interprétation. Il est d'ailleurs des phénomènes qui, par leur soudaineté, échapperont toujours aux prévisions du météorologiste livré à ses seules ressources, que rObsenatoire peut entrevoir de loin et qu'il peut, par ses avis, signalera la vigilance publique. Le météorologiste prévenu pourra fixer son attention sur des signes qui eussent passé inaperçus.

L'Observatoire, à son tour, peut tirer le plus gi*and profit d'observations multipliées à la surface de la France, même sans le secours des instruments.

Nos cartes synoptiques générales n'abordent point les détails qui forment une branche à part de nos études. L'examen de ces détails a été entrepris en ce qui concerne les orages de 1865 ; et, bien que leur étude ne soit pas encore achevée, d'impor* tants résultats en découlent déjà relativement à la prévision de ces météores redoutés. Il importe d'aller plus loin etdecon^ struire spécialement pour la France des cartes synoptiques quo* lidiennes destinées à suivre dans chaque mouvement particu* lier de l'atmosphère la marche des nuages et des pluies à la surface de la France. Avec les secours de ces cartes, dès qu'un

mouvement général s'annoncera par la déformation caractéristi([ue des courbes d'égale pression barométrique à la surface de l'Europe, il deviendra possible de fixer quelques jours à Tavance le lieu et l'heure où tel phénomène donné fera son apparition. Cette affirmation paraîtra peut-être sortir de la résenc ordinaire à un homme qui n'a que les intérêts de la science à servir ; elle est le résultat d'une foi profonde inspirée par les progrès réalisés en peu d'années et par les immenses ressources que la faveur publique apporte à la science nouvelle.

Nous avons parlé d'observations sans instruments. L'examen du ciel n'en exige en effet aucun, et nous préférons cette inspection pure et simple à l'emploi exclusif du baromètre avec les prévisions enregistrées à l'avance sur son échelle. Mais le météorologiste se prive d'un secours très-puissant lorsqu'il néglige de joindre l'observation des instruments à l'état du ciel et à la marche des nuages ou des vents inférieurs.

Le baromètre est le premier de tous les instruments météorologiques. Le commerce en fournit actuellement de très-portatifs et d'un prix très-peu élevé. Un jour viendra où chaque village aura son baromètre communal comme il a son horloge, et où le cultivateur le consultera chaque jour à sa rentrée des champs ou avant d'entreprendre son travail. Ces inslrumenls nouveaux suffisent pleinement aux usages ordinaires. Iaîs btisoins de la science en exigent de plus précis, contrôlés avec un grand soin et observés par des hommes exercés. Un seul baromètre réunissant ces conditions suffit par département, et toutes les écoles normales primaires en ont été munies. Les mêmes remarques sont applicables aux thermomètres et aux hygromètres que le commerce fournit à des prix encore plus minimes, tant qu'ils sont destinés à constater la marche générale du temps. A ce point de vue, leur degré d'importance les place après le baromètre ; mais, comme la tem|)érature varie plus d'un lieu à l'autre que la pression barométrique, au point

de vue de l'étude du climat de la France, ils reprennent l'avantagCy et leur nombre doit être plus multiplié V

g IX — ProMMtIcs.

La prévoyance des faits à venir, même en météorologie, a été longtemps considérée, d'après Laplace, comme « le résultat d'un calcul de probabilités*. » 11 en pouvait être ainsi à une époque où les lois des mouvements de l'atmosphère étaient à peu près complètement ignorées ; aujourd'hui que Ton commence à entrevoir ces lois, le calcul des probabilités ne peut plus fournir que quelques premiers jalons dans la discussion el l'interprétation des faits présents. Le médecin peut, lui aussi, faire des calculs de probabilités ; il peut leur donner Une certaine part dans l'établissement de ses pronostics ; le cas particulier placé sous ses yeux aura toujours une influence prépondérante sur ses jugements.

niOMOSTlGS TlUÉS DU BAROMÈTUE

Le baromètre attira, d(» qu'il fut connu, l'attention des observateurs. On remarqua qu'il baissait habituellement dans les temps pluvieux, qu'il montait avec le beau temps; on se hâta de placer à côté de la colonne de mercure une échelle qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours, et qui porte à sa hauteur moyenne le mot variable; au-dessus de variable, les mots beau temps^ beau fixe^ très-sec sont espacés de 9 en 9 mil-

* Imtructiom sur VimlaUation et Vttsaqe des itislrumcfiU de météorologie, par n. Marié Davy. — Chez T. Masson.

* Cours d^agricutturCj par le cunite de Gaspnriii, l II.

limèlres ; au-dessous, également de 9 en 9 millimèlres, on a inscrit les mots phiie ou vent, grmide pluie^ tempête.

En admettant même la vérilé du sens général de ces indica-tiens, il ne faut pas perdre de vue que la hauteur moyenne du baromètre varie avec les lieux et qu'elle baisse rapidemeut quand on pénètre sur des montagnes peu élevées. A Genève, par exemple, la hauteur moyenne du mercure est de 727""' environ. Un instrument gradué pour Paris serait donc à Genève toujours au-dessous de grande pluie ou tempête. Si l'on voulait simplement déplacer l'échelle pour y faire correspondre le mot variable avec la hauteur moyenne du baromètre, on tomberait dans un autre inconvénient. Les variations dans la pression de l'atmosphère se produisent surtout dans ses couches inférieures qui sont les plus denses. Toutes choses égales d'ailleurs, l'excursion de la colonne mercurielle est donc d'autant moindn^ qu'on est dans un lieu plus élevé, et notre baromèti'e à Genève ne marquerait jamais ni beau fixe, ni tempête. Un effet semblable se produirait en s'avançant du Nord au Midi. Dans les régions tropicales, par exemple, l'échelle n'a [)lus aucune valeur; et des perturbations atmosphériques d'égale énerjjie dépriment sensiblement moins le baromètre dans le Midi de la France que dans le Nord. 11 n'en résulte pas d'inconvénients bien sérieux quand on est prévenu et qu'on est habitué à son instrument. 11 ressort toutefois des faits précédents qu'il ne suftît pas de jeter les yeux sur un baromètre pour en conclure a première vue le temps probable; il faut l'avoir étudié et s'être familiarisé avec ses mouvements. On remarque alors que quelquefois le baromètre baisse par un temps calme et serein, que d'autres fois la pluie tombe par torrents et les orages les plus violents éclatent, quoique le mercure soit élevé et pi-esquc immobile. Les pronostics fournis par le baromètre varient avec les saisons comme avec les climats.

La hauteur moyenne du baromètre change avec la direc-

tien du coumiil généra} établi dans le lieu où on observe : celle liauleur s'accroît quand les vents inférieurs soufflent du N. E.; elle décroît quand ils soufflent du S. 0, L'éi*art moyen entre les liauteui's correspondantes à ces deux vents est, d'après les calculs de M Bravais, d'environ 10""' pour Middlebour«^r, 6""" pour Paris, 5"'"', 5 pour I^ondres. Nous sommes bien loin des variations de 50 ou 40 millimètres observées quelquefois à Paris dans un intervalle de moins d'une semaine. Si nous entrons maintenant dans le détail des probabilités calculées par M. de Gasparin d'après les observations de P. Cotte a Montmorency, près Paris, nous trouvons qu'avec un baromèlre h 728"'",5 les probabilités du vent d'entre S. et S. 0. sont de 50 contre 50 pour les vents d'entre N. et N. E.; qu'à pailir de 750"'"' les probabilités sont en faveur des vents de S. et S. 0.; qu'à partir de 755"'"' l'égalitc'î des probabilités est rétablie entre les deux vents ; qu'au-dessus la probabilité se range d'une manière de plus en plus nette vers les vents du X. ou N. E. Sous la pression 769, on a encore 21 fois des vents du S. 0. contre 78 fois des vents du N. E.

Pour la pluie, les observations de Montmorency calculées par le P. Cotte ont donné les résultats suivants :

NAL'TEUh DU UAROMAtRC.

rnODAHII.ITA> DE PLUI£.

PROBABILITE DE 5Kia£.

Les mômes observations donnent pour 1 ,000:

754 pluies avec un baromètre plus bas que la moyenne ;

546 pluies avec un baromètre plus liant.

Ces résultats montrent que la liauteur du baromètre, observée à un moment donné, ne suffit pas ; il faut tenir compte de ses hauteurs antérieures et de la nature de ses mouvements.

Sous ce rapport, les nouveaux baromètres métalliques nous semblent préférables aux anciens baromètres à cadran, dont l'aiguille présente souvent une grande inertie à se mouvoir.

Les désignations marquées sur l'échelle 4oivent être considérées seulement comme des points de repère, sans y attacher de signification absolue. Un seul fait est constant : une forte baisse du baromètre ne se produit jamais sans une perturliation grave de l'atmosphère. L'inverse n'est pas toujours vrai.

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