SAISON FROIDE
Le baromètre étant haut, le ciel sans nuages, l'hygromètre au sec, le thermomètre au-dessus ou au-dessous de sa moyenne suivant le mois où l'on est, si le baromètre commence à baisser, s'il se forme dans les régions élevées de l'atmosphère des nuages légers (cirrus) marchant avec une extrême lenteur du S. 0. au N. E., le courant équatorial s'approche de nous, et déjà il commence à régner dans les hautes régions. S'il fait froid, la température s'adoucit; s'il fait chaud, la chaleur devient plus molle. L'hygromètre marche vers l'humide.
Tant qu'aucune perturbation n'apparaît, les phénomènes [)récédents s'aceentuenl d'une manière lente et graduelle, le ciel
devient moutonneux, des cumulus isolés se forment; le beau temps peut se consener assez longtemps.
Si le vent s'accélère des régions d'entre N. E. et S. E. h la surface du sol, si les nuages chassent pi us vivement d'entre S. et 0., une bourrasque passe dans le Nord-Ouest. IjCs pluies accompagnent rarement les premières apparitions de ces phénomènes, si ce n'est dans le voisinage de la ligne parcourue par leur centre, à moins que l'atmosphère n'ait eu le temps de se charger de vapeur. Il convient de surveiller les instruments.
Si la baisse du baromètre se ralentit pour faire place à la hausse, si la direction des nuages a dépassé l'O. vers le N., la probabilité de pluie s'est écartée ; mais la période des beaux temps se trouve entamée.
Si la baisse est, au contraire, un peu rapide, si le baromètre descend au-dessous de sa moyenne avant que la direction des nuages ait atteint l'O., la pluie est d'autant plus probable que l'on est plus près des côtes Ouest ou Nord-Ouest, ou plus élevé sur le versant Ouest ou Sud-Ouest d'une chaîne de montagne ; elle sera d'autant plus abondante que l'air est plus chaud et plus humide, que la baisse est plus rapide et plus profonde; elle est d'autant plus prolongée que le vent * tourne plus lentement vers l'O. 8t leN.O. Dès que le baromètre commence à monter, que le vent s'approche du N. 0., le ciel s'éclaircit. Une tourmente a passé dans le Nord.
Si la hausse qui sur\ient alors est rapide, si le vent dépasse le N. 0. vers le N. sans perdre beaucoup de sa vitesse, la pluie peut revenir par les vents du N. ou N. N. E. La tourmente redescend du Nord sur l'Allemagne ou l'Est de la France. La température baisse alors d'une manière très-sensible.
Si, par la hausse rapide, la force des vents tombe en attei-
* Cliaquc fois que nous ne spécifions pas, nous entendons ici parier du vent des nuages, les vents superficiels h h terre étant trop altérés par les saillies du sol.
gnant le N. ou avant même de l'atteindre, si la température a peu baissé, le beau temps sera peu durable : une nouvelle bourrasque ou tourmente suit la première à une inteiTallc d'un petit nombre de jours.
Si la température s'est soutenue, si les vents rétrogradent vers le S. 0. après avoir 5 peine atteint le N. 0., la suspension des mauvais temps est de très-courte durée. I^es pluies se succèdent presque sans interruption jusqu'à ce que le baromètre revienne à la moyenne ou s'élève au-dessus et que les vents dépassent le N. 0. vers le N.
Les mouvements (ournants de l'atmosphère se succédant généralement à trois ou quatre jours d'intervalle, la recrudescence des pluies suit la même loi. Les bourrasques peuvent cependant être encore plus rapprochées comme elles peuvait aussi être plus distantes.
La baisse étant rapide, les vents, au lieu de tourner vers l'O. , peuvent rester au S. et même rétrograder versr le N. E. ou le N. par l'E. avec pluie. Dans ce cas, le centre d'une bourrasque passe à peu de distance dans le Sud-Ouest.
Le centre d'une bourrasque ou d'une tourmente est toujours sur la gauche du vent, c'est-îi-dire dans le Nord-Ouest, quand le vent est du S. 0. ; dans le Nord, quand le vent est de l'O. ; dans l'Est, quand le vent est du N.,dans le Sud, quand le vent est do l'E. : cela ne veut pas dire qu'une bourrasque existe chaque fois que souffle l'un de ces vents. Cependant, si nous exceptons les vents d'entre E. et N. pour la grande partie de la France, el les vents d'entieN. et 0. pour la vallée du Rhône, le Languedoc et la Provence, un vent d'une force au-dessus de la moyenne et un baromètre au-dessous, particulièrement quand il y a pluie, annoncent une bourrasque qui vient, qui passe ou qui s'éloigne. Les vents exceptés se rattachent eux-mêmes frt^uemmont à des phénomènes semblables.
Le centre de la bourrasque se rapproche de nous tant que
le baromètre baisse. Dès que le centre a dépassé le point de sa trajectoire le plus rapproché, le mercure monte. Cette distance minimum est d'autant plus faible que les mouvements de baisse et de hausse se succèdent d'une manière plus brusque et plus rapide, que la rotation des vents est plus précipitée. On est au centre même ou à une très-faible distance, lorsque, le baromètre étant très-bas, le ciel s'éclaircit ou ne présente plus que des nuages isolés donnant des pluies de courte durée avec rafales de vent, ce que les marins appellent des gi*ains. Les grains se produisent aussi sur le pourtour du mouvement tournant à une assez grande distance du centre, mais les mouvements du baromètre et la rotation des vents s'y effectuent avec lenteur.
Il est possible à un observateur de suivre à peu près la marche des tourmentes ou des bourrasques d'après les indications des instruments et sur l'inspection des mouvements des nuages.
Tant que le baromètre reste haut avec des nuages marchant des régions 0., les bourrasques passent haut dans le Nord, les mauvais temps sont pour l'Irlande, l'Ecosse, la Norwége, la Suède et la Russie.
Tant que les nuages marchent des régions S. avec baisse, il est à craindre qu*une bourrasque se rapproche plus près de nous, d'autant plus que la baisse est plus prononcée.
Dans le centre, l'Ouest et le Nord de la France, les mauvais temps avec tour de vents vers l'O. ou le N. 0. montrent que le centre des bourrasques traverse l'Angleterre ; les pluies s'étendent d'autant plus avant sur le Sud-Est de la France que le Nord-Ouest a été mouillé par des pluies antérieures : nous sommes en plein dans le courant équatorial, qui se prolonge plus ou moins avant dans l'Est de l'Europe. Comme les déplacements du circuit aérien sont lents, la probabilité est que le mauvais temps durera sur le Nord, l'Ouest et le centre de la France : le Midi peut conserver un beau ciel.
Si les vents tournent au N. fort, ce qui indique une bour-
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rasqiie descendant du Nord sur T Allemagne, c'est un signe que le circuit aérien a déjà perdu de son ampleur dans l'Est, la continuité et la durée du mauvais temps sont devenues moins probables. I^e ciel peut être très- variable sur le Nord de la France; le Midi est au contraire plus menacé.
Si le centre de la Iwurrasque traverse la France du Nord- Ouest au Sud-Est, auquel cas la rotation du vent est inverst^ des deux côtés de la ligne parcourue, la fin de la période présente des mauvais temps est encore plus prochaine pour le Nord de la France, mais elle est souvent à son début pour le Midi.
Si le centre de la bourrasque aborde la France par le golfe de Gascogne et longe les Pyrénées, elle donne sur le Nonl des vents d'entre N. et E. forts avec ciel nuageux ou très-beau ; les pluies sont pour le Midi.
Un certain antagonisme existe donc entre les versants de la Méditerranée et ceux de l'Océan et de la Manche. Les pluies peuvent y être presque simultanées ou y alterner à de courts intenalles; mais souvent aussi Tune des l'égions passe par une période de beaux temps, tandis que l'autre traverse une pi»riode de pluies plus ou moins interrompues. Tandis que dans ces dernières années tous nos cours d'eau du Nord descendaient au-dessous de l'étiage, ceux du Midi avaient une surabondance d'eau comparativement à leur régime habituel.
Les vents les plus pluvieux sont : pour les versants de TOcéan et de la Manche, les vents du S. 0.; pour le vei'sant du Nord- Ouest des Cévennes, les vents d'enlie 0. et N. 0.; pour le versant méditeri*anéen, les vents compris entre le N. E. et le S. ou S. 0. D'aprts un dicton du Midi, le vent grec a pluie dans le bec ; d'après un dicton du Nord, quand la bise (vent du N.) va à Feau, elle y va à pleins seaux.
Tout mouvement brusque du baromètre vers la Kusse ou la hausse est d'autant moins durable qu'il est plus rapide; lors-
qu'au milieu d'oscillations diverses le mouvemenl se continue lentement dans un même sens, l'état indiqué sera plus durable. '