PERTURBATIONS MAGNÉTIQUES
phiques ; elles sont donc la représentation rigoureuse du phénomène. Rien n'est plus tourmenté que ces courbes.
Peu de temps après noire arrivée à l'Observatoire, nous avons repris cette étude interrompue, au point de vue qui domine tous nos travaux en météorologie. Nous avons comparé les variations de l'intensité magnétique avec les variations du baromètre, et nous avons été frappé des concordances générales qui se sont présentées entre les inflexions des deux séries de courbes figuratives de ces deux ordres de phénomènes. La concordance était surtout singulière dans la mauvaise saison ; elle disparaissait en grande partie pendant l'été. En hiver même, l'examen détaillé des deux courbes montre que les deux phénomènes en présence ne sont pas du même ordre malgré les liens qui les unissent. On ne peut supposer en effet qu'il existe une relation directe entre l'intensité magnétique et la hauteur de la colonne mercurielle ; mais les baisses barométriques coïncidant avec l'arrivée des mauvais temps, nous pouvions rattacher à ces derniers les troubles éprouvés par les aimants. M, Kaemtz avait déjà remarqué dans son traité de météorologie * que la déclinaison dépend, comme la hauteur du baromètre, de la direction du vent et de la température. Des études ultérieures, trop peu avancées malgré notre désir de les étendre, nous ont montré, chaque fois que les documents réunis nous ont rendu la comparaison possible, que les perturbations magnétiques sont accompagnées de perturbations atmosphériques peu éloignées. Cette coïncidence a été pareillement signalée par le R. P. Secchi, directeur de l'observatoire du Collège Romain. Nous en citerons quelques exemples pris dans les divei's mois de l'année.
liC 28 novembre 1865, des perturbations magnétiques sont obsenées à Paris ; on se rappelle qu'à cette époque une violente
* Cours complet de météorologie de L. F. K;emtz, traduit et annoté pur Ch. Martins, p. 421.
tempêlc tournante traversait rAUanlique se dirigeant sur l'Europe où elle sévit du l*' au 4 décembre, et qu'une série d'autres l'y suivirent. Le 2 décembre, il y eut perturbations magnétiques à Rome et aurore boréale à Stockholm.
Le 23 décembre 1864, l'intensité magnétique, après avoir fléchi les jours précédents, se relève d'une manière assez brusque avec agitation des barreaux. Les mauvais temps, qui précédemment avaient passé à d'assez hautes latitudes, se frayaient une route au travers de l'Allemagne vers la Méditerranée.
liC 10 et le 11 mars 1864, l'inclinaison magnétique diminue bnisquement de 4 minutes à Paris; de fortes perturbations magnétiques nous sont signalées à Livourne. Une violente tempête aborde le Nord-Ouest de TEurofie dans la nuit du 10 au 11.
Après une série de beaux jours, des perturbations sont si-
gnalées de Rome et de Livourne le 27 avril. A cette époque, une bourrasque abordait le Nord de la France, qu'elle devait traverser lentement les joui*s suivants pour atteindre la Méditerranée le 30.
En juin de la même année, après plusieurs jours d'un c-alme h peu près complet, des perturbations se produisent à Rome les
7 et 8 ; une très-forte perturbation a lieu le 8 à Lisbonne; ic^
8 et 9, les aiguilles sont agitées à Paris. Le 7, une bourrasque orageuse traversait le Midi de la France ; d'autres lui succèdent dans le Nord de la France et sur l'Allemagne; de Rerne on nous annonce, le 11, que l'Aar va déborder sous l'influence de pluies continuelles depuis le 10. Le 23, les perturbations reparaissent i\ Rome et à Paris, et do fortes bourrasques passent dans le Nord-Ouest de l'Europe.
Les 19 et 20 juillet, des perturbations sont signalées h Rome. Le 19, nous annoncions que de fortes brises du N. et N. E. soufflaiiînt à Lisbonne et à la Corogne, et qu'il régnait probablement sur TAtlantique des bourrasques tendant à |)énélrer
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sur le Nord-Ouest de la France et sur TÂngleterre. De mauvais temps y passèrent en effet les jours suivants, mais en même lemps un violent orage éclatait le 20 à Madrid, un autre éclatait le 22 à Bastia et Cagliari. Il en éclatait le même jour à Leipzig et à Pétersbourg.
Le 19 août, des perturbations se produisent à Rome. Nous disions dans le bulletin du même jour : Le baromètre continue à baisser sur les cotes Ouest de l'Europe et surtout sur le golfe de Gascogne ; une bourrasque semble donc devoir aborder l'Europe à cette hauteur. Plusieurs bourrasques traversèrent la France ; une entre autres, celle du 23, fut assez violente.
Les 19, 20 et 21 octobre, des perturbations sont obsei'vées à Rome et à Livourne. Le 18, nous signalions une tourmente dans les hautes latitudes, en ajoutant que la ligne de parcoui*s des mauvais temps semblait se rapprocher de plus en plus de nos latitudes moyennes. Le 19, une tempête tournante se montrait dans l'Quest de la France et passait le lendemain au Nord de r Angleterre. Une seconde la suivait le 21; son centre traversait rAngleterre les 22 et 23. Le 25, une troisième descendait du golfe de Gascogne sur le Sud de la France et la Méditerranée.
Ije 1 1 novembre, de fortes perturbations ont lieu à Paris et à Rome.' Dès le 10 nous disions dans le Bulletin: Un changement se prépare dans les conditions générales de Tatmosphère. Les mauvais temps semblent se diriger vers les régions moyennes de l'Europe, et nous verrions reparaître sur l'Angleterre et le Nord-Ouest de la France les vents des régions S. avec les mauvais temps qui les accompagnent. Ce mouvement était nettement accusé le 13 ; le 14 et le 15, le centre d'une tourmente traversait l'Angleterre.
Nous avons passé en revue toutes les perturbations des bousso\es^ qui nous ont été signalées dans cette période. Il est bien évident que leur nombre a été plus considérable ; beaucoup ont
échappé à Tattention parce qu'elles se sont produites en dehors des heures d'observation ; d'autres se sont manifestées avec une lenteur qui leur enlevait une partie de leur caractère exceptionnel. Nous ne pouvons donc vérifier la contre-partie des faits signalés plus haut et voir si chaque bourrasque ou tourmente est accompagnée d'un trouble dans la manifestation des forces magnétiques du globe. Au reste, les mouvements des boussoles sont dépendants de causes à la fois plus générales et plus locales que les mouvements barométriques ; leur étude semble plus complexe peut-être parce qu'elle n'a pas encore été sérieusement entreprise avec l'aide des cartes synoptiques étendues à l'Europe et à l'Atlantique. Il y a là, croyons-nous, tout un sujet de recherches d'un grand intérêt.
Les aurores boréales exercent une action très-marquée sur les aimants, alors même qu'elles ne sont pas visibles du lieu où s'agitent les boussoles. Pendant plusieurs années, Arago, en suivant les variations de l'aiguille de déclinaison à l'observatoire de Paris, a pu, sans être jamais mis en défaut, annoncer l'apparition de l'aurore boréale dans notre hémisphère. Depuis l'extension des lignes télégraphiques, l'influence de ces phénomènes polaires a pris un caractère encore plus net. Des courants électriques se produisent avec une telle intensité sur les lignes que le service en est gêné et quelquefois complètement interrompu. Nous en citerons un seul exemple dû à M. Malteucci .
Loi's de la belle aurore du 27 novembre 1848, cet éminenl physicien se trouvait au bureau du télégraphe électrique de Pise, quand il fut surpris par la suspension soudaine de la marche des appareils qui avaient très-bien fonctionné toute la journée ; semblable accident arrivait aux appareils de Florence : les électro-aimanls reslaient fortement aimantés, malgré l'interruption du courant électrique fourni par la pile. Cel effc»t singulier dura jusqu'au lever du jour, et le télégraphe put