‹ Les mouvements de l'atmosphère et les variations du tempsChapitre 148 sur 150 · PERTURBATIONS MAGNÉTIQUES · texte numérisé non relu

PERTURBATIONS MAGNÉTIQUES

fonctionner de nouveau sans avoir éprouvé d'altération. Des effets analogues furent constatés le même jour en Angleterre par M. Highton.

Le service télégraphique fut également 'troublé sur toute la surface de l'Europe par la magnifique aurore du 28 août 1859. Deux jours après, une nouvelle aurore était aperçue d'une grande partie des continents d'Europe, d'Asie et d'Amérique, et l'action perturbatrice était générale. Les courants électriques furent assez énergiques pour que l'on vît partir des étincelles entre des points interrompus sur les lignes. Aux États- Unis, deux employés du télégraphe placés aux stations de Boston et de Portland, purent se servir des courants produits par l'aurore à la place du courant de la' pile, pour correspondre pendant assez longtemps.

liCs orages donnent lieu à des phénomènes de même nature et quelquefois même beaucoup plus énergiques; mais ces effets sont toujours circonscrits à de petites distances. Dans les deux cas la cause première est la même ; mais l'aurore acquiert dans ses manifestations une ampleur que ne peut avoir un phénomène aussi local que l'orage ; par contre, ce dernier, par le fait même de sa concentration, peut atteindre en un point donné une violence beaucoup plus grande.

Les perturbations produites par les aurores sont d'autant plus- fortes que Ton s'avance plus dans le Nord, elles pourraient être une difficulté sérieuse pour l'établissement de longues lignes télégraphiques passant par les régions septentrionales.

Certaines conditions semblent nécessaires à la production des aurores. Elles se forment surtout dans une atmosphère plus ou moins chargée de petits cristaux de glace analogues à ceux qui composent nos cirrus. On voit très-bien au jour les parties brumeuses qui ont paru sous la forme de plaques aurorales, pendant qu'elles étaient illuminées par la transmission de l'é-

lectricitéd'unc particule à Tautre. Quelquefois aussi on aperçoit des traînées de cirrus dans la région où s'élevaient les rayons les plus brillants. Pendant le jour, les nuages se groupent et s'arrangent quelquefois à peu près comme les rayons d'une aurore et alors, d'après Humboldt, ils paraissent troubler Taiguille aimantée. M. de Tessan, dans sa relation du voyage de la Vénus^ rapporte qu'un des officiers de la frégate prédisait toujours les belles aurores boréales, en observant dans la journée la disposition des cirrus. Nous avons vu, chapitre x, que les cirrus sont formés par des particules de glace. L'amiral Wrangel a remarqué que des arcs de halos se formaient autour de la lune au moment où des rayons s'élançaient dans la direction de cet astre, et le halo est dû à la réflexion de la lumièit; de la lune ou du soleil à la surface de petits cristaux de glace. Ces cristaux microscopiques peuvent exister dans l'air alors même que le ciel garde une apparence très-sereine. Le docteur Richardson, par un beau temps et une température de 32 dogrés au-dessous de zéro, voyait l'arc de l'aurore dans le voisinage du zénith et constatait au même moment la chute d'une neige extrêmement fine, à peine visible, mais qui laissait des gouttelettes en fondant sur la main. Dans les contrées du Nord, des voyageurs se sont trouvés au sommet des montagnes subitement enveloppés d'un brouillard transparent de cx)uleur grise passant au vert, et qui donnait ensuite lieu, dans une région supérieure, à une splendide aurore boréale.

La présence des particules glacées rend l'atmosphère suffisamment conductrice pour permettre l'écoulement de l'électricité des hautes régions vers le sol : cet écoulement produit les lueurs de l'aurore et l'agitation des boussoles.

Les particules glacées, de leur côté, sont le résultat de l'extension des courants équatoriaux dans les régions polaires ; et ces courants, en y apportant la vapeur d'eau nécessaire, favorisent'également l'écoulement, de l'équateur vers les pôles par

PERTURBATIONS MAGNETIQUES. 493

les hautes régions atmosphériques, de rélectricité nécessaire à la formation de l'aurore. Les bandes de cirrus accusent l'existence de ces courants équatoriaux quels que soient les vents superficiels à la terre, et l'orientation de ces bandes donne la direction des courants aériens. Au Canada, des registres météorologiques, commencés depuis longtemps, indiquent l'état de l'atmosphère les jours qui précèdent ou qui suivent l'apparition des aurores. Presque tous ces jours-là il a plu, et surtout neigé.

Tout mouvement anormal des boussoles, tout trouble apporté dans le fonctionnement des lignes télégraphiques, est le résultat d'un changement dans la répartition de Tagent électrique dans l'atmosphère, et par suite dans la situation de cette dernière.

Les courants perturbateurs produits localement sur nos lignes télégraphiques proviennent d'orages circonscrits dont l'apparition sur notre territoire peut ainsi nous être annoncée dès le début ; la connaissance des routes suivies en chaque circonstance par ces météores nous permettra de désigner les points menacés par ces derniers.

Les perturbations générales des lignes sont dues à de grandes aurores. Elles doivent nous renseigner sur les courants généraux de l'atmosphère dans les hautes latitudes et secondairement à la surface de l'Atlantique.

Ixîs perturbations plus restreintes accusent les mouvements électriques résultant du passage d'un mouvement tournant.

IjCs agitations des boussoles sont liées à l'intervention isolée ou collective de ces trois causes; elle^ sont donc d'une interprétation plus délicate et plus laborieuse, mais aussi elles sont d'une constatation plus facile pour chacun.

Chaque fois que nous comparons la carte magnétique, planche XXIV, aux cartes des mouvements généraux de l'atmosphère et des mers, planches VI et VU, nous sommes involontairement

frappé des analogies que nous remarquons entre elles, comme si les courants équatoriaux formaient les principaux fils conducteurs de rélectricité marchant de Téquateur vers les pôles. Que si Ton se refusait à nous suivre jusque-là, nous espérons du moins que les considérations précédentes suffiraient à montrer qu'il existe en dedans de notre atmosphère des sources d'explications snfGsantes pour toutes les perturbations magnétiques sans remonter jusqu'au soleil.

On comprendra pareillement l'importance que les mouvements des aiguilles aimantées et les troubles naturels apportés au fonctionnement des lignes télégraphiques peuvent acquérir dans un avenir, peu éloigné peut-être, pour la prévision du temps. Le télégraphe nous transmet chaque jour l'état de Talmosphère observé le matin à heure fixe sur un nombre déterminé de points de l'Europe. En dehors de ces renseignements {)ériodiques, sans troubler en rien le service des lignes, en ulilisant même ses difficultés temporaires, on peut tirer de lëlat fonctionnel de chaque ligne des indications précieuses sur les changements qui s'opèrent dans Talmosphère à de très-grandes disUmces. Li» réseau télégraphique, en s'allongeant à lasurlaee du globe, forme comme un vasle système nerveux allant recevoir en chaque point, pour la transmettre au centre, l'impression résultant de la situation atmosphérique en ce point. Chaque progrès du réseau marque un progrès dans la science du temps.

Page 1