MARIÉ DAVY
Paris, le 10 avril 1876.
La météorologie est la science du temps. Elle a pour base Inobservation patiente et continue des mouvements de l'air, des variations dans la température, des changements dans l'aspect du ciel, en un mot, de tous les phénomènes ou météores nés dans le sein de l'atmosphère. Ses moyens se résument dans la comparaison des données recueillies sur toute la surface du globe. Son but est de reconnaître les qualités distinctives des climats pour en retirer la plus grande somme d'utilité possible, de rechercher les causes de leurs diversités et des accidents qui s'y produisent, et, (ihalemcnt, d'arriver à la prévision du temps.
Il n'est guère de science d'un plus facile accès et où les moyens d'étude soient plus à notre portée. Souvent même on se méprend singulièrement sur les conditions néces^ saires pour l'aborder avec fruit et pour aidera sa marche. Les principes généraux sur lesquels elle repose peuvent toutefois s'acquérir sans grands efforts. Une fois qu'on en a la possession, l'observation des variations du temps et de leurs signes précurseurs devient une occupation pleine de
charmes qui conduit à des applications d'une incontestable utilité.
Nous nous sommes proposé, en écrivant cet ouvrage, de fournir à toutes les personnes curieuses des phénomènes de l'atmosphère les connaissances générales nécessaires à l'intelligence des variations du ciel dans nos climats. Ces variations sont loin d'être pareilles dans toutes les régions du globe.
11 est des contrées où le ciel est presque toujours pur et 'l'air calme : là, cependant, se préparent les plus violentes perturbations dont nous ayons à souffrir. Les tempêtes qui bouleversent nos côtes, les intempéries des saisons qui compromettent nos récoltes, n'ont pas chez nous leurs causes premières ; elles sont la conséquence ou la continuation de troubles produits loin de nous. De Téquateur aux pôles, les climats sont dans une dépendance étroite les uns des autres. Leur étude comparative offre de grands attraits et 8eu\e elle permet d'arriver aux causes des vicissitudes de notre atmosphère.
Sans entrer dans le détail minutieux des faits, nous avons cherché à coordonner les grandes lois découvertes par nos éminents prédécesseurs et à formuler celles qui découlent des résultats nouvellement acquis. La connaissance de ces lois, en aidant à l'interprétation des indications fournies par les instruments météorologiques ou par l'aspect du ciel, contribuera, nous l'espérons, à accroître encore l'intérêt pour une science utile à tous et dont les progrès sont liés au nombre de ses adeptes.
La météorologie a existé dès la plus haute antiquité ; mais
pendant bien des siècles elle s'est conij^see de faits sans liens entre eux, présentant le spectacle d'une instabilité sans pareille et sur lesquels la science ne pouvait avoir prise. Cette situation devait changer le jour où les relations plus fréquentes entre les divers peuples et l'union des efforts de tous les météorologistes permirent d'envisager les mouvements de l'atmosphère dans leur ensemble et d'en dominer les détails. Dès ce moment la sdence du temps a commencé à se constituer sur ses véritables bases et sa marche a été rapide. Reconnaissons toutefois qu'elle a trouvé dans les sciences modernes un très-utile concours, et des ressources inconnues dans les siècles passés. La météorofogie n'est en effet qu'une application de la mécanique et de la physique aux phénomènes de Tatmosphère, et ces sciences, loin d'être pour elle un motif de complication et d'obscurité, donnent sans effort la clef de certains faits longtemps inexpliqués. D'un autre côté, la découverte du télégraphe électrique et son extension rapide à la surface du globe créent à la science du temps des conditions exceptionnellement favorables et propres à hàler ses progrès.
L'imagination des anciens avait peuplé l'univers de divinités présidant à chaque phénomène de la nature. La vie débordait partout, telle que nous la sentons en nous, avec pes caprices et son imprévu. La science moderne plus austère a détrôné, ces êtres charmants, quelquefois redoutables: elle a mis à leur place des forces dont elle a successivement déterminé les lois. A l'arbitraire a succédé la règle hésitante encore bien souvent, mais se fortifiant peu a peu.
Vue sous ce nouvel aspect, la nature est-elle moins belle? Non ; ses beautés sont d'un autre ordre. La contemplation des transformations sans fin qui s'y produisent et des moyens toujours simples qu'elle emploie pour arriver aux résultats les plus compliqués peut largement compenser les rôves dorés qui ont bercé Thumânité naissante. A l'enfance avec ses joies naïves a succédé l'âge mûr avec ses jouissances plus contenues mais non moins profondes.
Les forces nombreuses au début tendent à se fondre graduellement dans une conception plus grandiose. Rien ne se crée^ tout se transforme ; cette pensée déjà bien ancienne reprend possession de la science.
La lumière, l'électricité, le mi^nétisme... sont le résultat de mouvements particuliers de Vèther^ et peuvent, sous certaines conditions, se transformer l'un dans l'autre. Les forces dont l'industrie dispose, les actes compliqués de la vie chez les animaux et les végétaux, nous fournissent de nombreux exemples de ces transformations auxquelles se ratlaolient aussi les principaux phénomènes de l'atmosphère.
La puissance de nos machines a vapeur naît de la transformation du mouvement qui constitue la chaleur, et cette puiss;ince convenablement employée peut régénérer la chaleur dont elle émane.
Lo U)is que nous brûlons dans nos foyers a reçu pendant sii cix>issanci\ sous forme de chaleur et de lumière, l'équivalent Je ce qui s'en dêjrage p;ir s;i iximbusiien. La plante
• i;êtlicr C$1 un niiiik* iruno cxtiV^mo tôiuiilô i>miplissant les «^{«ces céltf>li^. Il amiluit kl luiiiù iv ol la i luiknir ominie lair comluil les sons.
recueille les omanalions du soleil nécessaires à sou développement ; elle se les approprie. Elle en dépense une certaine proportion dans l'exercice de ses fonctions vitales et de reproduction ; mais elle en conserve à l'état latent une partie en rapport avec sa nature et son poids.
L'animal utilise la somme de puissance mise en réserve dans les tissus des végétaux dont il se nourrit; mais il ramène ces derniers, par une espèce de combustion, aux éléments qui serviront à constituer d'autres plantes sous l'influence des forces vitales, et par l'intermédiaire des émanations solaires. J/animal a son tour dépense une partie de la force qu'il s'est assimilée; il l'emploie au jeu de ses muscles, à l'exercice de ses fonctions vitales, instinctives, intellectuelles môme; il conserve l'excédant dans la substance de ses tissus pour pourvoir aux heures où l'alimentation lui fait défaut, ou pour servir lui-même à l'alimentation d'autres animaux.
Toute la puissance contenue dans les rayons solaires n'est pas utilisée directement par les végétaux. La lumière sert en outre à éclairer les relations entre les divers êtres vivants, I^a chaleur en excès entretient dans l'atmosphère une température sans laquelle la vie serait supendue; elle fournit à la dépense de chaleur qu'entraîne l'évaporation, origine des pluies indispensables à la végétation.
I^a plante vit de lumière et de chaleur; les substances qu'elle puise dans le sol et dans l'atmosphère ne sont que les instruments de son travail d'organisation. La richesse de la végétation à la surface du globe y est donc en rapport
avec Tactivilé des rayons solaires comme avec l'abondance des matériaux utiles; chaque plante est liée au climat sous lequel elle vit.
La chaleur et la lumière sont moins nécessaires aux animaux qui trouvent le travail tout préparé dans les plantes. Cependant, les divers actes accomplis dans leurs organes ne peuvent s'y produire qu'entre certaines limites de température. Par une température trop basse la vie s'engour4it et finit par s'éteindre ; sous l'influence d'une température trop élevée elle devient fiévreuse et s'épuise par son excès même, ou bien elle est rendue impossible par l'altération des fluides qui l'entretiennent.
Quand l'animal n'est pas suffisamment maître de sa propre température, il est, comme la plante, astreint à vivre dans des climats déterminés. L'homme et les animaux qui le servent sont mieux doués sous ce rapport. Noire organisme est d'une merveilleuse flexibilité ; il se plie aux conditions atmosphériques les plus diverses; mais il nous avertit par la souffrance lorsque nous commençons à nous trop écarter des conditions qui lui conviennent.
Uti des effets nécessaires de la vie en nous est une production continue de chaleur dans l'intimité de nos organes. Une partie de cette chaleur est consommée dans l'exercice de nos fonctions vitales ; l'autre, destinée à nous maintenir au degré de température voulu, dans un milieu à température plus basse, sert à subvenir aux pertes que nous y éprouvons .
Ces pertes sont de diverses natures : le rayonnement et le contact de l'air froid dans les climats tempérés; dans tous
les climats, Tévaporalion à la surface interne de nos poumons et à la surface extérieure de notre corps. L'économie peut régler ses fonctions de manière à accroître ou à restreindre la production de chaleur suivant l'importance des besoins ; c'est en cela que consiste le travail d'acclimatation, travail incessant comme les changements dans la température extérieure. Il faut seulement pourvoir par une alimentation appropriée à la double consommation de chaleur provenant de l'exercice des fonctions vitales et des pertes au dehors. Ces dernières n'étant qu'une fraction du total pèseront d'autant moins dans l'ensemble que la vie générale sera plus active; mais, dans aucun cas, elles ne peuvent être ni complètement supprimées ni exagérées au delà d'une certaine mesure.
La température moyenne de notre corps est d'environ 37 degrés ; elle reste à très-peu près la môme, au moins dans les organes essentiels à la vie, sous les plus rudes climats comme au milieu des régions brûlantes de Téquateur.
Dans les zones glaciales ou pendant les rigoureux hivers du nord de l'Europe, de TAmérique et de l'x^sie, nous perdons d'énormes quantités de chaleur. Notre organisme s'efforce d'y pourvoir par une production correspondante, et, parmi les aliments, nous recherchons les plus riches en carbone, tels que les corps gras et les liqueurs alcooliques. La respiration s'active pour fournir l'oxygène nécessaire à la combustion de ce carbone et les voies respiratoires surexcitées sont fréquemment exposées aux altérations morbides. Lorsque, malgré tous ses efforts, l'organisme nepeut sr.flire
X INTRODICTION.
à la consoramalion de chaleur sous rinfluenec d'un froid trop rigoureux ou parce que les matériaux combustibles lui font défaut, la vie s'engourdit peu à peu, le sommeil devient invincible et la mort ne tarde pas à survenir.
Dans les pays chauds, au contraire, l'organisme de l'homme a féglé son travail sur une faible consommation de chaleur ; la somme de puissance contenue dans les aliments y est presque tout entière dérivée vers les fonctions vitales; les poumons fonctionnent avec moins d'intensité; les matériaux incomplètement brûlés sont excrétés par le foie qui devient l'organe le plus actif et le plus exposé aux altérations morbides.
L'homme acclimaté aux pays chauds souffre dans nos régions tempérées parce qu'il ne peut suffire sans efforts aux pertes de chaleur qu'il y subit. L'homme acclimaté aux pays froids, au contraire, ne sait que faire, dans les régions tropicales, de la chaleur qu'il produit en excès. L'un et l'autre doivent modifier en sens contraire l'emploi des forces dont ils disposent. C'est un travail lent et pénible, car l'outillage vital est, pour ainsi dire, à refaire à chaque changement important dans le climat où nous vivons.
Nos impressions sont donc et doivent être souvent en désaccord avec les indications du thermomètre. Le thermomètre donne la température vraie à laquelle il se trouve; l'impression n'est que le sentiment d'une modification qui s'opère en nous et le résultat de la facilité plus ou moins grande avec laquelle nous supportons ce changement, La môme eau nous paraît froide en été, chaude en hiver. Ce n'est pas elle qui a changé, c'est nous. Lorsque le visage et
les mains sont habitués aux froids de Thiver, si nous découvrous une partie du corps ordinairement garantie, l'impression y est vive et douloureuse. Une température de dix à douze degrés au-dessus de zéro constitue un froid pénétrant si elle succède à une journée très-chaude. Une température de zéro degré produit en nous l'impression d'une douce chaleur lorsqu'elle succède brusquement à de grands froids. Dans l'un et l'autre cas, l'effet ressenti est d'autant plus vif que l'économie est moins bien disposée à se plier à ces transformations.
Tout est relatif en nous, et si nos organes sont inhabiles à nous fournir des indications précises relativement à l'état de l'atmosphère, ils n'en doivent pas moins être consultés, parce qu'ils nous éclairent sur notre propre situation.
Ces considérations sont nécessaires \h)uy bien interpréter le rôle des divers climats du globe dans le développement et le bien-être de l'homme. Elles ne suffisent pas cependant. Si rhom me. possède à un haut degré la faculté de se plier aux conditions atmosphériques au milieu desquelles il doit vivre, il ne peut échapper entièrement à leur lente influence, et surtout à celle des productions miasmatiques variables avec ces conditions. Des modifications profondes s'opèrent graduellement et dans les générations successives, dans son êlre intellectuel et moral, de môme que dans son tempérament physique. L'homme tout entier dépend du ciel qui le chaufle et l'éclairé, et du sol qui le nourril. Il y a là de grands problèmes que la science aborde résolument depuis quelques années; la météorologie fournit un des éléments de leur solution.
10 LMRODUCTION.
Un climat est le résultat complexe de causes multiples dont chacune doit être étudiée isolément avant de les réunir dans la synthèse qui les résume. La lumière, la chaleur, l'humidité, Içs vents constituent, avec la nature du sol, ses principaux éléments. L'atmosphère est leur lien commun. I^a forme de la terre, le double mouvement dont elle est animée sur elle-même et autour du soleil, l'obliquité de son axe de rotation sur le plan de l'orbe qu'elle décrit dans l'espace, la répartition des terres et des mers à sa surface, la forme des continents, le froid extrême des espaces planétaires dans lesquels elle se meut... sont les causes essentielles de la diversité des conditions climatériques des diverses contrées.
he rôle de l'atmosphère est des plus remarquables à de nombreux égards. On sait quelle est son importance dans la respiration des animaux et des végétaux; on sait également que l'air est le milieu dans lequel se passent tous les faits du domaine de la météorologie; on sait moins bien
la part qui lui revient dans la distribution de la chaleur à la surface du globe. Les physiciens estiment que la tem pérature des espaces planétaires est d'une centaine de degrés au-dessous du point de fusion de la glace, malgré l'activité des rayons solaires. La terre serait alors un globe éternellement glacé, si l'atmosphère ne formait autour d'elle un vêtement qui l'abrite contre les froids des régions planétaires. L'air humide se laisse, en effet, traverser par les rayons solaires; mais, lorsque ces derniers ont servi à échauffer le sol, l'air humide oppose une résistance trèsprononcée à leur retour dans l'espace : l'atmosphère nous
permet de recevoir et nous oblige à garder la chaleur versée par le soleil.
Celle chaleur s'accumule donc à la surface du globe d*où elle passe en partie dans les couches d'air voisines; aussi la température diminue-t-elle rapidement à mesure qu'on s'élève dans l'atmosphère et trouve-t-on des neiges perpétuelles au sommet des hautes montagnes, jusque sous l'équaleur lui-même. Presque tous les climats de la terre peuvent ainsi se présenter par étages dans un étroit espace, et les productions de l'Europe se rencontrer à quelques lieues seulement des végétations tropicales.
Les régions équatoriales, exposées toute l'année à l'ardeur d'un soleil presque vertical, sont généralement les plus chaudes du globe; à mesure qu'on s'avance vers les pôles, la terre s'incline et fuit pour ainsi dire sous les rayons solaires; le soleil lui-môme perd de sa force, parce qu'avant d'arriver jusqu'à nous, il doit travei^er des couches atmosphériques rendues plus épaisses par l'obliquité. Dans les heures successives du jour, nous retrouvons l'image alTaiblie des changements de température observés à la même heure de midi entre l'équateur et les pôles. Ces changements toutefois sont loin d'être partout aussi prononcés qu'ils devraient l'être d'après la forme arrondie de la terre.
L'air est un gaz éminemment dilatable par la chaleur et doué d'une extrême mobilité. Les plus faibles inégalités de température suffisent à le mettre en mouvement. Jamais et nulle part nous ne le trouvons complètement en repos.
Les vents sont d'une inconstance proverbiale dans nos
climats; mais quand on les voit dans leur ensemble on y reconnaît bientôt une circulation régulière et continue transportant l'air chaud dos régions équatoriales vei's des régions tempérées, et, en certains points, jusque dans les zones glaciales dont elle adoucit le climat. Par contre, dans certaines autres contrées, nous voyons l'air refluer des régions polaires vers les régions tempérées qui s'en trouvent refroidies, ou des régions tempérées vers la zone torride dont il modère la chaleur. Les eaux de l'Océan participent à ces mouvements, et les côtes occidentales de l'Europe en particulier sont baignées par des eaux chaudes venues de l'équateur et du golfe du Mexique jusque dans les parages de l'Islande, du Spitzberg et même de la mer polaire; aussi les hivers sont-ils très-doux en Irlande, tandis qu'à Irkoutsk, situé au milieu de l'Asie, à la latitude moyenne du sud de l'Irlande, le froid est d'une rigueur extrême en hiver.
A ces influences viennent s'en ajouter d'autres également très-actives.
L'eau s'évapore en grande abondance dans les pays chauds et surtout à la surface des mers intertropicales. En se transformant en vapeur, elle emporte avec elle l)eaucoup de chaleur qu'elle restitue aux régions plus froides où l'entraînent les courants aériens et où elle reprend sa forme première.
D'un autre côté, la terre s'échauffe et se refroidit avec une rapidité beaucoup plus grande que les eaux. La température de l'Océan varie peu du jour à la nuit et même de Tété à l'hiver. L'uniformité de son climat se transmet aux
terres voisines, tandis que dans l'intérieur des gi-ands continents on peut observer en un même lieu des différences de 60 à 80 degrés entre les températures successives d'umî même année.
Dans les [régions équatoriales directement chauffées par le soleil la tempéralu re est peu changeante; elle diffère également peu d'un point à l'autre, sauf pour des raisons d'altitude. Mais, dans les liantes latitudes où les courants aériens ou marins viennent suppléer pendant l'hiver à Tinsuffisance de la chaleur solaire, les différences s'accentuent fortement suivant qu'on se trouve sur le trajet des courants chauds ou des courants froids de retour. L'éloignemenl où nous sommes des lieux d'origine de ces courants donne à leurs effets moins de sûreté et permet l'intervention de causes accidentelles et secondaires dont il faut étudier les allures, car ces causes contribuent pour une large part à donner à notre climat son inconstance et son apparence dér^lée.
Les influences que nous venons de passer rapidement en revue sont permanentes, leurs effets généraux ou particuliers se constatent par des moyennes d'observations plus ou moins prolongées. Ces moyennes donnent les grandes lignes de la climatologie du globe; sur elles viennent se broder les détails les plus capricieux en api)arencè.
Chaque observateur isolé enregistre les phénomènes successifs dont il est témoin ; par un travail patient et soutenu il arrive à déterminer la température moyenne du lieu qu'il hnbite et à mesurer les variations diurnes et mensuelles de cette température; il évalue la quantité d'eau qui mouille
annuellement le sol et son mode de répartition dans les divers mois; il dénombre les jours de calme ou de tempête, de pluie ou d'orage, ceux oii le ciel est pur ou charge de nuages ; il précise la direction moyenne des vents dans sa localité et leurs évolutions plus ou moins rapides et nombreuses. Ce travail, base essentielle de la météorologie, lui fournit les éléments du climat qu'il habite. Mais pour en bien comprendre les vrais caractères et surtout la raison générale, il faut qu'il compare ses résultats à ceux obtenus sur les divers points du globe ; ce travail de comparaison est rendu facile par les cartes ou tableaux, par les formules ou les lois destinées à coordonner les faits connus. Mais les moyennes sont insuffisantes au point où en est arrivée la science ; elles forment dans leur ensemble comme une belle statue à laquelle manque le souffle qui l'anime. Elles ont pour efTet nécessaire de masquer l'accident météorologique; or l'accident est la vie de la science ; lui seul peut nous faire comprendre le mécanisme et les lois des incessantes variations du ciel dans nos climats tempérés et par suite nous fournir les moyens de les prévoir.
Le dernier terme de toute science moderne est la pratique, et, en météorologie surtout, la prévision. L'homme veut connaître la conséquence de ses actes, et, pour agir, il a besoin de savoir ce qui l'attend le lendemain. A toute époque, il a consulté les augures, les devins ou les esprits. Le devoir de la science est de lui enseigner la recherche et l'interprétation des faits qui l'entourent, de lui fournir les éléments de ses propres prévisions et de le mettre en mesure de porter lui-même ses jugements.
INTRODUCTIOiS. 15
Le travail des moyennes peut avantageusement rester un travail local ; l'étude de l'accident, de son origine, de son mode d'action et de progression est nécessairement un travail d'ensemble. Cette étude ne peut aboutir à des résultats utiles qu'à la condition de porter sur une vaste aggloméralion de matériaux recueillis à la même heure. L'atmosphère forme un tout harmonique autour de la terre. Aucune perturbation ne peut se manifester en un de ses points sans que l'ensemble ne concoure à la produire et n'en ressente le contre-coup. Chaque changement dans l'état de notre ciel s'est préparé loin de nous et pour en comprendre la nature et surtout pour en prévoir à l'avance les effets, il faut avoir assisté à la production du phénomène dont il dépend, lavoir suivi dans les phases diverses de son développement, de son état et de sa fin. Le seul moyen d'y parvenir est d'avoir simultanément sous les yeux l'état de l'atmosphère à une même heure sur la plus grande étendue possible de la surface du globe et de pouvoir comparer entre eux ces états successifs afin d'assister, pour ainsi dire, aux transformations qui s'y produisent.
Les pluies fréquentes et de longue durée chagrinent l'habitant des villes, qui n'en ressent que les inconvénients; l'habitant des campagnes les appelle souvent de tous ses vœux ; il ne redoute que les pluies intempestives. Les beaux temps prolongés ne lui sont pas moins funestes quand ils sont eh désaccord avec les besoins de l'agriculture.
Depuis 1857, le bassin de la Seine éprouve des sécheresses telles qu'on n'en avait jamais vues de mémoire d'homme et même pendant les deux derniers siècles. Cependant si
h) INTRODUCTION.
l'on compare la quantité totale de pluie tombée dans une année de sécheresse avec celle des années pluvieuses on est surpris de la faiblesse des différences que Ton remarque entre elles. La répartition des pluies dans le cours de Tannée domine à cet égard leur quantité. D'autre part en remontant le passé, on voit les périodes de sécheresse et d'humidité se succéder d'une manière presque régulière ; Ton y trouve des inondations aussi désastreuses et des sécheresses aussi prolongées que dans le siècle où nous vivons. Quelles sont les causes de ces changements? les caprices du temps ne sont qu'une expression d'impuissance ou de dépit.
Ces causes, il ne faut point les chercher en France, elles sont ailleurs. Les vapeurs qui se résolvent en pluie sur notre sol se sont formées, pour la plupart à la surface de l'Atlantique d'où elles nous sont amenées par les vents ; et le régime des pluies est intimement lié à celui des courants de l'atmosphère.
Mais les vents sont plus inconstants encore que les pluies dans nos climats ! Eux-mêmes cependant sont soumis à des lois dont il faut trouver les formules.
Les cartes météorologiques publiées dans le Bulletin de l'Observatoire impérial de Paris remontent à peine à deux années, déjà elles ont acquis à la science d'importants résultats. L'instabilité des vents y trouve sa raison d'être, la règle s'introduit peu à peu dans une matière qui sem* blait lui être essentiellement étrangère.
Il n'est pas de jour, en effet, où l'on ne voie, sur ces cartes quotidiennes, passer à des latitudes variables de l'Europe un mouvement particulier de l'atmosphère désigné gêné-
ralenienl du nom de bourrasque faute d'une expression mieux appropriée à sa nature. Ce phénomène présente en lui-même des caractères d'une constance remarquable; sa trajectoire varie seule à la surface de l'Europe. Partout où il passe, il soulève le vent et amène les pluies ou les orages. Dans la concavité de l'orbe qu'il décrit régnent le calme et le beau temps. Son centre est marqué par une baisse plus ou moins forte du baromètre, tandis que la pression de l'air est surélevée sur son pourtour. L'air y est animé d'un mouvement de rotation sur lui-même, plus ou moins rapide, mais invariablement dirigé dans le même sens. Quand rien ne vient la troubler, sa marche au travers de l'Europe est assez régulière, pour que, l'existence du météore étant constatée en un point, on puisse marquer assez exactement à l'avance les étapes par lesquelles il passera les jours suivants; mais quelquefois plusieurs d'entre eux se suivent d'assez près pour s'influencer l'un Tautre et se rejeter mutuellement hors de leur voie régulière. Ils nous viennent constamment de l'Atlantique, abordant les cotes ouest de l'Europe en des points variables depuis le Portugal jusqu'aux parties les plus septentrionales de la Norwége. L'influence du météore le précède généralement d'assez loin pour que son approche soit pressentie à l'avance et que les populations intéressées puissent être averties de son arrivée probable. Son ampleur et son énergie varient suivant les saisons ; pendant l'automne et l'hiver, il produit les tempêtes si fréquemment funestes a nos marins; au printemps, il amène les giboulées; dans Tété, il engendre les orages.
Ce mouvement tournant de l'atmosphère n'est pas un produit exclusif de nos climats ; on le rencontre sur toulçs les mei's. Il produit en particulier d'affreux ravages à la surface de l'océan Indien où il est désigné sous le nom de cyclone par les navigateurs qui en ont étudié la nature et la marche. Des cyclones traversent également l'Atlantique nord, et on en rencontre encore sur les mers de l'hémisphère sud. Dans ce dernier cas, le sens de la rotation est opposé à celle des cyclones de l'hémisphère nord. Cette opposition dans les mouvements observés à la surface des deux hémisphères jointe à la constance du sens de rotation dans chacun de ceux-ci, montre que le phénomène se rattache à une cause générale dans laquelle interviennent la forme de la terre et son mouvement de rotation sur ellemême.
Les cyclones sont généralement isolés et heureusement peu nombreux. ï^es mouvements tournants de nos climats, bien qu'ils semblent produits par des influences du même ordre, se succèdent, au contraire, presque sans interruption à quelques jours d'intervalle et forment quelquefois comme un double chapelet à la surface de l'Europe. Le calme et le beau temps n'existent donc jamais sur toute son étendue; on y rencontre toujours une bande plus ou moins large, quelquefois deux, où les pluies, les orages ou les grains viennent troubler l'atmosphère. En dehors de ces régions agitées de l'atmosphère, le ciel est généralement beau et l'air calme; mais, dans leurs oscillations, elles couvrent successivement toutes les contrées de l'Europe et du noixl de l'Afrique^ La ré])arlition des pluies sur la France, la
diversité de ses années sèches et humides et tous les accidents de son climat sont donc liés aux déplacements des lignes de parcours des bourrasques.
L'étude des bourrasques, avec tout leur cortège de phénomènes concomitants, forme actuellement le principal objet de la météorologie envisagée sous le double point de vue .théorique et pratique. Elle est la base essentielle du système de prévisions inaugurées depuis quelques années à l'Observatoire impérial de Paris.
Où se forment les bourrasques? Au milieu de quelles conditions atmosphériques prennent-elles naissance? Quelles influences modifient leur parcours? A quels signes peut-on reconnaître leur approche et prévoir les régions menacées par elles? Quel profit peut-on tirer en chaque lieu de la connaissance de leurs lois pour l'interprétation des données fournies par l'observation du ciel et des instruments météorologiques? Telles sont les principales questions à résoudre. Si le sujet est vaste et difficile en raison de sa nature et du nombre considérable de matériaux dont il exige la réunion, son importance a été généralement comprise et il réunit autour de lui un concours de volontés et d'efforts jusqu'alors sans précédent dans la science.
LES MOUVeiENTS