‹ Les mouvements de l'atmosphère et les variations du tempsChapitre 5 sur 150 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

II est des régions du globe où le ciel est toujours pur, la température uniforme et le vent régulier dans ses allures. Ces conditions sont rares à la surface des continents et ne s'y produisent d'ordinaire qu'aux dépens de la richesse du sol. Partout les plantes ont besoin d'eau pour vivre, et le ciel dispense les pluies d'une manière intermittente, au milieu de troubles et d'agitations plus ou moins prolongés de l'atmosphère. L'homme lui-même gagne à être tenu en éveil par les variations du temps ; son activité physique et morale s'accroît dans une lutte renfermée dans de justes limites contre les intempéries des saisons; et les régions où la civilisation a pu altein-

dre au plus haut degré se distinguent par la mobilité de lem ciel.

Cette mobilité, jointe à notre désir de connaître ce qui nous attend au lendemain de chaque jour, donne un grand attrait aux prévisions du temps de quelque source qu'elles émanent.

Au milieu des préoccupations de la vie des grandes cités, l'interprétation des signes présentes par l'état du ciel ne peut guère ôLre apprise; et, sauf les cas où la sensibilité se trouve exagérée en nous, soit par l'effet de maladies prolongées, soit par quelque trouble de nos organes, les variations du temps nous échappent d'ordinaire jusqu'au moment où leurs conséquences dernières nous atteignent. Il n'en était pas ainsi chez les peuples primitifs où la vie se passait au grand air; et l'on trouve dans les traditions les plus reculées des preuves de l'habileté avec laquelle ils savaient prévoir l'arrivée prochaine de quelques-unes des grandes perturbations atmosphériques. Malheureusement ces traditions ont généralement été voilées par des formules ou des pratiques destinées à assurer l'influence des initiés sur la foule.

Les peuples pasteurs, les populations agricoles et surtout les nommes de la mer montrent fréquemment une remarquable aptitude à lire dans le ciel les menaces du mauvais temps ou les signesde sa disparition prochaine. Cette aptitude, développée par une longue expérience, est très-loin cependant de sufBre à nous mettre en garde contre les météores les plus redoutés. Ainsi que les facultés instinctives, elle n'a conduit dans les temps passés qu'à une science personnelle, d'une transmission difficile, et chaque génération chargée de son propre enseignement fournissait peu d'éléments aux générations suivantes. Pour que la météorologie entrât dans une voie de progrès continus, il fallait que la science moderne lui apportât ses ressources, ses méthodes d'observation patiente et rigoureuse, ses formes didactiques propres à la diffusion des connaissances

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acquises et par lesquelles les générations se succèdent dans la science comme les jours dans la vie d'un homme, chacune d'elles transmettant aux autres toute sa part de savoir.

El cependant, malgré la marche rapide imprimée à toutes les branches de nos connaissances, la météorologie est restée longtemps noyée dans des faits sans liens enti'c eux, impuissante h rien expliquer ni prévoir en dehors d'une pratique individuelle. C'est qu'elle se trouvait aux prises «ivec des difficultés d'un ordre tout spécial.

Dans la plupart des sciences, le savant recueille ou prépare lui-même les matériaux de son travail; il peut souvent même varier à son gré les circonstances au milieu desquelles se produisent les phénomènes qu'il étudie et il arrive promptement à découvrir leurs lois. I^e chimiste et le physicien expérmenloH ainsi la nature dans les conditions fixées par eux; le naturaliste, quand il observe simplement des faits dont il n'est pas maître, peut du moins transporter dans son cabinet l'objet de son étude et l'examiner à loisir. liC météorologiste est simple spectateur de phénomènes passagers dont il ne restera bienlôt plus nulle trace; il doit être là où le phénomène se produit, et ce phénomène embrasse à la fois ou successivement d'énormes étendues de la surface terrestre en variant ses caractères suivant les régions.

Tous les faits compris dans le domaine des sciences physiques sont dus à l'intenention de causes peu nombreuses, et l'on peut alors, sans de trop grands efforts, attribuer à chacune d'elles sa part d'action. IjCS conditions au milieu desquelles se produisent les phénomènes de l'atmosphère et dont ceux-ci dépendent sont au contraire assez multipliées, assez variables dans leurs combinaisons et leurs degrés d'importance pour que l'on désespiVe souvent de parvenir à résumer leurs rapports et leurs conséquences dans des formules propres à déduire d'un état atmosphérique donné ses modifications ultérieures.

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Il est une autre difficulté plus sérieuse encore. Toutse tient et s'enchaîne dans Tatmosphère. Nul de ses changements n'a sa raison d'être au lieu seul où il se produit. L'observateur ne peut donc embrasser l'ensemble des causes concourant à l'effet dont il est témoin, ou dont il cherche à prévoir le retour. Prenez la première ou la dernière ligne des pages d'un livre et, sans l'avoir lu, cherchez à le reconstruire avec ces documents incomplets! Nous rencontrons en France des exemples de tous les phénomènes météorologiques de l'univers. Chacun d'eux est la première ou la dernière ligne d'une page du livre de la nature. Si nous ne lisons pas les lignes intermédiaires nous chercherions en vain la pensée de l'ouvrage. Nul de nous n'y lit couramment. En raison des lacunes, des passages entiers nous échappent ; mais beaucoup déjà ont été compris et nous aideront à comprendre les autres quand les lacunes auront été comblées.

Le champ des études météorologiques est vaste comme la surface du globe ; aucun de ses points ne doit être mis en oubli ; chacun d'eux se rattache aux autres par des liens intimes et contribue à compléter leur histoire. Ce fait capital est aujourd'hui nettement acquis à la science et constitue à lui seul une de ses plus précieuses conquêtes, parce qu'il éclaire sa marche d'une lumière toute nouvelle.

Si Ton considère que l'eau recouvre près des trois quarts de de la superficie du globe et que, de l'autre quart, une énorme proportion nous est peu ou point connue, on s'étonnera moins de l'imperfection dans laquelle est restée la météorologie jusqu'au commencement de ce siècle où les études générales ont été inaugurées avec un grand éclat. En embrassant au contraire les faits acquis depuis celte époque, on peut juger de l'efficacité de la voie nouvelle où est entrée la science du temps et de l'importance des résultats qu'on est en droit d'en attendre.

I^s progrès de la météorologie sont dans une étroite dépendance du nombre de ses adeptes; aucune science n'en exige

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