‹ Les mouvements de l'atmosphère et les variations du tempsChapitre 6 sur 150 · SON ÉTENDUE · texte numérisé non relu

SON ÉTENDUE

autant. 11 lui fiiut des observateurs en foule répartis à la surface du globe, sur terre et sur mer. Nulle part l'union des efforts n'est aussi indispensable, mais en même temps plus féconde. Il faut aussi que les observations de- toute naturesoient discutées et reliées dans un travail d'ensemble ; mais tout en servant ainsi à constituer la science générale, elles en retirent leur importance individuelle et locale.

Les observations faites à la surface des mers par les navigateurs ont été longtemps perdues sans profit pour la science et la navigation. Réunies entre les mains deMaury, elles ont conduit en quelques années à la connaissance de la circulation générale de l'atmosphère et des mers. En môme temps elles ont permis de diminuer d'un quart et quelquefois d'un tiers ou de moitié la durée des grandes traversées, et de réaliser annuellement une économie de plusieurs dizaines de millions dans le prix des transports maritimes.

liCS observations continentales de leur côté, tant qu'elles sont restées isolées, ont fourni d'utiles indications sur les conditions climatériques des lieux où elles ont été entreprises ; mais elles ne pouvaient fournir la raison de ces conditions non plus que les lois de succession des phénomènes observés. Elles se sont éclairées mutuellement par le simple effet de leur rapprochement dans une étude générale. Leur concentration dans un même lieu a de plus permis d'établir un système de prévision du temps qui, appliqué à la marine, a déjà pu éviter plus d'un naufrage et sauver plus d'une existence. La réunion des observations maritimes et continentales permettra d'aller plus loin et le temps n'est sans doute pas éloigné où l'agriculture profitera directement elle-même de tous ces travaux.

L'expérience des dernières années a porté ses fruits ; les premières difficultés sont vaincues ; les observatoires des princi- ]xiles nations s'unissent d'une manière de plus en plus intime à l'Observatoire impérial de Paris dans l'œuvre devenue com-

munc à tous, et pour assurer le succès par une division du travail devenue nécessaire, les observatoires de Paris, de Ix)ndres et de Washington se sont partagés entre eux la surface de Thémisphère nord de la terre, en se conformant au plan adopté h Paris, afin que leurs travaux, auxquels concourent toutes les marines et tous les observateurs du globe, puissent aisément se fondre en un travail commun.

L'avenir de la science est donc assuré, et sa marche sera de plus en plus rapide. Il faut pour cela que les ol)servations continuent et se multiplient, que les marins et les cultivateurs, particulièrement intéressés à la solution des questions agitées, y concourent avec zèle et persévérance, sans se préoccuper si certaines observations sont susceptibles de donner des résultats pratiques immédiats. En météorologie surtout rien n*est perdu, et bien des rechercher qui semblaient d'abord de pure curiosité ont conduit à d'importantes conséquences.

Dans cette immense quantité de documents réunis de tous les points du globe, il en est sans doute quelques-uns de bien imparfaits et qui exciteraient le dédain des méléorologistes amis surtout de la précision. Ijc principal mérite en ces matières nous parait être de tirer le meilleur parti possible des matériaux dont on dispose, tout en regrettant que quelques-uns d'entre eux ne soient pas d'une exactitude plus rigoureuse et d'un emploi moins laborieux. On ne construit pas un grand édifice avec des pierres précieuses : elles sont trop rares ; on les réserve pour compléter l'harmonie de l'ensemble par le fini des détails. Mais en utilisant autant que possible des observations même incomplètes on ne saurait trop recommander aux observateurs de ne faire usage que d'instruments dont la justesse a été reconnue.

S II. — •rislae 4m te Météorolofle »

Le mouvement météorologique dont nous sommes témoins a son origine dans la seconde moitié du siècle dernier. De remarquables travaux s^y étaient produits, et des observations régu* lières avaient été instituées en des points nombreux de TEurope et notamment de la France. Ueux notes renfermées dans le IIP volume des Œuvres de Lavoisier et communiquées à Tlnslitut par M. Dumas, dans la séance du 8 mai 1865, montrent combien les grands esprits de cette époque avaient admirablement compris les véritables conditions de la science qu'ils voulaient fonder.

Dans une première note, Lavoisier expose que les premières observations de Borda sur la possibilité de prédire le temps l'ayant frappé par leur importance, il s'entendit avec lui pour ouvrir des conférences auxquelles prirent part de Laplace, d'Arcy, de Yandermonde, de Montigny, etc.

Il s'agissait d'établir des instruments et surtout des baromètres comparables dans un grand nombre de points de la France, de l'Europe et même de l'univers. Nombre de ces instruments furent distribués par Lavoisier, et quand on en a lu la description, il n'est pas difGcile de s'assurer que quelques châteaux possédaient encore, il y a peu d'années, des instruments donnés par lui, à cette occasion.

Lavoisier reproduit dans une seconde note les règles pour prédire le temps, et il conclut en ces termes : « La prédiction « des changements qui doivent arriver au temps est un art qui <c a ses principes et ses règles, qui exige une grande expérience « et l'attention d'un physicien très-exercé. Les données nécesa saires {K)ur cet art sont : l'observation habituelle et journa-

S8 CHAMP D^ËTUDËS.'

« liëre des variations de la hauteur du mercure dans le baro- « mètre, la force et la direction des vents à différentes éléva- « tions, Tétat hygrométrique de Tair...

« Avec toutes ces données, il est presque toujours possible de « prévoir un jour ou deux à l'avance, avec une très-grande « probabilité, le temps qu'il doit faire ; on pense même qu'il ne a serait pas impossible de publier lous les matins un journal de a prédictions qui serait d'une grande utilité pour la société. » Dans la pensée de Lavoisier, ces prédictions devaient embrasser les transports d'air qui se font continuellement dans un sens ou dans un autre et auxquels on donne le nom de t)ent. A l'époque où Lavoisier procédait à son organisation et rédigeait ces deux notes, il ne pouvait user d'aucun des moyens de communication rapide mis à notre disposition. Ses idées cependant avaient assez frappé l'opinion publique pour que, quelques années après, en 1793, Romme, député à la Constituante, et chargé de présenter à cette assemblée, au nom des comités réunis de l'instruction publique et de la guerre, un rapport sur le télégraphe aérien imaginé par Chappe, n'oubliât pas de mentionner au nombre des avantages présentés par la nouvelle invention la possibilité où elle mettrait les physiciens de prévoir l'arrivée des tempêtes et d'en donner avis aux ports ou aux cultivateurs.

Lavoisier fut emporté par la tourmente révolutionnaire, et ses projets tombèrent dans l'oubli ; mais l'idée, éminemment française, émise par lui, devait être reprise par la France dans des conditions propres à en assurer le succès.

Les dernières années du dix-huitième siècle et le commencement du dix-neuvième furent peu favorables aux éludes météorologiques dans notre pays. Elles continuèrent cependant, particulièrement en Allemagne, où les travaux de Humboldt les maintinrent en faveur. Dové, de Berlin, le doyen des météorologistes actuels, et Kaemtz, de Dorpat, réunirent avec persévé-

rancc les docuinents cpars sur tous les points du globe, et purent jeter les premières bases de la météorologie générale.

Maury vint donner à ces éludes une nouvelle et vigoureuse impulsion. En 1831, doublant le cap Horn sur le Fa/mouf/(, dans le grade de simple aspirant de marine, il fut frappé par les curieux phénomènes barométriques de ces parages et en lit l'objet d'un intéressant mémoire publié dans le XXVr volume de V American Journal of Arts and Sciences. Depuis cette époque il ne discontinua pas ses travaux, se préparant à la grande entreprise qui devait le placer aux premiers rangs des météorologistes.

Au milieu des nombreux perfectionnements maritimes qui ont signalé le dix-neuvième siècle, une question du plus haut intérêt était restée singulièrement en retard : celle des routes. Les grands navigateurs des siècles précédents semblaient avoir tracé les seules voies à suivre, sans que Ton songeât à y introduire les modifications auxquelles eût pu conduire Tétude comparative des données de Texpérience. Mais lorsque l'application de la vapeur aux moyens de transport eût montré les avantages des échanges rapides entre les nations et mieux fait comprendre la valeur du temps, l'attention se porta naturellement vers la discussion des meilleures routes et vei's les moyens de les fixer rationnellement. Un navire à vapeur négligeant les vents, peut tracer sur la sphère la ligne la plus directe et la plus courte entre son point de départ et son point d'arrivée ; mais pour le navire à voile soumis aux courants aériens qui constituent ses seuls moyens de progression, la ligne la plus courte en étendue devient souvent la plus longue à parcourir. Trouver la plus grande somme possible de vents favorables sans trop s'écarter de la route la plus directe, est le moyen le plus sûr de donner à la traversée son minimum de durée. Pour y parvenir, il fallait nécessairement connaître, pour tous les poins de l'Océan situés dans les régions à parcourir, les proportions probables de vents

30 CHAMP D^ËTUDES.

favorablas et contraires, afin d'éviter les seconds et de rechercher les premiers. Aucune expérience individuelle ne pouvait prétendre à une telle universalité.

De temps immémorial, les observations météorologiques re^ cueillies par un navire pendant sa traversée et consignées sur son livre de bord, se trouvaient dispersées après le retour. Maury eut ridée aussi simple que féconde de coordonner ces observations épaisses et |)ar ce seul fait inutiles, de leur rendre ainsi la valeur qui leur appartient dans Tensemble, et de conclure de là une méthode rationnelle pour réduire chaque traversée à sa durée minimum.

Pour mettre ce projet à exécution, le concours d'un grand nombre de navigateurs était indispensable; et pour l'obtenir, il fallait prouver à tous le parti qu'on pouvait tirer d'observîitions dédaignées jusqu'alors. Une première démarche faite en 1842 par Maury auprès du gouvernement des Etats-Unis eut pour effet une circulaire adressée par le commodore Grane aux capitaines américains, afin d'obtenir d'eux la communication des documents nécessaires à la construction des cartes de vents et de courants marins. Ce premier appel resta sans réponse. Loin de se décourager, Maury se mit à réunir les journaux, en nombre malheureusement trop restreint, de la marine militaire des États-Unis; et 'pour éveiller l'attention publique par un résultat capable de faire sentir toute l'importance pratique des études nouvelles, il concentra tous ses eflbrts sur une seule traversée, celle des États-Unis à Rio^Ianeiro. IjCS données qu'il put réunir lui permirent de déterminer une route singulièrement plus courte et plus avantageuse que celle suivie jusqu'alors par la masse des navigateurs. Le navire Wright^ capitaine Jackson, de Baltimore, fut le premier à suivre les indications de Maury. Parti le 9 février 1848 de Baltimore, ce navire coupait la ligne équatoriale au l)out de 24 jours, tandis que cette traversée en exigeait d'ordinaire 41 »

Dans un pays comme rÀmérique, un résultat aussi remarquable suffisait à fonder l'œuvre de Maury. D'autres résultats de même nature suivirent promptement le premier, et le concours de la presque totalité de la marine des États-Unis fut bientôt acquis à Tcminent météorologiste.

Maury cependant rôvait pour son œuvre une extension beaucoup plus vaste; elle lui semblait avec raison avoir un caractère essentiellement universel. Il conçut le projet d'entraîner toutes les nations maritimes dans la voie des recherches inaugurées avec tant de sucwîs par lui, et, sur l'invitation du gouvernement des États-Unis, un congrès international se réunit à Bruxelles en août 1853. Ce congrès composé des délégués de lous les principaux États de l'Europe et de l'Amérique, arrêta un plan uniforme d'observations nautiques, et Maury put asseoir définitivement son œuvre sur les larges bases qu'il avait adoptées. Les matériaux lui arrivèrent en foule, ses cartes se complétèrent avec rapidité et se répandirent à profusion parmi les marins.

Plusieurs nations maritimes eurent à cœur de s'associer d'une manière plus directe à ces travaux en discutant ellesmêmes les observations recueillies dans les parages plus habituellement fréquentés par leurs navires. Le contre-amiral Fitz- Roy, en Angleterre; en Hollande, M. Buys-Ballot, directeur de l*obser\'atoired'Utrechl, et les lieutenants Jansen, YanGough, Andrau; en Portugal, M. Brito Capello, directeur du bureau météorologique de Lisbonne; en France, M. le vice-amiral de Chabannes, le lieutenant de vaisseau Le Helloco et les officiers chargés successivement du service météorologique au dépôt de de la marine, ont tous ap|)orté un large contingent à cette œuvre qui, sans cire négligée au dépôt de la marine, forme actuellement une des attributions de l'Observatoire impérial de Paris.

Avant d'entrer dans l'exposé des résultats de ces divers travaux, nous i-ésumeix)ns jwur nos lectAîurs l'organisation fondée

GIIAMP DÉTUDES.

|Kir la conférence de Bruxelles et celles qui se sont développées ultérieurement en Europe. Les renseignements suivants sur la conférence de Bruxelles sont tirés des Instructions nautiques de Maury et de la Météorologie nautique, de M. Charles Ploix, ingénieur Ijydrogi-aphe de la marine.

g ni. — Coaféreaec de Bruxelles. —

lia conférence de Bruxelles*, présidée {)ar M. Quctclet, dii-ecleur de l'observatoire belge, avait pour but, dit le rapport fait par ses membres, d'établir un système d'observations météorologiques à la mer et de concourir à Tobsei'vation des vents et des courants de l'océan, h l'effet d'être utile à la navigation et de

Le Danemark. .

Les £tats-Ukis.

La France.

' Voici les noms des goiivemenients représentés à h conférence et des officiers qui y ont assisté :

La Belgique Par A. Quetrlet, directeur de rohservatoiro royal; et par

Victor Laulrr, Ciipitiiine de vaisseau, directeur général de la marine.

Par R. RoTHE, capitaine licuteniint de La marine ro^-ale,

din'cteur du dépôt des caries de la marine. Par M. F. Maurt, lieutenant de la marine des États-Unis,

directeur de Tobsenatoire de Washington.

Par A. Delanarche, ingénieur hydrographe de la marine impériale.

La GnARDE-BRETAGNE. Par F. W'. BEFcnsv, capitaine de la marine royale, meuibrc

de la section navale du Board of trade; et par Henri James, capitaine au corps royal du génie. Par NiLS IiJLEN, lieutenant de la UKUÛne rovale. Par M. IL Jansen, lieutenant de la marine niyale. Par J. DE Mattos Corrêa, capitaine lieutenant de la marino

rovale.

Par Alexis GoRKovE.>tkO. capitaine lieutenant de L» marine impériale.

La Suède Par Carl Anton Petterson, premier lieutenant de la marine

rovale.

irautres nations, telles que TEspagne el rilalic», s'adjoignirent ultérieurement aux pnW'dentes en adoptant le pr(»gr,uiune de la conftM'enre.

La Norwége. . .

Les Pays-Bas . .

Le Portugal. .

La Russie. . . .

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