INFLUENCE DES VENTS
Imaginons d'abord un Océan sans limites.
D'une mapière générale, et en négligeant pour un moment l'obliquité des alissés vers le Nord ou vers le Sud, ces vents courent de l'Est à rOuest entre les tropiques. Dans une mer indéfinie, nous aurions donc entre les tropiques un grand courant marin marchant de l'Est à l'Ouest et entraînant même avec lui la région des calmes. Au delà des tropiques, dans les deux hé« mispbères nous trouvons deux autres zones où soufflent avec une râlante moindre des vents généralement forts dont la direction oscille entre le S. 0. et le N.-O. Dans ces régions la mer sera entraînée dans la direction de rO. à TE. y mais d'une manière moins régu* li^ et moins continue, et par conséquent dans des conditions moins efficaces. L'effet obtenu serait donc conformée la figure 27, dans laquelle nous avons tenu compte de l'obliquité des vents.
Dans les zones trOpi- ''î?* 27. — CîrcQlatîoD théorique des mers sous U wulc
^ action des venls dans un Oi'éan ind^Hni.
cales d'où partent les
flèches, parce que là se trouvent les lignes de partage des deux courants aériens de surface, les alizés et les conlre-alizc'^ supérieurs, il se ferait un appel d'eau des couches profondes. Ces régions, origines du double ;nouvement marin ou séparant deux courants de directions opposées formeraient une n'^gion des calmes relativement aux phénomènes de transport des eaux.
SijiiAteiiT*
Dans la zone équatoriale, au contraire, les flèches convergent vers la ligne moyenne ; le courant acquerrait sur cette ligne une plus grande profondeur et en même temps . une vitesse maximum. Dans les zones extra-tropicales, la variabilité, du vent et la diffusion du courant vers les pôles donneraient à ce courant une vitesse et une direction moins nettement accusées. On remarquera toutefois que le double courant intertropical produit par l'action du vent est opposé à celui qui naîtrait de Faction des températures. Cette opposition serait une condition défavorable à l'un et à l'autre : elle ne se retrouve plus dans les zones tropicales.
Considérons maintenant un bassin borné dans tous les sens par des terres, mais s'étendant au Nord depuis l'équateur jus^qu'aux limites extrêmes des vents d'Ouest. Le courant équatorial marchant de l'Est à' l'Ouest viendra se heurter contre le bord occidental du bassin ; mais sa vitesse acquise tendra à lui ouvrir une voie latérale. Or la vitesse opposée du courant situé plus au Nord, quelque faible qu'on la suppose, tend à faire un vide sur ce même bord occidental du Iwssin. Le coui^nt équatorial s'y relèvera donc vers le Nord pour se relier au courant d'Ouest . Par une semblable cause, le courant d'Ouest se reliera à son tour au courant éqiiatorial en s'inclinant vers le Sud sur le bord oriental du bassin. Nous aurons ainsi une rotation continue et complète à la surface de la mer et les mêmes eaux recevant successivement l'impulsion des mômes vents, le^ effets s'ajouteront, la vitesse totale croîtra dans une large proportion : les régions où l'impulsion est faible, nulle ou contraire, bénéficieront des effels obtenus sur les autres. Cette fois, l'opposition signalée plus haut n'existe plus; les eaux, refoulées par les vents vers Féquateur, n'ont plus besoin de plonger, contrairement à là tendance que leur donne leur température élevée, pour restituer aux latitudes moyennes la masse d'e^iu qui en est entraînée par le vent ; une simple déviation s'opt>re dans le plan de leur
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DÉTERNINATIOiN DES GOURANTS. 457
circuit. Ce dernier, au lieu d'elre presque vertical, s'incline parallèlement à la surface de la mer. En jetant les yeux sur la carte des courants marins de Tocéan Atlantique Nord, planche VII, on sera frappé sans doute par la conformité de ces courants avec les conclusions précédentes.
J$ V. — BélcmibiatloB ilen ronrants.
On ne connaît que d'une manière très-incomplète la circulation des mers dans leurs divers bassins; les courants sous-marins surtout sont presque entièrement ignorés. Les courants de surface qui intéressent, il est vrai, plus directement le navigateur ont seuls été, depuis quelques années, soumis à des études suivies dont les résultats montrent, parleur importance, tout le parti que Ton peut tirer de ce genre de recherches.
La carte des courants marins dressée par Maury pour l'Atlantique Nord est fondée sur des observations nombreuses et assez précises pour qu'on puisse la regarder comme représentant d'une manière exacte les principaux caractères de ces courants. Li carte de l'Atlantique Sud, celle de la mer des Indes et surtout celles du Grand Océan sont moins avancées, parce que les traversées moins fréquentes n'y ont fourni que des observations météorologiques peu nombreuses. Plusieurs de leurs parties cependant ont donné lieu à des monographies d'un grand intérêt. En l'absence d'observations directes sur les courants, on peut s'aider dans leur étude par l'examen des divers effets qui les accompagnent.
Le long des côtes on détermine les courants par la dérive des objets qu'on peut laisser flotter à la surface de l'eau. Les points de repère manquant en pleine mer, on évalue la vitesse et la direction de ces courants par les différences que l'on constate entre
la position occupée rccllement chaque jour par le navire et déterminée aslronomiqucment, et celle qu'il devrait occuper d'après la route suivie et le chemin parcouru depuis la veille.
La détermination du point que Ton occupe en mer^ par les procédés astronomiques à Tusage des marins, n*est pas toujours ^ d'une rigueur extrême ; elle est cependant en général suffisamment approchée.
L'évaluation de la vitesse d'un bâtiment s'effectue au moyen du loch : on lance à l'eau une planchette triangulaire lestée de manière à ce qu'elle s'y tienne verticalement, la pointe en haut. A cette planchette est attachée une longue corde mince appelée ligne, au moyen de trois brins iixés aux trois angles de la planchette de manière que celle-ci se tienne dans l'eau perpendiculairement à la ligne et éprouve ainsi la plus grande résistance possible au déplacement. La ligne porte sur sa longueur des nœuds équidistanls dont le passsage dans la main de l'officier qui la tient puisse être perçu par lui. La planchette étant lancée à la mer, on laisse filer la ligne, puis au passage d'un premier nœud on prévient un aide qui tourne aussitôt un sablier, et on compte le nombre de fiœuds filé» pendant le temps fixe que dure l'écoulement du sable. Ce nombre donne la vitesse du navire. C'est là un résultat approximatif, mais suffisant encore quand il est obtenu par un officier habitué à sa ligne, ainsi qu'il arrive d'ordinaire.
lia direction du navire est beaucoup plus difficile à évaluer exactement. Jamais, en effet, un bâtiment ne suit une direction bien constante ; chaque lame et chaque bouffée de vent le font dévier de la route qu'on lui assigne et il faut l'intervention constante du gouvernail pour l'y maintenir. Il ne marche jamais non plus dans la direction où il est poussé par le vent. Cette direction étant c-onstamment oblique à l'axe du bâtiment, celui-ci tend à marcher transversalement en même temps que de l'a- ' vaut. La marche transversale, appelée dérivej est considérable-
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ment ralentie par l'action de la quille^ longue traverse faisant saillie au-dessous du navire dans le sens de son axe; mais elle n'en est pas complètement empêchée. En supposant exactes Tévaluation du point et celle de la vitesse, l'écart entre la position vraie et la position estimée comprendra encore deux termes : la dérive du bâtiment par Faction des courants marins et cette dérive par le vent dont nous venons de parler. Toute erreur sur la fixation de cette dernière se porte sur l'autre et par conséquent sur Tévaluation du courant marin qui la produit.
On s'est aussi seni, trop rarement, pour déterminer les courants, de bouteilles lancées à la mer et portant sur un papier qu*on y a introduit la date du jour et la position géographique du lieu où on les a jetées par-dessus bord. Si chaque navire jetait ainsi une bouteille à la mer à l'heure où il prend son point, et si, de plus, il relevait toutes les bouteilles qu'il rencontre pour prendre note de leur contenu et y ajouter l'heure et le lieu de la rencontre, la question des courants marins marcherait d'un pas rapide ; mais cette mesure est encore appliquée rarement.
En l'absence de documents directs, Maury s'est servi des observations thermométriques pour déterminer dans quel sens se meuvent les courants marins. Si en un point des mers la température dépassed'une manière nette la température moyenne de la latitude du lieu où Ton se trouve, on est en droit d'en conclure que les eaux dans lesquelles on a plongé le thermomètre n'appartiennent pas à cette latitude, qu'elles viennent de régions plus chaudes; si la température observée est, au contraire, plus basse, on se trouve entre deux hypothèses : ou bien les eaux viennent des latitudes plus froides, ou bien elles viennent de couches plus profondes ramenées à la surface ; car la température de la mer décroît à mesure qu'on y plonge plus bas, les eaux froides tendant naturellement à descendre au fond par leiu" excès de densité. Cette dernière conclusion serait cepen-
dant faussée pour les hautes latitudes par la fonte des glaces, dont reflet est de rendre les eaux plus légères tout en abaissant leuf température.
L'étude des parages fréquentés par certains animaux marins peut également fournir de précieuses indications dans le même sens. Ainsi, tandis que le cachalot vit seulement dans les eaux chaudes, la baleine franche, au contraire, fréquente les mers polaires et ne pourrait vivre dans les régions équatoriales. Maury a tracé sur ses cartes les courbes limites des régions où l'on rencontre chacune de ces espèces de cétacés. Partout où la courbe limite des baleines franches se renfle vers Téqualeur, c'est l'indice de l'apparition des eaux froides dans ces parages ; partout où la courbe limite des excursions du cachalot se rajjproche du pôle, on doit admettre l'existence d'un courant d'eaux chaudes. Il n'est pas jusqu'à l'apparence de la mer qui ne puisse fournir des indications utiles. La houle soulevée par les vents ne dépend pas seulement de la vitesse absolue du vent; elle dépend de Tcxcès de cette vitesse sur c^fle de la mer, de même que la pression do l'air sur un objet dépend de la différence de leurs vitesses. Un vent soufflant à l'encontre d'un courant marin y produira donc une plus forte houle que* le vent de direction opposée.
Enfin, dans h^ mers polaires, les glaces détachées que l'on rencontre flottant à des latitudes variables marchent dans des directions composées de celles des courants superficiels et profonds. Leurs déplacements sont l'objet d'interprétations raisonnées.