COURANT ËQUATORIAL DE L'ATLANTIQUE
Dale.
Heure.
Ul. N.
l.oiig. 0.
Températures de l'air, de b mer.
DifTér.
iO DOfembrc
midi.
Ijc iO novembre, à 8 heures du matin, l'air el l'eau avaient lu même température ; la difTérence a commencé à devenir sensible dans l'intervalle des quelques lieues parcourues de 8 heures à 9 heures; le bord occidental du courant est, du reste, marqué par un fort clapotis. Aux deux dernières observations, a la mer fumait comme une chaudière en ébullition. )> La vitesse du courant était d'environ 1 kilomètre à l'heure. Tous nos vents d'Ouest ont parcouru sa surface; ils s'y sont attiédis, mais en même temps ils s'y sont chargés de vapeur. C'est à lui que les côtes Ouest et Nord-Ouest de l'Europe doivent leur température relativement douce, alors que les côtes du Labrador sont emprisonnées par une barrière de glaces. Cet excès de chaleur provient des régions intertropicales, et les courants marins, comme les courants de l'atmosphère, en uniformisant la composition des eaux et celle de l'air, ont de plus pour eflet de diminuer Pécail des températures du globe entre l'équateur et les pôles ; mais dans ce double travail de répartition, les paris des diverses régions sont rendues très-inégales par l'effet des contre-courants ou des courants de dérive venus du Nord*.
Pendant trois siècles, les navigateurs traversèrent le Gulfslream sans qu'il vint à aucun d'eux l'idée de se servir du courant pour l'eclitier sa longitude; cependant, son cours est
* L'influence du GuU-sU'eaui sur les leuipéralures de TAllaulique Nord se U'ouve iieUenicnt accusée dans la carte très-l)elle el lrès-délaillée,cunslniile par M.Charles Saiulc^bin^-Devîlle et publiée dans V Annuaire de la Société météorologique de France, t. I, an 1855, p. KîU.
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assez régulier et assez tranché sur la rive gauche pour que, d'après l'aspect et la température de ses eaux, on puisse estimer la distance a laquelle on se trouve des États-Unis. Franklin y songea le premier, et, dans sa Navigation thernumétrique^ il indiqua les règles à suivre pour y parvenir. C'est un secours précieux pour le navigateur dans ces régions où les atterrages sont rendus sî difGciles , surtout en hiver , par les brouillards intenses qui recouvrent la mer.
La direction remarquable du Gulf-strcam dans son passage d'Amérique en Europe a donné lieu à d'intéressantes discussions sur les causes qui la produisent. En la comparant avec la conliguration des côtes de l'Amérique longées par le courant dans une partie de son parcours, on s'est demandé si la branche supérieure, marchant de l'Ouest à l'Est, ne serait pas un simple effet d'inflexion produite par les bancs de Tenxî- Neuve. Une fois admises l'existence du Gulf-stream et son origine dans le golfe du Mexique, abstraction faite des causes auxquelles nous rattachons son mouvement, le simple effet de la rotation terrestre suffirait pleinement à rendre compte de son inclinaison vers l'Est ; mais cette rotation ne suffirait plus à expliquer le redressement vers le Nord-Est de la branche dérivée vers les mère d'Islande. Pour nous, le Gulf-stream n'est nullement un courant isolé limité aux lieux où il porte son nom. C'est, ainsi que nous l'avons déjà dit, une portion d'un circuit complet beaucoup plus étendu et dont les branches principales résultant surtout de l'action des vents, sont : d'une part, le courant équatorial, Est-Ouest, allant de l'ancien au nouveau continent; et de l'autre, le courant Ouest-Est, allant des parages de Terre-Neuve aux côtes Ouest de TEurope. Le courant ascendant des côtes américaines, comme le courant descendant des côtes d'Europe et d'Afrique, ne sont que des courants de jonction produits par l'action des continents qui limitent le parcours des premiers
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On rencontre, il est vrai, le long des côtes des États-Unis, un courant d'eaux froides marchant vers le Midi et provenant des eaux continentales ou de la fusion des glaces polaires. Ce courant se substitue aux côtes elles-mêmes, et le Gulf-stream longe ces eaux froides sans que les côtes cessent d'être la cimse première de la déviation produite : il faut bien peu de chose pour modifier la direction d'un courant circulant dans un lit fluide lui-même. Il en est de même de cette autre circonstance qu'aux cap Hatteras, Ix)okout et Fear, on trouverait des bancs de sable diriges perpendiculairement au Gulf-stream et tendant à s'accroître au lieu d'être rongés par ses eaux. Ces bancs sont produits par l'accumulation des dépôts de matières entraînées par les courants froids qui longent la côte et il en est ainsi du banc de Terre-Neuve où le même effet se reproduit sur une beaucoup plus grande échelle. Le Gulf-stream n'atteint ni le fond ni la rive où il trouverait des résistances trop grandes. Le courant froid descendant vers le Sud suit les contours de la côte ; le Gulfstream à son tour suit les sinuosités du courant froid. Au lieu de glisser directement sur la rive, il glisse sur l'espèce de coussin qui la borde, et il le fait avec d'autant plus de facilité que le mouvement de rotation de la terre tend déjà à le rejiorter à l'Est. A la hauteur de Terre-Neuve, il n'a plus d'autre rive gauche que les eaux polaires déliouchant par le détroit de Davis dans l'Atlantique. Nous verrons d'ailleurs tout à l'heure le rôle de ces divere courants dansTexhaussemenl du lit des mers.
Une branche très-importante du Gulf-stream se relève vci-s le Nord-Est à partir du 45* degré de latitude ; elle passe entre l'Islande et les côtes Nord -Ouest de l'Angleterre et de la Norwége; elle s'étend jusqu'au Spilzberg, dont elle adoucit le rude climat, et probablement jusque dans la mer circumpolaire. Ce prolongement du Gulf-sti*eam avait fait suppser pur Maury Texistence en quelque point des régions désolées du \yù\c d'une tner libre de glaces et d'un climat moins rigoureux^ Cette in-
(ludion a été vériliée par l'ex|)éricnce. De Havcn, Penny, Kanc ont vu celte mer libre. Le docteur Kane Ta trouvée au Nord du 82® degi^é de latitude, après avoir parcouru 40 ou 50 lieues dans les glaces. Elle était d'une étendue telle que Tœil nVn apei*cevait pas les limites.
L'eau chaude ne peut pas affluer ainsi vers le pôle sans que des courants contraires n'en retirent des quantités égales d'eau fi-oide. Entre les côtes de Norwége et du Groenland, le Gulfslreain est en effet bordé des deux côtés par des courants descendant du Nord. Ces courants s'étendent probablement jusque sous le Gulf-stream qui coulerait sur un lit crousé au milieu de leurs eaux. Il arrive, cependant, que les eaux chaudes opérant la fusion des glaces polaires donnent lieu à des eaux peu chargées de sel el plus légères malgré leur température moins élevée. Le Gulf-stream plonge alors au-dessous de ces eaux froides, comme il plonge au-dessous des glaces polaires avant d'arriver a la mer libre. Un effet de ce genre se produit en particulier dans le détroit de Davis. Le courant polaire y est superficiel et glisse à la surface du courant chaud du S. 0. ; il accroît la rigueur du climat du Nord-Est de l'Amérique el du Groenland, tandis que le noire est adouci par le Gulf-stream. C'est là un des elTels les plus remarquables de Tinfluence du degré de salure dominant celle des températures, dans les courants de dérive dus aux inégalités de densité des eaux.
L'existence du courant du Nord dans le détroit de Davis el dans la portion de TÂtlanlique où il débouche est constatée ])ar le transport des glaces qui, après la débâcle des mers Polaii'es, viennent s'accumuler et fondre dans les parages de Terre-Neuve. Sa continuité pendant l'hiver est démontrée jwr ce fait que les navires américains envoyés sous les ordres du lieutenant de 11aven à la recherche de sir John Franklin, ayant été enfermés dans les glaces pendant neuf mois de l'hiver, ont, pendant ce l«»mps, dérivé de près de 400 lieues au Sud avec ta masse en-