VENT ALIZE SUPÉRIEUR DE RETOUR
parlant des alizés du Pacifique disait que les marins partant d'Aeapuleo (Mexique) |)ouvaient aller se coucher sans s'occuper du frouvernail parce que le vent les conduisait certainement aux lies Philippines sans changer de route.
Si Ton s'en tient aux moyennes, on trouve que l'alizé du N. E. commence en hiver au Sud d(îs Canaries, et qu'il remonte jusqu'aux Âçort^ pendant l'été. I^eur excursion annuelle est donc considérable ; mais elle ne gaixle cestte ampleur que dans le voisinage de l'ancien continent; au large et dans le voisinage de PAmérique, les limites Nord de l'alizé du X. E. varient peu avec les saisons, et il en est de même de la limite Sud de l'alizé du S. E. Il en résulte que la surface totale couverte par chacun de ces vents permanents éprouve des extensions et des retraits alternatifs. La région occupée par l'alizé du N. E. se rétrécit pendant notre été et s'élargit [Mandant notre hiver. L'inverse a lieu pour l'alizé du S. E.
g II. — Yrat «lise sapérlear de retour, ou eontre-allsé.
Li branche supérieure du circuit iutertropical esl, à son origine équatoriale, à un niveau si élevé qu'on n'a [uis pu constatiT son existence avec cerlitude en montant sur les pics les plus hauts des (lordillères dans le voisinage de la région des calmes. Mais comme cetle branche s'alwisse progressivement vers la surface du gloln» à mesure qu'(;lle s'avance vers les tropiques, et que, d'un autre côté, elle parcourt dans sa route des régions de moins en moins chaudes, quelques nuages apparaissent dans l'air qu'elle entraîne : ce sont autant de témoins servant à constater sa direction. On rencontre, en effet, asst^z communément dans les régions alizées des nuages situés à une grande hauteur et marchant en sens contraire des vents de surface. Ce
mouvemoni a clé mentionné p.irliculièremenl par plusieurs navigateurs, parmi lesquels nous citerons Basil Hall et Paludan. Feudler a démontre rexistence de ce courant par des obsenations faites pendant un grand nombre d'années à Tovar, dans le Venezuela. Dans les points même où il ne peut être constaté directement il s'est accidentellement présenté des faits montrant que sa hauteur seule et l'absence de tout nuage y masquent sa présence. Les preuves que nous en allons donner rapidement se trouvent réunies et discutées avec une grande autorité par Dove dans son traité de La loi de» tempêtes^ traduit par le capitaine de frégate IjO Gras, et inséré dans les Avnales hydro- (fraphiqnes de 1864*.
Dans la nuit du 50 avril et le l*"*^ mai 1812, on entendit aux Barbades (Antilles anglaises) des détonations semblables a des coups de canon d'un fort calibre, à ce point que la garnison du fort Sainte-Anne prit les armes. Au jour, le l^mai, la partie Est de l'horizon était claire, tandis que le reste du ciel était enveloppé d'une épaisse couche de nuages noirs. L'obscurité devint tout à coup si grande que Ton ne pouvait plus distinguer l'emplacement des fenêtres dans les apjiartements; des cendivs tomlwient en si grande abondance que les arbres pliaient sons leur poids
Ces cendres provenaient d'uncî fort(» éruption du volcan de Morne-Garou situé dans Tîle de Saint-Vincent, à une trentaine de lieues dans l'Ouest des Barbades. Or dans les mois d'avril et de mai l'alizé est dans toute sa force, et il est impossible, dans cette saison, d'aller à la voile de Saint-Vincent aux Barbades sans faire un grand détour, à cause delà direction contraii'e d(^ vents. Il a fallu que les cendres fussent lancc'*es par la violence de Téruplion jusque dans la couche des alizi^ supérieurs au
* Il vient de paniîlre une nouvelle édition do Touvrape allemand, sous 1«» tiln» : Dos (iesetx, der Siilrme, i?i seiner IkxieUnng mil dcr aUgemeincn îleweguriq tler Atmo$phari\ Drilte Aufla<;e.
VENT ALIZÉ SUPÉRIEIIK DE KETOUR 201
ravore les aliz(^ inférieurs; là elles auront été entraînées vers e Nord-Est, puis ramenées un peu vers le Sud pendant leur esccnte au travers de Talizé inférieur.
I^ 20 janvier 1835, tout l'isthme de l'Amérique centrale resentit la secousse du tremblement de terre qui accompagna éruption du volcan de Coseguina, sur le lac de Nicaragua. Les étonations furent entendues de la Jamaïque située à 200 lieues ans le Nord-Est de Nicaragua, et même à Bogota qui en esl éloinéo de plus de 550 lieues. Union, port de mer de la côte >uest de la baie de Conchagua, fut enveloppé d'une obscurité ompléte pendant 45 heures. Des cendres tombèrent à Kingson et dans d'autres parties de la Jamaïque dont les habitants Mirent savoir ainsi que les détonations qu'ils avaient entendues l'étaient pas des coups de canon.
Pour qu'une aussi grande quantité de cendi'es puissent être anc«*s |)ar des mornes bas, comme Morne-Garou et Coseguina, usque dans la région de l'alizé de retour, il faut que les érupions arrivent à un degiv de violence extraordinaire, comme lans les deux cas précédents.
C'c^t Halley qui, le premier, affirma l'existence de Talizé suptTieur comme conséquence de l'alizé ordinaire'. Sans avoir en- L'ore de preuves directes du fait avancé par lui, il en trouvait la altitude dans la rotation presque instantant^. du vent à des directions opjwsées, lorsque l'on traverse les limites polaires des ilizés. Pour Ilalley comme pour tous les météorologistes actuels, le courant équatorial du S. 0. qui règne aux latitudes moyennes de notre hémisphère n'est, en effet, que la continuation d'une fraction de notre alizé suinhûeur de retour.
l'ilérieurement, liéopold van Buch, dans sa description physique des îlps Canaries* a pu constater directement l'existence
' An historical accounl of the trade-winds and Moonsous observables in ihe ivo-s belween and near the iropic, wilh an atlempl to assign the Physical cause ofthesaid wind. (Transactions philosophiques, 1086, p. 152.)
* Physikalisrhe Beschreihung der Canarischen Inscln, 1825.
de ce contre-alizé dcins une partie de son parcours où il est suffisamment abaissé pour que les pics élevés puissent y atteindre. Cet éminent géologue a été témoin à plusieurs reprises de la substitution des vents du S. 0. à Talizé du N. E. dans les parages des Canaries.
Sur le pic de Ténériffe soufflent à peu près constamment des vents d'O. plus ou moins violents ; il est rare, du moins, qiio les récits das voyageurs qui ont monté sur ce pic ne mentionnent pas ces vents. Humboldt en fit Tascension le 21 juin; quand il eut atteint le bord du cratère il eut beaucoup de jxMno à se tenir debout tant était grande la violence du vent d'O. Georges Glass observateur consciencieux et marin expérimenté, a écrit, dans son histoire des îles Canaries où il a séjourné plusieurs années, qu'un violent vent d'O. souffle const^immenl sur les parties les plus élevées de ces îles pendant que les vcnls du N. E. régnent sur la surface de la mer.
IjCs vents des régions 0. ou S. 0. s'abaissent graduellemenl lorsque survient l'hiver. Des nuages venus de ces directions enveloppent le sommet du pic dès le mois d'octobre ; leur niveau descend de plus en plus, et enfin ils s'immobilisent sur la crelc des montagnes qui gisent entre Orotava et la côte Sud et qui ont une hauteur de 1 ,800 mètres environ au-dessus du niveau de la mer. Ils y donnent lieu à des orages d'une extrême violence*. Une huitaine de jours après, les vents du S. 0. se font sentir à la surface de la mer. Ils y séjournent pendant plusieurs mois. Ixîs observations récentes faites par M. Piazzi Smith' ont encore donné plus de précision aux résultats pn''cédents.
Goodrich avant trouvé en avril des vents du S. 0. au sommet du Mouna-Kaa dans l'île Hawaï, tandis que l'alizé du N. E.
' Lôopold van Buch, loc. cil. >
=* An Astronomical Expe riment on ilie Peak ofthe Teneriffe. (Transaciioni philosophiques, 185i), p. 527.)
VENTS PÉRIODIQUES ANNUELS, MOUSSONS. 5t03
oufflait (Lins les parties basses de l'île, on peut considérer ce lit comme général dans les régions alizées, alors même que le ourant supérieur est trop élevé pour qu'on puisse y atteindre. )es ascensions aérostatiques ci)nfirmeraient sans doute ces ésult.its à toutes les latitudes comprises entre les tropiues.
§ lîl. — Vents pérlodii|««fi «aniielit* Homimobii.
liO mot Mmmon parait dérivé de Mav%im^ mot arabe qui eut dire saison. Les moussons, que Ton rencontre particulièrenenl dans les mers de l'Inde, sont de^ vents n*guliers dont la lirection change périodiquement chaque année, suivant le ours des saisons.
A la surface de l'Atlantique, entre les deux régions extrêmes ►ccupées par la ligne des calmes, lèvent souffle alternativement lu N. E. et du S. ou S. S. 0. Dans le voisinage du tropique "îord, dans la région comprise entre les extrêmes limites poain*s de l'alizé, et particulièrement aux Canaries, le vent soufle du N. E. en été, du S. 0. en hiver. Ces renversements vè- ^uliei's du vent constituent de véritables moussons. \\\ phénomène semblable se rencontre sur l'océiin Pacifique; mais •'est dans la mer des Indes qu'il apparaît sur la plus large '«belle, et c'esl à cette dernière région que le mot de mousson ^'applique d'une manière spéciale.
Les Grecs ont eu connaissance des moussons par l'expédition l'Alexandre, et Aristote décrit d'une manière précise l'alternative 'égulière des vents dans les mers indiennes. IiCs Arabes la conlaissaient parfaitement, car Sidi Ali dans son livre Mohit, sur la lavigation de l'océan Indien, publié en \ 554, donne l'époque du rommencement de la mousson pour cinquante lieux différents.
Halley* décrit les moussons crnno manière Irès-nelle; li^ travaux des météorologistes modernes et en particulier du lieutenant Jansen de la marine hollandaise ont achevé de les faiiv connaître dans toutes Teurs parties.
Au Sud de Tiîquateur, du 56* au IC degré de latitude Sud, et de Madagascar à la Nouvelle-Hollande, l'alizé du S. E. règne pendant toute Tannée comme à la surface du Pacifique et deTAllantique. La zone des calmes descend en effet pendant noli-e hiver jusque vers iO'^de latitude Sud, mais ne dépsse guèn» cette limite.
J)e décembre à mai les alizés du S. E. s'arrêtent ainsi à 10" Sud. Pendant ce temps, au Nord de l'équateur, dans la merde rinde et dans le golfedu Bengale, de Sumatra à la côte d'Afrique, règne l'alizé du N. E., comme dans les grands Océans. Mais, de même que dans l'Atlantique, l'alizé du S. E. dépasse la ligne pour s'étendre sur l'hémisphère Nord, et que dans ce mouvement il rallie progressivement le S. et le S. S. 0., de même dans l'océan Indien, l'alizé du N. E. dépasse Téquateur |>our se prolonger sur les 10 premiers degrés de l'hémisphère Sud. 11 travers»? alors des parallèles de moins en moins étendus, et animés, par suite, de vitesses décroissantes. Il gagne sur eux de l'avance dans l(î sens de l'Est et se transforme successivement en vents du N. N. E., du N., du N. N. 0. et du N. 0. même.
L'inveiNc a lieu pendant notre été. Le centre d'aspiration s'est transporté sur le continent asiatique; l'alizé du S. E. se prolonge au delà du 11)*' parallèle S.; il se rapproche graduellement de la direction du méridien en s'avanç^tnt vers l'équateur; puis, lorsqu'il a franchi la ligne, la décroissance d<îs parallèles le transforme successivement en vent de S. S. 0. c^t de S. 0.
Tel est le {)hénomène des moussons dans sa plus grande sim-
' Tran'iortioHs plnlofiophi(iucs, 18110, p. 1"»8.