‹ Les mouvements de l'atmosphère et les variations du tempsChapitre 87 sur 150 · EFFETS PRODUITS PAR LES CY<:L0NES · texte numérisé non relu

EFFETS PRODUITS PAR LES CY<:L0NES

tiquait que nous passions par le centre de Touragan, qui, sus- )endu pour un moment, allait reprendre avec fureur.

a A une heure, en effet, les premières rafales, au N. 0. ombaient à bord comme un coup de foudre et faisaient pi- 'ouelter la goêlelte, qui allait subir un nouvel assaut. Cette bis, le vent et la mer nous poussent sur l'île de Mozambique, i peu de distance de laquelle nous sommes mouillés. La mer renant du fond de la baie est tellement grosse, qu^à chaque nstant VÉglé disparaît tout entière.

« Mais le danger le plus terrible provient d'une pangaie irabc qui s'était arrêtée à quelques brasses de nous : la direction tout à fait opposée du vent fait qu'elle est droit sur notre avant, et nous ne tardons pas à nous apercevoir qu'elle ne peut résister aux efforts de la tempête. Une heure se passe, pleine d'anxiété fiévreuse ; la pluie a recommencé avec la saute de vent et la mer devient monstrueuse. La pangaie se rapproche et, dans une rafale affreuse, vient tomber en travers sous notre beaupré. VÉglé, soulevée par la mer, enfonce son avant dans le flanc du bateau, des craquements se font entendre, les mAts et les vergues tombent à bord, et dans cette lutte entre deux faibles navires il est à craindre qu'il y ait deux victimes.

« Enfin la pangaie cède et ses deux tronçons nous quittent, charges encore de malheureux Arabes qui vont à la mort sans un geste, sans un cri, sombres et résignes, eux d'ordinaire si bruyants à la moindre manœuvre.... Nous en avions sauvé quatorze avec les cordes que nous leur avions lancées; les autres se noyaient à quelques brasses sans qu'il nous fût possible de les arracher à la mort. A peine' ces infortunés ont-ils disparu, que nous songeons à nous-mêmes. La goélette ne fait pas d'eau, mais deux chaînes ont été cassées, les ancres chassent, nous sommes poussés à la cote par les coups de mer, qui nous couvrent de bout en bout.

(( Cependant, le baromètre remonte et nous indique que

Touragan, s'il n^a pas diminué de violence, touche du moins à son terme. II est Irois heures du matin, et dans quelques heures nous pouvons être sauvés. Cet espoir s'évanouit bientôt, un coup de talon nous annonce que nous sommes à la côte. Le gouvernail est démonté, la roue vole en éclats, nous sentons à chaque coup de mer le pont nous manquer sous les pieds, les mâts vibrent comme des joncs, nous menaçant à chaque instant de leur chute.... L'avant de la goélette flotte encore, Tarrière seul frappe le fond. Elle pourrait se briser, mieux vaut Téchouer complètement. Les chaînes sont prises par l'avant, une voile nous fait abattre, le navire monte sur la plage et se couche sur un lit de sable. — Nous sommes sauvés....

« Le spcclacle qui s'offre à nous aux premières heures du jourest navrant. De tous les navires mouillés dans la baie trois seuls ont résisté. Tous les bateaux arabes sont à la côte; plus de deux cents hommes ont péri.

« L'ouragan a été terrible à terre : les plantations ont ctc ravagées, dos arbres séculaires arrachés, les cocotiei-s brises. Partout la dévastation et la ruine. »

Les cyclones de TAtlanlique Nord ne sont pas moins redoutables que ceux de la mer des Indes, et les Antilles sont de temps à autre visitées par ces terribles météores. Le mois d'octobre 1780 a été particulièrement signalé par des ouragans désastreux*. Le premier détruisit Sa vannala-Mary, sur la côte ouest de la Jamaïque. L'escadre de l'amiral Rodney s'y trouvait au mouillage; quatre de ses vaisseaux périrent et trois autres furent gravement endommagés. Quelques vaisseaux échappés à ce premier désastre se dirigeaient à grand'peine vers un port de refuge, quand ils furent enveloppés par la seconde tempête et tellement maltraités, que l'un d'eux sombra. Cette seconde tempête étendit ses ravages sur des points très-éloignés les uns des autres,

» Les Tempêtes, par Zurcher et Margelle.

Page 1