EFFETS PRODUITS PAR LES CYCLONES
les Barbades et les ilesLeeward furent atteintes en même temps. Elle surprit, au Sud de la Martinique un convoi de cinquante bâtiments français escortés de deux frégates et portant cinq mille hommes de troupes : sept, seulement, de ces navires parvinrent à se sauver. Les ravages furent tellement affreux en quelques points qu'il faut supposer la coïncidence d'un ti*emblement de icne inaperçu au milieu du bouleversement général. Des coïncidences de ce genre ne sont, du reste, pas très-rares. Lorsque |)ar l'eflet du travail des forces centrales, l'équilibre de la croûte solide du globe est sur le point de se rompre, le passage d'un ouragan et quelquefois même d'une simple tempête dans nos climats, suffît pour déterminer la reprise d'un nouvel état d'équilibre et, par suite, pour produire un mouvement plus ou moins prononcé du sol. , .
Neuf mille personnes périrent à In Martinique, mille dans la seule ville de Saint-Pierre où i)as une seule maison ne resta debout : la mer s'étant élevée de 25 pieds au moment du ras de marée, cent cinquante habitations furent englouties presqu'en même temps. A Saiiit-Eustache, vingt-sept navii'es vinrent se briser sur les rochers. Six mille personnes périrent à Sainte-Lucie où les plus solides édifices furent détruits. La mer s'éleva à une telle hauteur qu'elle démolit le fort et qu'elle lanç^ un navire jusqu'à l'hôpital maritime qui fut écrasé sous son poids. << 11 est impossible de décrire l'épouvantable spectacle présenté par les Barbades, » écrit G. Kodiiey dans son rapport otliciel.
Ces redoutables apparitions n'ont rien de périodique. Dans son long séjour aux Antilles, M. Charles Sainte-Claire-Deville n'en vit aucune*; d'apn^M. Moreau de Jonnès', elles peuvent se reproduire jusqu'à 17 fois en vingt-cinq ans, tandis que
• Recherches sur les principaux phénomènes de météorologie et de physique terrestre aux Antilles^ par Cli. Sainte-Claire Deville. 1866. ' Histoire physique des Antilles, par M. Mureau de Junnû<, p. Ôi6.
d'autres périodes, comptant le même nombre d'années, en sont complètement exemptes. Elles sont limitées, d'ailleurs, à une saison improprement appelée hivernage^ car c'est la plus chaude de l'année : c'est la saison des pluies.
La baisse extraordinaire du baromètre dans ces régions où les mouvements de la colonne mercurielle ont d'ordinaire une régularité parfaite, a frappé tous les observateui's. D'après M. Moreau de Jonnès, l'ouragan du 5 septembre 1804 fut annoncé dix heures à l'avance à la Martinique par une dépression subite de 7 millimètres : la baisse totale fut de 15 millimètres au plus fort de l'ouragan.
Le 24 août 1852, le baromètre do M. Dupuis, pharmacien en chef de la marine à l'hôpital de la Basse-Terre, marquait 765 millimètres à 10 heures du matin ; à 5 heures 5 minutes du soir il tombait à 727"""5. La b.iisse avait été de 55"'"'5 en quelques heures.
Pendant l'ouragan du 26 juillet 1825, qui a été le plus désastreux pour la Guadeloupe depuis le commencement du sicV cle, la dépression totale a été, suivant M. Dupuis, de 21 lignes ou de 47 millimètres.
Kirwan' assure aussi qu'à Saint-Barthélémy, en 1792, un ouragan fit baisser le baromètre de 42 millimètres.
De 1844 à 1852, MM. Gibert des Molièrcs et Maillard ont constaté plusieurs ouragans pendant lesquels ils ont suivi les mouvements du baromètre*. Dans l'une de ces aflreuses tour* mentes, qui dura du 19 au 24 février 1844, la pression, observée séparément en deux quartiers de l'île (Saint-Denis el Saint-Benoît), tomba, toutes corrections faites, à 720 et 719 millimètres, ce qui constitue une dépression d'au moins 40 minimètres au-dessous de la hauteur barométrique moyenne*
* Irisk tratisnctiom.i. Vni,p. 58t;
* sinnales de la Sociclc météorologique, 1. 1.