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CHAPITRE IX

f{ I**'. — Loi des tempêtes, de Hove.

La planche X nous a montre Touragan d'août 1848 s'étendant jusque sur les côtes N. 0. de l'Europe et pénétrant sur l'Angleterre. Il est incontestable que quelques-unes, au moins, de nos plus fortes tempêtes se rattachent directement aux ouragans nés dans les régions tropicales de l'Atlantique et se propageant jusqu'à nous. C'est une opinion qui n'est plus sérieusement contestée parmi les météorologistes : le désaccord ne se produit entre eux qu'à l'égard de nos tem[)éles ordinaires. Pour Dove en particulier, elles sont le résultat de la substitution des courants polaires aux courants équatoriaux, tandis que nous retrouvons invariablement tous les caractères distinctifs des tourbillons même dans les plus faibles bourrasques orageuses de l'été.

L'éminent météorologiste de Berlin a consacré de longues années d'études à la recherche des lois qui régissent nos tourmentes. Les résultats de ses travaux ont été publiés dans de nombreux écrits et résumés dans son livre de la loi des tempêtesi

déjà cité précédemnienl : nous allons essayer d'en pésumer à noire tour les principaux passages.

Pour Dove il n'existe pour ainsi dire que deux vents à nos laliludes, les vents équatoriaux et les vents polaires, tous les autres n'étant que des dérivés des deux directions principales. Ces deux courants opposés, dont les propriétés physiques sont si dissemblables, se trouvent toujours en présence, situés à la même hauteur au-dessus de la surface terrestre, et cote à côte au moins dans une partie de leurs parcours. Leurs vitesses et l'ampleur de leurs Irîijectoires varient avec. les saisons, le courant équatorial de rhémisphère Nord ayant plus d'activité pendant Tautomm^ el rhiver, et le courant polîiire se renforçant un peu pendant le cours du printemps. Le lit qu'ils ont tracé l'un et l'autre dans ['atmosphère remonte plus ou moins haut vers le pôle ; il se déplace vers l'E. ou vers TO. au gré d'influences complexes el mal connues. Un même lieu se trouve donc alternativement dans le courant équatorial humide et chaud ou dans le courant polaire sec et froid ; le passage de l'un à l'autre de ces vents est accompagné de troubles plus ou moins graves : il si» fait suivant des lois déterminées.

Le courant équatorial va du chaud au froid en remontant vers le pôle ; le courant jjolaire marche du froid au chaud en descendant vers l'équateur : l'un et l'autre- consentent une partie des qualités acquises dans leui's lieux d'origine. On peut toujours distinguer ces deux courants par les différences de leurs températures et les diversités d'action exercée par la terre sur leurs directions successives.

L'air sec et froid étant plus dense que Tair chaud et humide, le baromètre est généralement élevé sous l'influence du courant polaire; son niveau est, au contraire, d'autant plus Ims que l'intensité du courant équatorial est plus grcinde.

Les méridiens terrestres convergent vers le pôle et leur écartement est d'autant plus faible qu'on les considère en un point

plus éloigné de rétiUcitcur. Le lit du cournul équnlorial doit <lonc se resserrer graduellement vers le pôle ; l'intensité du eouranl lui-même doit s'aeeroître dans le même «mis. Cet effet est d'ailleui's favorisé par la diminution de volume ou de forée élastique de l'air entraîné vers des nagions de plus en plus froides où il se dépouille de sa chaleur et de sa vaj)eur d'eau. De là les eoups de vent du S. 0. fréquents sur nos cotes surtout pendant \es saisons d'automne et d'hiver. Le courant plaire, au contrains se ralentit graduellement à mesure qu'il avance, jiarce que son lit s'élargit de plus en plus, que son volume augmente par la chaleur et par la vapeur qu'il dissout. Aussi les coups de vent du N. E. sont-ils rares, sauf dans quelques régions particulièivs «le l'Europe, ou sous l'influence de c4)n<litions spécial*^.

Li forme arrondie de la terre produit un autre effet. Le courant (kjuatorial pénétrant sur des méridiens dont la vitesse dans le sens de l'Ouest à l'Est décroît vers les pôles, doit prendre, à mesure qu'il avance, une inclinaison croissante vers l'Est ; il doit donc tourner successivement du S. 0. vers KO. Par la même raison, lecounuit polaire doit tourner graduellement du N. E. vers TE. Dans les lieux où le counuit équatorial s'arrete I)our se transformer en courant [H»laire, le vent tourne gra<luellement de TO. au N. 0., au N. puis au X. E. Dans les lieux où le courant |K)lairese relie, au contraire, au courant équatorial, le vent tourne de l'E. au S. E. au S. puis au S. 0. Grâces aux déplacements des lits des deux courants, lèvent, en un même lieu, pourra faire le tour du compas en allant succtHisivemenl du S. 0. àl'O., puis auN. 0.,auN., au N. E., à l'E., au S. E. au S. pour revenir au S. 0. C'est la rotation directe de Dove. Mais un autre système de déplacement des courants [)eut amener une rotation inverse, Dove, en riMinissant un très-grand nombre de documents, depuis Y EcclhiaUe jusqu'à nos jours, s'est |)articulièrcment attaché à démontrer que la rotation di-

i*cctc est notablement plus fréquente, dans notre hémisphère, que la rotation inverse. C'est le contraire dans rhémisphère opposé où les effets sont naturellement renversés.

Ije passage du courant équatorial au courant polaire n'a toutefois pas lieu exclusivement aux limites extrêmes des deux courants. Dans les points où ces courants se côtoyent, ils réagif^ sent l'un sur Tautre; un échange d'air s'effectue sur leurs faces latérales , et des courants partiels de jonction augmcnteni In^aucoup l'étendue des régions où s'opère la rotation.

Le déplacement mutuel des deux courants se produit également suivant des règles déterminées. I^ courant polaire se substitue au courant équatorial, progressivement du Nord au Sud ; l'inverse a lieu pour la substitution du courant équatorial au courant polaire. Celte dernière commence en outre par les régions élevées de l'atmosphère pour se propager successivement jusqu'à la surface du sol, tandis que le remplacement du courant équatorial par le courant {iolaire commence par en bas pour se propager ensuite aux couches élevées : c'est le résultat des différences de densité des deux courants.

Celle théorie extrêmement ingénieuse a suffi pendant longtemps à l'explication des principaux phénomènes connus de la météorologie d'Europe, jusqu'à l'apparition des nouvelles cartes synoptiques de l'Observatoire; aussi a-t-elle élé généralement acceplt'»e. Nous n'insisterons pas pour le moment sur les difficultés qu'elle soulève. Depuis les travaux de Dove, un fait nouveau et capital pour la science s'est produit à l'Observatoire sous l'influence de son directeur actuel, M. le Verrier, et par le concours de tous les météorologistes de l'Europe. Ce fait est la création du bulletin quotidien de l'Observatoire impérial.

lUlLLETIN INTERNATIONAL DK F/ORSERVATOIRE. S;)!

.< II. — BalictfB iatcrmtkMial de r0b«erT«loire iaipérlal.

Fi'origînc de I\ippIication du ti^légraphe à la conceni ration d«îs observations météorologiques, et aux avertissements à donner, sur rapproche des tempêtes , aux régions menacées, est t ras -controversée dans les ouvrages écrits sur la science du temps. Nous avons montré, page 28, que cette idée féconde est nire en France à la fin du siècle dernier ; que la pensée de réunir des observations simultanées faites en un grand nombre de points, en vue des conséquences pratiques à en tirer chaque jour, a même précédé l'invention du télégraphe par Chappe ; que celte pensée avait déjà pénétré assez avant dans les esprits en France pour qu'on en fît un argument en faveur de l'adoption de l'invention nouvelle. Mais nous avons vu en même temps, les circonstances qui en ont fait ajourner la réalisation.

Cinquante ans siprès, H. Piddington appela de nouveau l'attention sur ce point. Dans un mémoire, publié en 1842, il montra les avantages que la navigation pourrait ix^tirer de l'emploi du télégraphe pour donner avis aux ports de l'approche des ouragans, en exprimant l'espoir de voir prochainement adopter l'usage de ces avertissements.

En 1852, les fondateurs de la Société météorologique de France, MM. A. d'Abbadie, Bérigny, Bravais, Ch. S. C. Deville, J. Ilaeghens, écrivaient dans leur circulaire aux physiciens : c< Avant peu l'Europe entière sera sillonnée de fils métalliques qui feront disparaître les dislances et permettront de signaler les phénomènes atmosphériques, à mesure qu'ils se produiront, et d'en prévoir ainsi les conséquences les plus éloignées. »

En 1855, cette idée qui flottait dans beaucoup de bons esprits entra définitivement dans la pratique. Nous croyons ici, devoir laisser la parole à M. le directeur de l'Observatoire impérial,

dont la volonté persistante et la haute position pouvaient seules surmonter les difficultés que devait rencontrer une entreprise de celte nature. Les passages suivants sont extraits d'une i*é{)ons(' de M. Le Verrier à M. Matleuci, insèrent dans le tome LX, pajïiî 1517, des comptes rendus de rAccidémie des sciences.

« On n'a pas oublié l'ouragan, qui, le 14 novembre 1854, « c^iusa de si nombreux sinistres dans la mer Noire et amena la a [MTte du vaisseau le Henri IV. Le même jour, ou à un jour « «rintervîille suivant les localités, des coups de vent éclatèrent « tlans l'Ouest de l'Europe, sur l'Autriclu^ et sur TAlgérie.

« Le phénomène semblait donc s'être étendu sur une im- « mense surface. Celte circonstance remarquable attira Tattencc tion de notre illustre confrère, M. le maréchal Vaillant, qui « voulut bien m'écrire en m'invitant à entreprendre l'étude des a conditions dans lesquelles s'était produit le phénomène et en a nous assurant de son concours.

(c Pour nous mettre en mesure de réjmndre aux intentions « de monsieur le maréchal, j'adressai une circulaire aux asli-o- (i nomes et aux météorologisli*s de tous les pays, en les i>rianl « de me transmettre les renseignements qu'ils auraient pu n^ « cueillirsur Télat de l'atmosphère jHîndant les journées des 12, « 15, 14, 15 et K) novembre 1854. En réponse h cette circncc laire, l'ObscTvatoire reçut plus de 250 envois de documents.

« Le 16 février 1855, j'eus l'honneur de soumettre à (c S. M. l'Empereur le projet d'un vaste réseau de météorologie (c destiné à avertir les marins de l'arrivée des tem|)êtes. Ce pro- « jet, très-complet, reçut la haute approbation de Sa Majesté, (C et dès le lendemain, 17 février, nous fûmes, M. de Vougj', « directeur général des lignes télégraphiques et moi, autorisés « à entreprendre et à poursuivre l'organisation projetée. « Pi'o- « posez avec assurana», » est-il dit dans la lettre émanée du ca- « binet de TErapereur, lettre que nous jwuvons citer, parce « que c'est un document authentique et honorable pour tous

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