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CHAPITRE PREMIER

i.e manque d'exercice. — L'état de « faiblesse générale o. — L'état de « misère physiologique w. — L' « entraînement » des faibles. — Le « dosage » de l'exercice.

Le traitement hygiénique est celui dans lequel la Mécanothérapie a pour but, non de guérir, mais de prévenir les maladies.

De la santé parfaite à la maladie existent, comme on sait, me foule de degrés par lesquels peut successivement passer l'organisme, depuis le simple état de faiblesse qui crée une réceptivité plus grande aux germes morbides, une plus grande vulnérabilité à toutes les influences nuisibles du milieu, jus- -qu'aux troubles généraux ou aux lésions locales qui constituent l'état pathologique confirmé. Tout le monde admet <{ue l'exercice musculaire conserve les forces de ceux qui en sont suffisamment doués et augmente l'énergie vitale de ceux <]ui se trouvent débilités, soit par faiblesse congénitale, soit |>ar des suites de maladie, soit par l'effet d'un vice hygiénique quelconque.

Si nous avançons d'un degré en allant de l'état de santé vers l'état de maladie, nous voyons qu'à la suite de l'état de faiblesse ^(mévixlQ où les défenses de l'organisme sont amoindries, peut s'établir l'état d'imminence morbide où l'être vivant n'est pas seulement exposé par sa « moindre résistance » aux atteintes des maladies, mais a déjà été touché par une influence morlûde, sans être pourtant encore immédiatement voué à une maladie caractérisée.

Cet état — celui où la médication hygiénique, quelle qu'en soit la forme, donne ses résultats les plus frappants — peut succéder à l'état de moindre résistance que nous venons de signaler et dont il n'est alors qu'une aggravation. Mais il peut procéder aussi d'une cause autre que l'aftaiblissement progressif du sujet, par exemple, d'une influence congénitale, qui va s'aggravant par le fait d'une hygiène mal comprise. C'est le cas des sujets prédisposés aux maladies de la nutrition l,ar excès d'épayijne, telles que l'Obésité, la Goutte, etc. , ou aux maladies par misère physiologique, comme l'Anémie, la Phtisie pulmonaire, etc.

L'indication de la Mécanothérapie est aussi formelle dans ks états d'exubérance de la nutrition que dans les états d'épuisement et de maigreur; bien que ces deux formes morbides du tempérament semblent représenter deux vices de nutrition inverses : dans le premier cas, une insuffisance de la désassimilation comme chez les obèses et les goutteux et, dans le second cas, une insuflisance de Yassimilalion, comme dans les états de a misère » et d'épuisement qui disposent à la tuberculose. Or, bien qu'il semble paradoxal, au premier abord, d'appliquer le même traitement aux sujets de constitution trop riche et aux sujets de constitution appauvrie, il est d'expérience que le même exercice qui peut faire diminuer les tissus d'un obèse peut faire augmenter ceux d'un sujet épuisé et amaigri. Seulement, il faut veiller à ce que les doses d'exercice ne soient pas les mêmes dans les deux cas. Chez l'homme

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amaigri, par exemple, il faudra que l'effet du mouvement se borne à augmenter le besoin de réparation; tandis que, si l'on s'arrêtait à ce degré d'exercice chez l'obèse, on ne ferait qu'accroître les recettes et favoriser l'accumulation des tissus. Mais rien n'est plus facile, nous le savons, avec la Mécanothérapie, que de mesurer à chaque malade la dose d'exercice qui lui convient.

L'application du traitement hygiénique, qui a pour but de prévenir les maladies, est plus simple et moins spéciale que celle du traitement curatif, qui vise la guérison ou l'amélioration des maladies confirmées, il s'agit là de soumettre chaque partie du corps à des mouvements passifs ou actifs, faibles ou énergiques, suivant le degré de résistance et d'accoutumance du sujet :• en un mot, de donner à chaque articulation toute la série de mouvements pour lesquels elle est faite et de veiller à ce que chaque groupe musculaire reçoive une part de travail proportionnée à sa force. En procédant ainsi, on provoquera dans l'organisme la série d'e^eis locaux, gênévaux et spéciaux que nous avons précédemment indiqués comme résultats des exercices actifs et passifs. On verra ensuite, si le traitement est continué avec persistance, les effets répétés de l'exercice provoquer peu à peu, dans les organes et dans les fonctions vitales, des modifications profondes et durables, qui porteront au maximum la vigueur et la résistance du sujet.

Le traitement hygiénique ne représente, en somme, qu'une méthode d'entraînement dont le but est de modifier la nutrition du corps dans le sens qui en augmente le plus la force et la résistance. C'est aussi le même but que vise l'entraînement, dans toutes les formes de la Gymnastique athlétique et du Sport. Seulement, chaque sujet ayant sa capacité propre d'entraînement, c'est-à-dire sa limite de développement, cette limite sera, naturellement, plus étroite pour fhomme affaibli que pour l'athlète, et, naturellement aussi, la progression dans

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l'effort sera pour lui plus Icnle et mieux mesurée. Mais^ pour le faible comme pour le fort, il s'aLi ira toujours d'augmenter la capacité fonctionnelle des organes et de rétablir l'équilibre entre les divers actes de la nutrition.

Nous allons dire tout à l'heure les difficultés que présente^ en pratique, l'application de l'entraînement aux sujets dont la résistance est amoindrie et surtout pour ceux qui setrouvent déjà sur les limites de l'élat d'imminence morbide. Nous dirons aussi comment la Mécanothérapie permet d'entreprendre chez tous ces « débilités » le traitement hy^nénique par l'exercice, sans risque d'airgi^aver leur état.

Le manque d'exercice.

11 semble, au premier abord, qu'une santé parfaite ne soit pas incompatible avec le défaut complet d'exercice. On voil des hommes vivre dans une inaction physique absolue, sans^ qu'il en résulte pour eux aucun état morbide. C'est que ces hommes accommodent leur vie à la diminution graduelle de leur résistance physique. Le défaut d'exercice a diminué la capacité fonctionnelle des organes, mais leurs habitudesd'inertie permettent aux organes de réduire constamment leur fonctionnement au minimum. Ils renferment, en un mot, leur vie physique dans un cercle extrêmement étroit, et c'est à la condition de n'en sortir jamais que l'équilibre se maintient dans leurs fonctions vitales.

On a récemment créé, dans la langue médicale, un mol pour exprimer l'état d'un organe dont la capacité fonctionnelle est tombée au-dessous de la normale; c'est le mot de méiopragie{i) (de pTov, moins; irpàyto, je fais). Un organe es( atteint de « méiopragie » quand une cause directe ou indi-

(1) Ce mot a été proposé par le professeur Potain.

vi'cie a diminué son aptitude à fonclionner et qu'il ne peut sortir d'une étroite limite d'action sous peine de subir luimême, ou de provoquer dans d'autres organes, des troubles divers. Dans l'état de méiopragie l'organe paraît indemne nii repos, et même, s'il est mis en action avec une modération extrême, son jeu peut sembler tout à fait normal; mais des ti'oiibles caractéristiques se manifestent dès que l'acte fonctionnel se prolonge, ou bien s'élève à un certain degré d'intensité. On peut prendre pour types de la méiopragie certains troubles de la circulation de la moelle épinière décrits par Bouley chez le cheval, et retrouvés par Charcot chez l'homme. Dans ces états morbides, la marche à pas lents reste normale et régulière dans les premiers pas, mais amène promptement la boiterie et même la chute par engourdissement et paralysie des membres, si le mouvement se prolonge ou se précipite.

Chez les hommes privés de tout exercice, on peut observer — et cela en l'absence d'un trouble quelconque des centres nerveux — un véritable état de « méiopragie » généralisée. Chez eux, non seulement les muscles, mais les organes de la circulation de la respiration, et les cellules mêmes, qui président aux actes intimes de la nutrition, n'ont plus qu'une capacité fonctionnelle réduite; et, si des circonstances fortuites forcent ces sujets, si bien portants en état de repos, à faire fonctionner leurs organes, non pas avec exagération, mais seulement suivant le degré moyen qui est la mesure normale pour les hommes actifs, on voit survenir chez eux les mille perturbations qui sont le cortège habituel de la fatigue et du surmenage. Le moindre travail supplémentaire demandé au poumon et au cœur va produire des troubles violents de la respiration et de la circulation sanguine, le moindre effort musculaire va épuiser les centres nerveux, exagérer à l'excès les combustions vitales, surélever la température du corps, et devenir peut-être l'occasion d'un trouble grave de la santé, en créant momentanément dans l'organisme un état de

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moindre résistance et de réceptivité pour les maladies.

Tout cela, parce que rinsuffisance habituelle du fonctionnement des organes a créé pour eux un état de moindre capacité Ibnctionnelle, un véritable état de « méiopragie » générale.

A côté de cet abaissement général du degré de la résistance vitale, rinsuffisance d'exercice crée encore, sur divers points de l'organisme des « méiopragies » locales. D'abord, diminution de force du muscle resté inactif et diminution de souplesse des articulations tenues dans l'immobilité. C'est ainsi (|ue les hommes sédentaires perdent prématurément leurs forces musculaires et leur agilité, et sont atteints, avant Tage, de diverses imperfections des organes locomoteurs qui constituent l'état d'impotence sénile. Il est, en outre, des organes internes, comme l'estomac, le poumon, le cœur, qui ne peuvent fonctionner avec le degré d'activité voulu sans le secours des mouvements musculaires. L'inaction physique les fait tomber, aussi bien que les muscles, en état de « méiopragie ». Au reste, l'exercice banal de la marche ne suffit pas pour remplacer certains mouvements spéciaux indispensables à la régularité de certaines fonctions internes, tels (|ue les mouv(Mnents abdominaux et thoraciques.

L'état de « faiblesse générale ».

L'insuffisance d'exercice physique est donc souvent le point de départ d'une foule d'états d'affaissement, de torpeur organique, dans lesquels le jeu des appareils vitaux est languissant, sans qu'il existe aucune lésion de ces appareils eux-mêmes. Mais ces états de a faiblesse générale », qui sont du ressort de l'Hygiène plutôt que de la Thérapeutique proprement dite, n'ont pas pour cause unique le défaut de mouvement; ils peuvent être aussi la conséquence d'une maladie d'ailleurs guérie, qui se termine par une convalescence longue et difli-

cile, ou bien le résultat de conditions de vie défectueuses ou encore la marque d'une faiblesse constitutionnelle et congénitale, TefTet de l'âge, etc.

Les sujets atteints de ces troubles fonctionnels sont, d'une manière générale, des débilités, et, quels que soient les symptômes observés chez eux, anémie, neurasthénie, troubles digestifs, amaigrissement, etc., ils sont sortis des conditions normales et s'acheminent vers l'état pathologique, dont le moindre incident extérieur peut leur faire franchir les limites.

L'exercice actif qui conduit à l'entraînement conviendrait à tous ces états de faiblesse, quelle qu'en soit l'origine, puisque l'état d'entraînement se caractérise par l'augmentation générale des forces et de la capacité fonctionnelle de tous les organes. L'indication générale des effets locaux et généraux de l'exercice semble ici parfaitement claire et même banale en théorie; mais, quand on veut passer de la théorie à la pratique, on voit vite, à côté des bénéfices de l'état d'entraînement, les dangers de la fo^ligue, auxquels tous ces sujets sont particulièrement exposés par leur faiblesse même.

Et, de fait, chez un homme épuisé, quelle que soit la cause de l'état de faiblesse, il ne faut pas demander de prime abord la dépense supplémentaire d'énergie que nécessite tout mouvement actif. Mais il reste la ressource des exercices passifs, méthodiques et rigoureusement dosés, tels que le sont les mouvements de la Mécanothérapie. Puis, quand ces mouvements auront modifié l'état de faiblesse et rendu « disponible » une certaine dose d'énergie vitale, on abordera les mouvements actifs les plus doux. En les appliquant d'abord avec une extrême modération, puis en les augmentant selon la progression insensible de l'effort qui en est la règle, on obtiendra, peu à peu, les bénéfices de l'entraînement, sans les payer d'une dépense de force à laquelle l'organisme appauvri ne pourrait pas subvenir.

LAGRANGK. — MouV. llléth. 7

LES INDlGATIOlNS DU TRAITEMENT

L'état de « misère physiologique ».

Ce qu'on appelle état de misère physiologique n'est pas à proprement parler une maladie, mais un trouble passager ou durable de la nutrition subordonné à des états morbides très divers et caractérisé par la prédominance du mouvement de désassimilation. 11 y a « appauvrissement » de l'organisme; le budget des dépenses l'emporte sur celui des recettes; les tissus vivants diminuent de volume et de poids.

Ces états d'amaigrissement, d'épuisement, de langueur fonctionnelle, qui témoignent d'une insuffisance de réparation des dépenses causées par le mouvement vital, peuvent être liés soit à une affection générale du système nerveux, soit à un trouble des fonctions digestives, soit à une maladie chronique de l'appareil respiratoire, soit encore à l'ébranlement causé dans la constitution du malade par une longue maladie dont l'organisme épuisé a peine à se rétablir.

Souvent la cause première de ce « défaut d'assimilation », qui met le budget organique en déficit, échappe au médecin. Mais l'indication thérapeutique est toujours évidente : il faudrait augmenter les acquisitions et diminuer les pertes. Ici, l'utilité de l'exercice est moins frappante au premier abord que dans les états morbides caractérisés par le vice dénutrition inverse, par un « excès d'épargne », comme l'Obésité, où l'indication est d'activer le mouvement de désassimilation et de dépenser les tissus surabondants.

Le pouvoir qu'a l'exercice de brûler les tissus organiques est trop souvent considéré comme son attribut exclusif. L'exercice peut aussi bien reconstituer les tissus appauvris que détruire les matériaux inutiles ou nuisibles à l'économie du corps vivant. Sous son influence, on voit se modifier les deux phases de la nutrition dans un sens qui varie suivant les

besoins de l'état actuel; car l'exercice régulier et rationnel tend, en fin de compte, à rétablir l'équilibre du budget organique. Aussi est-ce une erreur de redouter les exercices du corps — du moins les exercices rationnels et bien dosés — pour les sujets amaigris, pour ceux qui, selon l'expression usuelle, (( n'ont rien à perdre ». Les faits cliniques abondent pour prouver que les exercices modérés tendent à augmenter, non seulement la force et la santé, mais aussi le poids du sujet.

C'est que l'exercice, on l'oublie trop souvent, n'est pas seulement une occasion de pertes, mais aussi une cause d'acquisitions. Et d'abord l'exercice musculaire introduit dans l'organisme plus d'oxygène qu'il n'en fait dépenser; surtout quand il comporte, comme dans le système suédois, des mouvements méthodiques de respiration. Or l'oxygène n'est pas nécessaire seulement aux combinaisons chimiques qui détruisent les matériaux à éliminer : il entre dans une foule de combinaisons nécessaires à la fixation des aliments absorbés sur les tissus vivants. « Oxydation » ne veut pas toujours dire destruction, et l'oxygène se comporte, en somme, dans un certain nombre de cas, comme un aliment, c'est-à-dire comme une substance prise à l'extérieur et incorporée à l'organisme. L'exercice favorise donc la reconstitution de l'organisme en introduisant dans le sang un principe reconstituant, véritable « aliment gazeux » qui contribue à l'assimilation.

Mais, même comme agent de désassimilation, l'exercice favoriserait encore l'accroissement de la masse du corps, car l'assimilation et la désassimilation sont deux phases de la nutrition solidaires l'une de l'autre et ne peuvent être dissociées que par une vue de l'esprit. De même que des oxydations vitales plus actives, par le besoin d'oxygène qu'elles exagèrent, ont pour résultat d'augmenter l'activité respiratoire, de perfectionner l'hématose et d'enrichir le sang au lieu de l'appauvrir; de même la dépense causée dans les

matériaux organiques par l'exercice appelle immédiatement une réparation plus active; l'appétit augmente, la digestion devient plus parfaite, l'absorption et l'assimilation se font mieux. Au total, chez les sujets épuisés, un « coup de fouet » donné à la désassimilation a presque toujours pour conséquence une suractivité du mouvement d'assimilation; il est fixé sur les organes plus de substance vivante qu'il n'en a été éliminé, et le budget de la nutrition se solde par un surcroît de recettes.

Pour que l'exercice pût appauvrir la constitution, il faudrait qu'il comportât une dépense de forces supérieure au pouvoir de réparation de l'organisme. Et c'est, en effet, ce qu'on doit chercher dans l'application de l'exercice aux obèses. Mais, dans le cas de « nutrition appauvrie », il est facile de doser le travail musculaire de façon à éveiller le besoin de réparation sans exagérer les effets de déperdition.

Ces vérités se déduisent rationnellement des lois physiologiques de la nutrition, mais elles ont été, en outre, consacrées par l'observation pure et simple de faits cliniques. Depuis longtemps les hygiénistes se sont ralliés à une formule qui ne préjuge aucune tliéorie, mais se borne à enregistrer un résultat dûment constaté : c U exercice y disent-ils, augmente la plasticité du sang. »

Dans les cas de langueur fonctionnelle générale par appauvrissement du sang, quelle que soit la cause à laquelle se rattache l'état de c( misère physiologique » à combattre, il faut demander à l'exercice tous ses effets physiologiques dans leur ensemble, sans chercher à les limiter à tel ou tel organe, à les concentrer sur telle ou telle région du corps.

Il est cependant un appareil organique qui devra être particulièrement visé, parce que tous les autres sont puissamment influencés par son fonctionnement : c'estl'appareil respiratoire. On peut dire que la respiration est une fonction maîtresse qui commande toutes les autres, car, dans tous les cas oû les actes

vitaux sont momentanément suspendus, c'est à cette fonction que les médecins ont coutume de s'adresser pour ranimer la vie. Vient-on à retirer de l'eau un noyé en état d'asphyxie, une hémorragie grave a-t-elle mis le sujet dans un état de « mort apparente », on pratique la respiration artificielle, et, aussitôt qu'on est parvenu à réveiller les mouvements respiratoires, on voit la circulation reprendre son cours, les fonctions du système nerveux se rétablir et la vie renaître. C'est par l'intermédiaire de la fonction respiratoire que se transmet à tous les organes cette excitation, cette sorte de « coup de fouet » salutaire qui en active le fonctionnement.

Les effets dits « généraux » de l'exercice ne pourraient s'expliquer si l'on ne faisait intervenir l'action de la suractivité respiratoire. L'accélération du cours du sang, notamment, ne pourrait en donner une raison suffisante. Le sang, en effet, ne devient un excitant fonctionnel des organes qu'à la condition d'être bien oxygéné. On sait qu'un muscle mis en contact avec du sang dépouillé d'oxygène perd aussitôt ses propriétés contractiles et présente, sans avoir fait aucun travail, la même torpeur fonctionnelle que s'il était fatigué. On sait par contre qu'un muscle fatigué jusqu'à l'épuisement par des contractions répétées reprend tout à coup son énergie première si l'on y fait arriver un courant de sang surchargé d'oxygène (Brown-Séquard) .

C'est donc grâce à la suroxygénation du sang qui résulte de la suractivité du poumon que tous les organes, à la suite d'un exercice bien dirigé, sont baignés par un liquide plus riche et plus excitant, sont sollicités à entrer en jeu avec plus d'énergie et acquièrent, au total, une capacité fonctionnelle plus grande. Et cette suractivité se fait sentir non seulement à tous les organes proprement dits, mais à tous les éléments anatomiques qui entrent dans leur structure. C'est ainsi, par exemple, que les glandes baignées par un sang plus excitant activeront leur fonctionnement, et c'est de même que

des fibres musculaires soustraites à l'empire de la volonté^ comme celles de l'estomac, de l'intestin, de la vessie, pourront subir, par le fait des mouvements actifs du corps et des membres, une excitation salutaire qui en activera le fonctionnement et en augmentera l'énergie. — C'est ainsi que les effets excitants et « toniques » de l'exercice peuvent se faire sentir à tous les organes et améliorer les actes les plus intimes de la vie organique.

Pour obtenir ainsi tous les effets physiologiques de l'exercice dans leur ensemble et y faire participer tous les organes, il faut donc s'appliquer surtout à activer la respiration. Et c'est pour cela que les mouvements spéciaux, actifs ou passifs, dits « de respiration », interviennent si fréquemment dans le cours de chaque séance du traitement mécanothérapique.

L' « entraînement » des faibles.

Il n'est pas d'agent thérapeutique dont les résultats soient, au même point que ceux de l'exercice, influencés par les condititions accessoires de son emploi, par la forme, le mode d'administration et le « dosage ». Il n'est aucune médication qui doive davantage tenir compte non seulement de la nature de la maladie, mais du tempérament du malade, de l'intégrité plus ou moins complète des organes, de l'impressionnabilité du système nerveux, du degré d'accoutumance, du genre de vie antérieur, etc. L'emploi de l'exercice, au début, doit être, dans beaucoup de cas, aussi minutieusement contrôlé que celui d'un médicament très actif. — Il faut veiller d'une part à ce que la dose ne dépasse pas le degré de tolérance du malade; et pourtant, d'autre part, il faut se donner garde de prendre pour une intolérance absolue ce qui n'est que l'effet passager et souvent nécessaire de l'inaccoutumance.

Ces difficultés expliquent, sans doute, l'extrême réserve qu'avaient mise jusqu'à ces derniers temps les médecins français à prescrire cette médication. Mais, aujourd'hui, toute crainte peut disparaître, grâce à l'adoption des exercices mécaniquement réglés, qui peuvent donner une sécurité complète dans les cas les plus difficiles.

Les effets thérapeutiques des mouvements actifs et passifs sont dus à la persistance, à la fixation, pour ainsi dire à demeure, sur les organes, des effets locaux et généraux de l'exercice.

Ces résultats lents, mais durables, constituent l'état appelé entraînement, qui est, nous l'avons dit, le développement maximum de l'aptitude fonctionnelle des organes exercés. Ils diffèrent complètement des effets immédiats et des effets prochains du mouvement, qui sont toujours passagers, souvent pénibles, et constituent les diverses formes de la fatigue^

Le premier résultat local de l'exercice est de fatiguer le muscle qui a travaillé et de l'affaiblir momentanément. L'effet de l'entraînement est, au contraire, de rendre le muscle plus fort, plus résistant à la fatigue. Ce contraste peut servir d'exemple fondamental pour faire bien ressortir la différence entre les effets immédiats de l'exercice et ses résultats définitifs. On trouve la même opposition entre tous les effets de la fatigue comparés aux résultats de l'entraînement.

En passant des effets locaux aux effets généraux, nous voyons qu'à la suite de l'exercice violent, le poumon s'essouffle, que la circulation s'accélère avec violence, que le cœur se dérègle et s'affole, que la peau est le siège d'une sudation exagérée, que le système nerveux se surexcite parfois jusqu'à l'insomnie, avec prostration consécutive des forces.

Et pourtant, si Ton exécute chaque jour le même exercice, si l'on se soumet, par conséquent, à la même cause de per-

lurbation de loutes les fonctions vitales, il arrive que tous ces troubles fonctionnels, loin de s'aggraver en se répétant, s'atténuent progressivement et disparaissent; au lieu de s'affoler de plus en plus, les fonctions se régularisent et se calment, et le môme travail qui, dès le début, bouleversait tout l'organisme, finit par s'exécuter au milieu de la tranquillité parfaite de tous les organes. Le poumon conserve son jeu régulier, le cœur n'accélère pour ainsi dire pas son rythme, la peau se mouille à peine d'une légère transpiration, et le système nerveux demeure juste à ce point d'excitation modérée qui est la condition la plus favorable à son fonctionnement régulier. — C'est ce qu'on exprime en disant que, par l'exercice, l'homme s'est accoutumé à la fatigue.

Ce n'est pas tout : si l'on étudie les fonctions à Vétat de repos, chez l'homme entraîné, on voit que les modifications produites sur elles par la répétition du travail sont absolument en sens inverse de celles qu'y produisait la fatigue. Par le fait de l'entraînement, le pouls devient moins fréquent et plus régulier, les mouvements respiratoires plus lents et plus profonds, le système nerveux plus calme, la transpiration plus modérée.

Ce calme de toutes les fonctions organiques est loin d'accuser une diminution de leur énergie. On sait, par exemple, que la répétition fréquente du pouls est souvent un indice de la faiblesse du cœur, qui cherche à suppléer à l'insuffisance de ses battements en les multipliant. De même les respirations courtes et précipitées sont un signe de l'insuffisance de l'hématose; la respiration vraiment efficace pour introduire beaucoup d'oxygène dans le sang est celle qui fait pénétrer l'air lentement dans les alvéoles pulmonaires, distendant progressivement le poumon jusqu'à sa dernière limite d'élasticité, et l'y laissant séjourner assez longtemps pour permettre à l'oxygène d'entrer dans le sang, à l'acide carbonique d'en sortir.

l.E TRAITEMENT HYGIÉNIQUE i05

Les effets de rentraînemenl se caractérisent essentiellement par Taugmentation de la capacité fonctionnelle des organes soumis à Texercice. Mais tonte modification dans la fonction suppose d'ordinaire une modification dans l'organe lui-même ou dans les appareils organiques auxquels il se rattache, appareils d'innervation ou de circulation. Ce sont ces modifications directes ou indirectes des divers organes ou appareils organiques qui constituent les effets thérapeutiques de l'exercice.

Ces modifications peuvent porter sur l'ensemble de l'organisme ou se manifester plus spécialement sur telle ou telle région, sur tel ou tel organe. En un mot, on peut obtenir par l'exercice méthodiquement appliqué, soit une modification totale de l'économie, soit des modifications locales et jmrtielles. Mais ces résultats sont subordonnés au mode d'application de l'exercice et impliquent, naturellement, des procédés variables, suivant qu'on veut obtenir les effets généraux de l'entraînement ou ses effets locaux.

Les effets locaux de l'entraînement dépendent du choix des muscles mis en jeu, si le mouvement est actif; du choix des leviers osseux mobilisés, si le mouvement est passif; du choix de la région massée, si le mouvement est moléculaire et prend la forme de massage.

Les effets généraux de l'entraînement dépendent de la quantité totale de travail effectuée par les muscles, si le mouvement est actif ; de la violence des déplacements communiqués aux leviers osseux, si le mouvement est passif; de l'intensité des pressions et des secousses subies par les tissus mous, si le mouvement est moléculaire.

Que l'entraînement thérapeutique soit appliqué en vue de fortifier localem.ent une région du corps et un organe déterminé, ou bien qu'il vise à faire sentir l'influence modificatrice de Texercice à l'ensemble des éléments organiques et aux fonctions les plus intimes de la nutrition, son application doit

LES INDICATIONS DU TRAITEiMENT

toujours être soumise à la grande loi qui régit tous les faits de raccoutumance. Il faut que les modifications produites dans les habitudes physiologiques des organes soient lenieSy fr agressives et méthodiquement graduées.

Tous les insuccès et tous les mécomptes de l'exercice appliqué aux malades dans un but thérapeutique ou hygiénique tiennent à l'inobservation de cette loi.

Si Ton réfléchit aux faits que nous venons d'exposer, et si l'on cherche à en tirer des conclusions pour le traitement hygiénique des sujets affaiblis, on voit que l'état (ï entraînement doit être le but thérapeutique de l'exercice, et que cet état constitue, pour les sujets faibles ou prédisposés aux maladies, une véritable transformation des organes et une modification du tempérament assez profonde pour faire, d'un sujet débile, un sujet fort et résistant. — Mais on voit aussi que ces bénéfices s'achètent, dans la pratique habituelle de l'exercice, aux prix de divers malaises et même au prix de violentes perturbations qui sont comme le tribut payé par l'organisme pour acquérir un degré supérieur de force et de santé.

Pour l'homme déjà bien portant qui fait de l'exercice en vue de devenir un homme fort, les perturbations passagères de la fatigue sont des inconvénients de faible portée et peuvent passer pour quantités négligeables, en comparaison du résultat final. Mais il n'en va plus de même quand il s'agit d'un sujet débilité, d'un convalescent, d'un vieillard, et, à plus forte raison, d'un homme formellement prédisposé à telle maladie dont la fatigue pourrait favoriser l'invasion. Pour tous ces « faibles », les bénéfices de l'entraînement ne pourraient guère être mis en balance avec les dangers de la fatigue.

Le problème est donc, pour tous les sujets qui, pour une raison ou pour une autre, se trouvent en état de moindre résistance, d'arriver à l'état d'entraînement sans passer par

la fatigue. Or ce problème si embarrassant quand on s'en tient aux procédés habituels d'exercice, est résolu d'avance, nous allons le voir, avec les moyens de précision dont dispose la Mécanothérapie.

Le (( dosage » de l'exercice.

Les procédés de l'entraînement, en thérapeutique, doivent être basés: 1'' sur l'évaluation préalable des effets à produire; 2° sur la notion des moyens à employer pour limiter rigoureusement ces effets au degré d'intensité voulue. C'est ainsi que procède la thérapeutique pharmaceutique quand elle s'applique à indiquer exactement la dose des médicaments qu'elle formule. De même, la médication par l'exercice doit être soumise à un dosage rigoureux.

Le dosage de l'exercice résume toute la pratique de Tentraînement thérapeutique, aussi bien quand l'entraînement est local que lorsqu'il est général.

On se. sert d'ordinaire, pour régler l'intensité de l'exercice, d'une méthode qu'on pourrait appeler « physiologique », en ce sens qu'on prend pour mesure l'intensité des réactions subies par Torganisme, en fixant comme limite de la dose maxima la manifestation de la fatigue. Ce procédé serait le plus sûr de tous, si les manifestations de la fatigue étaient moins subjectives, car il conduit pour ainsi dire automatiquement le sujet à l'augmentation croissante des doses. En effet, par la pratique quotidienne d'un exercice, on voit reculer chaque jour la limite de la fatigue, parce que la capacité fonctionnelle de l'organe exercé s'accroît chaque jour. Si donc on fait chaque jour de l'exercice jusqu'au moment où la fatigue apparaît, on se trouve augmenter le travail juste en raison de la résistance du sujet. Malheureusement il n'est pas toujours facile de reconnaître cette

limite physiologique à laquelle on doit s'arrêter, car la fatigue ne se fait parfois sentir que le lendemain.

Il est des procédés de dosage plus méthodiques et plus scientifiques. Ce sont ceux qui n'attendent pas les manifestations de la fatigue, mais prévoient la quantité de travail en deçà de laquelle ces manifestations ne pourront pas se produire, et mettent en a^uvre des moyens précis pour limiter au degré voulu l'intensité de l'eft'ort. Nous avons déjà dit combien il est facile, dans les appareils de Zander, d'opposer à un mouvement actif une résistance variable à volonté et d'évaluer, à quelques grammes près, la dépense de force demandée au sujet, avec la certitude absolue que la dose prescrite ne sera pas dépassée.

L'emploi de la Mécanothérapie s'impose donc, de préférence à toute autre forme de l'exercice, toutes les fois qu'il est indiqué de provoquer, dans n'importe quelle région du corps, des mouvements actifs ou passifs limités à une articulation déterminée ou à un groupe spécial de muscles; elle s'impose surtout quand il importe de mesurer d'avance l'intensité de l'eftbrt musculaire et l'amplitude du mouvement.

Dans les cas où l'on recherche, pour un sujet alfaibli, non plus les effets locaux, mais les effets généraux de l'exercice, cette méthode doit encore être employée à l'exclusion de toute autre forme de mouvement.

Ce n'est pas que les effets généraux de l'exercice ne puissent être obtenus — et même avec plus d'intensité qu'avec la Mécanothérapie — à l'aide de bien d'autres formes de gymnastique et surtout à l'aide des actes musculaires naturels. Mais la méthode que nous étudions ici permet — toujours par la perfection de son dosage — d'en obtenir le bénéfice thérapeutique, sans exposer le malade aux dangers que pourraient lui faire courir des actes musculaires exécutés sans règle ni mesure précises.

Nous savons l'importance qu'il y a dans certains cas, en

thérapeutique, de localiser les mouvements et d'en limiter l'effet à une région bien circonscrite. Dans d'autres cas, au contraire, la médication par l'exercice a pour objectif d'associer au fonctionnement des articulations et des muscles les grands appareils organiques et les grandes fonctions vitales. Cette association se produit, du reste, spontanément, toutes les fois que les muscles entrent en travail, grâce à l'étroite solidarité qui unit entre eux tous les organes et qui fait qu'aucun d'eux ne peut fonctionner avec un surcroît d'énergie sans que le fonctionnement des autres soit immédiatement activé. Tous les exercices des bras ou des jambes accélèrent les mouvements des poumons et les battements du cœur, et leur action ne se limite pas à la circulation et à la respiration, mais se fait sentir à tous les organes et à toutes les fonctions organiques : sous l'influence de la marche, la digestion devient plus rapide, les sécrétions sont plus abondantes, la température du corps s'élève, etc.

Il est parfois d'une très grande importance de provoquer cette suractivité des grandes fonctions vitales, soit qu'on veuille donner une sorte de coup de fouet à toutes ces fonctions dans leur ensemble, pour exciter la torpeur des centres nerveux, accélérer le mouvement d'une nutrition ralentie, etc., soit qu'on vise plus spécialement une fonction déterminée, telle que la respiration ou la circulation.

Chez tout homme doué d'une résistance suffisante et exempt de toute lésion organique, il est d'ordinaire sans inconvénient de provoquer tous les effets généraux de l'exercice, d'activer à la fois toutes les fonctions, d'exciter du même coup tous les organes. Quand, par exemple, il ne s'agit que de maintenir en santé un homme bien portant, il n'y a pas indication d'exclure un organe déterminé du travail imposé aux autres. Le choix de l'exercice n'offre alors pas grande importance : il faut simplement que l'exercice choisi représente une quantité de travail suffisante. Car c'est là, n'omettons pas

no LES INDICATIONS DU TRAITEMENT

de le redire, la condition essentielle de l'entrée en jeu des grands appareils organiques sous l'influence du mouvement musculaire. Si le travail effectué par les muscles, en un temps donné, était trop minime, il n'aurait pas de retentissement appréciable sur la respiration, sur la circulation, sur les fonctions nerveuses et sur les échanges nutritifs ; l'exercice ne produirait que des effets généraux insignifiants et négligeables.

Mais, si une somme assez considérable de travail musculaire est la condition sine qua non de l'association des grands organes au fonctionnement des muscles, et puisque tous les organes sans exception doivent entrer en jeu avec un maximun d'activité dès qu'on obtient les effets généraux de l'exercice, on voit aisément les difficultés qui résultent de là, dès qu'il s'agit d'un sujet non plus robuste, mais faible ou malade.

En effet, on a souvent à traiter des sujets pour lesquels la somme de travail nécessaire à la production des effets généraux de l'exercice représenterait une dépense de force excessive et pourrait causer le surmenage et l'épuisement. Pour d'autres, il serait indiqué d'activer isolément telle ou telle fonction organique en laissant les autres dans leur degré d'activité normale.

On souhaiterait, par exemple, chez un cardiaque, de pouvoir augmenter la fréquence et l'ampleur des mouvements respiratoires, afin d'activer l'hématose et aussi d'accroître, par l'exercice musculaire, l'énergie de Vaspiration thoracique qui favorise si puissamment la circulation pulmonaire. Mais ce serait, parfois, payer trop cher ce bénéfice si l'on ne devait l'obtenir qu'au prix d'un surcroît de travail du cœur. Si l'on veut s'adresser à un exercice naturel, tel que la marche en montagne, pour provoquer de profondes inspirations, ainsi que le fait Œrtel avec sa cure de terrains, il faut être bien sûr de la résistance des artères et de l'intégrité du myocarde. La marche ascensionnelle, pas plus que les autres exercices

capables de provoquer les effets généraux de l'exercice, ne saurait donc convenir aux malades dont on veut laisser le cœur au repos, tout en donnant du travail au poumon. Et il en sera de tous les autres actes musculaires naturels, de tous les exercices de sport, de toutes les formes de la gymnastique athlétique comme de la marche en montagne. Aucun de ces exercices ne pourra donner au malade les bénéfices de la respiration forcée sans l'exposer aux dangers de la suractivité du cœur.

C'est dans une pareille hypothèse que s'imposera l'indication de la Mécanothérapie ; parce que cette méthode permet en limitant le travail à certains muscles qui sont auxiliaires de certaines fonctions organiques, ou en localisant le mouvement dans certaines articulations dont le jeu des grands appareils organiques est solidaire, d'ob tenir isolément la suractivité d'une des grandes fonctions vitales, tout en laissant les autres en repos; — comme elle permettait tout à l'heure de provoquer un mouvement dans une région bien circonscrite du corps en assurant l'immobilité des régions voisines ou éloignées.

Prenons de nouveau un exemple dans l'appareil digestif.

On sait que le mouvement musculaire active la digestion. C'est là un des effets « généraux » de l'exercice : le travail des muscles excite l'activité des fonctions de l'estomac et de l'intestin. Il est de notoriété vulgaire que la marche augmente l'appétit en rendant la digestion plus rapide. Une formule imagée en fait foi : on dit souvent qu'un marcheur « digère avec ses jambes ».

La suractivité des fonctions digestives est un des résultats qu'on recherche le plus souvent dans les effets généraux de l'exercice. Mais, nous l'avons dit, ces effets « généraux » sont associés entre eux dans une solidarité qui ne permet pas d'obtenir les uns sans provoquer les autres; et, dans l'exemple que nous avons choisi, cette solidarité des divers appareils

J.HS INDICATIONS DU TI'.AITEMENT

organiques, quand l'exercice du corps leur communique un supplément d'activité, pourrait avoir de sérieux inconvénients. En eiïct, parmi les dyspeptiques atteints d'atonie fonctionnelle du tube gastro-intestinal, il en est un grand nombre qui sont en même temps des neurasthéniques débilités. Et pour ceux-là il se trouve souvent qu'un exercice capable de provoquer à distance une excitation fonctionnelle très salutaire sur l'appareil digestif va aussi, du même coup, surexciter les fonctions des centres nerveux et occasionner une dépense d'énergie qu'ils ne peuvent subir sans tomber dans le surmenage.

Or, ici encore, la Mécanothérapie permet de tourner la difficulté. Au lieu d'ébranler tout l'organisme pour mettre en action un seul organe, elle nous offre des procédés qui permettent d'obtenir directement les mêmes effets mécaniques et physiologiques que produiraient à distance les exercices violents dans l'appareil digestif; et cela sans mettre en émoi tout l'organisme et sans provoquer une surexcitation des centres nerveux, comme ne manqueraient pas de le faire une course rapide ou une marche prolongée. Il y a des machines pour mettre en jeu, à l'aide de mouvements actifs, limités à la région abdominale, les muscles abdominaux antérieurs, latéraux et postérieurs, auxiliaires si utiles de la digestion. Il y en a d'autres pour appliquer au tube digestif et à ses annexes des manœuvres de massage, des pétrissages, des trépidations, etc. Il y en a aussi pour mouvoir le tronc ou la cuisse, suivant divers mouvements passifs utiles à la progression du bol alimentaire. On obtient donc à la fois, par cette gymnastique locale, une action mécanique sur les viscères abdominaux et leur contenu, et une action physiologique sur le cours du sang et sur les sécrétions. D'où activité plus grande de toutes les fonctions digestives au milieu du calme absolu des autres fonctions.

Ce que fait la Mécanothérapie pour la fonction digestive,

nous allons voir qu'elle peut le faire aussi pour les fonctions (le respiration et de circulation. Elle peut donc, grâce à des exercices spéciaux , dissocier les elïets dits c( généraux » du mouvement de Fexercice, pour en éliminer l'élément nuisible, c'est-à-dire la fatigue de Torijane et n'en garder que l'élément utile, qui est l'accroissement de la fonction

Les exemples que nous venons de citer démontrent la supériorité de la Mécanothérapie comme méthode de ^( dosage » dans tous les cas où il y a indication de localiser exactement le mouvement musculaire à une région bien limitée du corps ou d'activer le fonctionnement d'un appareil organique à i exclusion des antres.

Il ne résulte pas de là que celle méthode ne puisse bien être utilisée aussi (fuand on veut étendre les bénélices de l'exercice à tous les muscles du corps et à loutes les grandes fonctions vitales dans leur ensemble.

Il n'est pas dans l'esprit de la Mécanothérapie de généraliser d'emblée le travail musculaire en y faisant participer presque tous les muscles à la fois, ainsi que font, par exemple, le canotage, l'escrime, la lutte, etc., dans lesquels toutes les forces actives du corps humain sont employées à la fois. La Mécanothérapie, nous l'avons dit, est une méthode (( analytique )) qui ne sollicite que des efforts partiels, décomposant, pour ainsi dire, la machine humaine en ses multiples rouages, pour faire fonctionner isolément chacun d'eux ; mais il suffira, on le comprend aisément, de mettre en action successivement chacune des parties constituantes du corps pour avoir satisfait à l'indication — qui est urgente dans la gymnastique hygiénique — d'exercer tous les muscles, de faire mouvoir toutes les articulations et d'activer le jeu de tous les grands appareils organiques.

C'est ainsi, du reste, que procède la gymnastique athlétique, telle qu'on la pratique dans nos gymnases, et, au fond,

LAGRANGE — MoilV. métll. 8

la Mécano thérapie ne diffère de ce que nous appelons en France « la Gymnastique » que par la douceur de ses procédés et par la rigueur mathématique avec laquelle elle mesure et i^radue l'éneri^ie de ses mouvements. Mais, dans les instituts Zander, aussi bien que dans nos gymnases ordinaires installés suivant la méthode du colonel Amoros, il y a des appareils spéciaux pour exercer, pour chaque région du corps, chaque groupe de muscles. Si, donc, il s'agit d'un sujet bien portant qui veuille remédier au défaut d'exercice d'une vie trop sédentaire, il trouvera dans l'arsenal de la Mécanothérapie les appareils voulus pour provoquer l'exercice des bras, des jambes, de la tète et du tronc. Il lui suffira pour exercer loutes les parties du corps, de passer successivement d'une machine à l'autre, comme le gymnaste qui s'entraîne pour devenir un athlète passe de l'échelle verticale aux barres parallèles et au trapèze.

Quant aux effets généraux de l'exercice, c'est-à-dire à la suractivité des grandes fonctions vitales, qui est un des principaux bénéfices hygiéniques de l'exercice, l'intensité en sera plus ou moins grande, suivant le degré d'énergie des mouvements effectués à chaque appareil. — Mais c'est là, nous le répétons encore, la grande supériorité des appareils de Zander sur les « agrès » de la gymnastique française ; ceux-ci provoquent toujours le même effort chez tous les sujets qui s'en servent : la même forme de mouvement exécutée, par exemple, à l'aide du trapèze, exige toujours la même dépense de force, aussi bien pour les faibles que pour les forts; tandis qu'avec la Mécanothérapie, la même machine, qui impose à tous une forme de mouvement immuable, permet de faire varier à volonté pour chacun la dépense de force provoquée par ce mouvement.

Grâce à la Mécanothérapie, l'enfant de constitution débile, aussi bien que l'homme de bureau, affaibli par la vie sédentaire, pourront donc effectuer une série de mouvements

LE TRAITEMENT IIVGIÉNIOIE 115

d'énergie plus ou moins grande, suivant l'appréciation du médecin. Il sera facile à celui-ci, en surveillant l'effet produit sur chacun, de déterminer la dose de travail nécessaire pour associer les grands appareils organiques à Tactivité déployée par les muscles, c'est-à-dire pour activer la respiration et la circulation du sang, pour élever le degré de la température du corps, pour provoquer même, au besoin, une sudation aussi al)ondante que la provoquerait un exercice d'aviron ou d'escrime. Il ne s'agit, pour doser rationnellement tous ces effets (( généraux », c'est-à-dire pour les portera l'extrême, ou bien pour les réduire à leur minimum d'intensité, que de déplacer le contrepoids de résistance de la machine sur la droite ou sur la gauche du levier.

Ainsi, là encore, on peut obtenir le résultat utile de Texercice sans être exposé à dépasser le but et à provoquer des effets trop intenses, comme il arrive si souvent quand on laisse au sujet le choix de l'exercice et l'appréciation de la dose du travail. Cette considération ne semble peut-être pas avoir grande importance quand il s'agit de sujets sains et vigoureux comme le sont, d'ordinaire, les hommes de sport. Il faut se rappeler qu'il n'est pourtant guère de forme d'entraînement libre dont on n'ait incriminé l'abus, même chez l'homme bien portant. A l'Académie de médecine, dans les cours et les conférences, dans les journaux médicaux, on voit périodiquement des praticiens autorisés venir signaler les méfaits de la bicyclette, de l'aviron, des jeux de football, etc. 11 y a certainement beaucoup d'exagération à dénon-cer comme dangereux des exercices qui ne peuvent nuire que par leur abus et dont l'exagération même vaudrait encore infmiment mieux que la privation de mouvements pour l'homme jeune et bien constitué; mais la préoccupation du surmenage qui seraitune exagération quand il s'agit d'hommes vigoureux se trouve, en fait, pleinement justifiée si l'on parle dè sujets faibles, de vieillards, de convalescents. , : i;

Il est donc toute une série de sujels, en dehors de ceux qu'on peut appeler proprement des malades, pour lesquels il sera prudent de choisir la Mécanothérapie comme exercice hygiénique. Ce sont tous ceux pour lesquels il y a indication de ménager les forces et de procéder dans l'entraînement avec des ménagements particuliers ; ceux surtout chez qui, malgré la résistance suffisante de presque tout l'organisme, on trouve pourtant des points faibles et des organes ou des fonctions qui devront être ménagés plus que les autres. — Pour ces derniers, nous nous trouvons sur la limite qui sépare rétat de santé parfaite de la maladie, et le mot « hygiène » n^'a plus un sens aussi général que pour ceux auxquels il faut simplement assurer la continuation d'un équilibre déjà à peu près établi.

On conserve pourtant l'expression de gymnastique hygiénique ou diététique à l'emploi du mouvement comme moyen de corriger une certaine tendance morbide du tempérament quand il n'en est pas encore résulté une lésion d'organe, une maladie proprement dite. Dans les maladies de la nutrition, telles que l'Obésité, le Diabète, la Goutte et toutes les formes de ladiathèse arthritique, on considère l'exercice comme un « modificateur hygiénique », c'est-à-dire comme un traitement qui s'adresse à l'ensemble des fonctions vitales et non à un appareil organique déterminé. On appelle plus spécialement gymnastique médicale ou curalive celle qui s'applique à un état morbide mieux délimité et qui vise plus particulièrement un organe déterminé, comme le cœur, le poumon, une articulation, etc.

Les limites de la gymnastique hygiénique et de la gymnastique médicale ne sont pas, on le voit, absolument tranchées. Ce qu'on peut dire, toutefois, c'est que, si des méthodes d'exercices autres que le système suédois peuvent, à la rigueur, être utilisées quand il s'agit seulement de modifier la nutrition dans son ensemble, il n'y a que la Mécanothé-

mpie — ou, à son délaiil, la gymnastique suédoise manuelle dont elle dérive — qui puisse donner toute sécurité quand on vise un organe déterminé, surtout si cet organe est le siège d'une lésion ou d'un trouble fonctionnel grave.

Ces méthodes seules permettent d'appliquer à l'exercice le dosage rigoureux qui en assure, dans tous les cas possibles, la parfaite innocuité.

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