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L'HYGIÈNE DE LA RESPIRATION

Effets indirects des mniivcmfnts musculaires sur le poumon. — Kffet direct des mouvements spéciavix o de respiration, o

Effets indirects des mouvements musculaires sur le poumon.

L'hygiène de la respiration comporte deux indications l'orinelles et très distinctes, dont l'une est acceptée aujourd'hui par tout le monde : c'est le choix du milieu respirable où l'on doit placer le malade ; dont l'autre est, malheureusement, presque toujours méconnue : c'est VecUicalion de la Fonction respiratoire.

Tout le monde reconnaît l'importance des qualités de l'air atmosphérique, quand il s'agit de sujets comme les bronchitiques, les tuberculeux, les « candidats » à la tuberculose. A des poumons envahis ou menacés par des organismes pathogènes, il faut un air d'une extrême pureté, qui ne renferme pas de germes infectieux et qui ne soit pas souillé par les ptomahies pulmonaires, comme l'est l'atmosphère des quartiers (( surpeuplés » et des appartements encombrés. De là, pratique de l'aération continue et de l'installation des sanatoria. Mais ce n'est pas tout que de mettre de l'air absolument

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pur et doué de qualités reconstituantes à la portée des malades, il faudrait encore placer le malade dans des conditions individuelles voulues pour qu'il sût tirer parti des éléments de « richesse physiologique » qu'on répand à profusion autour de lui. L'air atmosphérique est pour l'organisme humain un véritable aliment gazeux, aussi nécessaire à la nutrition et à la reconstitution de l'organisme que peuvent l'être les aliments solides et liquides. — Mais à quoi servirait d'olïrir chaque jour à un sujet épuisé la nourriture la plus saine et la plus réconfortante, s'il ne peut l'ingérer faute d'appétit, s'il a, comme dit si justement le vulgaire, « l'estomac fermé » ?

Or les malades que nous convions à respirer l'air si riche et si reconstituant de nos sanatoria n'en profitent pas toujours dans la mesure voulue, faute d' « appétit respiratoire » : le plus souvent on pourrait leur appliquer, avec une variante, l'expression imagée que nous citions tout à l'heure et dire qu'ils ont le « poumon fermé ». Ce serait même une image plus juste pour exprimer l'atténuation du besoin de respirer que pour exprimer la diminution de l'appétit.

En effet, c'est là une des plus fâcheuses tendances des sujets prédisposés à la tuberculose : leur poumon, mêm.e avant qu'il ait été envahi par les germes tuberculeux, a bien souvent pris l'habitude de ralentir ses fonctions respiratoires : ses cellules ne s'ouvrent qu'à demi. Et il ne s'agit plus ici d'une expression figurée, mais d'un fait d'observation qui répond, comme on va voir, au sens propre du mot.

Le poumon est formé d'une agglomération de cellules indépendantes les unes des autres, dont l'ensemble se divise en lobes, subdivisés en lobules qui ne communiquent pas entre eux. Cette disposition, qu'on a comparée à celle des grains de raisin sur leur grappe, permet à certains départements du poumon de rester inactifs pendant que les autres entrent en fonction; de telle façon que le nombre des

LES I.NDh A'l IONS DU TKAITEMElNT

cellules qui prennenl pari à la respiration varie suivant la quantité d'air introduite à chaque mouvement d'inspiration dans la poitrine; or la quantité d'air inspirée varie selon les conditions qui augmentent ou diminuent le besoin de respirer.

Nous avons déjà insisté sur cette loi pliysioloiiique que le besoin de respirer aui»mente — toutes choses égales d'ailleurs — en i)roportion directe de la quantité de travail eiîectuée par les muscles.

A l'état d'immobilité, le besoin de respirer est réduit à son minimum. La physiologienous apprend que, chez l'homme bien portant, le poumon, au repos, ne respire pas avec toutes ses cellules. Une notable partie de l'organe reste dans rinaction, se réservant pour le moment où se manifestera un plus grand besoin de respirer, une plus grande « soif d'air ».

Si le sujet, gardant habituellement l'immobilité, ne fait jamais appel à ces cellules de réserve, celles-ci s'accoutument à l'inaction et perdent leur aptitude à fonctionner, ainsi qu'il arrive de tous les organes qui ne fonctionnent pas. Il se crée ainsi des habitudes de respiration ralentie, et il arrive que les régions du poumon qui prennent part à la respiration se réduisent de plus en plus, un plus grand nombre de cellules pulmonaires se désintéressant pour ainsi dire de la fonction.

Ainsi s'explique la diminution si accentuée de l'aptitude respiratoire chez l'homme habitué à l'inaction, et son essoufflement si prompt quand un exercice inaccoutumé vient à produire tout à coup cette « soif d'air à laquelle le poumon n'est plus apte à donner satisfaction.

Au contraire, quand les muscles font chaque jour une quantité de travail suffisante, les cellules pulmonaires de réserve se trouvent sollicitées à entrer chaque jour en jeu, et ce fonctionnement régulier augmente leur aptitude fonction-

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nelle. Ces cellules, fréquemment appelées à intervenir dans la respiration, sont, pour ainsi dire, toujours en éveil, toujours prêtes à donner leur concours. Et il arrive que, môme à l'état de repos, elles prennent part, dans une plus grande mesure, à la respiration. De là accroissement de la fonction respiratoire par utilisation plus complète des forces qui y concourent.

Chez les sujets à respiration ralentie, ce sont les portions supérieures de l'organe, les sommets, qui représentent la partie inerte du poumon ; et ce sont justement ces régions qui semblent offrir au bacille tuberculeux son milieu de culture le plus favorable, car c'est presque toujours le sommet du poumon qui est envabi au début de la tuberculose. Tout le monde s'accorde à voir un rapport de cause à effet entre l'inertie relative du sommet des poumons et la réceptivité plus grande de cette région pour l'agent infectieux.

Il est, du reste, aisé de comprendre qu'une région quelconque de l'organisme devienne, par insuffisance de fonctionnement, un lieu de « moindre résistance », quand on sait que la suractivité d'un organe, quel qu'il soit, accroît en lui l'énergie des fonctions de nutrition, et qu'inversement le défaut de fonctionnement d'un organe en amène la déchéance et l'atrophie. Cette loi de développement est très frappante quand on observe l'eff'el de l'exercice sur les muscles : elle n'est pas moins formelle quand il s'agit des autres organes. On sait donc que, dans l'appareil pulmonaire comme ailleurs, l'énergie de la nutrition, et par conséquent la vitalité des tissus, sont en proportion directe de l'activité fonctionnelle.

Un grand nombre de faits pourraient être cités pour confirmer la réalité pratique de ces déductions et prouver que les habitudes de respiration ralentie sont des facteurs d'une redoutable importance pour créer la prédisposition à la tuberculose pulmonaire. Il nous suffira de rappeler une

observation aujourd'hui classique, la diminution de la phlisie pulmonaire chez les sourds-muets, depuis qu'on a adopté pour leur éducation la méthode phonétique.

La parole articulée est un puissant agent d'activité respiratoire : il faut que le poumon s'emplisse et se vide alternativement avec énergie pour produire ce courant d'air qui lait vibrer la glotte, les lèvres et la langue à chaque parole prononcée à haute voix. Le silence prolongé est au contraire une condition qui réduit au minimum le fonctionnement de ce c( soufflet » que représente le thorax avec les poumons qui y sont renfermés. L'enfant privé de la parole n'a pas l'occasion, comme nous, de faire fonctionner activement du matin au soir son soufflet thoracique et, chez lui, le poumon s'habitue à ne mettre en jeu à chaque respiration que la quantité de cellules strictement nécessaire pour respirer — car chaque organe règle strictement son degré d'activité sur le degré d'énergie du lonctionnement qu'on lui demande. — Ainsi s'établissent, chez le sourd-muet, des habitudes d'inertie respiratoire telles qu'il lui est très difficile, quand on entreprend de lui apprendre à émettre des sons, de produire des mouvement d'expiration assez énergiques pour mettre en vibration les organes de la parole articulée. Chez le sourd-muet, la capacité du poumon mesurée au spiromètre est beaucoup plus faible que chez un autre enfant du même âge, et la puissance du souffle est tellement diminuée qu'il ne peut parvenir à éteindre la flamme d'une bougie placée à quelques centimètres de sa bouche.

Telles sont les conditions de moindre capacité fonctionnelle que crée dans le poumon du sourd-muet le silence forcé. Et la preuve que ces conditions sont bien celles d'où dérive pour lui la prédisposition à la tuberculose, c'est le résultat inespéré qu'on a obtenu en les faisant disparaître. On connaît cette admirable méthode d'éducation <i phonétique » qui a remplacé les anciens procédés de communication par gestes. On sait

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qu'il a étr possible d'apprendre aux eaianls muets à articuler et à prononcer à haute voix des mois — • qu'ils n'entendeni pas, mais qui sont compris autour d'eux, — pendant qu'euxmêmes lisent sur les lèvres des personnes qui les entourent les paroles qu'elles prononcent. Chez les sourds-muets soumis à la méthode d'éducation dite phonétique, on observe une augmentation graduelle de la capacité respiratoire mesurée îui spiromètre et de la puissance du souffle exercée à éteindre une bougie à distance. Et, comme résultat hygiénique corollaire de l'accroissement de la respiration, on note de jour en jour la disparition de la tuberculose pulmonaire dont les cas, aujourd'hui, ne sont pas plus fréquents chez eux que chez les autres enfants.

La parole est, pour le poumon, une gymnastique naturelle, un moyen pour ainsi dire automatique de développement. Quand cette occasion d'exercice quotidien, indispensable à la nutrition régulière de l'organe, vient à faire défaut, on en voit aussitôt apparaître les graves conséquences pour l'organe même dont le fonctionnement est diminué. Mais les troubles de nutrition produits par l'insuffisance de la respiration ne se limitent pas à l'appareil respiratoire. Un poumon qui respire moins que la normale n'offre à l'air qu'un passage insuffisant, et cet air, quel qu'en soit le degré de richesse et de pureté, ne portera pas dans le sang une dose d'oxygène suffisante pour réparer et nourrir tous les éléments du corps auxquels le sang doit porter la vie. De cette insuffisance d'aliments gazeux résultera pour l'organisme une véritable inanition, non moins funeste que celle qui résulterait du manque d'aliments solides, et qui se traduira par l'appauvrissement du sang : le taux de l'hémoglobine s'abaissera dans le globule sanguin. De là diminution de la résistance vitale et de la nutrition, non plus seulement dans un organe comme tout à l'heure, mais dans l'ensemble de l'économie. Et ainsi se trouveront réalisées par l'insuffisance des fonctions respiratoires: les dexip^ condir

lions les plus propres à favoriser l'éclosion et l'évolution de la phtisie pulmonaire, savoir la moindre résistance du poumon et la déchéance de l'état général.

Telle est l'importance que présente l'activité fonctionnelle du poumon. Il importe d'en assurer Tintégrité en recherchant d'ahord quelles causes peuvent la comproineltre et ensuite quels moyens permettent de la rétablir. Or, parmi les causes qui peuvent diminuer l'activité du poumon, il en est une qui devrait sembler aussi évidente que la privation de la parole, mais qui est généralement moins bien comprise : c'est la privation d'exercice. Il est pourtant d'observation banale que Tactivité de la respiration s'accroîl toujours avec l'activité des muscles. On ne peut courir ou marcher vite sans accélérer immédiatement le rythme du mouvement respiratoire et en augmenter l'amplitude.

A cet accroissement de la fréquence et de la profondeur des mouvements respiratoires correspond, chacun lésait, une augmentation très considérable de la quantité d'air introduite dans la poitrine en un temps donné. L'homme qui marche introduit, en un temps donné, trois fois plus d'air dans ses poumons — et par conséquent trois fois plus d'oxygène dans son sang — qu'un homme immobile et couché. L'homme qui court en introduit sept fois plus. Un exercice musculaire prolongé ou souvent répété aura donc pour conséquence immédiate l'introduction d'une plus grande quantité d'oxygène dans le sang. D'où réparation plus rapide et plus complète de l'organisme, grâce à l'abondance* de cet aliment gazeux dont nous n'avons pas à démontrer le pouvoir reconstituant.

Ainsi l'exercice musculaire augmente ce que nous appelions tout à l'heure 1' « appétit respiratoire » et provoque une consom.mation plus copieuse d'oxygène. L'état général se trouve modifié par ce surcroît de respiration dans le sens même ou l'on cherche à le modifier en lui donnant un surcroît de nourriture solide ou liquide. Et l'on peut affirmer que la suractivité

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