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L'HYGIÈNE DE LA RESPIRATION

Effet direct des mouvements spéciaux de respiration ».

On voit, par ce qui précède, que lagymuasti({ue des muscles se trouve être eu même temps une gymnastique des plus efficaces pour le])Oumon. Mais l'exercice musculaire général n'est l)as la seule l'orme que puisse prendre la gymnastique respiratoire. Et il est heureux qu'il en soit ainsi quand il s'agit de rechercher les bénéfices de cette gymnastique pour certains malades; car beaucoup de sujets, parmi ceux qui ont le plus besoin de perfectionner leur appareil respiratoire, ne pourraient pas supporter l'exercice poussé au degré d'énergie qui est nécessaire pour activer la respiration.

C'est, en effet, une loi que nous avons déjà signalée : il faut que les muscles effectuent une notable quantité de travail en un temps donné, pour que l'activité respiratoire soit augmentée dans des proportions appréciables. La course, par exemple, ou la marche en terrain très escarpé sont des exercices qui associent très énergiquement le poumon au travail des jambes; mais la marche très lente sur une surface plane, à l'allure qu'un malade ou un sujet très affaibli peuvent seule supporter, ne modifie pas sensiblement le rythme et l'ampleur des mouvements respiratoires. Et il en est de même de toutes les formes de l'exercice, dès qu'une très grande modération est imposée par le peu de résistance de l'organisme. En un mot, pour que l'appareil respiratoire vienne s'associer à un exercice musculaire quel qu'il soit, il faut que cet exercice soit assez violent pour ébranler tout l'organisme et communiquer à toutes les fonctions vitales ce supplément d'activité qu'on appelle si justement Veffet général de l'exercice, par opposition à l'effet local, qui demeure limité aux muscles quând ceux-ci n'exécutent qu'une faible somme de travail.

L'effet général de l'exercice est le plus précieux des résullats qu'on puisse y chercher, quand il s'agit de sujets déjà suffisamment résistants. C'est grâce à l'association intime du cœur, du poumon, du système nerveux, de l'appareil digestif et de toutes les cellules vivantes à la suractivité des muscles que le mouvement musculaire peut modifier tous les organes et en augmenter la capacité fonctionnelle. C'est en vertu de la solidarité qui associe toutes les fonctions vitales au fonctionnement des muscles que l'état appelé « entraînement » ne consiste pas seulement dans l'augmentation de la force musculaire, mais aussi dans l'accroissement du pouvoir fonctionnel de tous les organes. Si, donc, le sujet peut supporter l'exercice poussé à ce degré d'énergie qui provoque des effets généraux, il n'est point besoin de chercher pour lui une forme particulière de gymnastique pulmonaire : le poumon se trouvera « exercé » indirectement, mais sûrement, si l'on met en jeu des groupes musculaires suffisamment importants et si on leur fait exécuter une somme de travail suffisante.

Mais on comprend que, chez des sujets très débilités et surtout chez ceux qui sont porteurs de lésions organiques, ce serait payer trop cher les bénéfices de la gymnastique pulmonaire, si l'on ne pouvait les obtenir qu'au prix de cet ébranlement général de l'organisme. Il en est chez lesquels la somme de travail musculaire nécessaire pour obtenir la suractivité du poumon représenterait une dépense en dis- * proportion avec le faible état des forces et l'on risquerait de produire alors, non l'état d'entraînement, mais l'état de surmenage et d'épuisement. Il en est qu'on exposerait à des dangers en disproportion avec les bénéfices cherchés si l'on ne devait mettre en activité les organes respiratoires qu'au prix d'un ébranlement général qui se ferait sentir à des organes altérés dans leur structure; ceux, par exemple, qui sont porteurs d'une lésion grave du cœur ou d'une dégéné-

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rescence des artères qui en compromet la résistance. Chez les tuberculeux, on sait qu'il est des périodes où Tinfiltration tuberculeuse peut avoir compromis la solidité des vaisseaux pulmonaires et où le moindre effort musculaire peut amener des ruptures et des hémorragies. Il est aussi des périodes ou des formes de maladies des voies respiratoires où l'état des forces ne permet pas de demander un travail physique assez intense ou assez prolongé pour activer la respiration. • Telles sont donc les difficultés que peut rencontrer le médecin qui voudrait appliquer à des malades porteurs de graves lésions pulmonaires, cardiaques ou artérielles, les procédés vulgaires de l'entraînement pour obtenir la mise en activité du poumon. Il en est parmi eux, sans doute, qui ont conservé un degré de force et de résistance suffisant pour qu'on puisse, sans aucun danger, se contenter pour eux de cette forme indirecte de la gymnastique pulmonaire, dans laquelle on met le poumon en jeu en faisant travailler l'ensemble de l'appareil musculaire. Mais c'est au tact et au sens clinique du médecin qu'il appartient de mettre en balance les avantages et les dangers des effets généraux de l'exercice pour ces malades. Ceux qui n'ont ni état fébrile, ni hémoptysie, ni essoufflement facile, qui ne sont pas dans un état trop accentué d'amaigrissement ou de neurasthénie, se trouveront bien d'adopter comme exercice de respiration, soit la marche en montagne en suivant la graduation méthodique indiquée par Œrtel dans sa cure de terrains, soit les jeux de plein air, soit même la bicyclette ou le canotage, à condition que tous ces exercices soient surveillés et pratiqués avec une grande modération.

Même chez les malades qui se trouvent en état de supporter sans trop de risques et de fatigue tous les effets généraux de l'exercice, il est souvent plus prudent de rester en deçà de ce qu'ils pourraient faire, quitte à n'obtenir qu'un résultat

LAGRANGE. — Mouv. lllétli. 9

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incomplet sur l'appareil respiratoire, car on aura la ressource de compléter les elïets de l'exercice libre par l'emploi des exercices méthodiques de « respiration ».

Ce n'est pas dans la Gymnastique française que nous trouverons les mouvements spéciaux à l'aide desquels on peut exercer le poumon sans provoquer une dépense appréciable de forces musculaires et sans surexciter aucune des grandes fonctions vitales. C'est dans la gymnastique suédoise, et surtout dans les procédés mécaniques créés par Zander.

Les mouvements suédois dits « de respiration », primitivement appliqués par Ling, ont la même tendance qu'une foule d'autres exercices qui obligent le sujet à introduire à chaque respiration dans la poitrine une quantité d'air plus grande que la normale ; tels sont la lecture à haute voix, le chant, le jeu des instruments à vent, etc. Tous ces exercices et toutes les règles formulées, pour apprendre, n'importe dans quel but, à tirer de l'appareil respiratoire le meilleur parti possible, peuvent être considérés comme faisant partie de la (jymnasliqm respiratoire méthodique. Ils représentent un ensemble de procédés tendant tous au même but, qui est d'augmenter consciemment et volontairement la quantité d'air introduite à chaque respiration dans les poumons et d'assurer la sortie méthodique et complète de cet air.

En se basant sur ces données, la gymnastique respiratoire la plus simple consisterait à faire chaque jour un certain nombre de respirations aussi étendues et aussi profondes que la capacité du poumon le permet, suivies d'expirations dans lesquelles on s'appliquerait à faire sortir l'air de la poitrine aussi complètement que possible. Et c'est, par le fait, un excellent moyen d'augmenter l'activité respiratoire. C'est, au fond, celui qu'emploie la gymnastique suédoise ; mais elle y ajoute une s^rie de mouvements qui amplifient l'effet auquel se limiteraient les efforts respiratoires si l'on restait immobile en les exécutant.

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