L'HYGIÈNE DE LA UESPIUATION
On sait qu'il est des inouveineiits et des attitudes qui favorisent la respiration. Ces mouvements et ces attitudes auxquels l'homme a instinctivement recours en cas de gêne respiratoire et de dyspnée, la gymnastique suédoise les utilise pour
FlG. 20. — Appareil de Zander pour rinspiratioii et l'expiration actives.
donner plus d'efficacité aux efforts respiratoires commandés et systématiques. En même temps que le sujet aspire l'air fortement, il élève les bras, les écarte et les porte en arrière, pendant la période d'inspiration; puis il les ramène eu avant et les abaisse en les rapprochant du corps, pendant la période d'expiration. Tel est le procédé fondamental dont
tous les exercices « respiratoires » des Suédois ne sont que des variantes.
Les exercices dits « de respiration » dans la gymnastique suédoise reposent sur ce fait que le mouvement d'élévation el d'écartement des bras, quand il n'est pas contrarié dans son ellet — et à plus forte raison quand il y est aidé par la coïncidence d'un effort d'inspiration volontaire, — entraîne les côtes en haut et en arrière, par l'intermédiaire des muscles qui s'attachent, d'une part, au bras ou à l'épaule, et, d'autre part, à la cage thoracique. L'entrée en jeu de ces muscles donne donc au thorax un surcroît de dikitation qui s'ajoute à l'effort respiratoire volontaire pour porter au maximum l'énergie et l'amplitude du mouvement d'inspiration. Le sujet, en se conformant à cette méthode, se trouve déployer, à l'état de calme, toutes les ressources de la respiration « forcée » auxquelles ferait appel un malade dans une crise de dyspnée. Or il trouve à cela deux bénéfices : l'un Immédiat, qui est l'augmentation de la quantité d'air introduite dans la poitrine; l'autre consécutif, qui est l'entraînement des muscles de la respiration supplémentaire, c'est-à-dire l'augmentation de la force et de l'aptitude fonctionnelle de ces muscles.
L'introduction d'une quantité d'air supplémentaire dans les vésicules pulmonaires n'assure pas toujours le passage dans le sang d'un supplément d'oxygène correspondant; mais, Tair ne fît-il qu'entrer et sortir, il en résulte tout au moins le l)énérice d'une ventilation plus active du poumon et un balayage plus complet des résidus organiques. Et l'on sait que l'accumulation des résidus de la respiration crée dans les vésicules pulmonaires un terrain de culture des plus favorables k la prolifération des bacilles.
L'entraînement qui résulte de la gymnastique respiratoire ne se borne pas à modifier les muscles : il améliore le jeu des articulations costales, rend plus facile et plus étendu le déplacement des côtes, leur permet de s'élever davantage à.
L'HYGIÈNE DE LA RESPlPtATION
chaque expiration. Les muscles inspirateurs aussi bien que les expirateurs ont dès lors moins de résistance à vaincre, les côtes leur obéissant mieux.
Les forces actives de l'acte respiratoire sont donc augmentées, en même temps que les résistances passives sont diminuées. Et c'est ainsi que s'accroît l'aplitiide à respirer. Une fois cette aptitude acquise, l'éducation de la respiration est faite, car le sujet contracte promptement l'habitude de respirer suivant un rythme qui lui est devenu aussi facile qu'il est efficace, le rythme des respirations profondes et lentes.
Enfin, l'habitude de respirer avec plus d'énergie fait sentir son effet sur la structure même des poumons, dont les portions habituellement inactives sont forcées de s'associer mécaniquement à l'acte respiratoire. Les cellules ne peuvent rester affaissées : l'air, attiré par un coup de soufflet plus énergique, y pénètre de force, les déplisse et les distend. Ces cellules reprennent ainsi le volume que leur faisaient perdre leur état de vacuité et l'accolement de leui s parois. En même temps qu'elles reprennent leur rôle aclif dans la fonction, elles récupèrent dans l'organe la place que leur inaction avait considérablement diminuée. Et c'est ainsi que le volume du poumon augmente parfois avec une surprenante rapidité, quand le sujet s'habitue à respirer au moyen de toutes ces cellules, au lieu d'en laisser en réserve la plus grande partie.
Gomme corollaire de ces modifications de volume de leur contenu, les parois de la poitrine prennent une forme nouvelle. Les côtes ne se laissent plus déprimer par la pression atmosphérique extérieure ; elles acquièrent une attitude plus relevée, qui est indispensable à l'agrandissement de l'espace réclamé par le nouveau mode de fonctionnement du poumon. Et c'est ainsi que le périmètre du thorax augmente sans qu'il soit besoin que les parois thoraciques aient épaissi. L'aug-
\'M LKS LM)I(:\TIO>S DU TIJAlTElMEM
iDcntation du Lourde poitrine devient alors un critérium de raccroissement du poumon.
Les observations quotidiennes prises dans les instituts de mécanolhérapie prouvent que la gymnastique respiratoire locale et méthodique peut amener l'accroissement du périmètre Ihoracique, aussi sûrement que les exercices généraux de la gymnastique et du sport, dont les mensurations de Marey ont montré les heureux effets.
On peut obtenir ces eilets a d'enlraînciiirnt » pour le poumon, même avec des mouvements de respiration tout à fait passifs.
Nous décriions, en parlant du tijiilciiicnl des maladies du cœur, l'appareil E*^^ qui esl la i)lus belle création de Zander, et qui permet de soumettre les malades les plus débilités et les plus (( essoufflés >• à des mouvements méthodiques de respilation, sans qu'ils en rcssenl(Mil la moindre fatigue, car ils n'ont à y prendre aucune pari active. Cette machine, représeulée page 25:2 (voir lig. M), provoque l'inspiration forcée, eu élevnnt les côtes à leur degré maximum de course, sans (pie le patient, commodément installé sur un siège conforlable, ait besoin de s'associer au mouvement par un effort quelconque de volonté, et de faire autre chose que de s'aband(mner passivement à l'action de l'appareil.
Cette respiration passive, si utile dans le traitement des affections du poumon et du cœur, intervient couramment dans le traitement hygiénique simple de la Mécanothérapie; car le perfectionnement des fonctions respiratoires doit être le principal objectif de l'Hygiène thérapeutique.