CHAPITRE m
LES MALADIES DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE
Emphysème pulmonaire. — Adhérences pleurales. — Affections chroniques du poumon et des bronches.
Nous venons de voir l'utilité des procédés mécaniques capables de lutter contre les conditions qui diminuent l'activité de la fonction respiratoire. Or ces conditions de fonctionnement amoindri se trouvent créées par toutes les maladies qui altèrent la structure de l'organe ou en entravent le jeu.
Dans toutes les maladies des voies respiratoires, il est donc indiqué d'activer le fonctionnement du poumon, à moins que ces maladies ne s'accompagnent d'état inflammatoire aigu, ou d'état fébrile, ou encore d'hémorragie très ahorir dante. Et ces contre-indications, comme on le sait, ne sont pas spéciales au traitement des affections de l'appareil pulmonaire : nous les retrouvons à propos de chacun des organes auxquels il s'agit d'appliquer la médication par l'exercice.
On comprend l'importance qu'il y a, dans la convalescence des affections hroncho-pulmonaires , à rendre à la respiration une ampleur plus grande, en sollicitant l'action plus énergique des muscles respirateurs. Quand ces muscles ont été maintenus dans une inertie relative par une affection qui rend la respiration « courte », ils tendent à tomber dans l'atonie, au
LES LNDIGATIONS DU TUAITÊMENT
môme litre que les muscles qui avoisinent une articulation malade. Le malade, d'abord obligé par son mal de raccourcir les mouvements respiratoires, prolonge quelquefois cette habitude de « moindre fonctionnement » après qu'a disparu tout obstacle matériel à l'expansion du poumon. Les convalescences de p7ieu)iionie, de bronchite, de pleurésie seraient bien souvent plus courtes, si le malade, recommençant plus tôt à respirer profondément, rendait aux vésicules pulmonaires une activité indispensable à leur nutrition.
En principe, tout organe qui vient d'éprouver une maladie inflammatoire est resté, de ce fait, dans un certain degré de paresse, d'inertie, qui en diminue la capacité fonctionnelle, en dehors de toute condition matérielle capable d'en entraver le jeu. C'est ce qui s'observe toujours dans les organes respiratoires. Mais, en outre, presque toujours la maladie, quelle qu'en soit la nature, laisse après elle des traces matérielles que le mouvement seul peut faire disparaître. Par exemple, les lobes du poumon touchés par la broncho-pneumonie ont besoin de reprendre le plus tôt possible toute l'intensité de leur fonctionnement, pour que la nutrition des cellules recouvre son activité première, qui est le meilleur préservatif contre les processus de la pneumonie chronique et contre l'invasion des bacilles tuberculeux. De plus, les cellules -encombrées de débris épilhéliaux, de détritus de toute sorte où s'amassent et se cultivent les germes morbides ont besoin d'un nettoyage mécanique, d'un véritable balayage que peut seule leur procurer cette ventilation active qiie donnent les mouvements respiratoires forcés.
Dans la pleurésie, le prompt retour des mouvements respiratoires profonds et énergiques est le seul moyen de lutter contre les adhérences qui menacent de brider le poumon; c'est le procédé le plus efficace pour empêcher la paroi Ihoracique de s'affaisser à mesure que se résorbe l'épanche- .ment.
LES MALADIES DE L'APPAREIL RESPIP.ATOIUE
Même après que l épauchenieul pleural est résorbé, et au moment où les fausses membranes se sont déjà organisées à l'état de brides lil)reuses, on peut encore bien souvent recourir avec succès à la Mécanothéra|)ie, alors même que la rétraction du tissu de nouvelle formation semble avoir d élînitivemen t entravé le jeu du poumon et déformé le thorax.
On emploie alois un appareil qui permet de provoquer des efforts respiratoires dont l'effet se localise sur le pounuui qu'il importe de développer, à l'exclusion de l'autre.
La figure 21 représente cet appareil de respiration (( unilatérale )). .
Il a pOUrobjeC- Fig. 21. — Exercice de respiration active unilatérale
(appareil A* do Zander).
tif de provoquer
activement l'abduction et l'élévation du bras. Le mouvement peut se faire passivement si l'on renverse le contrepoids. Il doit toujours être accompagné d'une très profonde inspiration. 11 a pour résultat un soulèvement forcé de la paroi .thoracique, beaucoup plus accentué du côté où il se produit que de l'autre côté, où le bras reste appliqué au corps.
LES INDICATIONS DU TRAITEMENr
h'inspircUio}) forcée unilatérale peut encore être obtenue à l'aide du grand appareil E'" de respiration passive. Pour cela, le mouvement est appliqué en écartant l'une des deux fourches, celle qui correspond au côté sain, et en supprimant son action. L'effet de l'inspiration forcée se localise ainsi sur le côté (|u'il s'agit de développer.
Enfin, après toutes les maladies inflammatoires, on voit persister des troubles de la circulation pulmonaire, une tendance aux stases, aux congestions passives, contre lesquelles aucun moyen ne saurait être plus efficace que des mouvements très amples et très profonds d'inspiration et d'expiration. On sait, en effet, que ces mouvements agissent sur le contenu des vaisseaux capillaires des poumons à la manière du coup de piston d'une pompe aspirante et foulante, pour activer le cours du liquide sanguin.
Mais l'exercice dans les troubles de l'appareil respiratoire ne vise pas seulement le contenu de la poitrine ; il a souvent pour effet de modifier le contenant, c'est-à-dire la cage thoracique, en mobilisant les pièces osseuses qui la composent. C'est là une indication qui se présente souvent quand une affection pulmonaire chronique a habitué le poumon à un fonctionnement très restreint. Ces habitudes de respiration raccourcie ont laissé les articulations costo-sternales tomber dans un certain degré d'ankylose qui, au bout d'un certain nombre d'années, rend impossibles les mouvements respiratoires très amples. L'insuffisance fonctionnelle du soufflet thoracique s'observe aussi très souvent chez les vieillards, par l'effet même de l'âge qui tend à raidir les ligaments, à dessécher les synoviales, à ossifier les cartilages d'encroûtement. Il y a indication dans tous ces cas à provoquer localement des mouvements dans les articulations costales, comme on le ferait dans une articulation ankylosée.
Une des causes d'aggravation de Y asthme dû à Vemphysème pulmonaire est l'ankylose des articulations des côtes. On
i.ES MALADIES DE L'APPAREIL HESPIRATOIRE
sait que chez les emphysémateux la difficulté de la respiration vient surtout de Tentrave apportée à l'expiration par le gonflement des vésicules pulmonaires, qui ne peuvent plus se désemplir complètement pendant l'expiration. La paroi du thorax, qui suit toutes les variations de volume de son contenu, ne peut s'abaisser jusqu'à l'état d'expiration parfaite, et les côtes qui forment cette paroi n'exécutent plus une course aussi étendue qu'à l'état normal. Quand cet état de choses s'est prolongé, il en résulte une demi-ankylose de la côte par diminution de son mouvement. Les surfaces articulaires diminuent d'étendue, et les ligaments perdent leur souplesse ; si bien que la paroi du thorax tend à s'immobiliser. Les côtes ont pris définitivement une attitude « relevée », d'où résulte im obstacle invincible à la guérison de la lésion pulmonaire. L'ankylose des côtes est donc à la fois un résultat de l'emphysème et une des causes principales de la persistance (le cette affection. C'est encore là un cercle vicieux, comme on en observe tant dans la physiologie pathologique.
La gymnastique suédoise obtient de beaux succès dans le traitement de l'emphysème chronique, et un de ses moyens d'action les plus efficaces consiste dans des mouvements passifs, ayant pour but de mobiliser les côtes. On emploie, à cet effet, des pressions directes sur les côtes, des manipulations diverses sur les muscles qui les meuvent, mais surtout le mouvement que les Suédois appellent scrufvridmng, ou mouvement (( de la vis ». Ce n'est autre chose qu'une torsion de la colonne vertébrale autour de son axe vertical, alternativement de gauche à droite et de droite à gauche.
Ce mouvement est obtenu dans la Mécanothérapie au moyen de l'appareil de Zander, qui imprime à tout le tronc des mouvements de rotation sur son axe, alternativement et assez vivement, de droite à gauche, puis de gauche à droite. Ce mouvement fait jouer les unes sur les autres toutes les pièces osseuses qui composent le thorax et mo-
bilise, dans ces secousses d'ensemble, les articulations vcrlébro-costales, sur chacune desquelles il serait impossible d'agir isolément.
En résumé, deux ordres de résultats peuvent être demandés au traitement gymnastique des maladies de l'appareil respiratoire :
l'' Des effets généraux propres à combattre l'insuffisance de la respiration et à améliorer la nutrition en introduisant plus d'oxygène dans le sang;
^° Des effets locaux propres à modifier les conditions de circulation et de nutrition des poumons, et à lutter contre certaines altérations anatomiques de l'appareil respiratoire créées par la maladie.
Le traitement par l'exercice peut revêtir deux formes correspondant justement à ces deux catégories de résultats : il existe des exercices respiratoires généraux et locaux.
Les exercices généraux n'agissent pas directement sur le poumon par la forme des mouvements, mais retentissent indirectement sur l'appareil respiratoire par la quantité de travail musculaire qu'ils produisent.
Le poumon se trouve toujours « exercé » quand il se produit une forte dose de travail dans un point quelconque de l'appareil musculaire : les exercices généraux produisent toujours indirectement un exercice local de l'appareil respiratoire.
Les exercices actifs généralisés représentent la forme la plus complète de la gymnastique respiratoire. En effet, ils activent à la fois la respiration pw/monaire, celle qui se fait dans les vésicules du poumon, et la respiration élémentaire^ c'est-à-dire celle qui se passe dans l'intimité des tissus vivants et en vertu de laquelle les éléments anatomiques du corps échangent leurs produits de désassimilation contre l'oxygène apporté par le sang. En outre, ces exercices sont les plus
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faciles à appliquer, en ce sens qu'ils n'impliquent pas des mouvements méthodiques d'une forme spéciale et peuvent consister dans les actes les plus naturels, la marche, Fascension d'un escalier, etc.
Mais ces exercices, précisément parce qu'ils représentent toujours une assez forte somme de travail, ne peuvent être appliqués qu'à des sujets relativement valides et capables de supporter une certaine dose d'efforts musculaires. Ils ne sauraient être appliqués à certains malades trop débilités, obligés de ménager leurs forces, comme le sont les vieillards, les convalescents et la plupart des sujets atteints d'affections chroniques de l'appareil respiratoire.
Pour tous ces sujets, les mouvements généraux devront être assez doux pour n'accélérer ni le rythme de la respiration ni celui du pouls. On recherchera surtout, pour eux, les effets locaux de la gymnastique respiratoire. Or ces effets sont constamment provoqués dans l'application méthodique de la Mécanothérapie, même quand le mouvement effectué ne met pas en jeu les muscles respirateurs.
Il est de règle, en effet, de rythmer tous les mouvements " actifs, qu'ils soient exécutés par le bras, la jambe ou le tronc, par des mouvements réguliers et profonds d'inspiration et d'expiration. En général, le malade fait une inspiration pendant la phase active du mouvement (quand il soulève le contrepoids de l'appareil) et une expiration pendant la phase [massive (quand le contrepoids redescend). — C'est là une dos causes principales de l'effiCAcité du système suédois au j)oint de vue hygiénique : tous les mouvements de ce système se trouvant représenter autant d'exercices respiratoires déjà très efficaces ; sans préjudice des exercices spéciaux combinés en vue d'agir mécaniquement sur l'appareil de la respiration.
La respiration volontaire avec mouvements actifs et passifs rend de grands services. La mobilisation par action directe en rend quelquefois plus encore; à ce point de vue, des ma-
LES INDICATIONS DU TRAlTEiMENT
nœuvres de massage, telles que les pressions, trépidations et tapotements des parois thoraciques et de la région dorsale, sont des pratiques qu'on ne saurait trop recommander.
Enfin, quoique les mouvements d'inspiration soient les plus importants au point de vue hygiénique et thérapeutique, et bien qu'ils soient aussi les plus faciles à provoquer activement, il faut se rappeler que, dans bien des cas, la gymnastique d'expiration doit jouer un rôle. Il faut donc ajouter aux moyens que nous avons décrits des exercices capables de mettre en jeu les puissances expiratrices. Ces exercices sont en général, passifs, comme l'expiration elle-même. Ils consistent dans des pressions manuelles exercées méthodiquement sur les arcs costaux pour les abaisser le plus loin possible. Ils comprennent aussi certains mouvements destinés à solliciter la mise en jeu, et par conséquent l'exercice et l'augmentation de force, des muscles expirateurs. Tels sont les mouvements que provoque l'appareil A'' actionné par les muscles adducteurs des bras.