CHAPITRE VII
LE TRAITEMENT DE L'OP.ÉSITÉ
Dangers de la surcharge graisseuse. — But et indications de la cure de l'obésité.
Dangers de la surcharge graisseuse.
Le traitement de l'Obésité par l'exercice repose sur la propriété la moins discutée du travail musculaire, celle d'augmenter les « dépenses » organiques, en accélérant le mouvement de désassimilation. Plus la machine humaine produit de travail, plus elle dépense de chaleur; et nous savons que les actes chimiques, d'où procède la chaleur dépensée, consistent essentiellement dans la combustion des substances hydrocarbonées de nos tissus, et spécialement des sucres et des graisses.
Les graisses sont des tissus «de réserve » ou « d'épargne », c'est-à-dire des matériaux assimilés en surcroît, et qui, n'étant pas utilisés pour réparer les pertes de l'organisme, vont s'emmagasiner, en quelque sorte, dans certains points du corps où ils attendent l'occasion de servir à une dépense supplémentaire éventuelle. Si les dépenses du travail musculaire sont trop faibles eu égard à l'apport alimentaire, les tis-
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SUS de réserve n'étant pas dépensés continuent à s'accumuler.
L'obésité est le type des maladies qui résultent d'un excès de « richesse » physiologique. Le défaut de dépense de ces tissus de réserve, qui devraient être brûlés au fur et à mesure de leur acquisition, aboutit à l'invasion de tous les organes par des masses graisseuses dont le volume croissant finit par gêner le fonctionnement de tous les organes.
L'obésité poussée à l'extrême n'entraîne pas seulement une incommodité, une gêne de mouvements, mais aussi, parfois, des troubles graves de la santé. La graisse peut s'accumuler en masses considérables, qui entravent le fonctionnement des organes internes. Le cœur, les vaisseaux sanguins, les organes respiratoires, l'appareil digestif sont gênés et comprimés par les tissus parasites qui les englobent de toutes parts. Souvent même la graisse ne reste pas seulement juxtaposée aux organes, mais les envahit, les infiltre, altère leur structure et produit leur « dégénérescence >). Si bien que l'obèse, après n'avoir été qu'un impotent, linit par devenir un malade.
Les troubles de la santé qui résultent de l'obésité poussée à l'extrême sont surtout des troubles mécaniques de la circulation et de la respiration.
La circulation du sang est compromise, d'une part, par la cjêne du cœur sur lequel s'accumulent des masses parfois énormes de tissu graisseux, et dont les fibres finissent par s'infiltrer de graisse et par « dégénérer» ; mais, d'autre part, la circulation périphérique est entravée par des masses graisseuses qui noient les vaisseaux, les compriment et tendent à en effacer le calibre. Le cœur « gras », déjà affaibli et gêné -dans ses mouvements, se trouve ainsi, par surcroît, aux prises avec des obstacles périphériques qui augmentent singulièrement son travail. De là une double cause de troubles circulatoires : 1" insuffisance de l'impulsion donnée au sang par le moteur central ; et 2" obstacle au cours de l'ondée sanguine
LE TRAITEMENT DE L'OBÉSITÉ
par les barrages circulatoires que forme la graisse sur tous les points de la périphérie. Le cœur se trouve constamment au-dessous de sa tâche, et la moindre exagération de son travail peut le mettre dans ce degré extrême de défaillance qu'on appelle Vasystolie. Les sujets arrivés à un degré extrême d'obésité sont toujours des « cardiaques ».
Le poumon, solidaire du cœur, est déjà gêné dans son fonctionnement par l'insuffisance de la petite circulation. Il est de plus entravé dans son mouvement d'expansion par les masses graisseuses qui doublent les parois thoraciques et font relief sous la plèvre, ainsi que par les pelotons adipeux qui infiltrent les viscères abdominaux et gênent le jeu du diaphragme. La respiration de l'obèse est insuffisante au même degré que sa circulation. De là deux causes d'essoufflement qui lui rendent Texercice musculaire extrêmement pénible et qui lui créent des difficultés parfois insurmontables dans l'application du seul traitement efficace de V obésité, V entraînement.
Avec cette faible capacité fonctionnelle du poumon et du cœur, qui diminue dans de si grandes proportions son aptitude au travail musculaire, l'homme atteint d'obésité se trouve obligé, pour exécuter le moindre mouvement, de faire un travail complémentaire considérable. La graisse noie les muscles, engorge leurs fibres, comprime les articulations et augmente le « travail perdu » de la machine humaine, en multipliant les frottements. Outre ces difficultés, qui enrayent l'effort de l'appareil locomoteur, il faut tenir compte du surcroît de travail qui résulte du supplément de poids, à chaque déplacement du corps. Tel obèse porte jusqu'à 100 livres de (( poids mort », c'est-à-dire de matière inutile, jouant le rôle d'un corps inerte surajouté aux organes comme un fardeau. Avec une charge pareille, tout déplacement du corps, même sur une surface plane, devient un pénible travail; tout mouvement par lequel le corps progresse sur une pente très
inclinée demande un effort pour ainsi dire athlétique. Pour se représenter le travail qu'effectue un homme atteint d'obésité, en montant, par exemple, un escalier, il faudrait imaginer en regard un homme de corpulence moyenne, faisant la même ascension, en portant sur ses épaules un fardeau égal à la différence des deux masses, c'est-à-dire souvent un poids de 50 à 60 kilogrammes. D'où la promptitude de l'essoufflement.
L'essoufflement est la plus terrible épreuve de l'exercice musculaire pour l'obèse. C'est, chez lui, la forme type de la fatigue, et il ne faut jamais perdre de vue, dans la cure de l'obésité, les dangers que peuvent offrir des exercices qui essoufflent, si on ne les appliquait pas avec toute la prudence voulue et suivant une progression très méthodique.
But et indications de la cure de l'Obésité.
La plupart du temps les insuccès du traitement de l'Obésité tiennent à ce qu'on n'en comprend pas assez clairement les indications et à ce qu'on prend pour unique but à atteindre la diminution du poids. Si l'on marche dans cette voie, on n'aboutira qu'à des mécomptes, quels que soient les moyens employés.
Aussi paradoxale que puisse paraître, au premier abord, cette formule, je dirai qu'en principe: traitement de l'obésité n'est pas toujours synonyme de cure d'amaigrissement. On peut rendre la santé à un obèse sans lui faire perdre une quantité très considérable de poids, et, d'autre part, on peut faire diminuer considérablement le poids d'un obèse, sans lui rendre la liberté de certains mouvements et surtout cette régularité des fonctions internes qui constitue la santé.
Mais d'abord, la « cure » de l'obésité ne doit pas tendre au mê/ne but que l'hygiène préventive de l'embonpoint, ni pro-
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céder par les mêmes moyens d'action. L'homme menacé d'obésité est encore un sujet valide, souvent même un sujet vigoureux et résistant, auquel on peut demander, sans trop de ménagement, des efforts énergiques et des exercices violents. L'obèse proprement dit est un « malade » dont le traitement comporte les plus grandes précautions.
Diverses méthodes ont été proposées pour régler la progression du travail musculaire dans le traitement de l'obésité. La meilleure est, sans contredit, celle proposée par le professeur Œrtel, et que nous avons exposée dans un autre livre, sous le titre de Cure de terrains. Mais la cure de terrains, c'està-dire la marche ascensionnelle progressive, ne peut pas toujours être appliquée d'emblée, avec des sujets gravement atteints, dont l'aptitude respiratoire serait trop inférieure à la moyenne. Pour les obèses dont la circulation sanguine est considérablement gênée, il sera bon de faire précéder les exercices de marche de certains exercices locaux actifs et passifs.
Si l'obésité est portée à un degré extrême, on devra commencer la cure d'entraînement par des mouvements passifs et par le massage. Le massage, comme le travail musculaire, augmente la désassimilation, active le cours du sang, excite, par effet réflexe, l'activité des centres nerveux ; il doit représenter le premier degré du traitement.
Viendront ensuite les mouvements passifs, communiqués à l'aide de divers appareils de Zander. On mettra successivement en jeu toutes les articulations des membres, et l'on imprimera aux bras et aux jambes de grands mouvements de circumduction, avec lenteur au début, puis en augmentant de vitesse (appareils et A^). Ces mouvements sont reconnus (appareils A' et E^) aider beaucoup la circulation sanguine ; on les emploie dans le traitement des affections du cœur, et la cure de l'obésité par l'exercice doit se faire, au début, suivant les mêmes règles que celles des maladies de l'appareil circula-
LES INUICATIONS DU TKAITEMENT
toire, l'obésité grave impliquant toujours des troubles profonds de la circulation.
Puis ce seront des mouvements actifs locaux, le malade étant assis ou même couché (appareil B^). Les mouvements actifs des jambes « sur place » sont une utile préparation à la marche. Ils devront être faits d'abord avec faible résistance. L'obèse se contentera de déplacer méthodiquement en tous sens, les membres inférieurs en actionnant avec un eftbrt insignifiant les appareils et B* (ilexion et extension de la cuisse et de la jambe), le B^ et B^ (abduction et adduction des cuisses). On entremêlera fréquemment les exercices actifs d'exerciôes passifs et l'on fera intervenir, deux ou trois fois dans chaque séance, les exercices de respiration (appareil E^).
Après un certain nombre de semaines de ces exercices méthodiques, l'obèse sera déjà plus apte à résister à l'essoufflement, parce qu'on aura régularisé le cours du sang et soulagé le cœur, ainsi que nous l'expliquerons au chapitre des Cardiaques. On pourra lui faire essayer la marche en plaine, en ayant soin de prolonger Vexercice 'plutôt que de V accélérer. Et ce n'est qu'après cette série d'exercices préliminaires, et en prenant toujours pour guide l'indication fournie par la tendance à s'essouffler, qu'on pourra arriver aux exercices de marche ascensionnelle, qui seraient le meilleur complément de la cure mécanothérapique de l'obésité.
Le retour de la graisse momentanément disparue est Fécueil inévitable du traitement chez certains sujets dont la constitution comporte un notable degré d'embonpoint.
La cure de l'obésité par l'exercice causerait bien des déceptions au médecin, s'il considérait comme critérium unique des résultats du traitement le retour définitif du malade au poids moyen que sa taille semble comporter. Mais ce serait une faute de s'obstiner à rechercher des effets trop complets et du reste superflus au point de vue de la santé. Ce n'est pas
LE TRAITEMENT DE L'OBÉSITÉ
la forme « esthétique » du malade qu'il faut viser, mais simplement ses aptitudes fonctionnelles; et l'on doit se tenir pour satisfait si l'on a réussi, par les moyens que nous venons d'indiquer, à obtenir la régularité de la circulation sanguine, l'accroissement de la respiration et la liberté des mouvements.
Ces conquêtes, qui sont toujours possibles, avec de la patience et de la méthode dans la progression du traitement, ne pourront, du reste, être conservées qu'à une condition expresse : c'est que le malade ne cessera jamais de mettre en œuvre les facultés qu'il a regagnées, et cherchera à les augmenter dans la limite du possible, en augmentant de jour en jour la dose de travail effectué, à mesure que ses aptitudes fonctionnelles se développent davantage.
La cure de Tobésité doit être guidée par deux indications très distinctes : la première, qui est la plus importante, visant à faire recouvrer les aptitudes fonctionnelles perdues; la deuxième tendant à faire diminuer le poids. On peut ajouter une troisième indication, d'ordre purement esthétique celle-là, mais que beaucoup de sujets veulent faire passer en première ligne, c'est la diminution de volume de certaines régions du corps déformées par la graisse.
Pour rendre au malade ses aptitudes fonctionnelles les plus essentielles, il faudra rechercher pour lui la forme de mouvements qu'il a le plus de peine à exécuter, en la lui prescrivant suivant la méthode qui doit guider constamment l'application du traitement par l'exercice, c'est-à-dire avec une progression prudemment ménagée.
Parmi les mouvements que l'obèse exécute avec le plus de difficulté, il n'en est pas de plus utiles à lui faire recouvrer que les mouvements du tronc. Non seulement les mouvements de flexion, rotation et circumduction du tronc seront utiles pour aider à la résorption des masses graisseuses dont la
cavité abdominale est encombrée, mais ils rendront au malade le service beaucoup plus important encore de l'aciliter la circulation du sang dans le système de la veine porte, siège de congestions passives qui compromettent la régularité de toutes fonctions digestives, et notamment les fonctions du foie.
Pour obtenir l'amaigrissement (jénéralj on aura recours aux exercices généraux, quelle qu'en soit la forme, en ne se préoccupant que de faire exécuter la plus grande quantité de travail musculaire compatible avec la résistance des organes, et notamment avec la capacité respiratoire. Rappelons que les effets généraux de l'exercice seront obtenus surtout avec les appareils qui mettent en œuvre les masses musculaires les plus importantes, tels que le G" et le G% qui provoquent le travail des grands muscles du dos; le A* et le A\ qui sont actionnés à la fois par les muscles des épaules, de la poitrine et des bras.
Pour obtenir l'amaigrissement local d'une région déterminée, il y a deux moyens efficaces. Le premier est de faire travailler avec persistance les muscles de cette région, car le muscle alimente son travail en brûlant d'abord la couche graisseuse qui l'entoure. L'augmentation de volume du muscle exercé ne compense pas, à beaucoup près, chez l'obèse, la diminution des masses graisseuses brûlées par l'exercice actif. Aussi, voit-on les membres de l'obèse diminuer par l'effet des efforts musculaires énergiques, qui font au contraire grossir ceux des sujets amaigris. L'autre moyen d'amaigrissement local est le massage, surtout le massage avec les appareils « à tapotement » comme l'appareil