LA GOUTTE ET LA GRAVELLE
mes en acide carbonique et eau. C'est ce qu'on exprime en disant que, chez le goutteux, le coefficient (T oxydation est inférieur à la normale. L'organisme du goutteux est un appareil à (( tirage lent », qui n'utilise pas assez d'oxygène.
Nous savons que Va entraînement » a pour résultat de produire des modifications de la nutrition absolument inverses de celles qui caractérisent la diathèse goutteuse; puisque le travail musculaire régulièrement pratiqué active les combustions vitales et augmente la dépense d'oxygène en exagérant la respiration « élémentaire ». C'est justement cette tendance de l'exercice à modifier les habitudes de la nutrition en sens inverse de la diathèse goutteuse qui justifie l'emploi de l'exercice chez les goutteux et explique son efficacité universellement constatée dans le traitement hygiénique de la Goutte.
Chez l'homme entraîné, le (( coefficient d'oxydation » tend à s'élever et les produits de désassimilation tendent à se « brûler » complètement. Nous avons cité à plusieurs reprises (1) les recherches expérimentales entreprises sur nous-même et sur plusieurs autres sujets et desquelles il résulte que l'homme entraîné produit beaucoup moins d'acide urique qu'avant de s'être mis en état d'entraînement, et que le degré d'acidité de ses humeurs (en s'en rapportant au dosage de l'acidité des urines) peut diminuer dans la proportion de 1 à 4. Ainsi, après l'entraînement, l'acide urique, ce (( poison goutteux », est contenu dans le sang en moindre quantité, et, d'autre part, les liquides organiques, moins acides, sont plus aptes à le tenir en dissolution. Ces modifications de la nutrition diminuent la tendance aux accès de goutte; puisqu'on sait que l'accès se produit par précipitation de l'acide urique sur les jointures dans deux conditions : 1° quand ce composé existe en trop grande abondance dans les liquides organiques;
(1) Voir la Médication par l'exercice et aussi la Physiologie des exercices du corps (E. Alcan, édit., Paris).
et 2" quand ces liquides étant devenus trop acides deviennent moins aptes à le tenir en dissolution.
L'objection faite à l'efficacité de l'exercice dans le traitement de la Goutte, c'est la fréquence des accès de goutte à la suite des exercices violents. Nous avons répondu ailleurs à cette objection en montrant, que ce n'était là qu'un accident dû à une mauvaise direction de l'exercice et non un résultat nécessaire du travail musculaire.
Nous avons fait voir que la courbature chez l'homme sain produit movientanément l'altération chimique des humeurs qui caractérise la nutrition anormale des goutteux, c'est-à-dire Vhyperacidité de l'urine et l'augmentation de l'acide urique. Mais nous avons montré aussi que ce n'était là qu'un résultat passager et d'ailleurs facile à éviter, en modérant les premières séances d'exercice et en ayant soin de ne pas aller jusqu'à la fatigue. Pour arriver à modifier la nutrition des goutteux par l'exercice sans les exposer à une crise de goutte, il suffira de « doser » l'exercice avec assez de méthode pour arriver très progressivement à l'état d'entraînement sans passer par la courbature de fatigue. Au reste, une fois l'état d'entraînement obtenu, les exercices des goutteux pourront être poussés sans inconvénient à un extrême degré d'énergie, car l'homme entraîné jouit d'une immunité presque illimitée pour la fatigue et peut faire des doses considérables de travail musculaire, sans augmenter sensiblement l'acidité des urines et la dose d'acide urique éliminé (1).
L'exercice, si nécessaire à l'hygiène des goutteux, est absolument contre-indiquéau moment des accès de goutte. Il faut même s'abstenir de tout mouvement capable de froisser les articulations menacées, dès que la crise s'annonce par quelques avant-coureurs; la moindre sensibilité aux jointures est un avertissement qui doit engager le goutteux à s'arrêter, à
(1) Voir nos expériences sur la Courbature de fatigue dans la Physiologie des exercices du corps.