LA GOUTTE ET LA GRAVELLE
écarter toute cause de traumatisme. Non seulement l'exercice actif, mais l'exercice passif et le massage sont formellement contre-indiqués. On sait que la marche même modérée, les voyages en chemin de fer et même la pression d'une chaussure trop serrée, peuvent faire éclater une crise qui eût peut-être avorté si l'on eût tenu compte des avertissements donnés. Les Suédois, qui ne sont pas suspects d'abstention systématique, en matière de massage et de mouvements, considèrent la crise de goutte même subaiguë comme indication formelle de repos et d'immobilité. D'après le docteur Murray, professeur de gymnastique médicale à l'Institut central de Stockholm, il faut s'abstenir de massage et de mouvement même quand la crise est terminée et qu'il ne reste plus que l'engorgement chronique des jointures avec dépôts d'urate de chaux. S'il s'agit du Rhumatisme, la règle de conduite des praticiens suédois est toute différente, ils appliquent hardiment le massage et les mouvements dans tous les engorgements articulaires chroniques, et même dans les arthrites subaiguës.
Ce n'est pas seulement au moment des prodromes d'un accès que l'exercice peut hâter l'arrivée de la crise et en aggraver les manifestations. Chez le goutteux qui ne semble pas en imminence de crise, un exercice très violent, pratiqué sans ménagement et sans entraînement préalable, en provoquera l'explosion aussi sûrement que pourrait le faire un excès de table ou un refroidissement. Nous avons déjà dit que l'accident ne se produirait pas si l'exercice était appliqué suivant des règles méthodiques, qui sont celles de l'entraînement progressif.
Il ne faut pas, du reste, s'exagérer le danger de l'exercice, même appliqué intempestivement chez le goutteux. On sait que la crise de goutte n'est pour ainsi dire qu'une échéance, un règlement de compte, que le goutteux doit solder au moment où l'accumulation progressive de l'acide urique a produit la saturation du liquide sanguin. Quand l'état de satu-
ration est arrivé, mille causes extérieures peuvent provoquer cette sorte de « décharge », par laquelle l'organisme se débarrasse du surcroît d'acide urique pour le jeter sur les jointures.
L'exercice, même quand il détermine un accès, n'est donc pas la cause, mais seulement l'occasion de la crise. Une crise provoquée par l'exercice n'a d'autres conséquences que d'avancer la date d'une échéance nécessaire et n'aggrave nullement l'état ultérieur du goutteux.
Traitement « mécanique » de la Gravelle.
Dans la Gravelle, 1 oxercice est aussi utile que dans la Goutte, puisque la diathèse est la même dans les deux cas, mais peut aussi provoquer la crise. C'est, alors, par eftét mécanique, le plus souvent, que se produira, au cours d'un exercice violent, l'accès de colique néphrétique. Une secousse, un effort intense, peut faire détacher un calcul du rein et l'engager dans l'uretère. On voit parfois une première crise de colique néphrétique se produire après une séance d'équitation sur un cheval aux réactions dures. Un de nos malades a été pris d'un premier accès, qui fut d'une extrême violence, au milieu des efforts musculaires d'un exercice d'aviron. Chez beaucoup d'autres sujets en apparence très bien portants, on voit pareillement ces manifestations brutales de la Gravelle révéler pour la première fois l'existence de Taffection qu'on ne soupçonnait pas, et les malades sont tentés d'attribuer la cause première de leur maladie à l'exercice violent qui n'a fait que la mettre en évidence.
On sait, en effet, que la Gravelle ne consiste pas dans la crise néphrétique, c'est-à-dire dans l'expulsion brusque d'un calcul, mais dans la formation lente du calcul lui-même; et il