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CHAPITRE IX

Utilité de l'exercice et dangers du surmenage chez les diabétiques. Règles de l'entraînement dans le Diabète. Application de la Mécanothérapie aux diabétiques.

Utilité de l'exercice et danger du surmenage chez les diabétiques.

Il en est des diabétiques, au point de vue de la médication par l'exercice, comme des neurasthéniques. Des deux cotés les bénéfices de l'entraînement sont considérables, mais les dangers de la fatigue sont très grands. C'est pourquoi deux courants d'opinion de sens inverse semblent diviser les médecins, suivant qu'ils ont été plus frappés par l'urgence des bénéfices thérapeutiques à obtenir ou par les graves conséquences du danger à éviter.

Aucun praticien, même parmi les partisans de l'exercice à outrance, ne voudrait nier les dangers du surm6/?rrY/e qui sont, sans contredit, beaucoup plus redoutables dans le diabète que partout ailleurs. Là, en effet, les conséquences de l'excès d'exercice ne se bornent pas à l'effet banal du trouble des fonctions vitales et à l'épuisement du système nerveux. Le surmenage peut aboutir à un résultat aussi formidable que précis, à une complication presque toujours mortelle, qui

LAGRANGE. — MouV. môUl. . I^

s'appelle le coma diabétique. Nous allons y revenir tout à l'heure.

D'autre pari, les praticiens trop timorés dans la direction de l'hygiène du diabète n'évitent le danger de surmenage qu'au prix d'un autre inconvénient non moins évident, quoique moins effrayant et moins prompt à entraîner des conséquences funestes, c'est le ralentissement des oxydations organiques et l'aggravation des troubles multiples qui résultent de la nutrition ralentie. Or ces troubles ne se résument pas tout entiers dans l'accumulation du sucre incomplètement brûlé par les muscles et par l'aggravation de la glycosurie. Il est d'autres résultats du ralentissement des oxydations dont la portée est plus grave encore, et qu'on rencontre souvent chez les diabétiques. Tels sont surtout les troubles de la nutrition des parois artérielles et du cœur. Or l'immobilité favorise l'accumulation des poisons organiques auxquels sont dues, suivant l'avis unanime des auteurs, ces redoutables complications du Diabète qui s'appellent V artériosclérose et la mijocardite. On sait que ces poisons si nuisibles au cœur, aux vaisseaux, au rein, se forment, au scin des tissus vivants, par défaut d'oxydation des déchets que la cellule rejette, et l'on sait aussi que l'exercice musculaire est un puissant facteur d'oxydation organique qui hâte la combustion de ces poisons et leur issue sous forme de produits faciles à éliminer. On sait, par exemple, que les acides organiques dont le diabétique est saturé sont des produits de l'oxydation incomplète des susbstances ternaires et que ces produits, quand on les combine avec un supplément d'oxygène, se transforment en acide carbonique et en eau, produits inoffensifs et d'élimination facile.

Ce mécanisme de l'amélioration de la nutrition chez le diabétique sous rinfluence; d'une oxygénation plus acthe des produits de désassimilàtion est si bien admis par tous les auteurs, que tous s accordent à préconiser les inhalations d'oxygène dans les périodes graves de l'intoxication diabétique.

Mais on est plus sûr d'obtenir les effets curatifs de Foxygène quand on se borne à augmenter la consommation naturelle de ce gaz, en augmentant le travail des muscles, puisqu'on sait que, grâce à la suractivité de la respiration pendant l'exercice musculaire, l'apport au sang de l'oxygène atmosphérique peut s'accroître dans les proportions de 1 à 7, si l'on compare l'oxygène inhalé à l'état d'immobilité et à l'état de mouvement très actif.

Telle est donc l'importance hygiénique de l'exercice musculaire comme modificateur des actes chimiques de la nutrition, et telle est l'urgence de son emploi chez les diabétiques. Mais, si l'on pousse jusqu'au bout l'étude des réactions chimiques produites au sein des tissus par le travail des muscles, on verra de nouvelles difficultés surgir et la question va se poser sous forme d'un dilemme embarrassant. En effet, si les effets de l'exercice se traduisent par une diminution des poisons organiques, grâce à Toxydation plus complète des produits de désassimilation, il se trouve que l'état de fatigue, aboutissant si fréquent de l'exercice, a pour caractéristique l'augmentation momentanée de ces poisons. Ce résultat s'explique par la formation plus abondante des produits de désassimilation qui se détachent du muscle et par l'insuffisance de l'oxygène apporté par le poumon, même quand la dose en est très notablement augmentée. Si le travail acquiert une certaine limite d'intensité, la matière désassimilée qu'il faudrait oxyder est trop considérable pour l'oxygène que le poumon peut apporter au sang, même en activant au maximum son fonctionnement. Et de là cette conséquence toute rationnelle, quoiqu'elle semble au premier abord paradoxale, que l'excès de fatigue place r organisme, au point de vue des échanges nutritifs, dans les mêmes conditions que le défaut d'exercice.

Il faudra donc éviter la fatigue tout en faisant de rexercice. Mais c'est là une difficulté beaucoup plus grande en pratique qu'on ne se l'imagine. En effet, les manifestations de l'état de

fatigue et les conditions qui lui donnent naissance sont subordonnées à deux ordres de facteurs, les uns qui résultent de la quantité de travail effectué par les muscles, et dont les autres sont inhérentes à l'organisme et aux dispositions individuelles du sujet. A travail égal, les uns sont surmenés, les autres n'ont aucune impression de fatigue. Or ces différences individuelles, qu'on peut observer, dans une certaine mesure, chez des hommes sains, s'exagèrent dans des proportions excessives chez les diabétiques. Le diabétique, en général, se fatigue promptement, même quand il semble avoir conservé toute sa force musculaire évaluée au dynamomètre. Et les différences sont très grandes encore d'un diabétique à l'autre, et même chez le même diabétique, comparé à lui-même à divers moments de la maladie.

Des recherches que j'ai faites et pour lesquelles M. Gautrelet m'a prêté le précieux concours de ses analyses chimiques et aussi la contribution de ses observations personnelles, il résulte que la dépression musculaire des diabétiques, avec toutes les variations qu'elle présente, est intimement liée à la prédominance des principes acides dans le sang et les humeurs du diabétique. La fatigue se caractérise, au point de vue de la chimie biologique, par la formation et l'accumulation de principes acides dans les fibres du muscle qui a travaillé. D'autre part, de curieuses expériences de laboratoire ont montré le pouvoir qu'ont les déchets acides puisés dans un muscle fatigué et injectés dans le sang d'un animal vivant, de communiquer la fatigue etl'inaptitude au travail à des muscles frais. Il est donc permis d'affirmer que, chez le diabétique, le muscle imprégné de principes acides, même à l'état de repos, se trouve dans les conditions voulues pour ressentir rapidement la fatigue; puisque le travail va augmenter encore la dose déjà considérable des principes acides auxquels la fatigue est due. Le diabétique ne pourra et ne devra donc pas faire d'exercice violent tant que son sang et ses muscles seront

LE TllAlTEMENT (( MÉGANIQUE » DU DIAHÈTî: -213

imprégnés d'une surabondance de principes acides. Et, comme d'autre part, l'action thérapeutique de l'exercice sur la glycosurie est subordonnée à la dose de travail effectué par les muscles, — car, suivant les dernières recherches de M. Ghauveau (1), c'est surtout avec les principes sucrés contenus dans le sang et tenus en réserve par le foie que le travail musculaire s'alimente, — si le muscle travaille trop peu, il brûlera trop peu de sucre, et son rôle thérapeutique sera insuffisant.

Comment donc arriver à faire un exercice suffisant pour brûler le sucre et assez faible pour ne pas augmenter l'acidité organique? Tel est le problème. Et l'on va voir combien les ressources de la Mécanothérapie vont en faciliter la solution.

Le nœud de la question se trouve dans la différence capitale qui existe entre l'état de fatigue , effet d'un exercice exagéré, et l'état (ï entraînement, effet d'une longue série d'exercices bien dosés et progressivement augmentés. Si la formule chimique de l'état de fatigue est l'exagération de l'acidité organique, celle de l'état d'entraînement est la diminution de cette acidité.

J'ai pour la première fois, il y a dix ans déjà, en poursuivant une série d'expériences sur moi-même, démontré que la persistance de la limpidité des urines après les exercices les plus violents était le critérium de l'entraînement; alors que les urines se troublent par le travail musculaire chez l'homme qui se fatigue sans entraînement préalable. Ces expériences ont été reprises avec le concours qu'a bien voulu me prêter M. Gautrelet en faisant l'analyse chimique des urines, et elles ont abouti à une formule plus précise des modifications de l'urine sous l'influence de la fatigue et de l'entraînement. J'ai rapporté longuement dans un autre travail le détail de ces expériences, dont la conclusion peut se résumer ainsi : l'* Dans les débuts de fentraînement, l'exercice violent

(1) Voir Chalveau, le Travail musculaire et Vénergie qu'il représente.

augmente considérablement l'élimination par l'urine des principes acides (surtout de l'acide lactique) et aussi l'élimi-

FiG. 25. — Graphique urologique montrant les variations de l'acidité urinaire : i° tracé à trait léger: sujet hyperacide arthritique; 2» tracé ponctué : même sujet en état de fatigtie excessive ; 3" tracé à gros trait : même sujet en état entraînement.

nation des principes azotés d'oxydation incomplète, comme l'acide urique et la créatinine.

Dans la période d'entraînement confirmé, les exercices lesiplus [violents n'augmentent pas sensiblement la dose des acides et des produits azotés d'oxydation incomplète.

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3" Enfin, chez l'homme bien entraîné, il se produit, concurremment avec une plus grande aptitude à résister à la fatigue, une diminution considérable des principes acides et des produits azotés d'oxydation incomplète, dans l'urine étudiée à l'état de repos et comparée à l'urine qu'émettait le sujet avant d'être entraîné (1).

Ces conclusions découlent d'une série d'analyses d'urine dont le graphique ci-contre représente trois types très caractéristiques. Il suffit de jeter les yeux sur ces figures pour se rendre compte du chimisme urinaire : 1° chez l'homme non entraîné à l'état de repos ; 2" chez le même à l'état de fatigue ; 3*" chez le même sujet entraîné et étudié à l'état de repos.

Les résultats que nous avons obtenus, grâce aux analyses faites par M. Gautrelet, donnent, en outre, l'explication du phénomène chimique déjà signalé par nous dans nos premières recherches sur la fatigue. Les urines se troublent chez l'homme non entraîné et fatigué par l'exercice, parce qu'elles sont extrêmement acides et que les liquides acides sont impropres à dissoudre les urates. Ces sels se précipitent donc et troublent l'urine chez l'homme non entraîné qui a fait un exercice violent; tandis qu'ils restent en solution sans altérer la limpidité du liquide chez l'homme entraîné dont l'acidité urinaire n'est pas augmentée par le travail des muscles.

Poursuivons l'étude de ces faits et nous allons pouvoir en déduire de très importantes applications thérapeutiques. Si l'urine élimine un surcroît d'acide chez l'homme fatigué sans entraînement préalable, c'est que son sang en contient une quantité anormale, car le rein ne fabrique pas les acides et se borne à les laisser passer, comme il laisse passer le sucre, quand le sang en est saturé. A l'hyperacidité de l'urine correspond donc toujours une hyperacidité corrélative du sang. En cas de fatigue et de surmenage, l'urine hyperacide n'est donc que le fidèle témoin d'une accumulation de principes acides

(1) Voir le graphique, fig. 25.

dans le sang. Or, d'après les plus récentes recherches et d'après les interprétations pathogéniques les plus autorisées, le co)na diabétique et tous les accidents d'une si formidable gravité qu'il entraîne avec lui, sont dus à un empoisonnement par des composés acides accumulés à haute dose dans le sang.

On voit donc combien les expériences que nous citions tout à l'heure expliquent clairement le rôle du surmenage dans la genèse du coma chez les diabétiques. Mais on va voir aussi combien la mise en lumière des conditions qui favorisent l'hyperacidité des humeurs peut être un guide sûr dans l'application thérapeutique de l'exercice au cours du diabète.

Il faut préciser d'abord un point important qui est trop méconnu dans l'histoire du diabète. C'est le danger de l'accumulation des acides dans le sang, danger plus grand encore que l'accumulation du sucre. Et d'abord il est difficile de faire disparaître le sucre sans diminuer auparavant les acides organiques, car le sucre s'oxyde mal et par conséquent se détruit lentement dans un milieu acide. C'est, du reste, pour cette raison, que la médication alcaline, ainsi que la cure de A^ichy, a tant de succès dans le traitement du diabète. En outre, l'accumulation des acides dans le muscle rend l'exercice impossible en favorisant l'apparition rapide de la fatigue. Enfin, nous venons de dire que l'hyperacidité poussée à la limite extrême met le diabétique en imminence de coma.

Mais nous savons, d'autre part, que l'effet de l'entraînement est de modifier la nutrition, dans un sens tel que les composés acides tendent beaucoup moins à se former dans le muscle à la suite de l'exercice.

Règles de l'entraînement chez les diabétiques.

C'est donc l'état d'entraînement qu'il faut chercher à produire chez le diabétique hyperacide, et par conséquent il faut

le soumettre à l'exercice suivant la méthode la plus propre à produire cette modification si importante de la nutrition. Or Tentraînement ne peut se produire qu'à l'aide d'un exercice quotidien, régulier et progressif, et non au moyen d'exercices intermittents, très espacés et exécutés de loin en loin suivant les caprices ou les loisirs du malade. 11 faut se garder surtout de vouloir compenser la rareté de l'exercice en le rendant plus violent, comme font ceux qui prétendent faire en un jour une dose de travail musculaire suffisante pour remédier à l'inaction de toute une semaine. Ce serait le plus sûr moyen d'aboutir au surmenage et peut-être au coma, sans arriver jamais à cette accoutumance qui crée l'immunité contre la fatigue.

Voilà un premier point établi quant à la succession des séances d'exercices et quant au degré d'efforts comportés par chacune d'elles. Le diabétique, pour s'entraîner, devra faire de l'exercice chaque jour et devra augmenter la dose quotidienne au fur et à mesure que diminuera sa vulnérabilité à la fatigue. En procédant ainsi, il n'arrivera jamais à provoquer une accumulation de produits acides dans l'organisme, car la tendance du muscle à produire un excès d'acide diminue à mesure qu'il s'accoutume à faire du travail. La raison de cette moindre acidification pour une même quantité de travail tient, selon toute probabilité, à une oxydation plus complète des éléments que le muscle brûle en travaillant : la combustion musculaire devient plus parfaite et fait moins de déchets. Et la cause de ce perfectionnement des combustions tient elle-même — il est rationnel de l'admettre — à l'activité plus grande que prend la respiration de l'homme qui s'entraîne, et à la plus grande quantité d'oxygène qui est mise à la disposition du muscle pendant le travail. Ainsi, à mesure que le muscle s'exerce et s'entraîne, il devient un appareil d'oxydation plus parfait, un fourneau à combustion plus complète, qui, non seulement brûle plus de matériaux combustibles (et ici ces matériaux sont les principes sucrés), mais qui, en

outre, les brûle plus complètement, en les réduisant au dernier terme d'oxydation. C'est ainsi que l'acide lactique, déchet qui pourrait jouer le rôle d'un toxique, se transforme par un supplément d'oxydation en deux produits inoffensifs et d'élimination facile, l'acide carhonique et l'eau.

Mais il faut, outre la succession régulière des séances d'exercice et la progression croissante du travail, régler en outre l'ordonnance des mouvements exécutés dans chaque séance. Et il est une règle dont on ne doit pas se départir dans l'application de l'exercice aux diabétiques très affaiblis, c'est de faire participer au travail le plus grand nombre de muscles possible, non pas simultanément, mais successivement.

11 ne faut pas mettre en œuvre un grand nombre démuselés simultanément, parce que ce serait faire produire une très forte dose de travail à la fois. Or il est d'expérience que la même dose de travail, qui ne provoque pas de réuctions violentes quand on la fractionne en plusieurs séries de mouvements partiels suffisamment espacés, peut exciter violemment les fonctions organiques et le système nerveux si on la « condense», pour ainsi dire, en faisant agir à la fois plusieurs masses musculaires importantes. Ne demandât-on à cet ensemble de muscles actionnés simultanément qu'un exercice très court, dont la somme, en fin de compte, pourrait n'être pas très considérable, on risquerait de produire beaucoup plus de perturbations dans Forganisme, en produisant cette dose tout d'un coup par l'intervention simultanée de plusieurs membres ou segments du tronc dans un seul mouvement, qu'en la fractionnant à l'aide de mouvements partiels et successifs. C'est pourquoi, si le sujet est très vulnérable à la fatigue, il faudra éviter les mouvements composés, tels que les comportent certains exercices de sport comme l'aviron, l'escrime, la boxe, ou les exercices de gymnastique athlétique, comme les a rétablissements», les « culbutes » autrapèze, etc.

La Gymnastique suédoise, qui décompose les mouvements, et surtout la Mécanothérapie, qui règle d'avance l'effort local tout en isolant les groupes musculaires actionnés, permettront seules d'appliquer en toute sécurité l'exercice aux diabétiques, quand leur entraînement devra être dirigé avec des précautions particulières.

Mais il ne suffira pas, chez les diabétiques très vulnérables à la fatigue, de fractionner la dose de travail jugée utile et de le faire exécuter par des groupes musculaires peu importants ; il faudra, en outre, répartir les doses successives de travail sur des groupes de muscles différents, afin d'éviter de fatiguer les mêmes groupes de muscles. En effet, un muscle fatigué est un muscle encombré de produits de désassimilation acides et le nettoyage de ce muscle parle courant sanguin ne peut se faire d'une manière utile pendant qu'il fonctionne. Pendant la période de repos, le sang vient « laver » les fibres encombrées de déchets et porte aux organes éliminateurs, qui les rejettent, ces produits toxiques qui ne peuvent ainsi s'accumuler dans l'organisme. L'exercice partiel et successif d'un certain nombre de muscles différents permet ainsi à chaque groupe musculaire actionné de « se nettoyer » au fur et à mesure de leur mise en activité ; tandis que, si le même groupe était exclusivement mis en œuvre, les déchets resteraient en place et l'on se trouverait, à la fin de la séance d'exercice, avoir accumulé une dose considérable de composés nuisibles dont l'organisme subirait l'impression. On remarque, du reste, en pratique, que la même dose de travail, exécutée dans le même temps, ne laisse pas le même malaise général quand un grand nombre de groupes musculaires y ont participé, que si une seule région du corps en a fait tous les frais.

Ces considérations, qui seraient, évidemment, trop minutieuses, à propos d'un sujet sain et robuste, ont une portée pratique dans l'entraînement de sujets aussi vulnérables à la fatigue que les diabétiques. Elles devront donc faire la règle de

-2-20 l.ES INDICATIONS DU TRAITEMENT

leur entraînement et chaque séance d'exercice devra comprendre une série de mouvements des divers segments des bras, des jambes et du tronc. C'est pourquoi la Mécanothérapie, avec son luxe de moyens d'exercice pour toutes les parties du corps, méritera la |)réréreiice dans le trailomenl de ces maladies.

Application de la Mécanothérapie aux diabétiques.

Les considérations qui précèdent ont mis, je crois, en évidence plusieurs indications essentielles du traitement du Diabète qui sont: 1° l'urgence de l'exercice musculaire pour les diabétiques; ^° le danger tout spécial du surmenage pour ces malades et la nécessité de ne pas abandonner la pratique de l'exercice à leur initiative propre; .i" enfin la nécessité de choisir des exercices qui permettent de fractminer le travail, de le doser et de le répartir successivement sur plusieurs groupes musculaires distincts.

Il est évident que la Mécanothérapie est, de toutes les formes de Texercice physique, celle qui s'adapte le mieux à ces indications. Toutefois, ce seraitexagérer singulièrement lesdangers de l'exercice chez le diabétique que d'exclure de son hygiène toute autre manière de donner du travail aux muscles. Il est, heureusement, beaucoup de diabétiques assez vigoureux, assez résistants, assez peu malades, en un mot, pour utiliser sans danger diverses formes de gymnastique, de sport ou d'exercices naturels. Pour ceux-là, le médecin peut se borner à recommander la prudence, en insistant sur la nécessité de n'augmenter la dose quotidienne d'efforts qu'au fur et à mesure de l'augmentation des forces ; de façon à se guider, pour le dosage des efforts et pour la durée du travail, sur la sensation de fatigue.

11 est des sujets pour lesquels cette sensation ne doit pas être prise pour limite, parce qu'elle peut et doit être dépassée, les obèses par exemple ; il en est d'autres pour lesquels elle serait un critérium insuffisant, parce que le travail peut causer des désordres dans un appareil organique important, avant que la fatigue ait atteint le muscle : tels sont les cardiaques. Pour les sujets diabétiques, l'avertissement donné par le muscle même qu'on exerce est suffisant en théorie; je dirai même qu'il Test, en pratique, pour les sujets vigoureux. Mais il ne l'est plus pour ceux dont les forces ont notablement baissé.

Chez le diabétique atteint de cette forme très commune de Neurasthénie qu'on appelle amyosthénie ou adynamie musculaire, il est difficile de trouver dans les exercices usuels, et même dans les actes ordinaires de la vie, des mouvements qui ne provoquent pas une fatigue exagérée.

Il est, par exemple, des diabétiques qui se sentent <( les jambes coupées » dès qu'ils marchent à une allure suffisamment vive ou pendant un temps suffisamment long pour représenter la quantité de travail nécessaire à la destruction de leur sucre. C'est que tout le travail d'un homme qui se borne à des exercices de marche est supporté, du commencement à la fin, par le même ensemble de muscles ; alors qu'il faudrait, ainsi que nous l'expliquions plus haut, « relayer » ces muscles au bout d'un temps très court, en faisant intervenir d'autres muscles reposés. Le marcheur ne peut reposer ses jambes qu'en s'arrêtant et en s'immobilisant. Il est exposé à faire un exercice insuffisant, s'il s'arrête à la première sensation de fatigue, ou à se surmener, s'il ne veut pas tenir compte de sa sensation.

Chez tout diabétique très vulnérable à la fatigue, il n'est donc qu'un seul moyen de faire produire un travail musculaire suffisant sans danger de surmenage, c'est de relayer fréquemment les muscles fatigués en les remplaçant par des muscles reposés, qui, eux-mêmes, seront peu de temps après

relayés par d'autres. Et, quand on aura utilisé ainsi, successivement, tous les groupes musculaires du corps, on se trouvera avoir provoqué une somme de travail considérable sans avoir fatigué aucun des groupes musculaires qui se sont succédé pour y prendre part.

Or il ne faut pas perdre de vue ce point essentiel du traitement que la quantité de sucre brûlé par les muscles est en proportion du travail eiïectué et nullement de la fatigue ressentie. On a pu évaluer en « calories » l'équivalent mécanique des rations alimentaires données aux animaux qui travaillent; à une certaine somme de travail effectué par les muscles correspond une certaine quantité de chaleur, qui elle-même est le résultat des transformations subies dans l'organisme, par les matières alimentaires soumises aux diverses opérations chimiques de la nutrition. Chez le diabétique, le sucre qui surabonde dans le sang joue, au point de vue du travail des muscles, le même rôle que les aliments venus du dehors; en ce sens que les principes sucrés, en s'oxydant, dégagent de la chaleur qui peut se transformer en travail; absolument comme le ferait de la matière sucrée introduite du dehors et dont M.Ghauveau, récemment encore (i), faisait ressortir la richesse en calories et Timportance comme « aliment de travail » . Il faut, pour qu'une certaine quantité de sucre diabétique soit détruite parles muscles, que ces muscles exécutent un travail équivalent au nombre de calories représenté par la combustion de ce sucre; ce qui revient à dire que, plus sera considérable le nombre de kilogrammètres effectué par Tensemb le des muscles mis en action, plus grande sera la somme de sucre diabétique détruit au cours d'un exercice. Or il est facile, si Ton utilise tous les muscles du corps Tun après l'autre, de faire produire à l'ensemble de ces muscles une très forte somme de travail, tout en n'en demandant qu'une faible fraction à chacun d'eux.

(1) Chauveau. Comptes rendus de ia Société de biologie du 10 mars 1898.

II ne faut, naturellement, pas prendre l'énoncé de cette loi dans le sens strict et rigoureux où l'on interprète les lois de la physique et de la chimie quand on les vérifie à l'aide d'expériences dont on a pu régler d'avance toutes les conditions. Il va de soi que, les phénomènes physiologiques étant beaucoup plus complexes, il y a une foule de conditions accidentelles, souvent inaperçues, qui peuvent influencer les résultats d'un mode quelconque de traitement et en particulier contrebalancer les effets physiologiques normaux du travail musculaire, chez les diabétiques ; de même qu'il y a maintes circonstances où l'avoine que mange le cheval ne suffira pas pour qu'il effectue le travail équivalent au nombre de calories représentées par la ration consommée. Mais, ces restrictions faites, il demeure démontré que plus le diabétique fait de travail musculaire, plus il détruit de sucre.

Faire le maximum de travail musculaire avec le minimum de fatigue, telle est la formule qui résume l'indication du traitement gymnastique dans le Diabète.

Il faudra donc faire intervenir le plus grand nombre possible de muscles dans l'exercice, afm de pouvoir restreindre au minimum l'effort de chacun d'eux, sans abaisser à l'extrême la somme de travail qu'ils effectueront. Il faudra aussi mettre enjeu de préférence les muscles les plus forts, ceux qui peuvent faire une dose de travail assez considérable sans se fatiguer. Il faudra, enfin, couper l'exercice de temps de repos suffisants pour favoriser l'élimination des déchets musculaires auxquelles est due la sensation de fatigue.

Il faudra, de plus, couper les séries de mouvements actifs par des mouvements passifs propres à favoriser le nettoyage des muscles ; par exemple, par des massages à tapotement ou à trépidation, et faire intervenir de temps en temps les mouvements de respiration active et passive, pour activer l'apport de l'oxygène au sang et hâter l'oxydation et l'élimination des produits de la désassimilation musculaire.

LES INDIGATIOiNS DU TRAITEMENT

Voici quel sera, sur ces données, le schéma d'une prescription d'exercices musculaires chez un diahétique :

1" série. — Mouvements des membres supérieurs. — Flexion de Tavant-bras (résistance, environ o kil.). — Extension de l'avant-bras (résistance, 8 kil.). — Flexion du bras (résistance, 5 kil.). — Extension du bras (résistance, 5 kil.). — Massage par friction des deux membres supérieurs.

2' série. — Mouvements des membres inférieurs. — Flexion des jambes (résistance, 5 kil.). — Extension des jambes (résistance, 5 kil.). — Flexion des cuisses (résistance, 7 kil.). — Extension des cuisses (résistance, 7 kil.). — Massage par friction des membres inférieurs.

3" série. — Mouvements des bras et des jambes. — Abduction des bras avec inspiration rythmée (résistance, 3 kil.). — Adduction des bras avec expiration rythmée (résistance, 3 kil.). — Abduction des cuisses (résistance, 3 kil.). — Adduction des cuisses (résistance, 5 kil.). — Vibration des membres inférieurs.

4' série. — Mouvements du tronc. — Flexion du tronc en avant (résistance, 7 kil.). — Extension du tronc en arrière (résistance, iO kil.). — Flexion latérale du tronc à droite (résistance, 5 kil.). — Flexion latérale du tronc à gauche (résistance, 5 kil.). — Respiration passive.

Cette liste représente un ensemble de seize mouvements actifs, dont douze sont exécutés en double (membre droit et membre gauche); au total, vingt-huit groupes musculaires dilîérents se trouvent avoir été actionnés successivement. Chacun a fait un faible travail et ce travail n'a jamais été répété.

Si Ton additionne chacun des nombres représentant le poids de résistance et si on les multiplie par le chemin qu'ont parcouru les leviers et les poids de bas en haut, on obtiendra le nombre de kilogrammètres qui aura été efl'ectué ainsi, sans la moindre fatigue, par le malade, et Ton verra, en comparant

LE TRAITEMENT « MÉCANIOUE » DU OÏARÈTE 225

ce nombre à celui que donnerait un exercice beaucoup plus athlétique, mais infiniment plus fatigant, combien il est facile, en fractionnant et en répétant l'efiort, d'atteindre, sans fatigue, un total très suffisant de kilogrammètres.

En elYet, en faisant le calcul bien simple que nous indiquons, on pourra s'assurer que, s'il s'agissait, par exemple, d'un exercice d'haltères, il faudrait, pour obtenir le même nombre de kilogrammètres, élever au-dessus de la tête un haltère de 20 kilogrammes vingt fois de chaque bras, — ce qui serait bien au-dessus de la force moyenne de Thomme, — ou bien quarante fois de chaque bras un haltère de 10 kilogrammes, ce que beaucoup de diabétiques ne pourraient faire sans danger de surmenage.

L\GRANGE. — Mtiiv. nicl!i.

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