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CHAPITRE XI

Les varices et leur traitement « gymnastique. — Traitement des hémorroïdes. — Troubles locaux de la circulation capillaire. — Les congestions viscérales. — Troubles de la circulation utérine. — Troubles de la circulation pulmonaire.

L'appareil circulatoire pourrait être comparé à un système de canaux communicants où le liquide serait mis en mouvement par un moteur central, tel que le piston d'une pompe foulante.

II y a pourtant une différence capitale entre un tel système et le système que forment les canaux sanguins et le cœur : c'est que les vaisseaux de l'appareil circulatoire sanguin ne représentent pas des vases inertes comme les tuyaux de conduite d'un appareil hydraulique.

Si les parois artérielles et veineuses n'étaient douées d'aucune énergie propre, le liquide sanguin, en vertu des lois des vases communicants, aurait sur tous les points une force de tension homogène dont les variations seraient uniquement réglées par les variations de la poussée motrice centrale. De cette façon il ne pourrait y avoir une modification de circulation sur un point de l'appareil, sans que des modifications correspondantes se fissent sentir simultanément sur tous les points du système, selon les lois connues de l'hydraulique.

Mais les canaux artériels et veineux sont doués d'une

LAGRANGE. — MouY. méth. 17

258 LES INDICATIONS 1)1 THAITEMENT

riiergic propre; et sur chaque point du réseau circulatoire peuvent intervenir des forces locales, suffisantes pour modifier te cours du sang indépendamment de toute variation de la force motrice centrale. — Ce qui revient à dire que la circulation du sang peut être troublée sur un point donné du corps, sans que le cœur lui-même ait cessé de fonctionner régulièrement.

Les troubles locaux de la circulation ont d'ordinaire un retentissement plus ou moins appréciable sur la circulation générale. Toutefois l'indépendance des circulations locales est telle qu'un organe peut être le siège d'une congestion intense ou d'une anémie presque absolue, sans que le jeu du cœur en soit, tout d'abord, sensiblement troublé. Et cela grâce à la miilliplicité des anastomoses vasculaires, qui assurent le rélalilissement de la circulation par voie collatérale, ainsi qu'on le voit dans les oblitérations artérielles ou veineuses, par thrombose ou embolie.

Mais nous ne voulons pas parler ici de ces troubles de circulation locabi de cause mécanique où la lésion n'est pas accessible aux moyens de la Mécanothérapie. Il s'agira seulement des modifications de la circulation locale, dues à des troubles de la fonction motrice périphérique, en dehors de toute perturbation des fonctions du moteur central, c'est-àdire du cœur.

Ainsi que la physiologie nous l'enseigne, la force qui fait circuler le sang dans les canaux artériels et veineux est une résultante dont les deux composantes sont : 4° la poussée du cœur, qui donne l'impulsion initiale, et la poussée des parois artérielles et veineuses qui continue et complète le travail du cœur.

Le travail des artères et des veines dans l'acte de la circulation est effectué par deux forces distinctes : l'une purement mécanique, qui est V élasticité des parois vasculaires;

LES TaOUHLIvS DE LA CIIICULATION LOCALE 259

l'autre physioloiiiqiie, qui est la contractilltéy énergie vasomotrice propre, Iburnie par des centres nerveux spéciaux.

La première de ces deux forces tient à la structure des parois vasculaires. On pourrait imaginer des tuyaux de conduite privés de vie et doués pourtant, grâce à leur structure, d'une force élastique comparable et même identique à celle des tissus artériels et veineux. M. Mare y a construit un appareil en tissu caoutchouté qui imite la forme du cœur et des vaisseaux sanguins, et il a pu reproduire, avec ce schéma de la circulation, tous les phénomènes mécaniques de la circulation sanguine normale, c'est-à-dire de celle qui n'est modifiée par aucune intervention des forces physiologiques propres aux parois vasculaires.

L'autre force motrice propre des parois vasculaires sanguines, la con tract ilité, ne peut être imitée par aucun appareil mécanique, car c'est une force vitale. Elle est mise en jeu par divers agents qui sont tantôt normaux et physiologiques, tantôt anormaux et pathologiques. Elle peut se manifester même sous l'influence de causes psychiques aussi bien que sous celle des facteurs d'ordre physique. C'est ainsi qu'on voit la cii culation cutanée se modifier sous l'influence des émotions aussi ]jien que des variations de température. Et la preuve qu'en pareil cas les modifications de circulation ne viennent pas directement d'une impulsion centrale du cœur, c'est la localisation des troubles circulatoires à une région déterminée de la peau. Une émotion peut faire rougir le visage en provoquant la dilatation des petits vaisseaux de la face, sans modifier la circulation de la peau, de la poitrine et du dos. De même la chaleur ou le froid peuvent faire sentir leur effet par des modifications locales de circulation aux mains, aux oreilles, etc.

Le mécanisme de ces modifications locales de la circulation réside dans la faculté qu'ont les artères et les veines de se resserrer ou de se dilater, dans certaines conditions qu'on

commence à bien connaître. Ce qu'il importe d'établir, c'est que ces pliénomènes de vaso-constriction et de vaso-dilatation peuvent modifier profondément le cours du sang sur des points déterminés de la surface du corps ou des organes internes, sans qu'il se produise une modification appréciable dans l'ensemble de la circulation générale.

L'appareil vaso-moteur est l'ensemble des organes (fibres contractiles, filels nerveux et cellules centrales) qui provoquent ces alternatives de vaso-constriction et de vaso-dilatation, capables de modifier si profondément le cours du sang sur les points du réseau où leur action se fait sentir. Cet appareil n'est pas centralisé en un point unique, mais les éléments constitutifs en sont disséminés sur tous les points de l'appareil circulatoire du corps. Il y a un gr^and nombre de centres vaso-moteurs dont chacun est doué d'une autonomie propre et gouverne un département vasculaire limité, comme les vaisseaux du foie, de l'intestin, de la rate, du poumon et des diverses régions de la peau (I).

Ainsi se trouve établie, à côté de l'action générale du cœur, dont toutes les régions du corps sont solidaires, l'action locale des organes de la circulation périphérique. Et l'on comprend dès lors, grâce à cette indépendance des forces multiples qui président à la circulation, qu'il puisse y avoir, indépendamment de toute lésion et de tout trouble fonctionnel du cœur, des troubles circulatoires localisés à une région limitée du corps ou à un organe déterminé, en dehors de tout obstacle mécanique créé par une maladie sur le trajet des vaisseaux.

11 est nécessaire de donner ici une idée exacte du mécanisme des circulations locales, car c'est sur les agents de ces circulations et non sur l'agent de la circulation centrale que la méthode étudiée ici fait porter son action. La méthode

(1) François Franck, Leçons du Collège de France.

suédoise n'atteint le cœur qu'indirectement en visant les vaisseaux périphériques. Complétons donc les notions sommaires ci-dessus exposées en revenant sur les conditions qui peuvent troubler la fonction dévolue aux forces vaso-motrices.

Nous avons dit que ces forces sont de deux ordres : une force purement mécanique, Vélasticité des vaisseaux, et une force vitale, la contractilité. 11 faut se demander suivant quel mécanisme l'une et l'autre peuvent être abolies, diminuées ou perverties.

Les varices et leur traitement « gymnastique )>.

L'élasticité des vaisseaux, dont nous avons fait ressortir l'importance comme auxiliaire de la force impulsive du cœur, peut être abolie ou diminuée pour deux causes différentes. D'abord par un vice de la nutrition des vaisseaux qui en modifie la structure. On sait que, sous l'influence de troubles de nutrition appelés la sclérose et Vathérome, les parois des artères et des veines peuvent perdre leur élasticité et leur résistance. De la perte de leur élasticité résulte une augmentation notable du travail du cœur, par la suppression d'une force auxiliaire, — d'où diverses lésions consécutives de cet organe. — Mais il en résulte aussi un amoindrissement delà résistance des parois vasculaires altérées et une tendance à leur distension.

Indépendamment de toute lésion de nutrition, les vaisseaux sanguins, comme tous les corps élastiques, peuvent encore perdre leur élasticité, quand elle a été mise en jeu avec excès, c'est-à-dire quand ils ont été longtemps distendus. C'est l'histoire du fil de caoutchouc qui ne peut

revenir sur lui-même quand il a subi un allongemenl excessif. Ce résultat se produit surtout sur les veineî<, dont la résistance élastique est moindre que celle des artères et où la stagnation du sang est plus fréquente, tant à cause de leur laxité plus grande que par suite de la lenteur plus grande <lu cours du sang qui y circule, la force d'impulsion du cœur se faisant moins sentir dans les veines que dans les artères. Enfin, toute compression sur le trajet du vaisseau tend à y ralentir le cours du sang, à augmenter la tension <les parois et à produire la dilatation permanente du calibre. C'est ainsi que se produisent les varices, par obstacle à la •circulation veineuse.

On sait que les varices ne se produisent pas avec la même facilité chez tous les sujets soumis aux mêmes causes de distension des veines. Il en est chez qui ces vaisseaux sont moins résistants par suite d'une atonie spéciale. Certaines <liathèses, comme la diathèse rhumatismale, et aussi certains troubles de l'innervation, comme les paralysies motrices, les jiévrites, etc., peuvent créer une prédisposition aux varices et autres troubles de la circulation veineuse. Les œdèmes par transsudation des parties séreuses du sang à travers les parois des vaisseaux dilatés sont souvent Is symptôme de la perte d'élasticité des veines ou des capillaires veineux.

On comprend l'urgence qu'il y a d'accélérer le cours du sang dans les veines distendues, car la.stagnation du sang est à la fois une conséquence et une cause nouvelle de la perte d'élasticité des parois. Or il n'est pas de meilleur agent de déplétion veineuse que le mouvement, passif d'abord, puis ^ctif. Nous avons déjà exposé la double action « déplétive » du mouvement en parlant des maladies de cœur, et nous avons dit que cette action est à la fois mécanique et physiologique : le mouvement étant utile pour communiquer mécaniquement au sang une impulsion centripète et aussi pour réveiller indirectement, par effet réflexe, la contractilité des

vaisseaux, force vitale très distincte, nous l'avons dii, de l'élasticité.

Le traitement gymnastique des varices présente des indications spéciales qui peuvent varier suivant le siège et l'origine des dilatations veineuses ; mais il a surtout des indications générales qui peuvent s'appliquer à tous les cas. Ces indications sont de deux sortes : les unes positives, qui visent les effets utiles qu'on doit chercher ; les autres que j'appellerai négatives, en ce sens qu'elles désignent les effets nuisibles qu'il faut éviter dans l'application des mouvements.

L'indication que nous appelons négative du traitement des varices par le mouvement est la plus importante à préciser. En effet, il y a des formes de mouvements qui peuvent aggraver et même provoquer les varices. Ce sont, d'une part, tous les mouvements qui provoquent V effort thoraco-abdominal et, en outre, tous les exercices qui produisent lacontraction statique des muscles, c'est-à-dire ceux qui aboutissent à V immobilisation active du corps ou des membres. Nous avons déjà exposé le mécanisme de l'effort et montré les effets de compression qui en résultent pour le cœur et les gros vaisseaux. Ueffort se traduit, comme phénomène externe le plus apparent, par la turgescence des veines superficielles où le sang reflue et s'accumule. Pendant toute la durée de l'effort, les parois de tout le système veineux sont soumises à une hypertension considérable, et, si l'eftbrt se répète souvent, comme dans certaines professions, des dilatations variqueuses se forment en divers points du corps. Les varices sont fréquentes chez les chargeurs, les portefaix, etc. Quant aux efforts musculaires qui aboutissent à l'immobilisation prolongée d'une partie du corps, on en voit l'effet dans toutes les professions qui exigent que l'homme travaille debout. Dans la station verticale, les muscles des jambes et des cuisses sont en état de contraction permanente.

Un graphique très démonstratif, emprunté à M. Marey (1)^ nous montre qu'une contraction permanente des muscles des jambes, prolongée expérimentalement pendant quelques secondes seulement, a fait monter la ligne du tracé sphygmographique dans son ensemble, comme l'indique la figure 37. C'est la preuve qu'il s'est produit à ce moment une augmentation générale de la tension sanguine. L'origine de cette hypertension de tout l'appareil circulatoire est la compression que fait subir aux veines intra-musculaires le muscle durci par la contraction.

Ici quelques développements sont nécessaires pour bien

préciser l'effet de contraction musculaire permanente ou statique sur le cours du

FiG. 37. — Relèvement du tracé du pouls radial par . ^ Tl » f

l'effet delà contraction permanente des jambes (figure SaUg VCinCUX. 11 ïï CSl empruntée à Marev).

^ pas nécessaire, pour

que l'effet de distension veineuse se produise, que la contraction statique se prolonge beaucoup. Quelques secondes suffisent quand l'effort musculaire est d'une très grande énergie. Dans tous les exercices dits «de force», c'est-à-dire ceux où le muscle est sollicité à donner son maximum d'effort, les mouvements sont forcément lents; par exemple quand on soulève un haltère très lourd ou qu'on monte à bicyclette une côte très escarpée. Dans ces cas, la contraction musculaire présente un certain degré de « permanence », si l'on compare le mouvement très ralenti qu'exécute le sujet avec ceux qu'il ferait dans un exercice demandant un moindre effort. Les professions dans lesquelles les membres supérieurs exécutent de ces mouvements lents et d'une énergie excessive, provoquent les varices des bras, comme les professions où l'on travaille dans la station verticale pro-

(1) Mârey, la Circulation du sang.

voquent les varices des jambes. La durée de la contraction « permanente » est infiniment plus courte, par exemple chez le garçon boucher qui soulève à bout de bras un quartier de bœuf pour le suspendre à l'étal, que chez le serrurier ou le tailleur de pierres, qui passent leur journée debout; pourtant, on observe la fréquence des varices des bras chez le garçon boucher, comme la fréquence des varices de jambes chez le tailleur de pierres et le serrurier.

Il n'en est plus de même dans les mouvements actifs, quand la contraction musculaire est modérée, courte et fréquemment répétée. La compression du muscle n'est plus assez violente pour effacer le calibre de la veine en la comprimant, ni assez prolongée pour y provoquer une distension par accumulation du sang. Au lieu d'agir comme un lien qui étrangle momentanément les vaisseaux voisins, le muscle, qui se contracte modérément, agit comme la main du masseur qui chasse par des pressions douces et répétées, le contenu de la veine.

Ainsi, l'on doit proscrire du traitement des varices tout mouvement qui demande beaucoup de force et tout exercice qui tend k immobiliser, même pendant un temps très court, le corps ou les membres en état de contraction. — Telle est l'indication, que nous avons appelée négative, du traitement mécanique des varices. — L'indication positive sera justement inverse. 11 faudra choisir des mouvements demandant très peu d'effort et s'exécu tant avec une certaine vitesse. — Je dis une certaine vitesse, ce qui ne veut pas dire vitesse excessive; car, on le sait, la vitesse du mouvement suppose toujours le développement d'une grande énergie initiale et les contractions musculaires d'une trop grande énergie sont nuisibles aux variqueux. On se rappellera donc que, parmi les exercices qui peuvent à volon té s'exécuter lentement ou vite, le degré moyen d'exécution devra être adopté. Il en sera ainsi par exemple pour l'appareil de Zander qui n'est autre qu'une bicyclette

LES INDICATIONS 1)1 TUAITEMENT

fixe OÙ l'effort est réduit à la mobilisation d'un volant.

Ce qui convient en première liijne aux variqueux, ce sont donc les exercices passifs, les mouvements du massage et surtout les trépidations appliquées à la région variqueuse. On y joindra tous les mouvements activo-passifs dans lesquels la force des muscles est aidée, soit par un assistant, soit par le volant de la machine (appareils A"^ et A^^ pour les bras(i), IV* (2), B*-(3) et B" pour les jambes). Enfin, on fera intervenir aussi des mouvements actifs, choisis parmi ceux qui mobilisent les parties du corps atteintes de varices, en employant ces appareils à des numéros très faibles.

On sait qu'il y a une contre-indication formelle à l'application du mouvement et surtout du massage chez les variqueux, c'est l'inflammation aiguë ou chronique de la veine, la phlébite. Quelles que soient les précautions observées, le massage peut provoquer la fragmentation d'un caillot sanguin formé dans la veine; le fragment, ainsi détaché, peut être transporté au cœur et, de là, lancé dans la circulation artérielle. C'est Vembolie. On en connaît les terribles conséquences, quand ce « projectile » atteint un organe essentiel comme le poumon et le cerveau et s'y arrête, oblitérant une artère. — La forme de massage qui exposerait le moins à la fragmentation du caillot est la trépidation, surtout la trépidation indirecte : par exemple la trépidation des pieds en cas de varices des jambes. Le traumatisme de la veine est beaucoup moins à redouter avec les vibrations régulières que ce massage communique à la totalité du membre qu'avec le pétrissage, l'effieurage ou les frictions, toutes manœuvres qui exercent une action mécanique directe sur les parois mêmes du vaisseau.

Pour peu qu'on craigne même une menace d'inflammation

(1) Voir fig. 17, p. 83 et fig. 15, p. 80.

(2) Voir fig. li, p. 79.

(3) Voir fig. 13, p. 77.

des varices, il sera donc plus prudent de n'appliquer ni le massage en frictions avec l'appareil (bras) ou l'appareil J' (jambes), ni surtout le tapotement avec les appareils G' et G'\ On s'en tiendrait alors au vibrateur qui, du reste, suffit amplement dans la grande majorité des cas de varices même non enflammées, si on le combine avec les mouvements passifs et actifs indiqués ci-dessus.

Traitement « mécanique » des hémorroïdes.

Les hémorroïdes sont les varices des veines hémorroïdales, veines qui recueillent le sang des dernières portions du gros intestin et le conduisent à la veine porte.

Les facteurs des hémorroïdes sont les mêmes, au point de vue général, que ceux des autres varices : gêne habituelle du cours du sang, d'une part, et, d'autre part, prédisposition aux dilatations, par atonie des parois des vaisseaux. Deux causes de gêne circulatoire, particulières aux vaisseaux hémorroïdaux, interviennent, le plus souvent, pour en provoquer la dilatation variqueuse. Ce sont les compressions par accumulation des matières fécales dans le gros intestin, chez les constipés, et la gêne que peuvent produire les obstructions du foie sur le cours du sang de la veine porte, dont les veines hémorroïdales représentent une des ramifications les plus importantes. Chez la femme, il faut joindre à ces deux causes d'hémorroïdes les compressions et la gêne circulatoire dues aux diverses affections du petit bassin : métrites et périmétrites, déviations utérines, etc.

Tous ces facteurs des hémorroïdes sont justiciables du traitement mécanothérapique. Nous avons parlé du traitement mécanique de la constipation, ainsi que de l'efficacité des mouvements abdominaux actifs et passifs dans les congestions passives du foie. Nous avons dit aussi la fréquence

des états de stase veineuse générale du système porte, qu'on appelait autrefois la pléthore abdominale ou veinosité abdominale. Ces troubles circulatoires de l'abdomen sont extrêmement fréquents chez les personnes sédentaires, surtout chez les hommes de bureau immobilisés dans la position assise, ainsi que chez les gros mangeurs et les grands buveurs. Une première indication du traitement des hémorroïdes sera donc de lutter par le massage abdominal (appareils et H^), le massage vibratoire (grande pelote de l'appareil F'), les mouvements abdominaux passifs (appareil E"), et, enfin, avec les mouvements abdominaux actifs. Ce traitement, qui a pour résultat la déplétion plus régulière du système de la veine porte, fait sentir secondairement ses effets aux vaisseaux hémorroïdaux, dont il diminue la tension et facilite l'évacuation.

Quelques indications plus spéciales peuvent encore être remplies par la Mécanothérapie pour cette forme de varices.

En premier lieu, on peut agir directement sur les vaisseaux variqueux par le massage vibratoire. L'appareil possède, parmi les nombreuses branches terminales qui peuvent communiquer les vibrations, des pelotes coniques en cuir rembourré, à l'aide desquelles il est facile d'agir sur les hémorroïdes à travers les vêtements.

On trouvera ensuite, parmi les exercices abdominaux passifs, certains mouvements qui ont une action tout à fait topique sur les engorgements hémorroïdaires. Ce sont les mouvement de flexion passive du bassin sur le tronc, le malade étant couché à plat ventre. Ce mouvement s'obtient à l'aide de l'appareil E^ représenté figure 38, où une planche capitonnée, mue d'un mouvement lent et régulier de haut en bas et de bas en haut, soulève le corps par le milieu du tronc. La flexion se fait au niveau des dernières vertèbres lombaires; le bassin se trouve rapproché du thorax et, par con-, séquent, tous les muscles abdominaux antérieurs et latéraux

LES TROliRLES DE LA CIRCULATION LOCALE 269

sont mis en relâchement. La tension abdominale se trouve momentanément annulée, et, de cette diminution de pression, résulte une tendance au vide vers le centre de l'abdomen, une sorte d'aspiration comparable, dans une mesure moindre, à celle qui se produit, pendant l'inspiration, dans le thorax, et qui précipite le cours du sang veineux vers le cœur.

Quoi qu'il en soit de la théorie, l'effet des mouvements passifs de llexion al)dominale se traduit, chez la plupart des

FiG- 38. — Klexiou passive du bassin (appareil de Zander) (traitement des hémorro'ides, des hernies et des prolapsus utérins).

hémorroïdaires, non pas par la guérison radicale, mais par la disparition des hémorroïdes : tout au moins par leur rentrée à l'intérieur, ou par leur diminution notable, quand elles ne rentrent pas.

Il faut remarquer que l'effet des exercices de flexion active du tronc ne peut avoir la même action directe sur les hémorroïdes que les mouvements passifs, attendu que, dans la flexion active, il n'y a pas diminution, mais augmentation de la tension abdominale. La contraction des muscles abdominaux, si elle atteint un certain degré d'énergie, met le tronc et le thorax en état d'effort et tend, comme nous Tavons plusieurs fois indiqué, à provoquer le reflux du sang vers les extrémités des veines, en sens inverse de son cours normal.

C'est, du reste, en très grande partie aux e/^br^s intenses que provoque l'acte de la défécation trop lahoi icux cliez les constipés qu'il faut attril)uer la fréquence et l'issue habituelle des hémorroïdes chez ces malades. Les exercices de flexion active du tronc, ainsi du reste que tous les autres mouvcmenls abdominaux actifs qu'on conseille pour les troubles

Fie. 3'.). — Tiitviiil des addiu-tcurs des cuisses et dos iiiiisc les du périnée,

généraux de la circulation porte, devront donc toujours être assez modérés pour ne pas provoquer V effort, sous peine d'aller directement à rencontre de leur but.

Il est des mouvements actifs directement utiles auxhémorroïdaires : ce sont ceux qui mettent en jeu les muscles du plancher périnéal. Ils agissent en remontant l'anus (muscle releveur), et leur répétition fréquente donne à tous les muscles du périnée plus de tonicité pour s'opposer à l'issue des tumeurs hémorroïdales. Les médecins suédois ont observé que les muscles du plancher périnéal se contractent par

synergie, quand on fait agir les adducteurs des cuisses, à condition que le corps soit maintenu dans la position demicouchée, et que le bassin se soulève et quitte le plan du lit en môme temps que les adducteurs travaillent. L'appareil A^"" de Zander, représenté figure 39, est merveilleusement adapté à ce double mouvemenl.

Troubles locaux de la circulation capillaire.

Les circulations locales sont troublées plus fréquemment encore du côté des vaisseaux capillaires que du côté des veines. Elle peuvent l'être dans deux sens différents : ou bien par excès de dilatation, ou bien par excès de constriction de ces vaisseaux.

La contraction exagérée des capillaires ou état de vaso-constriction est toujours un phénomène actif dû à une action nerveuse qui s'exerce sur les parois des vaisseaux pour les faire contracter et en diminuer le calibre. Leur dilatation exagérée, ou vaso-dilatation, est tantôt active, tantôt passive ; c'est-à-dire qu'elle est due, tantôt à l'action d'une force nerveuse, tantôt à des conditions mécaniques indépendantes de toute force vitale.

On comprend la difterence capitale de ces deux modes de vaso-dilatation capillaire. Il est facile de se représenter un effet de vaso-dilatation passive de cause mécanique. — Un obstacle qui arrête le cours du sang, comme une ligature sur un membre, provoquera une accumulation de sang en amont. Toute autre barrière telle qu'une obstruction des vaisseaux par un exsudât inflammatoire, une compression par une tumeur, etc., agira comme la ligature en fermant la lumière du vaisseau. Il en résultera une distension méca-, nique des parois vasculaires par accumulation du liquide. Une autre cause de dilatation passive, qui survient fréquem-

ment, peut s'observer à la suite d'une alTection quelconque qui prive les capillaires de leurs propriétés vitales et les rend inertes, par exemple à la suite d'une paralysie des nerfs moteurs qui leur donnent leur contractilité. Dans tous ces cas il y a dilatation passive et les parois vasculaires se distendent mécaniquement par accumulation du sang. La dilatation passive des capillaires s'appelle aussi congestion passive ou stase sanguine.

La dilatation active des capillaires est un phénomène vital dont l'exposé demande un peu plus d'attention que celui de la vaso-dilatation purement mécanique. Elle résulte de là suspension du pouvoir constricteur des vaisseaux par l'effet d'une excitation de certains nerfs, qui ont la propriété d'arrêter, d'annihiler momentanément leur force de contractilité. On sait qu'en physiologie l'intervention active d'un centre nerveux i)our enrayer ou suspendre l'activité d'un autre centre s'appelle inhibition. Il y a donc vaso-dilatation active des capillaires quand une excitation des « centres d'arrê-t)) vient inhiber l'action des nerfs vaso-constricteurs. Telle est, par exemple, la vaso-dilatation qui se produit à la peau, quand celle-ci rougit sous l'influence d'une flagellation, d'une friction ou par l'effet de la réaction d'une douche froide. C'est aussi une vaso-dilatation active qui se produit dans les congestions viscérales des organes internes sous l'influence de certains agents plus ou moins connus, tels que les microbes ou leurs toxines dans les premiers degrés de V inflammation, dans certaines congestions pulmonaires infectieuses, etc.

Cette digression physiologique n'est pas aussi oiseuse qu'elle pourrait sembler. Il était indispensable de bien définir la différence qui peut exister entre l'origine active ou passive de certains troubles de la circulation capillaire, car le rôle de la Mécanothérapie est très différent dans l'un ou l'autre cas. En effet, il faut se rappeler que l'application de

l'exercice, quelle qu'en soit la forme, mouvements actifs, mouvements passifs ou massage, ne peut avoir sa raison d'être dans les troubles des circulations capillaires lorsque la vaso-dilatation est d'origine active, mais seulement quand elle est d'origine passive. — Exemple : la rougeur des engelures est due à une vaso-dilatation passive par paralysie momentanée des nerfs vaso-moteurs sous l'influence du froid ; or la combinaison des mouvements actifs ou passifs avec le massage les améliore et les guérit mieux que tout autre moyen. Par contre, la rougeur d'une lymphangite aiguë est due à une vaso-dilatation active, sous l'eft'et d'un stimulus inflammatoire, et le mouvement, pas plus que le massage, n'y peut produire qu'une aggravation de tous les symptômes.

La distinction n'est pas toujours aussi facile que dans les cas cités. Ainsi, il arrive souvent que la vaso-dilatation active peut dégénérer en dilatation passive, quand elle a duré assez pour que le vaisseau distendu se fatigue, perde son ressort et n'ait plus le pouvoir de revenir sur lui-même. C'est pourquoi le massage et les mouvements qui seraient dangereux dans l'état aigu sont si utiles dans l'état chroniqiie pour dissiper les stases consécutives.

Les circulations locales peuvent être troublées par excès de rétraction des petits vaisseaux, par vaso-constriction. L'état de vaso-constriction s'observe très souvent à la peau et quelquefois dans les organes internes.

La vaso-constriction de la peau est souvent l'indice d'un état général qui atteint le système circulatoire tout entier, comme V Artériosclérose ; souvent c'est un trouble symptomatique d'une disposition morbide de l'ensemble du tempérament comme la diathèse arthritique, cause si fréquente de Neurasthénie. Dans ce dernier cas, les troubles circulatoires dus à l'excès de resserrement des petits vaisseaux semblent

LAGRANGE. — Mouv. méth. 18

27 i LES INDICATIONS DU TRAITEMENT

tenir simplement à nn excès d'impressionnabilité des nerfs sensitifs qui commandent le réflexe vaso-moteur.

On sait que, chez les neurasthéniques arthritiques, la moindre impression de froid produit la rétraction des petits vaisseaux cutanés, avec pâleur des téguments et refroidissement excessif des pieds et des mains. On dit que les arthritiques ont une « mauvaise peau » , pour exprimer cette facilité excessive des réflexes vaso-moteurs qui paralyse une des défenses de l'organisme les plus utiles, la réaction contre le froid. Les sujets doués d'une « bonne peau » opposent à l'impression du froid une certaine impassibilité des réflexes, qui permet aux capillaires de conserver leur calibre et par conséquent de maintenir à la surface du corps une quantité de sang suffisante pour la réchauffer. Quand le froid extérieur est excessif, le réflexe de vaso-constriction se produit chez tous les sujets ; mais, quand notre peau nous « défend » bien, ce réflexe est presque aussitôt remplacé par un autre réflexe inverse, par un réflexe de vaso-dilatation qui exagère l'afflux du sang à la peau et remplace la pâleur des téguments par la rougeur : le sujet « se réchauffe » spontanément, .;grâce à l'apport de ce surcroît de sang qui porte avec lui la chaleur. C'est ce qu'on appelle réagir contre le froid.

Le défaut de réaction de la peau est la cause la plus fréquente des troubles de la circulation locale. Faute d'une réaction suffisante, c'est-à-dire faute d'un afflux assez abondant du sang à la peau, celle-ci reste pâle, anémiée, comme crispée. C'est pour cette raison que les arthritiques et surtout les arthritiques neurasthéniques, qui tous ont un système vaso-moteur trop prompt aux réflexes, (( craignent le froid » et se plaignent d'avoir toujours les mains et les pieds glacés.

Cette mauvaise circulation de la peau — indépendante, on le voit, de toute affection du cœur et de toute lésion des vaisseaux — a des conséquences d'autant plus importantes

à signaler ici que le traitement mécanique est fécond en moyens d'y remédier. En premier lieu, une peau qui reste sous le coup de cette crispation, de cette contracture due à la vaso-constrlctlon exagérée (c fonctionne mal », c'est-àdire ne peut remplir ses fonctions d'organe éliminateur. Les produits qu'elle devrait rejeter au dehors sont retenus dans l'organisme, et c'est peut-être là une des principales causes de cette sorte d'auto -intoxication dont la chimie n'a pas encore dénoncé tous les agents, mais dont tous les auteurs admettent la réalité pour expliquer certains symptômes de l'Arthritisme et de la Neurasthénie. Toujours est-il que toutes les conditions qui favorisent le fonctionnement régulier de la peau, c'est-à-dire qui produisent une détente de cette crispation des éléments contractiles, amènent du même coup une sensation d'allégement et de bien-être. Le moral lui-même s'en ressent et une sorte d' « épanouissement » général succède presque immédiatement à toute impression qui fait cesser la vaso-constriction. C'est ainsi que peut s'expliquer l'effet si remarquable du changement de temps sur les neurasthéniques, les arthritiques et sur tous les sujets qui ont une mauvaise circulation de la peau.

Outre le défaut d'élimination des toxines, le resserrement excessif des capillaires cutanés a pour conséquence d'autres effets bons à rappeler, car ils sont importants à combattre : ce sont des troubles divers des circulations viscérales.

Ici, le résultat est tout mécanique et facile à comprendre. Le sang chassé de la peau par l'effet de la vaso-constriction prolongée qui s'y produit est forcément rejeté vers les parties profondes; forcément les organes importants, tels que le poumon, le foie, Vintestin, en reçoivent le reflux, et il s'y produit mécaniquement des excès d'irrigation sanguine. Les petits vaisseaux de tous ces organes sont ainsi soumis à une tension anormale qui tend à en dilater les parois : le sang s'y accumule et y circule avec peine. Ainsi se créent des stases

sanguines, car il faut qu'un certain degré de distension, de dilatation passive des capillaires internes vienne faire équilibre à la constriction active et permanente des capillaires de la périphérie.

Ces vaso-dilatations viscérales, qui sont « compensatrices ^ de la vaso-constriction cutanée, expliquent bien des malaises internes mal définis et aussi bien des troubles fonctionnels des organes abdominaux, troubles digestifs, troubles respiratoires même. Mais, en outre, si l'on étudie jusqu'au bout les conséquences des troubles de la circulation de la peau, on voit qu'ils peuvent finir par troubler profondément le jeu du cœur. En effet, le réseau capillaire de la peau représente, quand on y réfléchit, un département très considérable de l'appareil circulatoire. Si l'état de vaso-constriction s'y établit en permanence, les conditions de la tension vasculaire seront modifiées dans le sens d'une augmentation très notable de la pression sanguine, d'une hypertension qui ne se limitera pas à la peau, puisque le sang est soumis dans les canaux circulatoires aux lois de V égalité des pressions des vases communicants. La tension exagérée des capillaires retentira donc sur le cœur et sur les artères.

Huchard (1) a bien mis en lumière les conséquences de Y hypertension artérielle. Il a montré les conséquences de l'excès de travail donné aux artères et au cœur par l'augmentation de la pression sanguine, et tout le monde admet aujourd'hui avec lui que ce surmenage vasculaire est le plus important facteur de l'artério-sclérose et des myocardites.

Telle est donc l'importance que présente, en thérapeutique, le traitement des troubles de la circulation périphérique dus à un excès de vaso-constriction. Or le meilleur modificateur de la circulation périphérique, c'est le mouvement dont toutes les formes sans exception aboutissent à ce

(1) Huchard, Maladies du, cœur et des vaisseaux.

résultat final, la prédominance des effets de vaso-dilatation active. Qu'on emploie le massage, les mouvements actifs ou passifs, on obtiendra toujours un « accroissement de la circulation», c'est-à-dire une augmentation du débit des vaisseaux de la région qui subit ou exécute le mouvement, et, comme conséquence, une déplétion consécutive des régions où siégeaient des stases sanguines; — toujours en vertu du principe de la solidarité qui existe entre les circulations périphériques et les circulations centrales.

Si nous récapitulons les notions physiologiques rappelées ci-dessus et les effets connus du mouvement sur les circulations locales, nous pouvons en déduire, comme conclusion, l'indication de l'exercice actif et passif dans tous les cas où la circulation est troublée sur un point quelconque de l'organisme, excepté quand le trouble circulatoire se rattache directement à un processus inflammatoire aigu.

Cette réserve faite, les cas où se présentent les indications de Texercice comme modificateur des circulations locales sont vraiment innombrables.

Nous y trouvons d'abord les troubles de la circulation de la peau, qui ont une si grande importance chez tous les sujets prédisposés aux affections du cœur et des vaisseaux, comme le sont les goutteux, les rhumatisants, les arthritiques et aussi bon nombre de neurasthéniques. Ensuite les stases sanguines par obstacle au cours du sang dans les petits vaisseaux éloignés des centres : par exemple chez les obèses, où les capillaires sont noyés et comprimés par la graisse. Nous y trouverons encore les irrégularités de circulation dues à la paresse des vaisseaux sanguins de tout calibre par suite de la vie sédentaire et de Vimmobilité.

Cette dernière cause est infiniment plus fréquente qu'on ne songe d'ordinaire à le remarquer. Et, sur ce point, le vulgaire semble être plus près de la vérité que les médecins, — si, du

moins, on en juge par les termes courants du langage. Nous trouvons parfois un peu « simplistes » nos malades que nous entendons expliquer un si grand nombre de leurs symptômes par un manque de circulation du sang. Celle interprétation si simple d'une foule de malaises généraux — que, d'ailleurs, nous-mêmes, serions bien souvent en peine d'expliquer correctement — n'est peut-être pas très loin de la vérité. Il n'est pas nécessaire d'avoir un cœur ou des artères en mauvais état pour avoir une « mauvaise circulation » ; il suffit de ne pas donner assez régulièrement à l'appareil vaso-moteur le concours de l'indispensable auxiliaire de la fonction circulatoire qui est le mouvement musculaire. Faute de cet excitant des réflexes vasculaires, les parois des vaisseaux tombent dans un certain degré d'atonie, qui a pour conséquence une certaine stagnation du sang dans les vaisseaux périphériques, et par conséquent une irrigation défectueuse des muscles, des nerfs et du cerveau. De là diverses sensations de malaise, de lourdeur, d'inaptitude à l'effort physique, etc.

Toutes ces sensations, qui n'ont pas de signification grave pour l'homme parfaitement sain, sont des avertissements que l'homme prédisposé par son tempérament, ou simplement par son âge, aux congestions viscérales, aux troubles cérébraux pulmonaires ou cardiaques, ne doit pas négliger. Au reste, l'exercice méthodiquement appliqué fait disparaître ces malaises avec une trop grande rapidité, quand ils sont le résultat d'une vie trop sédentaire, pour qu'on puisse attribuer l'effet curatif soit à une modification de la nutrition, soit à une augmentation des forces. Les effets généraux de \ entraînement ne se manifestent guère avant deux ou trois semaines de traitement; tandis qu'on peut voir l'amélioration de la circulation périphérique se produire en quelques séances de mouvements bien choisis.

Les congestions viscérales.

Les troubles de la circulation locale peuvent siéger dans^ les organes internes et dépendent alors : tantôt d'une maladie aiguë dont ils sont la suite; tantôt d'une diathèse qui tend à produire des congestions actives ou passives ; tantôt d'un trouble de nutrition des tissus de l'organe où le cours du sang se trouve gêné; tantôt, enfin, d'une affection du cœur ou des artères.

Dans tous ces cas, le mouvement actif, selon la loi que nous avons déduite de la physiologie et que les faits cliniques sanctionnent, ne peut être indiqué que pour les congestions passives et jamais quand il existe un slimulus de vaso-dilatation active. Toutefois il arrive le plus souvent qu'une stase sanguine mécanique et passive succède à une poussée congestive active, quand la première période est passée, comme on le voit dans les congestions hépatiques, les congestions pulmonaires, etc. — C'est alors, seulement, dans la phase consécutive des accidents, que la Mécanothérapie doit intervenir.

Quant aux congestions viscérales passives qui se rattachent à une affection du cœur ou des vaisseaux, elles se produisent généralement par insuffisance de la poussée circulatoire, et le mouvement actif est le meilleur dérivatif à opposer à ces engorgements, à ces stases des grands organes; car la contraction musculaire appelle et draine, en quelque sorte, le sang vers les muscles.

La forme du mouvement variera selon le siège du trouble circulatoire. Il est cependant deux catégories d'exercices qui devront toujours intervenir en pareil cas : les exercices de respiration, pour activer l'aspiration thoracique, et les massages en friction des membres, pour augmenter la circula-

tion périphérique. On y joindra des mouvements abdominaux très doux et surtout des mouvements passifs et des massages du ventre, quand les stases sanguines auront pour siège l'appareil gastro-intestinal et le foie.

Quant aux troubles de la circulation cérébrale^ des exercices de respiration passive, qui provoquent la tendance au vide des vaisseaux céphaliques, seront indiqués, ainsi que les massages en friction des pieds et des jambes et les mouvements actifs des membres inférieurs. Il faudra, en pareil cas, éviter autant que possible les mouvements de flexion et de rotation actives du tronc, qui tendent, comme on sait, à provoquer Veffort, Car nous savons combien la synergie d'effort tend à produire le reflux du sang vers la tête et à congestionner le cerveau.

Les troubles de la circulation utérine.

Je voudrais, avant d'aborder ce sujet, combattre d'abord une hérésie physiologique qui s'est accréditée dans la doctrine des médecins suédois; c'est l'opinion qui attribue à certaines formes de mouvements le pouvoir de congestionner un organe, à certaines autres formes le pouvoir de le décongestionner.

C'est faute d'une analyse assez précise des effets de circulation observés pendant l'exercice que cette erreur est passée dans le langage et a fait établir, surtout à propos du traitement des affections utérines, la distinction entre les mouvements concentriques qui auraient la propriété d'attirer le sang vers l'intérieur du petit bassin et de congestionner Tutérus et les mouvements excentriques qui auraient la propriété de décongestionner l'utérus.

Si l'on analyse physiologiquement l'effet d'un exercice quel-

conque, on n'y trouve jamais que deux éléments qui puissent influencer la circulation, savoir la contraction musculaire et le mouvement. Dans les exercices actifs, ces deux éléments sont réunis; dans les exercices passifs, il n'y en a qu'un seul, le mouvement.

Or le mouvement en lui-même, c'est-à-dire le déplacement des membres, n'agit directement que sur la circulation veineuse. Nous en avons indiqué le mode d'action et nous avons montré que, grâce à la disposition des valvules qui s'opposent au reflux du sang vers les petites veines, l'impulsion donnée à ce liquide par une cause accélératrice quelconque doit forcément s'orienter dans la direction des gros troncs et de l'oreillette droite. En un mot, le sang veineux, sous l'impulsion des mouvements passifs, prend toujours une direction centripète, et, si ce courant dirigé de la périphérie au centre devient plus rapide, il ne peut résulter de cette accélération qu'une déplétion plus prompte des vaisseaux périphériques, déplétion qui est justement le contraire de la stase ou congestion passive. Le mouvement passif, quelle qu'en soit la forme, ne peut donc jamais être « congestionnant » par lui-même. Si l'on observe, à la suite de certains mouvements passifs, des effets de congestion active, on peut être sûr qu'il est intervenu dans le mouvement des facteurs secondaires quelquefois méconnus, tels que des efforts instinctifs de résistance, des contractures, enfin un travail musculaire actif plus ou moins latent. Nous nous sommes expliqué sur cet élément imprévu de certains mouvements passifs, dans la première partie de cet ouvrage (voir p. 54).

Quant à Vexercice actif, il apporte toujours avec lui ce premier facteur de circulation, le mouvement, dont nous venons de dire l'effet, et il s'y ajoute un autre facteur, la contraction musculaire, qui a pour résultat une vaso-dilatation active des capillaires du muscle. Nous savons que le résultat de cette augmentation de calibre des petits vaisseaux est une

auginenlatioiî de la masse de sang débitée par le muscle. La quantité de sang qui le traverse est sept fois plus considérable à l'état de travail qu'à l'état de repos. Mais ce surcroît de sang que draine ainsi le muscle lui est fourni par ses artères afférentes, lesquelles l'empruntent à tout le réseau artériel avoisinant. Il se trouve ainsi que, pour alimenter la circulation suractivée du muscle, le liquide sanguin doit circuler plus activement dans toutes les régions qui sont tributaires des mêmes ramifications artérielles. On voit ainsi que, dans toute région dont la circulation est associée à celle d'un groupe musculaire, par suite d'une communauté d'origine des branches artérielles, le mouvement actif ne peut produire qu'une seule et unique modification de la circulation capillaire, c'est une accélération de cette circulation.

Tout ce qu'on peut dire, c'est que les muscles les plus capables d'activer la circulation dans un organe donné sont ceux qui se trouvent dépendre, au point de vue de l'irrigation sanguine, du même réseau artériel que cet organe. C'est pourquoi les mouvements, par exemple d'adduction des membres inférieurs, activent mieux que tous les autres la circulation de l'utérus, cet organe étant tributaire des mêmes branches artérielles que les muscles adducteurs de la cuisse. Mais il ne s'ensuit pas que les mouvements opérés par les groupes musculaires antagonistes puissent avoir un effet inverse sur la circulation de ce même organe.

Les effets du travail musculaire sur la circulation du muscle même sont absolument indépendants de la forme du mouvement, car la forme d'un mouvement ne dépend pas d'une modification quelconque de la contraction musculaire, mais de la position occupée par le muscle et par son tendon p'insertion par rapport au levier osseux qu'il doit mouvoir. Qu'un muscle soit fléchisseur ou extenseur, abducteur ou adducteur, les lois de la circulation du sang à travers ses fibres sont toujours les mêmes et, toujours, il débite plus de

sang à l'état de travail qu'à l'état de repos et draine plus activement le sang des territoires vasculaires voisins.

Il est certes vrai que cette suractivité circulatoire provoquée dans un muscle peut avoir des résultats thérapeutiques opposés et aboutir tantôt à la congestion active de l'organe, tantôt à sa décongestion. Mais cette différence de résultats qui résume toutes les indications de l'exercice dans les troubles des circulations locales, est subordonnée à la nature des troubles circulatoires et non à la forme des mouvements. — Il est bien entendu qu'en disant la « forme du mouvement », on ne parle pas du degré d'intensité de ce mouvement, car un mouvement, quel qu'il soit, devient toujours une cause de congestion quand il est d'une énergie suffisante pour provoquer Veffort.

La distinction que font les vieux auteurs suédois entre les mouvements concentriques, c'est-à-dire les mouvements d'adduction et de flexion et les mouvements excentriques, c'est-à-dire d'abduction et d'extension, est donc absolument dénuée de fondement, et Ton s'exposerait à de singuliers mécomptes si Ton appliquait des mouvements actifs, fussent-ih « excentriques », dans les congestions actives de l'utérus.

Ce qui serait plus logique, ce serait de définir nettement l'indication des mouvements suivant la forme de la congestion qu'on veut combattre et de distinguer la simple stase ou congestion passive en vertu de laquelle le sang est immobilisé ou ralenti dans un organe et la congestion active dans laquelle ce liquide y est attiré plus ou moins violemment par une poussée, un raptus d'origine quelconque.

C'est un véritable (( raptus » vers le muscle en travail que produit la contraction musculaire ; mais ce raptus a pour les organes voisins des conséquences très diverses, suivant que ces organes sont en état de stase sanguine ou en état de congestion active. En effet, dans la première hypothèse, cette poussée circulatoire, se propageant par voisinage, détermine dans la

masse du sang immobilisé dans les capillaires un courant qui le fera circuler : ce sera un effet « décongestionnant ». Dans le second cas, la poussée du sang vers le muscle, qui est en somme une véritable congestion active, se répercutera sur l'organe voisin et ne pourra qu'y exagérer le stimulus circulatoire déjà existant : ce sera un effet « congestionnant ».

Ainsi, le môme mouvement actif qui serait « décongestionnant » dans un cas de métrite chronique, par exemple où la stase sanguine est favorisée par le défaut de mobilisation sanguine et par la vaso-dilatation passive, deviendra « congestionnant » si on l'applique à une métrite aiguë où il y a des phénomènes de vaso-dilatation active.

Il peut se produire, dans la circulation utérine, une autre forme de troubles qui n'est ni la congestion active, ni la stase : c'est V insuffisance cVapport du sang artériel.

Nous avons précédemment exposé le mécanisme des troubles vaso-moteurs de la peau.

Nous avons vu qu'une constriction trop forte des petits vaisseaux pouvait aboutir à une diminution de leur calibre suffisante pour entraver l'apport du sang artériel. Cet état est juste l'inverse du raptus congestif. On l'observe non seulement à la peau, mais aussi sur les organes internes. Il peut s'y produire, sous des influences diverses, des effets de vaso-constriction suffisamment énergiques pour diminuer considérablement l'apport du sang; parfois pour bloquer, en quelque sorte, l'organe tout entier et y supprimer complètement la circulation pendant un temps plus ou moins long. Expérimentalement, et sous l'influence d'une vaso-constriction réflexe provoquée par l'excitation énergique de certains nerfs de sensibilité, on a pu voir, à l'aide des appareils volumétriques, tels que ceux dont se sert François Franck dans ses cours du Collège de France, certains organes, tels que

la rate, si riche en petits vaisseaux, diminuer de moitié par suspension de l'apport sanguin.

Sans aller aussi loin que dans les expériences de laboratoire, l'effet de la vaso-constriction des capillaires sanguins peut arriver à diminuer l'apport du sang dans des proportions telles que certaines fonctions, liées à l'irrigation régulière d'un organe, soient abolies. Le rein peut se « fermer » sans autre cause qu'une vaso-constriction exagérée et l'on voit alors se suspendre les fonctions d'élimination, d'où autointoxication consécutive.

L'utérus est l'organe où l'on observe le plus souvent ces troubles de la circulation par vaso-constriction. U aménorrhée et la dysménorrhée sont des symptômes qui relèvent du fonctionnement irrégulier des vaso-moteurs.

L'aménorrhée peut se produire par deux mécanismes différents : il peut se faire que le sang n'arrive pas à l'utérus, dont l'entrée est bloquée, en quelque sorte, par le resserrement des petits vaisseaux; il peut se faire aussi que le sang afflue librement à l'utérus sous l'influence de la poussée congestive menstruelle, mais qu'il ne puisse s'écouler librement par la muqueuse, les vaisseaux de celle-ci étant le siège d'une vaso-constriction. Dans le premier cas, il y aura anémie du tissu utérin; dans le second, il y aura stase sanguine dans ce tissu, la porte d'entrée restant ouverte, tandis que l'issue est fermée. Dans ces deux cas, le mouvement est utile, surtout le mouvement actif, s'il met enjeu les muscles dont la circulation est solidaire, au moins par voisinage, de celle de l'utérus : le psoas iliaque, les muscles du plancher périnéal, les adducteurs. Les phénomènes de vasodilatation se propageront du réseau circulatoire des muscles à celui de tout l'appareil génital, et ainsi se trouvera facilité au sang l'accès vers l'utérus, aussi bien que l'issue par la muqueuse et l'écoulement au dehors.

Il faut parler encore d'une autre cause d'arrêt de l'écoulement

menstruel qui est due non plus à un trouble de circulation, mais à d'autres causes mécaniques, telles que Vatrésie du col, les déviations utérines et toutes les autres causes qui peuvent empêcher l'hémorragie, quand elle s'est produite dans la cavité de la matrice, de s'écouler au dehors.

Ce n'est plus là de l'aménorrhée, mais de la rétention du sang" menstruel. La Mécanothérapie peut y remédier aussi, mais dans un autre esprit que tout à l'heure, en cherchantdes mouvements qui puissent mobiliser Vutérus de manière à modifier la position du col. Tels sont surtout les mouvements de circumductionavec le tabouret mobile (appareil D-) ou les mouvements de vibration verticale, comme en équitation (appareil F").

Les troubles de la circulation pulmonaire.

On observe fréquemment des efï'ets de vaso-constriction dans les capillaires 'pulmonaires, et les troubles de circulation locale qui en résultent ont les plus graves conséquences, non seulement pour le poumon, mais encore pour le cœur. En effet, les capillaires pulmonaires se resserrent, le sang qui arrive par l'artère pulmonaire va trouver une résistance anormale et refluer vers le ventricule. Celui-ci sera obligé de développer un eff'ort supplémentaire pour surmonter l'obstacle et faire parvenir le courant sanguin à destination. De là, surmenage de la fibre musculaire cardiaque, qui finira par se relâcher et se distendre. Ainsi pourra s'établir une dilatation ventriculaire, puis l'insuffisance des valvules et tout le cortège consécutif des symptômes de Yasystolie.

Ces vaso-constrictions des capillaires pulmonaires s'observent souvent dans l'artério-sclérose et souvent aussi dans certains états infectieux ou dans certaines formes d'autointoxication, car beaucoup de toxines ont une action vasoconstrictive. La vaso-constriction pulmonaire entrave directe-

ment les fonctions d'hématose en même temps que les fonctions de circulation. Le sang veineux n'arrive plus en quantité suffisante au poumon qui doit le transformer en sang artériel, et, de là, une tendance continuelle à la dyspnée, une soif d'air non satisfaite. On observe cette forme de dyspnée à son maximum dans certaines formes d'asthme spasmodique qui s'accompagnent en même temps du resserrement des terminaisons capillaires des bronches.

En pareil cas, si le malade est indemne de tout état fébrile, on peut espérer un grand soulagement des exercices de respiration passive. Les mouvements d'inspiration forcée, tels que les provoque l'appareil E'"', peuvent puissamment aider l'action du cœur en augmentant la force de Vaspiration thoracique, qui attire le sang au poumon.

La circulation pulmonaire est souvent troublée par un mécanisme inverse, par la vaso- dilatation active des capillaires. C'est ce qu'on observe sous l'influence d'une foule d'agents infectieux, dans les pneumonies, les grippes, les bronchites, etc.

Là, comme ailleurs, la médication par le mouvement ne peut être utile au moment de la période active de la vaso-dilatation, qui coïncide avec la poussée aiguë de l'a maladie. Mais il arrive souvent que les capillaires pulmonaires, après avoir été dilatés activement et être restés distendus pendant un certain temps, se trouvent avoir perdu leur ressort et que le sang y demeure en stagnation, bien que la cause originelle de la congestion active ait cessé d'agir. Cette période correspond au passage de la maladie de l'état aigu à l'état chronique ou subaigu. Elle est caractérisée non plus par une congestion active, mais par une stase purement passive. Il est indiqué de recourir à tous les moyens de déplétion qui peuvent rendre leur ressort aux capillaires. Les meilleurs de tous sont les grands mouvements d'inspiration active et passive.

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