LE TUAITEMENT « MÉCANIQUE » DE LA NEURASTHÉNIE
Chez le neurasthénique, en particulier, on est plus spécialement tenté d'altribuer à la fatigue accidentelle qui a immédiatement précédé les manifestations des symptômes le rôle d'une cause originelle, parce que les symptômes de la Neurasthénie offrent la plus grande ressemblance avec ceux de la fatigue. On a dit que la Neurasthénie était de la fatigue (( organisée et fixée à demeure sur les centres nerveux ». Et cette expression est très juste en tant qu'image. Malheureusement elle est fausse en tant qu'interprétation; attendu qu'on ne voit jamais la fatigue « s'organiser et se fixer à demeure » sur les sujets sains, à moins que l'excès de travail n'ait amené une lésion d'organe; — mais ce n'est plus, alors, à proprement parler, delà « fatigue » qui persiste : c'est une maladie locale, telle que le cœur forcé, Y emphysème pulmonaire, les affections tendineuses, musculaires ou articulaires, ou parfois un trouble général de la nutrition, un état de misère physiologique, par usure excessive des matériaux organiques.
Dans ce dernier cas, la Neurasthénie peut bien, il est vrai, procéder directement du surmenage; car l'état de réparation organique insuffisant — ou pour mieux dire la prédominance des pertes causées par le travail sur les acquisitions alimentaires — favorise la déchéance des éléments nerveux comme celle de tous les autres éléments organiques. La cellule nerveuse perd donc son énergie par le même mécanisme qui fait perdre leur vitalité aux autres éléments organiques par insuffisance de nutrition. Mais ce n'est plus là, à proprement parler, de la Neurasthénie, c'est une sorte ^'inanition. C'est la Neurasthénie des « pauvres gens », dont l'alimentation est insuffisante et le travail excessif. Voilà les vrais « surmenés », ceux pour lesquels le repos serait un vrai remède. Mais, chez ceux-là justement, la Neurasthénie disparaît bien vite, quand l'excès de fatigue vient à être supprimé.
Dans la Neurasthénie dont la cause unique est le surmenage,
LAGRANGE. — Mouv. méth. 27
LES INDICATIONS DU THAlTEiMENT
la maladie ne dure guère plus que la cause d'où elle procède. Donnez au pauvre diable épuisé par le travail, la misère et l'angoisse du lendemain, une nourriture abondante, du repos et la certitude d'un avenir meilleur, et trois semaines suffiront pour guérir sa Neurasthénie.
En est-il donc de même pour les neurasthéniques de la classe aisée? — Mais, d'abord, la Neurasthénie est infiniment plus fréquente dans cette classe que chez les pauvres gens, et surtout que chez les ouvriers auxquels un travail manuel énergique et prolongé procure un salaire journalier assez large pour leur permettre de s'alimenter en proportion du tr ivail. Chez ceuxlà, chez les maçons, les charpentiers, les forcerons, etc., on ne voit jamais les excès de travail amener la Neurasthénie; à moins qu'il ne s'y ajoute d'autres excès d'un genre tout différent, tels que les excès alcooliques. On voit moins encore la Neurasthénie atteindre le travailleur rural, sauf à la suite de fatigues extrêmes : par exemple, au moment des moissons, et quand il s'ajoute à un travail musculaire d'une durée quotidienne excessive une insuffisance de sommeil. On sait que, pour le moissonneur ou le faucheur, le temps de sommeil ne dure guère que quatre ou cinq heures, alors que la journée de travail se prolonge souvent quinze ou dix-huit heures, et cela sans trêve ni séjour pendant plusieurs semaines consécutives. Or, si quelqu'un de ces durs travailleurs présente à la fin de la saison des symptômes de Neurasthénie, la guéi ison ne s'en fait guère attendre au delà d'une période de repos égale à la période de travail forcé qui a provoqué l'explosion des troubles nerveux.
Il est vrai — et j'en ai cité moi-même des exemples ailleurs (1) — que les accidents neurasthéniques provoqués parce réel surmenage, compliqué d'insuffisance de sommeil,
(1) Voir, dans ma Physiologie des exercices du corps, le chapitre du Surmenage par épuisement.