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LE TRAITEMENT « MÉGANIQUE » DE LA NEURASTHÉNIE

longé au sein de l'organisme est cause d'une aulo-intoxication des cellules nerveuses. Le traitement devra agir, dans ce cas, par ses effets généraux, et l'indication sera d'augmenter l'activité de toutes les grandes fonctions vitales.

Mais c'est ici que se rencontre l'écueil. Pour obtenir un surcroît d'activité de la respiration, de la circulation et des oxydations vitales, il faut faire exécuter aux muscles une assez grande somme de travail, et l'on risque ainsi de provoquer beaucoup de fatigue. Or les procédés de laMécanothérapie permettent de tourner la difficulté, en faisant produire le travail musculaire par petites doses, au moyen d'efforts partiels, souvent répétés, mais suffisamment espacés. Les temps de repos dont on coupe ces efforts, toujours très modérés, permettent aux muscles mis en jeu et aux centres nerveux qui les actionnent de réparer leur fatigue, au fur et à mesure qu'on passe d'une région du corps à une autre. En remplaçant ainsi un groupe musculaire par un autre, avant que la fatigue s'y soit fait sentir, on peut arriver, par exemple, en une séance d'une lieure, à faire produire du travail à tour de rôle à presque tous les muscles du corps. Aussi faible que puisse être l'effort isolé développé dans la jambe, la cuisse, l'avant-bras, le bras, la région thoracique, la région dorsale, la région abdominale, etc., on arrive aisément, en additionnant tous ces efforts partiels et successifs, à obtenir une somme de travail musculaire suffisante.

La règle, chez le neurasthénique, sera donc de varier constamment les exercices en mettant en jeu très peu de muscles à la fois, en faisant faire à chaque segment de membre des mouvements d'énergie très modérée, et en ne répétant pas trop souvent chaque mouvement. Plus le sujet sera impressionnable à la fatigue, plus il faudra étendre la liste des séries d'exercices qu'on lui prescrit, tout en réduisant le nombre des mouvements qui composent chaque série. Au lieu de répéter dix fois, par exemple, comme il est d'usage,

le inouvcmcnL de flexion de l'avanL-bras, le malade ne l'exécutera que cinq fois, et y ajoutera cinq mouvements de flexion de la jambe ou toute autre série de mouvements équivalents comme travail. Le nombre des groupes musculaires du corps est assez grand et les appareils de la Mécanothérapie sont assez divers, pour qu'on soit sûr de ne pas se trouver à court pour faire une prescription suffisamment variée.

L'idéal, dans le Iraitement du neurasthénique, c'est d'obtenir une somme de travail suffisante, en répartissant également reff'ort sur tous les muscles, de façon que chacun d'eux n'en ait qu'une part trop faible pour laisser une impression de fatigue.

En procédant ainsi, on verra, au bout de peu de temps, augmenter la puissance de chaque groupe musculaire et l'on pourra augmenter graduellement le poids des résistances ou le nombre des mouvements. Puis viendra insensiblement le moment où l'on verra s'atténuer cette vulnérabilité extrême à la fatigue qui est la caractéristique de la Neurasthénie. Insensiblement, l'état d'entraînement s'établira. — Mais il va de soi que cet état d'entraînement sera toujours relatif, c'est-àdire ne créera pas une immunité contre la fatigue aussi complète que chez les sujets bien portants.

Il importe d'insister, sur ce point que l'aptitude du neurasthénique à l'entraînement e:^t beaucoup plus limitée que celle des autres sujets, même quand les muscles sont bien développés, que la taille et l'ampleur des formes semblent annoncer des aptitudes musculaires au-dessus de la moyenne. Il ne faudra donc jamais viser, chez lui, à obtenir ce maximum d'entraînement qui permet des efforts athlétiques, même quand le sujet fait preuve d'une très grande énergie musculaire dans une épreuve isolée, telle qu'une pression sur le dynamomètre.

Une épreuve dynamométrique n'indique pas la capacité de

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résistance à la fatigue, mais seulement le degré d'excitabilité du muscle et du centre moteur. Or il est des sujets à muscles très excitables qui donnent du premier coup une pression manuelle très supérieure à celle d'un homme de constitution robuste et qui ne peuvent répéter trois ou quatre fois de suite cet effort sans se sentir ensuite épuisés et anéantis. Beaucoup de neurasthéniques ont ainsi la faculté de dépenser en un temps très court toute l'énergie de réserve de leurs centres nerveux et l'instant d'après ils demeurent sans force. Tel un prodigue qui semble riche parce qu'il prend sur le capital de son avoir, au lieu d'en dépenser seulement le revenu.

Il est pourtant des neurasthéniques qui peuvent pousser très loin le degré de Tentraînement, quand on les y prépare suivant une progression très lente etsansà-coups. Mais ceux-là sont l'exception : on les rencontre exclusivement parmi les arthritiques, les « ralentis de la nutrition chez ceux dont les oxydations vitales sont insuffisantes. Chez ceux-là, il peut se faire que, pour obtenir l'équilibre parfait de nutrition, il faille pousser l'état d'entraînement beaucoup plus loin que chez les autres, afm de débarrasser l'organisme d'un élément nuisible qui s'accumulerait par le fait d'un exercice insuffisant. Chez ces neurasthéniques, l'influx nerveux semble surabondant, le travail musculaire a l'air d'agir comme une sorte de dérivatif en utilisant une force inoccupée qui se retournait contre le sujet lui-même quand il ne la dépensait pas à l'extérieur. Il en est beaucoup qui, dans les périodes d'inaction, semblent déprimés, incapables de faire un effort physique ou moral, sont en proie au découragement et à la mélancolie et qui reprennent toute leur énergie physique et morale au milieu des fatigues physiques qui terrasseraient d'autres hommes mieux portants et mieux équilibrés. Il y a bien souvent un fond de neurasthénie dans ces hommes qui nous étonnent par la témérité de leurs entreprises, leurs folles épreuves de sport,

les voyages d'exploration oii ils semblent chercher à plaisir des fatigues inouïes.

Ces « agités », comme on les appelle, se dépriment très vite dans l'inaction physique. On en voit qui, par l'effet du repos trop prolongé, arrivent à présenter tout le tableau de cet état de faligue « fixé à demeure » qui résume les traits les plus caractéristiques de la Neurasthénie. Si bien que pour ces natures (moins exceptionnelles qu'on ne le croit), c'est le repos prolongé qui fait apparaître les symptômes habituels du surmenage ; tandis qu'ils ne retrouvent la possession complète de leurs forces qu'au milieu des plus dures épreuves de fatigue.

La chimie biologique peut nous donner souvent la solution de ces faits, qui semblent au premier abord incompréhensibles. Ces sujets, que le travail excessif remet dans leur équilibre, alors que Tinaction les détraque, sont des sujets à (( nutrition ralentie », chez lesquels l'inaction favorise l'accumulation des produits organiques acides et autres déchets de nutrition incomplètement oxydés, dont la cellule nerveuse s'imprègne et s'intoxique. Chez ceux-là, l'activité physique poussée à l'extrême est un moyen de « dépuration » organique : le travail musculaire fait disparaître les produits de désassimilation qui intoxiquaient la cellule en activant leur combustion et leur élimination. Le repos, au contraire, en diminuant l'activité des échanges et l'énergie des oxydations, laisse se reformer rapidement les agents de l'auto-intoxicalion et crée, de nouveau, les conditions de cette forme de la Neurasthénie qui est due à l'empoisonnement du corps par ses propres produits, à V auto-intoxication.

Cette théorie de l'oxydation insuffisante, conforme aux idées si magistralement exposées par Bouchard, est confirmée par l'analyse urinaire. Le graphique urologique de la figure ^5, page ^14, nous montre la même prédominance des acides (qui sont des produits d'oxydation incomplète) dans

l'urine des sujets privés d'exercice et dans celle des sujets surmenés. Tandis que ces produits acides diminuent et reprennent leur taux normal chez les sujets en état d'entraînement.

En réalité, les sujets pour lesquels les degrés extrêmes de l'entraînement sont possibles et même utiles, représentent une infime minorité parmi les neurasthéniques. La plupart de ces malades ne peuvent jamais dépasser un degré très limité. En revanche, ils peuvent se maintenir, sans aucun inconvénient, au degré d'entraînement compatible avec leurs forces. Ils doivent même s'y maintenir longtemps, et la persistance à répéter chaque jour la petite dose d'efforts qu'ils peuvent fournir sans fatigue, doit compter comme un élément de compensation delà faible quantité de travail queleur exercice représente, en comparaison de celui que fournissent les sujets normaux.

En résumé : faire des mouvements peu énergiques et très variés; répartir le travail sur le plus grand nombre de muscles possible; augmenter la dose d'exercice très lentement et très prudemment jusqu'à la limite de la capacité d'entraînement de chacun; ne jamais chercher à dépasser cette limite, mais ne pas rester au-dessous et s'y maintenir pendant un temps très long en faisant quotidiennement, pendant des mois et même des années, la même quantité de travail musculaire : telles sont les règles qui doivent guider le dosage de l'exercice dans la Neurasthénie, quand on vise à modifier l'état de la nutrition.

Quelles sont, à côté de ces règles générales, les indications que comportent les symptômes si variés de la Neurasthénie ? Elles sont de plusieurs ordres. Les unes visent directement les symptômes nerveux proprement dits, tels que les troubles de la sensibilité, les « algies » de toutes sortes et l'insomnie. Les autres s'appliquent aux troubles des grandes fonctions vitales, comme la circulation et la digestion. Que ces troubles soient

secondaires ou primitifs, qu'ils soient la conséquence ou l'origine de la Neurasthénie, ils exercent, une fois installés dans l'organisme, une action tout au moins aggravante sur les symptômes nerveux, et il est urgent de les attaquer à l'aide d'un traitement spécial.

Contre les symptômes douloureux à forme névralgique, les massages et les mouvements passifs seront employés avec succès. Ici, le massage à percussion doit souvent être évité, car il a tendance à produire des effets généraux excitants et pourrait aggraver l'insomnie. Le massage vibratoire sera surtout utilisé, ainsi que le massage par friction,

La machine à vibrations est une des meilleures de l'arsenal de Zander pour le traitement des neurasthéniques. Il en est qui peuvent, avec grand profit, subir la vibration totale du corps, telle qu'on l'obtient en les faisant asseoir sur la banquette et en leur donnant ainsi une série de secousses très rapides et très régulières, tout à fait semblables à celles que produisait le « fauteuil trépidant » de Gharcot. On peut graduer ces secousses en faisant asseoir le malade tout près du point fixe de la banquette, si l'on veut modérer l'effet, ou vers l'extrémité mobile, si l'on veut rendre l'effet plus accentué. Certains malades éprouvent immédiatement, sous l'influence de ces vibrations totales, un sentiment d'apaisement général et de bien-être; mais d'autres, au contraire, n'en ressentent qu'un ébranlement très pénible. Il suffira d'une minute d'épreuve pour décider si le moyen convient ou non, et l'on n'insistera pas pour ceux qui protestent.

Ceux qui acceptent volontiers la vibration totale du corps en retirent généralement un bénéfice d'une grande portée, c'est le retour du sommeil. Quant à ceux qui ne peuvent pas supporter la vibration totale, on peut toujours leur appliquer les vibrations partielles; soit en faisant placer les pieds seulement sur la banquette, le malade étant assis sur une chaise, soit en utilisant diverses branches terminales, qui localisent

l'effet des vibrations. Outre la banquette horizontale, l'appareil porte une tige verticale à laquelle on peut greffer soit des poignées que les mains saisissent, soit des pelotes plus ou moins volumineuses que l'on met en contact avec les parties douloureuses, comme la région dorsale, le creux épigastrique, ou avec les organes en état d'éréthisme nerveux, comme le cœur quand il y a tachycardie ou arythmie par exagération des réflexes cardio-vasculaires.

Les troubles circulatoires , quand ils sont d'ordre purement nerveux, subissent, du fait de la vibration précordiale, une sédation qu'on ne pourrait pas obtenir avec les médicaments. L'application de la pelote vibrante ne doit pas être prolongée plus de trois minutes à chaque séance de traitement, sous peine de dépasser le but et de provoquer un effet consécutif d'excitation. On peut, du reste, en graduer l'effet en allongeant ou en raccourcissant le pédicule qui relie la pelote à la tige même, ce qui produit l'augmentation ou la diminution d'amplitude des vibrations.

Il y a fréquemment, comme on sait, chez les neurasthéniques, des troubles de la circulation cutanée : les capillaires de la peau sont presque toujours en état de vaso-constriction. D'où la pâleur, l'état « grippé » du faciès, la sensation de froid aux pieds et aux mains, par insuffisance de la circulation périphérique. Ces troubles des fonctions vaso-motrices ont une très grande portée dans la genèse des symptômes viscéraux de la Neurasthénie. La vaso-constriction du réseau cutané faisant refluer une masse importante de sang vers les organes internes, et surtout vers les organes abdominaux où se trouvent les grands « réservoirs veineux », on voit souvent le neurasthénique présenter brusquement des malaises gastro-intestinaux quand la moindre variation de la température vient impressionner les nerfs sensitifs de la peau. Cette vaso-constrition périphérique, si elle s'étend à toute la surface des téguments, qui contient une nappe sanguine d'une très grande

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importance, peut produire dans l'appareil circulatoire tout entier une élévation considérable de la pression sanguine. De là des conditions anormales de la tension vasculaire, qui peuvent avoir des conséquences fâcheuses sur le fonctionnement du cœur et sur la nutrition des artères.

On sait que Vhypertension artérielle a été incriminée comme cause d'artério-sclérose. On sait, d'autre part, qu'on a voulu faire une classe de « neurasthéniques arlério-scléreux ». On sait, enfin, que l'artério-sclérose reconnaît souvent les mêmes troubles de la nutrition que la Neurasthénie : arthritisme, alcoolisme, etc. En rapprochant toutes ces données, on comprend l'importance que présentent, chez le neurasthénique, les moyens de traitement susceptibles de régulariser la circulation périphérique et de faire affluer le sang aux téguments. L'Hydrothérapie agit surtout, dans la Neurasthénie, en provoquant des réactions de vaso-dilatation dans le réseau cutané. Or la Mécanothérapie dispose de moyens nombreux et variés pour agir dans ce même sens et pour porter le sang à la peau. C'est d'abord le massage vibratoire, dont nous venons de parler et dont nous avons exposé les effets vasomoteurs en parlant du traitement des cardiaques. Ce sont ensuite les masscffjes à frictions des mains et des pieds (appareil J% des membres supérieurs (appareil J*) et des membres inférieurs (appareil .F), du dos (appareil J'). Ces massages ont, du reste, un effet sédatif, en même temps qu'ils procurent, surtout l'hiver, un bien-être marqué, par la sensation du retour du sang à la peau et par la chaleur douce qui en résulte.

Le traitement des troubles digestifs et de tous les symptômes (jastro-intestinauXy chez les neurasthéniques, est d'une très grande importance. Que la dyspepsie gastro-intestinale, les troubles hépatiques, la constipation habituelle, etc., soient la cause première des accidents nerveux ou bien n'en soient qu'une conséquence, ces troubles ont tout au moins le rôle

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de causes secondaires aggravantes, et l'on amende toujours l'état des neurasthéniques si l'on parvient à y porter remède. C'est pourquoi le traitement dit « abdominal » doit tenir une très grande place dans l'emploi de la Mécanothérapie chez les neurasthéniques.

On utilisera simultanément les mouvements passifs, le massage et les mouvements actifs. L'état douloureux sera combattu parla vibration de l'estomac, du gros et du petit intestin, et aussi par le pétrissage, très léger, de l'épigastre et de l'abdomen (appareil H^). — Les mêmes moyens seront employés contre VaUmic gastro-intestinale, en y joignant le massage en friction au moyen des deux pelotes à mouvement circulaire (appareil .F) . On pourra y joindre les mouvements de balancement latéral de la partie inférieure du tronc (appareil D'), ainsi que celui de rotation et de circumduction passives du bassin (appareils et D-). Tous ces mouvements agissent à la fois sur la veine porte et sur le canal digestif pour activer la circulation du sang et hâter le cheminement du bol alimentaire.

Mais le traitement « abdominal » ne se limitera pas aux mouvements passifs. Il importe de produire, outre l'action mécanique du mouvement proprement dit, les effets physiologiques de la contraction musculaire, c'est-à-dire l'augmentation de force et de tonicité des muscles abdominaux, ces puissants auxiliaires de tous les actes mécaniques de la digestion. On aura ainsi le double bénéfice d'une action immédiate semblable à celle du massage abdominal, mais plus énergique et d'un effet consécutif d'entraînement des muscles. Le mouvement de flexion antérieure du tronc, celui de rotation droite et gauche, celui de flexion latérale, exécutés avec résistance appropriée, sont beaucoup plus efficaces encore que les mouvements passifs et le massage pour vaincre la constipation habituelle, tourment de la plupart des neurasthéniques, et aussi pour refaire une paroi abdominale suffi-

m LES INDICATIONS DU TllAlTEMENT

samment résistante aux sujets atteints d'enlcroptose, cette cause si fréquente de Neurasthénie.

Pratique du traitement « mécanique »

dans la Neurasthénie.

Le traitement de la Neurasthénie est Tune des applications de la Mécanothérapie qui a donné les résultats les plus satisfaisants. Il est difficile d'en fournir de nombreux exemples dans notre pays où la méthode de Zander vient à peine d'être introduite; mais en Suède, en Allemagne et en Autriche, tous les médecins savent qu'il n'est pas de moyen de traitement comparable à l'exercice méthodique dans la cure hygiénique de la Neurasthénie.

La guérison complète est, naturellement, très difficile et très longue à obtenir ; mais on arrive rapidement à produire une amélioration telle que le malade peut rentrer dans la vie commune, reprendre ses occupations et ses affaires, et retrouver goût à l'existence. Le succès du traitement Zander est attesté par l'empressement de tous les neurasthéniques à rechercher les instituts de Mécanothérapie, partout où il s'en rencontre. Dès qu'un de ces établissements vient de s'ouvrir dans une grande ville, les premiers clients qui accourent sont des neurasthéniques ayant déjà fait usage du traitement gymnastique, soit au cours de leurs voyages aux pays du Nord, soit pendant leur séjour dans les villes d'eaux d'Allemagne et d'Autriche.

Tous ces malades, si prompts à se décourager des autres traitements, à se plaindre de la lenteur des résultats obtenus, si sujets enfin à perdre confiance, sont ici, dans la majorité des cas, clients fidèles et vite gagnés. Il semble que, outre les effets physiques du mouvement, il se développe chez eux une certaine influence d'autosuggestion qui rend optimiste leur

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jugement d'ordinaire poussé au noir. Et là il ne s'agit pas d'une influence morale exercée par le médecin sur le malade, d'ordinaire peu facile à influencer. La suggestion qu'on voudrait exercer sur le neurasthénique manque presque toujours son effet, car elle se heurte à une impression plus forte émanant des sensations perçues par lui-même. C'est pourquoi le neurasthénique se suggestionne a en noir » par les malaises multiples qui assiègent son système nerveux, et l'on n'en voit guère qui ne soient pessimistes à propos de leur cas.

C'est donc dans lesmodifications imprimées par le traitement aux impressions sensorielles intimes du malade que celui-ci puise ses éléments lV auto-suggestion. Or, si l'on se demande de quelle nature peuvent être ces impressions encourageantes, on voit qu'elles sont surtout de deux ordres : des impressions de calme relatif et des impressions de v/V/^a'^tr renaissante. Il se produit à la fois chez le malade un apaisement des centres sensitifs et une sorte de réveil des centres moteurs.

L'élément sédatif se trouve d'abord dans l'effet des mouvements passifs. Nous avons dit que cet effet calmant pouvait aller jusqu'au retour du sommeil. En outre, les mouvements actifs eux-mêmes aboutissent à des eflets calmants et peuvent ramener le sommeil chez des malades tourmentés par l'insomnie; mais cela à une condition expresse, c'est que ces mouvements ne produiront pas la sensation de fatigue. Pour comprendre l'importance de cette restriction, il suffit de se rappeler les faits vulgaires de la vie quotidienne. Tout le monde saitqu'un supplément d'exercice aboutit tantôt à faire dormir d'un sommeil plus profond, tantôt à provoquer une nuit d'insomnie. C'est une question de dose. Un exercice modéré appelle le sommeil, un exercice excessif le chasse.

Pour établir si un exercice est modéré ou « excessif», il faut faire intervenir deux éléments distincts, d'abord les conditions du travail, ensuite les conditions de l'organisme. Tel travail sera modéré pour l'un, et par conséquent capable de

.m LES INDICATIONS DU TUAITEMENT

favoriser le sommeil, tandis qu'il sera excessif i)Our un autre et provoquera Tinsomnie. Bien plus, chez le même sujet, le même exercice pourra être excitant à un certain moment, puis sédatif à un certain autre, s'il s'est produit chez lui, dans l'intervalle, certaines modifications organiques dont la plus importante est Vaccoulumance. L'homme entraîné dort « à j)oings iermés » après la plus rude journée de chasse, si depuis plusieurs semaines il s'est habitué à chasser chaque jour ; alors que la journée d' « ouverture » lui a causé une nuit d'agitation et d'insomnie. C'est aussil'accoutumance et l'entraînement qui permettent aux neurasthéniques de dormir en faisant, au bout d'un mois de traitement, des exercices actifs d'une énergie croissante, qui auraient, les premiers jours, provoqué sûrement l'insomnie.

Si l'on se demande pourquoi l'exercice musculaire actif donné à propos et suivant une méthode rationnelle peut porter au sommeil, on voit donc qu'il est impossible de se contenter de l'explication par trop sommaire qui attribue r « envie de dormir » au besoin de réparer les forces dépensées dans l'exercice. Si c'était là l'explication, le « besoin de réparation » devrait se faire sentir plus impérieux et plus intense après de très grands efforts musculaires qu'après un travail modéré. Et nous venons de voir que c'est le contraire.

Il faut admettre que les conditions dans lesquelles se produit la tendance au sommeil, après l'exercice, sont complexes et que la contraction musculaire doit provoquer des modifications organiques de plusieurs ordres. Et d'abord le besoin de réparation à lui seul, c'est-à-dire le fait d'une dépense de force nerveuse, n'est, à coup sûr, pas la cause essentielle du sommeil, puisque le neurasthénique, qui est, par définition, un sujet auquel la force nerveuse fait défaut, est d'ordinaire tourmenté par l'insomnie. Il semble, au contraire, que, pour dormir, il faille être en possession d'une certaine somme d'énergie nerveuse disponible. C'est pourquoi une excitation modérée

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du système nerveux, en provoquant la mise eu liberté d'une certaine dose d'influx nerveux, peut, en certains cas, ramener le sommeil. Ainsi agissent, vraisemblablement, l'excitation de la douche froide et aussi Télectrisation.

Ceux qui ont eu l'occasion d'étudier de près les grandes manifestations de la fatigue musculaire ont pu observer, comme moi, ce fait que les boissons excitantes, comme le café ou le thé, peuvent accidentellement favoriser le sommeil chez des hommes surmenés par le travail physique. J'ai vu des moissonneurs qui, après une journée de fatigue écrasante, ne pouvaient dormir que lorsqu'ils prenaient du café en se couchant. Les mêmes auraient passé une nuit « blanche » en temps ordinaire, s'ils avaient fait le même extra imjour de repos.

Ainsi il faut, pour dormir, n'être pas dénué de toute énergie nerveuse disponible. — On comprend bien le sens que nous donnons, ici, au mot «disponible». Chacun sait que nous n'avons pas toujours la libre disposition de notre énergie a de réserve ». Le neurasthénique, en particulier, est bien loin d'avoir épuisé sa réserve de forces nerveuses quand il se sent dénué de toute énergie. Il a toujours en réserve des forces plus grandes que celles dont il paraît pouvoir disposer. Et la preuve s'en voit quand, sous l'excitation d'un événement qui l'émeut, l'intéresse ou le préoccupe, il déploie momentanément une activité, une force, une résistance tout à fait inattendues; quitte à solder cette dépense accidentelle d'énergie prise sur le fond de réserve, par un affaissement consécutif.

Une dépense imprévue de l'énergie de réserve (qui est comme le capital des forces vitales) peut réduire au minimum, pour un temps plus ou moins long, l'énergie disponible (qui en est comme le revenu quotidien). Mais, si l'on nous permet de poursuivre la comparaison, celui qui a prélevé sur le capital de réserve un très léger tribut et l'a utilisé pour se pro-

AiO LES INDICATIONS DU TRAITEMENT

curer une nuit de sommeil, se trouve avoir fait une spéculation avantageuse, puisque, au prix d'une faible dépense, il a grossi son fond d'énergie, dont le sommeil est le suprême réparateur.

Hâtons-nous de dire que la fonction de sommeil est beaucoup trop complexe — et d'ailleurs trop mal connue — pour qu'il soit permis d'en réduire les lois à la formule d'une équation mécanique. Le sommeil peut être provoqué ou empêché par des causes multiples, même en s'en tenant à celles que peut faire naître l'exercice musculaire. Le travail des muscles ne produit pas seulement des modifications dynamiques des centres nerveux, mais aussi des modifications chimiques du sang et des humeurs. Or, parmi ces modifications chimiques, dont quelques-unes commencent à peine à être entrevues, il en est qui peuvent provoquer l'insomnie et il en est d'autres qui semblent pouvoir favoriser le sommeil. Ces modifications chimiques sont relevées par l'analyse de l'urine, qui reflète la composition du sang.

On a trouvé dans l'urine, à la suite d'un exercice en disproportion avec la résistance du sujet ou avec son état d'accoutumance, une exagération de produits d'oxydation incomi)lète, parmi lesquels prédominent les acides. Cette modification, aisément appréciable par les réactifs ordinaires de la chimie, s'observe toujours en coïncidence avec les phénomènes subjectifs de la fatigue; si bien qu'il est rationnel d'établir un rapport de cause à effet entre la formation de ces produits du travail et les divers symptômes de la fatigue excessive parmi lesquels se place l'insomnie.

Il est une autre modification, constatée aussi dans l'urine à la suite du travail musculaire, mais qui serait mise en évidence avec un réactif physiologique tel qu'un animal vivant plutôt qu'avec un réactif chimique. Cette modification du liquide urinaire n'est peut-être pas encore définitivement admise par tous les auteurs, mais je crois pouvoir l'invoquer

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