LE TRAITEME.NT «: MÉCANIQUE » DE LA NEURASTHÉNIE 4H
ici parce que je l'ai trouvée citée chez un auteur suffisamment autorisé, le professeur Bouchard (1). On aurait trouvé dans les urines, à la suite de l'exercice musculaire, une substance qui provoquerait le sommeil chez un animal auquel on l'injecte.
Ainsi le travail des muscles donnerait naissance à des composés multiples dont les uns auraient une action capable de provoquer le sommeil, les autres une action capable de produire l'insomnie. Ce n'est pas la première fois qu'on signale des effets antagonistes dans l'action d'une cause unique, puisque les substances chimiques élaborées par les microorganismes représentent souvent un mélange de toxines et d'antitoxine, le vaccin à côté du virus. Quoi qu'il en soit des théories, et qu'on admette ou non celles par lesquelles on s'est efforcé d'expliquer les faits, il importe de retenir la réalité des observations pratiques. Et les choses se passent bien comme si les théories que nous venons de rappeler étaient vraies : comme si les principes qui favorisent le sommeil prédominaient dans les humeurs de l'homme qui a fait un exercice en rapport avec sa capacité de travail, et comme si ces principes soporifiques étaient annihilés par des principes d'action inverse, chez celui qui a dépassé la dose de travail que lui permet sa force musculaire ou son état d'entraînement.
Nous ne pouvons que trouver là une confirmation nouvelle de cette vérité, si féconde dans le traitement hygiénique de la Neurasthénie, à savoir que l'exercice est aussi utile au neurasthénique que la fatigue lui serait nuisible.
Reste, pour finir, à préciser encore un point des résultats de l'exercice actif et à démontrer que l'exercice passif, quoi qu'on en ait dit, ne doit pas être l'unique forme du mouvement chez le neurasthénique. L'exercice actif seul permet d'obtenir
(1) Bouchard, les Auto-intoxications.
LES INDICATIONS Dl TIJAITKMKNT
un effet tout particulier de réconforl moral, que tous les observateurs ont pu voir se produire chez les malades très déprimés après un temps relativement court de traitement par le mouvement : c'est le sentiment du retour des forces.
Parmi les effels de l'entraînement, il n'en est pas de plus prompt à se manifester que l'impression de réveil des muscles. Cette impression est particulièrement accentuée chez les sujets qui n'étaient pas accoutumés à faire de l'exercice ou qui en avaient perdu l'habitude. Elle n'est pas due, à proprement parler, à la constatation raisonnée d'un accroissement des forces, car elle devance le moment où l'exercice va augmenter l'énergie des muscles dans des proportions appréciables au dynamomètre. C'est une sorte de réflexe psychique dont l'origine est une sensation nouvelle développée dans les fibres des muscles en travail, et qui donne au sujet comme la révélation d'une faculté dont il avait perdu conscience, la faculté de faire effort, c'est-à-dire de se démontrer à lui-même que toute énergie physique n'est pas déchue dans les organes.
Cette auto-suggestion réconfortante persiste, après l'exercice, par les sensations que la contraction musculaire a laissées dans tous les membres. On sait que ces sensations ne vont pas jusqu'à l'impression de lassitude, puisque le sujet doit toujours rester en deçà de l'effort qu'il pourrait faire ; elles sont juste assez accentuées pour conserver, en attendant l'exercice qui suivra, le souvenir des mouvements exécutés pendant l'exercice précédent. Beaucoup de malades, dont l'état de détresse morale était porté à l'extrême par l'impression de l'abandon complet de leurs forces, se sentent tout d'un coup remontés par ces sensations musculaires, auxquelles est toujours associée, d'une manière plus ou moins consciente, l'idée de vigueur et d'énergie. L'auto-suggestion optimiste s'accentue naturellement davantage dès qu'un accroissement réel de la force musculaire peut être constaté, soit par le dynamomètre.
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soit par l'augmentation du poids que peuvent vaincre et actionner les muscles. A mesure que le malade constate ces progrès, il se sent, pour ainsi dire, relevé à ses propres yeux de la déchéance physique dont il avait auparavant un sentiment exagéré.
Tout cela paraîtra peut-être subtil à ceux qui n'ont pas observé de près les neurasthéniques déprimés. Mais, en réalité, il n'est aucun homme, aussi dédaigneux fût-il de la force physique, quand il se porte bien, qui ne considère comme un événement important Taugmentation dûment constatée de son énergie musculaire, toutes les fois qu'il est pris d'une inquiétude au sujet de sa santé. Pour le neurasthénique, plus que pour tout autre malade, la preuve ou la sensation d'une augmentation de l'énergie musculaire est le plus puissant agent de suggestion optimiste qui puisse intervenir pour agir sur le moral. Or on sait combien il faut s'ingénier pour « remonter » des malades aussi rebelles à la suggestion que le sont les neurasthéniques. S'ils sont prompts a tout interpréter dans un sens pessimiste, il est très difficile, par contre, de les raisonner pour déraciner leurs idées noires et leur persuader qu'ils sont curables ou qu'ils vont mieux. La suggestion gratuite, celle qui ne repose que sur une affirmation sans preuves, ne produit jamais d'effet sur eux — contrairement à ce qu'on observe sur d'autres « nerveux », tels que les hystériques. — - Leurs suggestions ont toujours leur point de départ dans leurs sensations intimes, qu'ils interprètent dans le sens le plus alarmant.
C'est pourquoi il n'était pas sans intérêt d'insister sur les heureux effets des sensations musculaires provoquées par l'exercice, mais, répétons-le encore, par l'exercice modéré seulement, car les sensations de fatigue provoquent immédiatement, outre l'affaissement physique constaté chez les autres malades, un véritable délabrement moral chez ceux-là.